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To Save My Life [2]

Créateur : nanouee 
Date de création : 16.08.2011 à 18h58

Message du créateur :
Fiction complète - Deuxième partie - Bonne lecture

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Cet épisode compte 13 paragraphes

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Bonsoir à tous,

Me revoilà avec la deuxième partie de ma fiction "To Save My Life", et j'espère que ce chapitre consacré à l'histoire de Peyton vous plaira. Il faut savoir qu'il est assez difficile, et qu'il m'a demandé beaucoup d'énergie étant donné que j'ai pu par certains aspects de ma propre histoire m'identifier à celle que j'étais entrain d'écrire. Qui a dit un jour que les maux du monde étaient vaincus par l'écriture? Dans un sens, c'est mon cas.

Bonne lecture, et je vous attends à la fin pour les commentaires;

Merci.


nanouee  (16.08.2011 à 19:01)

Deuxième partie
Peyton


nanouee  (16.08.2011 à 19:01)

 

Musique

 

Juillet 2011, New York, Garden District Hospital

 

Peut être que j’aurais dû parler la première. Dans mon rôle de deuxième narratrice, il y a comme un piège à éviter, celui d’entraîner le public aux limites du supportable, jusqu’au bout de la mort sans espoir de retour, et je ne sais pas si je suis capable de conter mon récit en respectant les normes, en leur offrant la corde solide et imperturbable du monde des vivants. C’est un défi, une histoire rarement évoquée, et jamais réellement racontée. Je me demande quelle étiquette ils m’ont collée avant d’entendre mes premiers mots, quelle infamie devait m’animer dans leur esprit pour me voir ici même, sur le fauteuil central, à parler d’une vie que j’ai occulté, oublié, jusqu'à récemment, où le cauchemar ne pouvait plus se laisser malmener en solitaire. Brooke semble presque apaisée ; c’est en souriant qu’elle s’est installée dans la salle ce matin, un sourire naturel et empli d’espoir que j’espère arborer bientôt même si nos histoires sont loin d’être similaires. Je ne fuis pas le souvenir d’un viol, je n’ai pas été la victime directe, je suis un dommage collatéral de la vie, et dans un sens ; c’est peut être pire. Ils se demandent tous quels seront mes premiers mots, quelle sera ma première phrase ; et je me lève alors pour leur faire face, ma voix me semble presque lointaine, comme si ce n’était pas vraiment la mienne ; comme si j’étais une étrangère sur mes propres traces. Brooke m’encourage d’un signe de tête furtif, et il me semble qu’ils disparaissent tous, que le temps se suspend calmement, et que mon récit n’est qu’un sordide retour en arrière coordonné…

 

-Je m’appelle Peyton Sawyer. J’ai 23 ans. Il y a 10 ans j’ai assisté à un meurtre ; j’ai vu ma mère se faire assassiner sous mes yeux. L’assassin était mon père. Depuis ce jour, j’ai complètement occulté de ma mémoire cette scène terrifiante, et ce n’est qu’au procès quelques années plus tard, que la mémoire de l’instant m’a bousculée. Je n’ai pas eu une enfance idyllique, j’avais un père alcoolique et une mère absente ; c’était elle qui subvenait aux besoins de la famille pendant que mon père allait se saouler dans le bar du coin. Nous ne restions jamais longtemps au même endroit, il se faisait des ennemis dans chaque bourgade où nous avons habité, et je me demande encore comment ma mère a pu l’absoudre si souvent, lui pardonner ses erreurs si fréquentes avec nous. Il n’a jamais levé la main sur moi, il était doux et agréable à vivre sobre, mais quand il avait abusé de la bouteille, il ne fallait pas que je m’approche. Alors je m’enfermais dans ma chambre et je me bouchais les oreilles pour ne pas l’entendre pester sur la viande trop cuite, sur la chaleur qui régnait dans notre dernier appartement sous les combles ; et je pense qu’au final, ma mère a dû en avoir marre de lui, marre de sa vie, de porter un tablier tâché toute la journée, d’être une esclave à son travail, et une esclave à la maison ; et je ne peux pas lui en vouloir, d’avoir émis un jour le souhait de voir autre chose. Au final, ce n’était à l’époque que des histoires de grandes personnes que j’avais du mal à comprendre,  par la suite j’ai réalisé à quel point ma mère avait été malheureuse, à quel point elle avait souffert sans dire un mot, et qu’au moment ultime où elle pensait pouvoir être libre, heureuse avec un autre, mon père en avait décidé autrement. Il l’a étranglée sous mes yeux. Il l’a étranglée un soir où elle rentrait tard, où elle sentait le parfum d’un autre, où il avait encore bu, un soir où j’aurais aimé pouvoir changer les choses, un infime détail pour lui sauver la vie. J’ai échoué, et je les ai perdus tous les deux, pour toujours…

 

Le visage angélique de Brooke et la terreur que je pouvais lire dans le regard de Haley au fond de la pièce acheva de me convaincre que j’étais sur la bonne voie, dans la bonne case, et que ce chemin là, je pouvais le choisir, comme je pouvais tourner le dos à tous mes démons, apprendre à accepter ce qui faisait partie de moi, ce que j’avais perdu et ce qui me manquera jusqu’au bout. Mais je ne me servirais pas de mes carnets si durement remplis, et qui avait servi de pièce à conviction au procès de mon père, je ferais juste jouer ma mémoire, et tous les acteurs de ma vie seront à nouveau sur le devant de la scène, jusqu'à leur dernier rappel.

 

 

Janvier 2001, La Nouvelle Orléans

 

Chaque coup se ressemble, chaque bruit raisonne entre les murs étriqués, et je suis à ma place, là seule qui me convienne au final, en retrait, confinée dans ma chambre à entendre mon père pester, casser une lampe, ouvrir le réfrigérateur pour prendre une nouvelle bière. C’est ainsi chaque semaine quand ma mère rentre tard, qu’elle sent la friture en venant m’embrasser et qu’il l’interpelle avant même qu’elle n’ait le temps de se dévêtir ; parce qu’il n’a pas mangé, parce que je n’ai pas été sage, parce qu’il en a marre d’être enfermé ici. Et ils crient. C’est ainsi depuis toujours ; ils hurlent pendant des heures et le silence m’annonce que mon père est tombé dans sa beuverie, et que ma mère est allée se coucher en pleurant, venant me réconforter avant d’éteindre toutes les lumières. Parfois, dans ses contes, je suis la princesse qui s’échappe du donjon de fortune, mais j’aurais tant aimé que les rôles soient inversés, que ce soit elle qui prenne le temps de réfléchir, de fuir, et de m’emmener avec elle vers une contrée où personne jamais ne viendra m’éveiller la nuit en pleurs.

Ces dernières semaines, après leurs disputes, elle ne vient pas me voir, elle claque la porte de la maison et s’en va dans la nuit, elle fait gronder le moteur puis lance la voiture sur la route ; et je reste des heures les yeux ouverts dans la pénombre à l’attendre, je sors doucement de ma chambre et je répare les erreurs de mon père, je ramasse les éclats de verre de la lampe brisée, je range la vaisselles oubliée, je remets les coussins du canapé en ordre, et je le couvre pendant qu’il dort sur le sol après sa dernière tentative pour retenir ma mère entre nos murs. Je me doutais qu’elle avait quelqu’un à l’extérieur qui devait la retenir le soir, ses discours avaient changés, elle était moins encline à pardonner à mon père ses écarts de boissons, elle était plus douce avec moi, et dans ses histoires, la princesse était toujours sauvée par le prince, et ils vécurent heureux jusqu'à la fin des temps. Mon père a dû sentir la différence dans les manières de sa femme, elle ne se laissait plus approcher, toucher, elle était distante et vindicative ; elle parlait de changer de travail, de reprendre des études, de voir du pays, et elle m’entraînait dans tous ses rêves irréalisables, j’y croyais, et il me semble les cultiver encore aujourd’hui, quand je ferme les yeux et que je revois son visage abîmé, ses mains calleuses, et que j’entends son rire, le dernier souvenir avant que son image me soit définitivement arrachée, avant qu’il ne la prive d’oxygène et ne mette fin à ma propre existence dans leur monde de violence maîtrisée.

 

-Anna ! Tu ne m’a rien laissé à manger pour ce soir, ce n’est pas ta gamine qui s’en chargera, n’est ce pas ?

-Ma gamine ?! Je vous fais vivre, je nous fais vivre, toi et notre gamine, comme tu le dis si bien. Commande des pizzas Larry, et laisse moi tranquille, je vais être en retard au restaurant pour prendre mon service, hurlait-elle et je restais dans l’embrassure de la porte à la regarder se maquiller dans le miroir brisé de l’entrée.

-Laisses- moi de l’argent alors, Anna. Et rapportes moi un pack de bière.

-Je ne t’achèterais plus jamais d’alcool, Larry, dit-elle en faisant volte-face. Plus jamais. Et je te conseille de laisser Peyton dormir cette nuit, demain elle reprend l’école, et je ne veux pas que la directrice m’appelle parce qu’elle s’est endormie sur son bureau.

-Je la laisse toujours dormir, mon amour, susurra t-il en s’approchant d’elle, et elle le repoussa.

-Comportes toi comme un père, comme un homme !

-Ne me parle pas comme cela, Ann’ !

-Je n’en peux plus, Larry. Je suis fatiguée de tout, fatiguée de toi, d’être dans cette maison, d’aller travailler dans ce restaurant, d’être obligée de te surveiller comme si j’avais un deuxième enfant ! Mais je renonce ; je pensais pouvoir te convaincre d’arrêter de boire, mais ce n’est pas possible. Je vais m’en aller, Larry. Et je prendrais Peyton avec moi.

-Jamais, hurla t-il et elle recula à nouveau vers la porte de ma chambre, m’aperçu et s’agenouilla devant moi.

-Ecoutes moi bien Pey’, je t’aime et tu le sais, jamais je ne t’abandonnerais ici avec lui, murmura-t-elle, je vais rentrer ce soir, et quand il sera entrain de cuver son vin nous partirons. Quelqu’un nous aidera, fais moi confiance, ne dis pas un mot à ton père, laisse le pester et tempêter tout son saoul, enfermes toi dans ta chambre et attends moi…

-Oui, maman, fis-je et elle m’embrassa sur le front avec un sourire triste avant de disparaître et d’échapper aux mains de mon père.

 

Il la regarda sortir et me lança un regard noir avant d’ouvrir la porte du réfrigérateur comme d’habitude pour entamer son dernier pack de bière sur le canapé, devant la télévision et quelques émissions qu’il laissait tourner dans le vide sans même les regarder, trop occupé à maudire ma mère, à lui promettre dans sa barbe qu’il aurait le dessus, quoi qu’il arrive ; et elle ne pouvait pas s’imaginer qu’il ne restait que quelques heures avant l’infamie. Alors, je le quittais, je m’enfermais dans ma chambre, et je tirais la valise qui était cachée sous mon lit. Dans mon innocence de jadis, je pensais que nous serions capable de le fuir en emportant tout nos souvenirs, pas qu’il allait éveiller sa force et nous empêcher de survivre. Nous sommes dans un sens, les victimes du choix de vie de nos parents. Si ma mère l’avait quitté quelques années auparavant, si elle l’avait convaincu d’aller se faire soigner dans un centre, si elle n’avait pas abandonné ses études pour m’élever, rien que cela, des si qui pouvaient changer nos histoires ; sauf qu’ici, il n’y avait rien à sauver, juste des ruines sur lesquels nous marchions chaque jour sans en connaître le dénouement, l’instant ultime où la vie devait s’arrêter, où le souffle devait nous empêcher de fuir, car elle s’imaginait pouvoir le vaincre, et je l’aurais suivie jusqu’au bout du monde. Quand j’ai eu 5 ans, mon père à menacé de m’enlever à elle, de me priver de sa présence, et j’ai l’étrange sentiment d’avoir assisté à cette scène tant la vision de ma mère en pleurs, le suppliant à genoux, est blessante ; et depuis, chaque nuit que je passe solitaire avec mon père, je suis presque heureuse qu’il soit trop saoul pour disparaître en m’emportant sur un coup de tête. Parce qu’il était ainsi, et que nous n’arrivions jamais à le craindre vraiment, il menaçait à tour de bras, buvait et tombait dans son coma habituel, je vivais avec cela maintenant ; sans savoir qu’a l’extérieur de ce monde si étouffant, il y avait autre chose, quelque chose qui valait la peine d’être découvert ; la liberté, l’espoir, la vie, l’amour…Des mots qui ont été bannis de notre foyer du jour au lendemain, car je n’ai pas le sentiment d’avoir un jour vu mes parents heureux, pas même dans nos albums photos égratignés par le temps, où se disputait des clichés de leur jeunesse et de ce qu’ils étaient devenus. Nous ne prenions plus de photos depuis des années ; ma mère à tout simplement rangé l’appareil dans un coin, et un soir, mon père s’en est servi pour la menacer, brisant ainsi tous nos espoirs de réminiscences futures. Ma vie semble s’être arrêtée à mes 7 ans, où je suis sur les genoux du père Noël à qui j’ai certainement demandé un miracle irréalisable dans cette innocence de l’enfance bafouée.

Une fois totalement absorbé par le programme que la télévision diffusait à plein régime, je commençais à assembler certaines affaires et à remplir la valise fatiguée qu’il me restait, la seule qui ait pu résister à nos déménagements. Avant d’arriver à la Nouvelle Orléans, nous avions vécu à Atlanta, à Houston, ou dans les bourgades alentours où ma mère trouvait du travail, et où il pouvait espérer passer incognito quelques temps. Il finissait toujours par se faire des ennemis et nous pliions à nouveau bagages vers une nouvelle destination où il fallait tout recommencer, se faire de nouveaux amis, de nouvelles connaissances, un nouvel environnement. Une fois les quelques robes rangées au fond de la valise, j’y ajoutais ma peluche, un drôle de petit éléphant blanc avec la trompe bleue, et les pattes violettes ; une sorte de curiosité de la nature que j’avais depuis des années. Je l’avais attrapé dans le rayon d’un supermarché et ne l’avait plus lâché depuis, je ne l’abandonnais jamais, il était la seule chose que je ne pouvais pas laisser derrière moi, et je m’installais sur mon lit pour guetter le claquement de la porte d’entrée qui signifiait la présence de ma mère, et j’attendais leurs cris comme une habitude malsaine ; l’oreille tendue vers les insultes qui fusaient au gré des vents, ancrées dans mon histoire comme une marche macabre, comme une destinée vouée à l’échec, condamné d’avance à l’errance sans assistance. Les heures semblaient se traîner, et la nuit tombait dangereusement, les grognements de mon père et la porte du réfrigérateur qui claquait à chaque bière étaient mes seuls repères, et bientôt la porte grinça sur ses gonds et ma mère se faufila dans la pièce, précédée par son habituelle odeur de friture que j’avais appris à aimé quand elle venait m’embrasser le soir et dans ses bras, je me sentais l’exception de sa vie.

 

-Tu es prête ? Murmura t-elle et elle sourie en voyant ma valise et la patte écrasé de ma peluche en dépasser. Ma chérie ; je te promets que j’ai réfléchi, et que je pense que nous n’avons plus le choix. Il se détruit et il nous détruit.

-Je l’ai entendu pester toute la soirée qu’il y avait un autre homme dans ta vie !

-C’est vrai, dit-elle en attrapant mon visage entre ses mains. Il y a quelqu’un d’autre dans ma vie, quelqu’un qui m’a ouvert les yeux, et nous sommes assez fortes pour mettre un terme à ce calvaire ; d’ailleurs je ne regrette qu’une chose aujourd’hui ; te l’avoir imposé si longtemps.

-Où va-t-on aller, maman ? Je ne veux plus partir, je n’ai plus une seule amie…

 

Du haut de mes 13 ans, avoir des amies me semblait plus important que ma survie, et je ne pouvais que remarquer ses mains tremblantes et la façon dont elle scrutait la pendule dans ma chambre comme si quelqu’un nous attendait en bas, comme si la rédemption était au bout de cette route pavé d’embûche, et je pouvais la suivre jusqu’au bout du monde, pour ne plus entendre les murmures glacés, les cris déchaînés, et la violence qui dansaient dans les yeux de mon père, parce qu’il me menaçait, parce qu’il menaçait mon souffle et le sien, et que cela lui était devenu intolérable.

 

-Un jour, tu auras des enfants Peyton. Et tu voudras les protéger du monde, tu voudras leur bonheur avant le tien, et tu serais prête à tuer pour leur propre liberté. Un jour tu me comprendras. Je n’ai peut-être pas été à la hauteur, mais je ne voulais pas te séparer de ton père au départ, je suis désolée d’avoir été faible et de ne pas avoir vu comme il était dangereux pour nous…J’avais si peur que tu me le reproche que j’ai préféré subir, et tenter de sauver ce qu’il restait de notre famille. Je veux que tu sache que tu es plus importante que tout, que ton bien être m’importe et que je serais prête à mendier dans la rue pour un peu de bonheur, pour de l’affection, et de l’amour, et que je ne veux pas que tu te sentes mal aimée, je ne veux pas que tu doute de mon amour pour toi, car qu’importe ce qu’il adviendra de nous dans les années à venir ; tu es et resteras la personne la plus importante. Tu m’as sauvée, et je t’aime. Je t’aimerais toujours…

 

Elle pleurait, et mon cœur se brisa. Dans mon souvenir la douleur est encore plus violente parce qu’elle me déchire les entrailles, parce que l’amour maternelle est immuable, inconditionnel ; jusqu'à la fin du monde, pour toujours, et toutes ces expressions galvaudées prenait enfin leur sens. Il n’y a jamais qu’un pas entre une mère et son enfant, et je l’enlaçais, je la sentais faible et maigre dans mes bras, fatiguée de survivre, fatiguée de souffrir de son souffle entamé, et elle essuya enfin ses larmes pour m’offrir un sourire, le même depuis des années, le sourire de circonstance pour que moi ; sa fille, je ne verse pas une seule larme sur notre déchéance. Elle se releva, et je ramassais ma valise, incertaine sur mes jambes quand la porte claqua violement dans mon dos et qu’elle semblait s’arracher à mon image. Mon père s’encadrait dans l’embrassure, et ma mère lâcha un gémissement apeuré, elle reculait vers moi, faisant barrage avec son corps contre l’immensité qui se dressait devant nous.

 

-Où vas-tu, Anna ? Hurla t-il. Où vas-tu avec ma fille ? Tu te croyais capable de me l’enlever ? De fuir dans la nuit et de disparaître ? Jamais ! Vous restez ici, vous restez avec moi !

-Peyton, va t-en, quelqu’un t’attend en bas de l’immeuble, lança ma mère et il l’attrapa par le bras pour la sortir de ma chambre, me barrant la route.

 

Et je restais sur place, les yeux exorbités, rivés sur ma mère qui trébuchait dans le salon, le regard hypnotisé par mon père qui claquait sa main sur sa peau si blanche jusqu’à en laisser une trace, et je m’adossais au mur, je ne pouvais plus bouger, juste subir le souffle de leur dispute, de leur violente étreinte, et elle le bousculait pour passer, me lançant des regards désespérés, des promesses muettes tandis qu’il l’immobilisais au sol et qu’il brisait l’air si vital qui s’échappait de ses poumons. Alors, le vertige qui me bouleversa dirigea mes pas vers eux ; j’attrapais le bras de mon père, je le secouais, je hurlais mais il me repoussa avec rage jusqu’à ce que je touche le sol, et dans un brouillard instable je rampais dans la pénombre alors qu’il restait les yeux rivés sur sa victime et dans ce combat inégal, je ne pouvais plus distinguer un seul son, ni même le halètement de ma mère, ni même les cris de mon père, ils s’évanouissaient devant moi, disparaissaient de ma danse, et je tombais. Je n’ai plus l’exactitude de l’instant, je n’arrive plus à situer le moment où mon père s’est rendu compte qu’il l’avait tuée, en quelques secondes il avait achevé sa vie et la mienne, il avait détruit des édifices et il m’offrait des ruines, des cendres à jamais éparpillés aux vents ; et j’étais solitaire dans mon monde de l’ombre où la lueur de la rue voguait, où ses pleurs raisonnaient comme une abomination entre mes mains, et j’arrive encore à le voir reculer, s’éloigner du corps qui recroquevillé sur le parquet restait immobile, quelques secondes après un je t’aime, un mirage qui m’est à présent étranger, une image que je n’arrive pas à oublier ; et je m’avance doucement, je m’agenouille devant elle, les traces qui ornent son cou laissent des traînées de sang sur le sol, je touche son visage, et il est encore chaud, il est juste déformé par la mort et dans l’enfance innocente, je ne perçois pas la différence ; peut être qu’elle dort, peut être qu’elle scrute le ciel sans étoile et qu’elle y rêve d’un paradis inaccessible. J’en oublie les pleurs de mon père et les sirènes qui éclatent dans le silence malsain, j’en oublie les tremblements de mes mains, et la seule chose qui perdure dans mon cœur, c’est que je l’ai perdue, que c’est ma seule absence irréparable, et que je serais toujours solitaire, que je ne serais plus l’exception de personne, et qu’au monde personne jamais ne m’aimera comme elle…

J’ai l’impression de clore une histoire en fermant ses yeux, et je n’ai pas versé une seule larme, je n’ai pas émis un seul gémissement, je m’allonge à côté d’elle, et j’agrippe sa main dans la mienne, comme si nous étions sur un bateau magnifique au milieu d’une mer turquoise, à regarder l’immensité du ciel, et qu’elle pouvait continuer à exister pour moi, dans mon monde où la mort n’avait pas lieu d’être, où ils étaient tous éternels, où ils continuaient à m’aimer et à me prendre la main. Je ne savais pas encore qu’elle ne reviendra pas, je ne savais pas encore que mon cœur est brisé, que ma vie entière jouera sur son souvenir, et que je ne pourrais plus jamais regarder une mère et son enfant sans me sentir vide, sans souffrir de ce deuil que je n’accepterais jamais, et dans ma mémoire tout s’efface, je reste à ses côté comme une évidence mais je ne sais plus vraiment ce qui m’anime, je ne sais plus pourquoi mon père détruit tout dans notre appartement et pourquoi il évite mon regard, je ne sens pas la froideur de sa main qui agrippe encore la mienne, je ne ressens plus rien, je n’ai plus d’ancrage dans mes souvenirs, et je suis sur le point de leur dire adieu, de tout oublier pour ne pas mettre un mot sur la violence du crime, pour ne pas en vouloir à mon père, pour ne pas maudire le destin de m’avoir brisé, et quand la police entre dans l’appartement, je ferme les yeux, et je cherche le songe qui m’arrachera à la réalité, je ne quitte pas sa présence, je ne cherche pas à fuir l’odeur du sang qui me prend à la gorge, je suis bien avec elle, je suis à ma place et dans mon imaginaire personne n’était capable de l’enfermer dans un cercueil et de me laisser sur le côté d’une tombe froide et éternelle…Parce qu’elle m’avait dit pour toujours, et que je compterais sur cette promesse jusqu’à la fin de ma vie…


nanouee  (16.08.2011 à 19:05)

Musique

 

Juillet 2011, New York, Garden District Hospital

 

Ce n’est pas la première fois que je pleure. Et pourtant à chaque emprise de la douleur je ressens le même vide, il est aussi présent qu’il y a 10 ans, il est aussi difficile à accepter que la veille, et je n’arrive pas à avancer, je n’arrive pas à pardonner à mon père ces années à venir dans le silence, dans l’ombre de ma mémoire si méfiante, cette mémoire qui allait me protéger de l’innommable, parce que la vision du visage de ma mère déformé par l’atroce revanche me poursuivait, parce que ses yeux si vitreux au détour d’une route macabre bousculait mon devenir, je vivais à travers elle, et je vivais pour elle ; parce que je serais toujours son enfant et que le combat ne trouvera jamais de finalité.

 

-Quand ses yeux ont croisé les miens, je ne me suis jamais douté qu’il serait le plus fort. Elle semblait si sûre d’elle, elle semblait invincible dans cette détermination folle à le fuir ; et je n’avais jamais présumé du danger, je nous voyais sortir discrètement et monter dans la voiture d’un inconnu, et pendant des années dans mon esprit, elle n’était pas morte, juste hors de ma portée, ailleurs, entrain de vivre la vie qu’elle avait mérité jadis et que le temps lui avait volé, et mon père n’existait plus. Il ne naviguait plus dans ma mémoire, il était tout simplement en prison, mais je ne devais l’apprendre que plus tard. J’ai totalement occulté les années qui ont suivies le drame, je me suis renfermée, et j’ai été élevée par ma grand-mère maternelle ; celle qui ressemblait tant à ma mère que cela en était troublant, celle qui avait les mêmes expressions, le même regard, et qui pleurait l’enfant qu’elle avait perdu, autant que celui qu’elle allait aimer à sa place, car il y avait un manque. Et au-delà de tous les discours de ma grand-mère, j’y ai vu des souvenirs de l’enfance de ma mère, des anecdotes oubliées, et cette même force dans le combat, cette même envie de gagner la guerre, comme ce jour lointain où elle a poussé avec moi les portes du tribunal et regardé dans les yeux le meurtrier de sa fille, ce jour où elle a témoigné à la barre et prononcé ces mêmes mots si doux à mon souvenir « Je l’aime, et je l’aimerais toujours… » Ma grand-mère est un modèle, mon modèle, et je n’ai jamais cessé de chercher en elle qui je pouvais bien être, arrachée si tôt à l’enfance pour rencontrer la mort, le meurtre et la déchéance. Je n’ai jamais cessé de creuser notre histoire et la sienne, et je sais à présent quelle essence les animent, quelle force les guident ; à notre naissance c’est une promesse éternelle de veiller à être toujours dans la lumière, et cela ne s’arrête pas au passage de la mort ; elle a vécu avec moi ce qu’elle avait manqué avec ma mère, elle a fait de moi la faible forte que j’ai recherché, et je sais au plus profond de mon cœur qu’elle n’a jamais cessé de pleurer sa fille, comme je n’ai jamais cessé de pleurer ma mère depuis tout ce temps…L’amour ne meurt jamais.

 

Je relevais la tête et je croisais le regarde brillant de Brooke, elle étreignait ses mains sur ses genoux, et je lui souriais doucement. Nous étions tous dans le même drame, notre refus de l’acceptation de la vie que le destin nous avait offert, nous étions dans le déni de notre passé, dans l’impossibilité de construire un avenir et j’étais dans cette impasse depuis des années en fait, depuis le procès qui condamnera mon père, et qui fera de moi une prisonnière libre sans attaches.

 

-Qu’est ce qui est arrivé à la petite Peyton ? Demanda le Docteur, et je penchais la tête sur le côté en jouant avec le collier en saphir qui ornait mon cou comme il avait orné jadis le cou de ma mère.

-La petite Peyton a été emmenée par la police. Ils m’ont installée dans une salle et m’on demandé de raconter ce qui s’était passé. Je suis passée dans les mains de psychologues, de spécialistes en tous genres, tout cela pour arriver à la conclusion que j’étais sous le choc, incapable de parler, de pleurer où de me souvenir. J’avais brouillé volontairement ma mémoire dans le traumatisme, et ils durent appeler mon plus proche parent en urgence ; ma grand-mère qui vivait à Chicago et qui est venue me chercher. Je la revois arriver, engoncée dans sa robe noire, et le pas incertain, elle s’était avancée dans le couloir en scrutant les alentours à la recherche de la petite fille blonde qu’elle n’avait pas vu depuis des années, et elle s’est arrêtée en face de moi, sans saluer l’agent qui m’accompagnait, elle a attrapé mon visage dans ses mains, et à fait naître un sourire de circonstance, le même sourire qui dansait quelques heures auparavant dans l’immensité des prunelles de ma mère, et elle avait murmuré qu’elle ne m’abandonnerait jamais. Jamais plus. Que plus personne n’allait m’abandonner. Et elle avait accroché ma main à la sienne, tout naturellement, emportant ma petite valise étriquée et mes souvenirs dans sa propre vie, où j’allais apprendre à me relever. Elle s’est chargée des funérailles sans que j’ai à dire un mot, elle est allé à l’appartement chercher mes affaires et celles de ma mère, en faisant jeter aux ordures les derniers oripeaux de mon père, et nous avons pris la route, après un dernier adieu au cercueil qui emportait mes souvenir, car pendant 3 ans, je n’ai plus osé parler d’elle, et de cette mort que je ne comprenais pas, que j’acceptais pas, comme si mon mère ne l’avait jamais étranglé, comme s’il était ailleurs que dans une cellule froide en attente de son procès ; je suis partie avec ma grand-mère comme si je partais en vacances, et sans jamais verser une larme sur la fuite de mes souvenirs…

-Vous a-t-on parlé d’amnésie traumatique ?

-Oui, Docteur. Tous les psychologues que j’ai consultés ont prononcé ce mot et ma grand-mère m’a offert un carnet dans lequel je pouvais rassembler toutes les bribes de souvenirs qui dansaient devant mes yeux au fil des mois. J’ai vécu dans le déni de sa mort, j’ai oublié jusqu'à son visage, tant la douleur était forte, et je me revois encore écrire, noircir ces pages qui n’ont servies à rien, ma mémoire vivait dans un coffre fort, et je n’étais pas prête à la laisser revivre, je n’étais pas prête à affronter le regard vide du cadavre que j’ai regardé mourir, je n’étais pas prête à avoir cette dernière image de ma mère, et encore aujourd’hui, devant vous, je sais qu’une partie de moi suggère encore le cauchemar, mais que je suis obligée d’accepter la réalité. Elle ne reviendra jamais, et mon père est en prison pour l’avoir assassinée sous mes yeux.

-Combien de temps cela a-t-il duré ?

-3 ans fis-je dans un souffle, et je scrutais l’horloge dans un réflexe ancien, comme si le temps me manquait toujours pour fuir et trouver le bonheur. J’ai abandonné l’idée de vivre pendant 3 ans. Jusqu'à ce que mon père soit jugé. Quand ma grand-mère a appris ce détail, elle a immédiatement décidé de me forcer au souvenir, elle a apposé sur la table la coupure de journal où il apparaissait et elle a tenté de remuer mon passé parce que mon mutisme la rongeait, parce qu’elle se sentait échouer malgré la promesse qu’elle avait faite devant la tombe de sa fille alors qu’elle me croyait sourde aux bruits alentours. Et malgré la barrière de ma mémoire, des bribes revenaient me hanter dans mes rêves, ou au détour d’une conversation, d’une histoire racontée au lycée, d’un fait divers dans les journaux, et je détournais toujours le regard lorsque l’on me demandait où était mes parents. Ma grand-mère à alors été contactée par l’avocat à la partie civile qui accusait mon père, et m’a mise devant le fait accompli. Ils nous convoquaient. Ils me convoquaient au témoignage.

 

 

Mars 2004, Chicago

 

J’ai toujours aimé l’océan. Et tous les ans, ma grand-mère m’emmenait sur la côte du pacifique, et nous restions des heures à observer sa mouvance dans le temps, une sorte de rituel du souvenir qui m’apaisait, et j’aimais son immensité, sa grandeur sur les hommes qui le provoquait. Les vagues charriaient les marrées à mes pieds, et dans ce silence presque religieux je reconstruisais petit à petit ce que j’avais oublié, en faisant une réalité plus acceptable que l’originale, gommant les traces de sang et la mortalité de nos derniers instants. La première année, je disais qu’elle nous avait quitté, qu’elle était morte tout simplement, comme cela du jour au lendemain, comme si le destin avait décidé de la châtier pour une faute inadmissible. La deuxième année, j’admettais qu’elle ne pourrait plus jamais voir l’océan avec moi, que nous étions dans deux mondes différents, deux mondes séparés par le fil de la vie, dans une autre pièce, hors de ma portée mais pas de mon cœur, et je commençais à lui redonner vie, je commençais à parler d’elle avec ma grand-mère parce que j’avais besoin de connaître la femme qui m’avait mise au monde avant qu’elle ne chute dans l’enfer coordonné que mon père avait scellé dans leur union. La troisième année, je m’autorisais à la tristesse, et je parcourais les albums que ma grand-mère gardait précieusement dans son grenier. J’en descendais toujours pleine de poussière et cela la faisait sourire, comme si elle y voyait un retour à l’espoir, une avancée dans ce que les médecins avaient nommé amnésie du traumatisme. Cette année là, je ne qualifiais plus la disparition de ma mère d’accident, d’erreur de la nature ; pour la première fois en trois ans, j’apposais la terrifiante sonorité du meurtre et j’en tremblais la nuit, quand les ombres naviguaient dans mon monde et que j’avais le sentiment de les entendre à nouveau hurler sur le pas de ma porte. Parfois, je sortais et je pouvais alors constater le silence du salon ordonné de ma grand-mère, où vivaient tous ses portraits de famille, elle en avait fait un rituel en les époussetant, et à chaque photographie naissait un sourire.

Cette année là, l’océan me paraissait plus sombre, plus orageux que les années précédentes et le soleil jouait sans cesse à cache-cache avec les nuages, une sorte de danse des damnés qui ressemblait à ma vie, du sourire aux larmes, de la douceur à la colère, de la tristesse à la dépression, et j’avançais ainsi sans autre port d’attache que cette petite femme qui s’évertuait à m’élever et à m’aimer comme son propre enfant et qui chaque jour voulait me mettre devant le fait accompli, qui voulait me pousser à admettre la scène que j’avais vécu, et la mort que j’avais vu naître si près de mon corps, si près de mon cœur qu’elle en avait bouleversé les rimes à jamais ; les notes ne se ressemblaient plus, et je ne pouvais plus jouer la mélodie de la vie dans ce vide qui était le mien, dans cette absence qui me brisait l’âme. Cette année là, mon père devait se faire juger, et ma grand-mère avait amorcé la bombe en déposant l’article de presse sur la table le matin, m’offrant le visage dévasté du meurtrier, et je fouillais mes entrailles à la recherche de la compassion, de l’amour que j’avais pu ressentir pour lui avant ; il n’y avait rien, rien n’avait survécu au désastre, et pour la première fois depuis que je l’avais quitté sur le sol glacé de notre appartement délabré, je demandais à ma grand-mère de retourner à la Nouvelle Orléans pour aller au cimetière…et au procès, où nous allions être convoqués quelques jours plus tard en tant que témoin de la scène, témoin du meurtre, parents de la victime, âmes fantomatique torturées, et j’agrippais la main bienveillante de la seule personne qu’il me restait au monde avant de hocher la tête, et de m’imaginer pénétrer le cimetière qui gardait prisonnier le souvenir tant aimé de ma mère assassinée.

 

-Qu’est ce qu’il dira ? Murmurais-je toujours devant l’océan, sa main dans la mienne, et elle scruta l’horizon, impassible.

-Il ne se défendra pas, Peyton. Il est coupable, et nous le savons.

-Je ne veux pas l’entendre prononcer les mots, je ne veux pas…

-Il faudra témoigner contre lui, et je sais que c’est très dur mais nous n’avons pas le choix. Même si tu es jeune, tu es le seul témoin vivant.

-Je suis la seule chose qui le raccroche à maman ; mais il n’est plus la seule chose qui me raccroche à elle. Pour moi, il est juste mort sur le parquet, il est mort le jour où il l’a assassinée, le jour où il m’a condamnée à regarder la scène et à dépérir.

-J’ai promis à ton psychologue de te ménager au maximum, mais je me sens impuissante. Ce procès, c’est une bombe.

-Je suis prête pour les souvenirs, Grand-mère.

-Je suis là, je serais toujours là, aussi longtemps que la vie me prêtera la chance d’être présente. Et la mort n’est jamais un abandon. Elle serait fière j’en suis certaine. Elle serait fière de toi, de nous, de notre courage pour affronter son absence, et j’essaye de faire les bons choix avec toi, de ne pas te laisser te perdre, d’être là quand tu en auras besoin, de m’effacer quand tu le souhaiteras. Je ne suis pas vraiment ta mère, mais c’est tout comme.

-C’est tout comme, et je t’aime, fis-je et son visage toujours imperturbable dans la joie comme dans la tristesse se détendit et elle m’offrit un sourire confiant.

-Il y a quelque chose Peyton, tu lui ressembles, mais je sais que ta vie sera différente. Elle voulait te sauver, elle voulait que tu sois libre, ne ressens tu pas l’empreinte du vent sur ton visage ? L’eau qui chatouille tes orteils ? La liberté c’est une sensation propre à chacun, étrange dans un sens, car elle regroupe toutes les sensations de l’envol, du paradis, sans avoir dit adieu à la vie. La liberté c’est un envol ; et vous l’êtes toutes les deux. Je n’ai jamais cessé de croire qu’il y avait quelque chose au-delà de la vie, un endroit où ceux qui ont quittés ma route attendent que je les rejoigne, et je suis ancrée dans cet espoir d’une continuité pour nous tous, je suis dans l’attente de cette réunion au sommet où chaque être aura sa définition de la liberté…

-Ma définition se perd dans le néant. Au lycée, mes parents sont juste morts, tués par un chauffard sur la route parce que c’était plus facile. Dans la réalité, j’ai assistée à l’assassinat de ma mère, et j’ai regardé mon père se faire passer les menottes. Je ne suis pas vraiment libre, je suis enchaînée à eux, à leur histoire que j’ai faite mienne, et tant que je ne serais pas en paix avec tout cela, la liberté ne sera qu’une étincelle vite consumée.

 


nanouee  (16.08.2011 à 19:07)

Musique

 

Juillet 2011, New York, Garden District Hospital

 

-Je crois que c’est plutôt elle qui m’a sauvée. Sans sa présence et son éternelle robe de deuil, je ne serais pas ici, j’aurais été enfermée dans une clinique pour aliénés, et j’aurais passé ma vie entière à rédiger des écrits sans sens, vouée à la vengeance ultime du crime lié au sang. Et ce mot à voguer dans ma vie pendant des années après le procès ; vengeance ; parce que je lui devais bien cela, parce que je ne pouvais pas laisser mon père dormir calmement dans sa cellule alors qu’il lui avait ôté la vie si facilement. Mais la vie se venge elle-même des pêchés qui sont commis sur sa route, et quand j’y repense, je me vois totalement aveuglée par la colère, remonter cette allée, et fixer mon regard à celui du condamné, comme s’il avait contraint le regard de ma mère à l’épier avant de mourir ; j’étais une vengeance vivante, il me voyait en elle, il étudiait mon visage et y cherchait les traits de sa femme, et sur le banc des témoins, nous étions restés immobiles dans l’attente du verdict qu’il méritait et qui le conduirait en enfer.

-Vous avez donc été convoquées toutes les deux par la police locale ?

-Un papier officiel ; de ceux que l’on ne peut pas ignorer, adressé à ma grand-mère et à moi-même qui nous demandait de nous rendre au tribunal de la Nouvelle Orléans, le 12 Mai 2004 pour l’ouverture du procès du dénommé Larry Sawyer, jugé pour homicide involontaire avec circonstances aggravantes. Bien sûr, son avocat voulait réduire la peine invoquée, il était saoul, il était en colère, ma mère le trompait, elle voulait enlever son enfant, il avait perdu la tête…Alors nous avons plié bagages et nous sommes allées à la Nouvelle Orléans comme des touristes dans cette ville où j’avais vécu si peu de temps ; nous nous étions installées dans un hôtel au frais de l’état, et en tant que témoin clé, nous attendions le moment ultime, le paroxysme du procès qui allait nous faire entrer en scène.

 

Et je libérais de mon sac, l’article de journal où le visage dévasté de mon père apparaissait, je le contemplais comme la vision d’un étranger qui à navigué dans mon existence et qui en était sorti, laissant une partie de mon cœur mort sur le bord du chemin. A cela, je joignis la deuxième coupure de presse qui annonçait le verdict, et la troisième que je n’épiais pas, je n’étais pas encore prête à leur dévoiler le dénouement de ce cauchemar, il me fallait conter dans l’ordre ce qui m’avait amenée ici, ce qui m’avait condamnée à l’errance si longtemps…

 

-Il vous faut amorcer le pardon, Peyton.

-Je ne suis pas ici pour apprendre à pardonner à mon père sa méprise. Je suis ici pour me faire à l’idée qu’il n’y aura jamais vraiment d’adieu, pour apprendre à vivre avec cette encoche dans mon existence. Et il n’y a pas de place pour le pardon. Pendant un temps, j’ai cultivé la vengeance comme une évidence, je me voyais attendre patiemment sa sortie ou son exécution pour enfin respirer, mais je me suis rendue compte qu’il restait mon père, et que de la haine il reste cette poussière fugace d’amour que j’ai rejeté. Parce qu’il n’était pas vraiment ainsi avant, parce que j’ai parcouru les albums chez ma grand-mère, et qu’il semblait presque heureux au bras de ma mère dans leur jeunesse galvaudée ; ce père là, je pouvais continuer à l’aimer, à le pleurer, et à vouloir m’en remettre. Le jour du meurtre, il a fait de moi une orpheline ; dans mon cœur il était impossible que cet homme aux mains si puissantes, aux yeux si blessants ait pu un jour être mon père, me chanter des chansons, et m’aimer plus que n’importe qui sur cette terre…J’ai la nostalgie de ce que je n’ai pas connu, des années où ils s’aimaient, de ces moments où ils pensaient l’avenir heureux et bienveillant. Le jour où j’ai perdu ma mère, j’ai perdu l’image de mon père que gardait ma mémoire, quand il ne buvait pas et qu’il me caressait les cheveux devant l’océan…Je viens leur dire au revoir, dans un sens. A tous les deux. La mort où la distance, qu’importe à présent, je dois apprendre de ma vie d’adulte que l’on ne change pas le passé, que l’on ne vit pas longtemps sur ses ruines, et que j’ai le courage au plus profond de moi, d’aimer les moments nés de mes réminiscences et de les apprécier comme si toute ma vie avait été une belle journée ensoleillé les pieds dans le sable.

-A-t-il été condamné à perpétuité ?

-Non. Il a été condamné tout court, et cela me convenait ; je ne voulais plus jamais le voir, plus jamais le laisser m’approcher, me parler, ne plus lui laisser de place dans ma vie, et il s’est rappelé à moi quelques années plus tard en se suicidant…

 

 

Mai 2004, La Nouvelle Orléans

 

Quand j’étais petite, les cimetières étaient une curiosité pour moi. J’y voyais des anges mal dessinés sur des stèles, qui scrutaient la vie et les passants de leur regard vide et abandonné. Et il me semblait que le silence qui y régnait était un jeu, faire le moins de bruit possible, murmurer à l’oreille de son voisin et se perdre entre les pierres tombales fleuries avec attention. Le jour où mon grand père est décédé, je revois ma mère me prendre la main et m’expliquer que le cimetière n’est qu’un endroit pour se recueillir, et que je ne devais pas venir y pleurer pour l’âme des morts, elle s’était déjà envolé, et mon grand père trinquait probablement avec Roosevelt sur une terrasse au paradis. Cette image était restée dans ma mémoire comme une vérité absolue, mon grand père n’était pas sous terre, et ce corps qu’il avait abandonné, ne lui manquait pas, il s’amusait avec les nuages et attendait sa femme bien aimée pour continuer le chemin quelque part sans nous. Dans cette force tranquille, j’avais suivi ma grand-mère vers l’entrée du cimetière, convaincue qu’il n’y avait ici que des corps, que je n’avais pas besoin de stèle pour penser à ma mère, pour lui parler de ma journée et faire des promesses au silence. Je traversais l’allée sans un bruit, confinée dans cette image solennelle comme lorsque je remontais la nef d’une église pour y déposer un cierge, et la tombe était au bout d’un petit chemin, presque solitaire, entourée d’une rangée de petites fleurs violettes, et je retenais ma respiration jusqu'à ce que je vois le nom sur le marbre, comme un coup de poignard parce que j’avais le sentiment de me voir, de venir rendre visite à ma propre tombe pour exorciser mes démons. Ma grand-mère se pencha et nettoya la terre qui tâchait la pierre, et elle ferma les yeux dans une prière muette que je ne pouvais pas suivre ; la religion ne m’avait jamais gagné à son cœur ; je me rassurais juste en l’imaginant elle aussi sur une terrasse où mon grand père l’aurait attendu patiemment comme à son habitude avec son éternelle casquette et sa voix douce et profonde. Et ma grand-mère attendait certainement qu’ils viennent la chercher tous les deux quand le moment sera venu, quand elle aura donné sa voix au monde, quand elle aura laissée une trace qui lui survive et perpétue l’instant pour toujours. Je me sentais responsable de cette voix, de cet instant à aimer, à chérir, chaque jour comme une dernière fois, et je ne restais pas très longtemps auprès de la tombe, dans une même danse, sur des notes de quiétude appréciable, elle ancra sa main dans la mienne et m’emporta hors du cimetière, comme elle m’avait emporté hors de l’appartement 3 ans auparavant, comme la protectrice qu’elle était devenue, mon unique lien avec la réalité de la vie.

 

-Tu es prête ? Demanda-t-elle et je hochais la tête ; j’allais à nouveau affronter mon père.

 

* *

*

 

Les tribunaux ont la même particularité que les cimetières. Il y fait sombre et les gens marchent à pas feutrés pour ne pas heurter leurs voisin ; il y a toujours le hall et ce long couloir qui mènent aux salles d’audience, seulement ce jour là il est emplis de journalistes, ceux qui couvraient l’affaire, et pointaient sur nous leurs flash si blessants dans mon histoire, exposant mon visage aux affres de l’aveu, de l’affrontement finale, de ces derniers instants en présence de l’assassin de ma mère. Ma grand-mère à posé sa main dans mon dos, et elle me guide vers la salle, entourée par le procureur qui accuserait si durement mon père entre ses murs, qui quémandait la sentence ultime, et je restais sans réaction en poussant les portes, mon visage ne trahissait rien, et je m’installais dans les dernières rangées, aussi loin de lui que possible, protégée par toutes les personnes devant moi qui faisaient écran au malheur. Le silence s’ancra soudain dans la salle à l’arrivée du juge, et j’entendais vaguement ses explications, tout cela était flou, il me semblait voguer à côté de mon propre corps, il me semblait sentir la présence de ma mère sur ce banc à mes côtés pour compenser tout ce qu’elle avait manqué en 3 ans, et jusqu'à la fin de ma vie, et elle pouvait enserrer ma main et me demander de faire taire la haine au fond de mon cœur, ce sentiment qui détruisait tout, qui brisait les souvenirs et généraient les cendres sur lesquels j’allait construire mon avenir. Le pardon n’était pas une option pour ma vie, et j’étais loin d’en ressentir le besoin ; je voulais que la justice me sépare définitivement de mon père et de sa dernière image, ses mains autour de sa gorge, son souffle rauque et chargé d’alcool, ses yeux hypnotisés par la colère, et le cri que ma gorge avait retenu ; je pensais le point final à ma portée, je le croyais ici en attendant le verdict, mais la vengeance ne donne aucune satisfaction ; elle vient juste mettre un terme à l’espoir, elle vient juste achever une partie de notre vie sans retour en arrière, et je ne cultivais pas encore l’expérience de ma grand-mère qui pouvait attendre dans l’ombre que la vie fasse son œuvre sans en changer les cartes.

 

-Nous sommes tous réunis après une très longue attente pour juger l’affaire suivante. Accusé levez-vous, entendis-je et je le vis soudain debout, chétif, et recroquevillé sur lui-même. Larry Sawyer, vous êtes accusé d’homicide involontaire avec circonstances aggravantes ; le tribunal statuera sur votre sort définitif, à l’issue des séances à venir. Madame le procureur ? Souhaitez-vous présenter les faits ?

-Absolument, votre honneur, s’exclama-t-elle en se levant pour faire face à la salle alors que mon père n’avait toujours pas osé affronter ma présence. Il y a 3 ans, le 24 janvier 2001 pour être exacte, Anna Sawyer rentrait du travail, elle était certainement épuisée, et elle trouva son époux dans un état avancé d’ivresse. Elle lui avait confié leur fille, Peyton, 13 ans à l’époque des faits jusqu'à son retour. Une dispute a vraisemblablement explosée entre les deux époux, devant leur fille, et Monsieur Sawyer aurait violenté sa femme, furieux qu’elle veuille mettre un terme à leur relation et partir avec leur fille. Les conclusions du médecin légistes sont claires, Monsieur Sawyer a étranglé sa femme. Elle avait des contusions sur tout le corps, conséquences de leur lutte, mais la cause de la mort est bien une privation d’oxygène, d’ailleurs les marques sur le cou de la victime ont étayées cette version des faits. Monsieur Sawyer nous a fait une déposition sommaire, et nous n’avons pas besoin de preuves pour le disculper, puisque nous avons ici présent le seul et unique témoin de la scène ; leur fille Peyton.

 

J’en tremblais, et il se retourna doucement, lançant son regard vide dans la salle, et quand il croisa le mien, je retenais mon souffle, revoyant la scène comme un mauvais film en noir et blanc où les discours seraient muets, la mémoire de ces instants longtemps oubliés reprenait place, je pouvais retrouver les mots, les gestes, entendre les brisures des meubles, le halètement du souffle entravé, et les pleurs qui venaient conclure la blessure des mains de mon père. Il soupira, et m’arracha son image aussi violemment qu’il avait arraché la vie de ma mère à la mienne, aussi durement qu’une traînée de sang au sol, qu’une empreinte éternelle sur un corps, dans un moment bafoué, et toute la salle s’était tournée vers moi, attendant la réaction la plus naturelle du monde, un gémissement, des pleurs, tout ce que j’avais occulté, tout ce que j’avais refusé dans mon monde, mais tout était remué ici, tout semblait plus fort, plus insupportable, et je perdais le contrôle de mes propres émotions.

 

-Peyton Sawyer sera donc notre premier témoin, et j’aimerais faire cela en comité réduit ; je tiens à rappeler à la cour que cette jeune fille n’a que 16 ans, et que la blessure est encore à vif.

 

Le juge acquiesça et les gardes firent vider la salle, seuls restèrent présent, les avocats, le jury, ma grand-mère et moi dans un silence solennel que j’avais du mal à apprécier, si proche de mon père, de son essence malsaine et tout dans son regard quémandait le pardon, ses mains nouées contre sa poitrine, son corps tremblant, et l’immensité de ses prunelles brillantes quand il me regarda passer pour aller à la barre. Je me laissais tomber sur le siège et le juge m’entoura d’un regard plein de pitié que j’ignorais ; j’affrontais la culpabilité de mon père, sa douleur muette depuis 3 ans, l’absence que cet acte avait crée dans sa vie, j’étais prête à l’aveu, j’étais prête pour entendre ma voix raisonner et conter les derniers moments où j’ai failli, où je l’ai laissé l’emporter, la tuer, sans rien pouvoir faire…J’étais prête à me pardonner à moi-même de n’avoir été qu’une enfant, trop insignifiante pour changer le cours de l’histoire, trop lointaine pour arracher les mains agressives de son cou, j’étais prête à me pardonner de ne pas l’avoir sauvée…

 

-Je ne suis pas venue chercher la vengeance. Du moins, je ne suis plus dans cette optique. Pendant ces 3 années, j’ai fréquenté les sièges de nombreux psychologues qui ont diagnostiqué une sorte d’amnésie du traumatisé ; en général ce sont les soldats qui reviennent de la guerre ; sauf que dans un sens cette journée était une guerre. Je suis là pour me pardonner à moi-même et pour ne plus me perdre dans la haine, qu’importe la sentence, qu’importe que la punition soit juste où non, je ne m’en sens plus investie ; je ne me sens plus comme ta fille, papa.

 

Il sursauta, et releva brusquement la tête. Il ne m’avait pas vu depuis 3 ans, il avait dû oublier certaines expressions de mon visage, la douceur de mes yeux, la blondeur de mes cheveux, mais il n’avait pas oublié à quel point je lui ressemblais, à quel point mon regard l’accusait, comme si elle était sur cette chaise en représentante des enfers pour la condamnation qu’il méritait. Dans mes yeux, il la voyait, et il se détournait toujours comme si ma voix était aussi une trop blessante réminiscence pour sa conscience.

 

-Je n’ai pas le sentiment d’être orpheline au fond de mon cœur ; parce que je serais toujours sa fille, je serais toujours l’enfant de quelqu’un, et cela personne ne pourra jamais me l’enlever. J’ai le sentiment lointain que tu me considérais comme ta princesse, j’ai le souvenir de l’instant, du moment où tu aurais pu faire n’importe quoi pour moi. Je ne reconnais plus l’homme qui m’a condamné au silence de ses mots si doux qu’elle murmurait à mon oreille. Je ne sais plus qui tu es, et je ne peux plus t’aimer. J’aime le fantôme uniquement, et celui là je l’aimerais toujours…Dans un coin de ma mémoire, il est présent, il est à la hauteur de sa mission de père, il aime sa femme et son enfant sans partage, il laisse la porte du réfrigérateur fermé, il ne casse pas les meubles, ne lance pas d’insanités, dans mon monde, il n’aurait jamais pu la tuer, écraser sa vie devant la mienne. Et je me suis sentie tellement coupable de ne pas avoir eu la force d’arracher tes mains de son visage ce soir là, de ne pas avoir pu changer les choses, la continuité de notre histoire ; les notes étaient faussées dès le départ, et je ne sais pas si je pourrais m’en remettre un jour, où si je devrais vivre avec l’absence toute ma vie sans compensation. Je suis allée au cimetière tout à l’heure et c’est étonnant comme la blessure est vivace, comme le nom sur la stèle semble me condamner moi aussi, tout comme il te condamne. Tu as ancré dans mon existence ce besoin d’appartenance, d’amour et d’attention. Maintenant, chaque main peut être meurtrière, chaque homme peut bouleverser ma vie ; et je sais qu’elle aurait eu la force de m’élever seule, de faire de moi quelqu’un de bien, je survis de cet espoir, pour qu’elle soit fière et qu’elle ne se soit pas regardée mourir pour rien. Ce soir là, elle voulait m’emporter, nous emporter toutes les deux vers un monde différent, pas forcément meilleur, mais un monde loin de toi, sans toi, où je sais que la blessure aurait pu cicatriser, le temps aurait pu nous aider ; et cette porte là, nous ne l’avons jamais franchie…

 

Il cacha sa tête entre ses bras, et le jury m’observait avec attention, cherchant sur mon visage quelque chose à analyser, et tout ce qu’ils trouvèrent furent les seuls et uniques larmes qui venaient au monde, elles coulèrent le long de mes joues en brouillant la justesse de mon visage, et je ne les essuyais pas ; j’épiais ma grand-mère qui levait les yeux au ciel comme si elle avait attendue toute sa vie que la blessure saigne. Je soupirais parce que mon témoignage n’en était pas un, je ne donnais pas les faits, parce qu’ils les connaissaient, et parce que je ne voulais pas réduire ce procès au décès d’Anna Sawyer, à la tristesse de sa fille, et à la culpabilité de son époux. Je voulais que ce procès soit comme un hommage, comme un moment où les mots sont prononcés pour toujours, où ils sont inscrits dans le marbre comme une vérité à cultiver, comme un silence du futur à apprécier, une erreur à pardonner, une sentence à mériter, comme un histoire à clôturer.

 

-Peut être qu’il ne voulait pas la tuer, peut être qu’il voulait juste la menacer comme il le faisait toujours, peut être qu’il s’en veut, qu’il ne dort plus la nuit, mais égoïstement aujourd’hui, je m’en moque. Je ne vois que le vide qu’il m’a laissé, que les chances qu’il a brûlées, je ne vois que la route que je devrais faire solitaire, les moments qu’elle ne partagera plus jamais avec moi, ce qu’elle n’a pas eu le temps de faire et que je me suis jurée d’accomplir, et je sais que l’amour maternelle est inconditionnel. Je me souviens de son dernier discours ; plus tard ce sera une évidence, quand je serais la mère et qu’il faudra sauver mon enfant, quand le moment sera venu de faire face et de franchir les montagnes. Ce jour là, je pourrais enfin dire que je la comprends et elle sera mon modèle, elle le sera toujours. Je lui ai fais une promesse muette sur le sol de l’appartement, son corps condamné contre le mien ; jamais personne ne brouillera son souvenir, jamais je ne pourrais oublier ce qu’elle m’a donné, ce qu’elle a fait naître en moi ; de la force, de la détermination, du courage. Et je suis la survivante de votre histoire, papa. Je voulais te voir croupir en prison, mourir en enfer ; mais je me suis rendue compte que la vie fait son œuvre, et que je n’ai pas besoin de prier pour ta condamnation, tu ne seras plus jamais libre…Moi si.

 

Les autres mots se noyèrent dans la masse, et je racontais notre dernière soirée sous le même toit, comme un cauchemar et la réalité pouvait être galvaudé, les souvenirs incertains, mais l’essence était préservée, je redevenais la petite fille terrifiée devant son père, devant les menaces, les coups, et les cris, je redevenais l’enfant victime de la violence du monde entre les deux êtres qu’elle chérissait le plus, et au final, je n’avais rien pu oublier, rien pu égarer dans ma mémoire ; je me relevais comme un point finale, et je m’arrêtais quelques secondes en face de lui, le dernier regard, la dernière étincelle, et je lui fermais mon cœur pour toujours. Je ne l’appellerais plus papa, il ne dormirait plus sur les photographies de ma vie, il ne serait qu’une ombre lointaine, je ne construirait pas mon future sur la blessure de ses mains, je ne serais plus craintive et effacée, et dans un sens, j’avais appris entre ses bras combien la vie pouvait être monstrueuse, combien les rêves pouvaient être maltraités, les espoirs réduit à néant, pour une seule fausse note dans la partition, un seul écart dans le dernier coda, une seule méprise dans leur mélodie qui ne devait pas condamner la mienne.

Je lui tournais le dos, et ma grand-mère me rejoignit en essuyant ses larmes, elle me serra dans ses bras avec force, parce qu’elle avait toujours été le roc de la famille, la personne qui ne pouvait jamais faillir, et qu’elle venait de me donner le secret de la survie, accepter l’innommable, et attendre l’œuvre du temps sur les coupables, la quiétude de l’instant sur les victimes, le repos des souvenirs dans un ailleurs, dans l’éternité qui nous sauvera parce que nous les reverrons, parce qu’ils nous attendaient et que de cette certitude, la vie me paraîtra plus belle…


nanouee  (16.08.2011 à 19:10)

Musique

 

Juillet 2011, New York, Garden District Hospital

 

-Il s’est suicidé il y a 2 ans, fis-je les mains nouées sur mes genoux, et je tente de garder en moi le souvenir de mon vrai père, celui de mon enfance, qui n’aurait jamais pu lever la main sur elle, ou me terroriser, celui qui m’aimait envers et contre tout, dans une sorte de promesse muette depuis le jour de ma naissance. Je n’ai plus parlé de lui au monde, ma grand-mère reste mon seul repère dans cette histoire, et personne alentour ne pourra jamais connaître la vérité à part vous. Je ne sais pas s’il a trouvé la paix, mais jusqu'à maintenant, je me sentais étrangère à cette mort, comme si c’était le voisin qui venait d’expirer ; au fond de mon cœur je continuais à cultiver cet écart de haine, cette brisure dans mes relations avec l’humanité, parce qu’elles ont été brouillées et que j’ai mis du temps à m’en remettre. Nous sommes rentrés à Chicago après la condamnation. Le procureur avait obtenu la peine maximale à son encontre, 20 ans d’incarcération sans remise de peine possible, et je l’avais regardé rejoindre sa cellule, impassible, debout en face de mon passé pour lui tourner le dos et avancer. Je ne suis plus jamais retourné le voir, et la dernière chose que j’ai reçue de lui fut une lettre d’adieu, celle qui était dans ses affaires et que la prison m’a renvoyée.

 

Je sors alors de mon sac une petite boite noire et défit le couvercle pour offrir les coupures de journaux à la lumière, la photographie de ma mère jeune qu’il gardait sous son oreiller, et une autre de moi dans ses bras quelques heures après ma naissance et cette promesse muette de me protéger pour l’éternité, du monde et de ses déboires, de la mort et de la violence du temps ; et cette lettre froissée, jaunie par les années que je libérais de son enveloppe pour la déplier et laisser l’encre parler à ma place…

 

 

 Chère Peyton,

 

Tu es une adulte maintenant. Et je n’ai pas vu passer le temps, ce temps qui m’a séparé de toi, et l’abîme est à présent infranchissable. Je n’ai pas les mots pour te demander de me pardonner, car il m’est impossible d’imaginer ce que tu as vécu, ce que je t’ai imposé, il m’est impossible d’oublier moi-même que j’ai abrégé la vie de la personne que j’aimais le plus au monde après toi. Je pense à elle tous les jours, et au fond de mon cœur je nous offre une autre finalité, ma chérie. Je nous crée un monde sans nuit à maudire, sans mauvais écart, je suis heureux et je l’entends rire comme dans les premières années, comme quand elle m’a annoncé que tu allais venir au monde et illuminer ma vie. Je n’ai jamais cessé de t’aimer, même quand l’amour à quitté ton cœur, même quand tu es venue témoigner à mon procès et que tu as réveillé toutes ces images embrouillées dans mon esprit ; je n’ai jamais cessé d’être ton père, Peyton. Je n’ai jamais cessé de vouloir le meilleur pour toi, une belle vie avec quelqu’un qui saura t’aimer et te rendre exceptionnelle comme jadis, parce que tu l’étais, parce que tu l’es et qu’elle est certainement très fière de toi aujourd’hui.

J’ai appris que tu étais entrée à Columbia et que tu te destinait à l’école de magistrature ; j’ai peut être influencé ce choix malgré moi, et j’espère que tu gardera le cœur ouvert pour les autres Peyton, que tu ne briseras pas ce qu’il y a de bon en toi, ton empathie, ton envie de sauver le monde, parce qu’il y aura toujours des victimes, toujours des coupables, et que dans sa sagesse, ta grand-mère et son souvenir m’ont aidé à accepter que le temps pouvait me punir.

Seulement, je n’ai pas envie de continuer à vivre avec l’absence, avec le manque, cette existence me paraît trop longue, insurmontable, et je ne veux plus jamais que tu te sentes coupable, tu ne pouvais pas la sauver, et c’est ma très grande faute, c’était mon choix de vie pour nous tous, je l’ai condamné, et je me suis condamné, mais ne marche pas sur nos traces, Peyton. Ne soit pas comme nous…

J’ai confiance en toi, en ta capacité à surmonter le pire de l’existence, et je ne te donne pas le meilleur exemple, c’est un acte lâche mais la seule carte qu’il me reste. Je ne regrette qu’une chose, ne pas avoir eu le temps de voir ton visage une dernière fois pour te demander pardon, pour te demander de m’aimer à nouveau parce que mon cœur saigne d’avoir été volé à ta vie pour un instant d’égarement, un instant de trop entre la vie et la mort.

 

Je ne sais pas si Anna m’attend, si elle a décidé de me pardonner, où si son visage torturé sera ma dernière image d’elle, mais au fond de moi, je n’ai d’espoir pour rien ; juste pour toi, et le temps que tu passeras à construire des édifices, à aimer des êtres qui te trahiront peut être un jour comme moi. Ce n’est pas une fatalité, et parfois l’amour est beau, Peyton ; parfois l’amour est un cadeau, ne lui ferme pas la porte…

 

Je t’aime, et je t’aimerais toujours.

 

J’essuyais les larmes qui inondaient mon visage et reposais le tout sur mes genoux dans un silence religieux, je replaçais chaque objet à sa place, les clichés de ma vie, les lettres de la sienne, la finalité de notre histoire commune et le début de la mienne. Je suis venue ici chercher le pardon, chercher en moi cette petite étincelle capable de continuer à aimer mon père, cette brisure qui pouvait cicatriser et me permettre d’aller au cimetière à côté de leurs deux tombes pour me recueillir, pleurer et me relever parce qu’il n’y a rien d’ancré au monde des anges de marbre, juste des noms sur la pierre, rien qui puisse me rapprocher d’eux, me rappeler que la vie est courte et l’instant décisif, rien qui puisse me pousser à revenir, et à ma dernière visite, j’ai déposé une rose sur les deux stèles parce qu’il dort à côté d’elle, et que je sais qu’au fond d’elle-même elle ne m’aurait jamais encouragé à la haine, ce sentiment destructeur qui a failli emporter ma vie, et sans ma grand-mère et son éternelle sagesse, je n’aurais jamais sauté le pas, et admit qu’ils me manquaient tous les deux.

 

-Il faut apprendre à vivre avec les tragédies de notre vie. C’est un point qui a toujours été difficile à aborder, et je crois que j’ai trouvé un chemin ici entre vos mains si bienveillantes. Accepter de ne pas avoir été présente, d’avoir échoué, de l’avoir laissé mourir, d’avoir condamné mon père et de lui avoir refusé une dernière image de moi. Je sais qu’il ne m’en a jamais voulu, qu’il a certainement pensé à elle et à moi quand il a noué ses draps pour faire la corde ; il n’était plus surveillé, il avait attendu le bon moment pour achever l’existence qui le retenait et chercher une sorte de liberté. Ce sentiment propre à chacun, et que je ressens quand je suis au bord de l’océan et que je fixe l’immensité en souriant. C’est apaisant et il me semble y avoir trouvé ma rédemption, ma liberté. Regarder l’océan est ma liberté propre, c’est mon moment seule à seule avec le silence, où il n’y a rien d’autre que le bruit des vagues et l’enchantement de la vie. Et je l’aime cette vie, ma vie. Je me destine peut être à condamner des coupables à l’emprisonnement, mais je n’ai pas oublié d’où je viens, qui je suis, et les tragédies de ma vie ; mon cœur ne s’y trompera pas, et je sais que quand je croiserais une autre petite fille comme moi, je lui tendrais la main et lui demanderait de rechercher sa propre définition de la liberté, pour que son futur ne soit pas noyé par la déchéance, par la mort et l’absence de ces piliers si essentiels à nos vies, parce que ce sont eux qui nous apprennent à vivre, ce sont eux qui guident notre souffle les premières années et qui nous montrent le monde comme une immensité à découvrir, un inconnu qui peut être tragique ou magnifique, et quand leur main quitte la nôtre, nous savons qu’ils sont encore là, au cas où nous trébuchions au détour d’un chemin, sur une route impraticable de la vie, ils sont là au travers de la mort, parce que nous sommes leurs enfants pour toujours.

-Vous êtes vous pardonné à vous-même, Peyton ?

-Je continue à penser à elle, je continue à la faire vivre à mes côtés, et je crois que c’est le plus important, parce que la vie suis son court et qu’au fil du temps, la douleur semble juste plus acceptable. Je me suis pardonnée l’instant, et je suis prête à leur pardonner d’avoir failli dans leur histoire. Au fond de mon cœur, je n’ai pas vraiment grandie, je peux me voir courir sur une plage et attendre que mon père me soulève dans ses bras pour me faire tournoyer, je peux attendre que ma mère fende les vagues dans l’océan et ressorte en riant pour m’embrasser, je peux attendre toute ma vie pour les revoir. Je ne suis plus pressée. Je suis juste prête à vivre, et je sais que plus tard, quand mes propres enfants marcheront sur la plage, je m’installerais à côté d’eux et je leur conterais une histoire de mon enfance, je ne leur montrerais que les bons clichés de nos ballades dans la vie, et je verrais naître leur sourire avec satisfaction parce que ce sera mon unique récompense. Sans ma grand-mère, je n’aurais jamais pu marcher aussi loin, courir aussi vite, je n’aurais jamais pu faire entendre ma voix au procès, et la faire raisonner ici entre vous tous, et je sais que vous avez tous une mélodie compliquée, que vous avez tous des blessures à cicatriser, et je veux vous entendre encore et encore pour ne jamais oublier à quel point les instants de bonheurs sont éphémères et précieux. Je les cherche ; je veux être heureuse maintenant avant que les illusions ne m’achèvent, je veux être heureuse sans regrets parce qu’elle n’a pas eu le temps de l’être, et que c’est une des choses les plus difficile à accepter pour moi. Je suis passé par le processus compliqué du deuil, j’ai dénié la vérité, crier sur le monde, pleurer dans un coin, maudire l’univers, et j’ai finalement accepté de montrer mes sentiments, de laisser apparaître mes faiblesses, parce qu’ils m’ont forgée ainsi, et que ce chemin je l’ai parcouru, je l’ai apprivoisé et le prochain sera mon entreprise, je le choisirais, je l’aimerais, sans jamais oublier que j’ai été l’exception de sa vie, comme elle sera la douceur de la mienne, jusqu’à la fin et bien plus encore…Conclus-je avec un sourire et l’assemblée semblait presque aussi apaisée que moi.

 

Je me lève et je croise le regard embué de Brooke ; nous avons été des naufragés jetés à la mer sans gilets de sauvetage, nous avons été abandonnées sur terre par nos essentiels, et pourtant je sens qu’elle est forte, qu’il se dégage d’elle une essence invincible, et qu’elle survivra à tout, comme moi dans un sens, et j’ai le sentiment que toutes les personnes présentes ici sont des survivants, tous à leur façon, tous à leur blessure, si singulier dans cette ressemblance de la mort, de la violence, de l’abandon, et de la culpabilité d’avoir été au bord des larmes, d’avoir trouvé la vie interminable, d’avoir souhaité qu’elle s’achève pour être libérée.

Je fixe Haley avec attention parce que la suite lui revient, et que je n’arrive pas à capter les étincelles dans son regard, parce qu’elle fuit et qu’elle est sans doute, la plus fragile d’entre nous toutes, la plus jeune et la plus perturbée. Les autres s’en vont et je lui tends une main qu’elle agrippe avec force, les yeux noyés par la peur de laisser raisonner sa voix entre les désespérés de la vie qui se sentent revivre. Je peux sentir le tremblements de son corps, et je la conduit vers l’escalier avec Brooke ; dans un sens la tragédie n’est qu’un mot, la vengeance qu’un état de fait, mais dans la réalité de la vie, il reste ceux qui vous soutiennent, qui vous prennent dans leurs bras parce que leur cœur est pure et simple, et c’est la seule chose que je veux retenir de ces instants avec elles, de cet endroit où je suis entrée à reculons, incapable d’admettre que je voulais trouver ma rédemption, ma définition du bonheur.

Cette nuit, je rangeais déjà ma valise, triant mes souvenirs dans un coin, laissant apparaître la photographie de mon père tenant ce bébé qui allait le condamner si durement, lui dénier l’existence dans son cœur, et je me surprends à caresser le cliché comme si je lui demandait pardon de n’avoir pas eu la force d’affronter une dernière fois son regard si semblable au mien pour lui offrir la paix dans son éternité…

Je pose le cliché et celui de ma mère qui l’accompagne sur la table de nuit, et je me promet d’appeler ma grand-mère demain matin, juste pour entendre sa voix et me rappeler combien elle est douce à mon oreille, juste pour me rappeler que je ne suis pas seule, et que je suis sur la bonne route, celle qui me conduira dans mon paradis, si durement imaginé ; où je nous donnais une seconde chance pour changer les notes et continuer à nous aimer au-delà de la méprise, au-delà de la blessure du temps insurmontable, de cette absence irréparable que je tente d’accepter…

 

Et je gravais derrière le cliché qui représentait le visage souriant de ma mère, quelques mots pour clôturer cette page si longtemps noircie, si longtemps torturée par la brisure de l’instant ; juste pour me souvenir qu’elle manque à ma vie, dans un continuel recommencement, et que je l’attends…

 

« La mère trace le chemin pour son enfant, et quand les poussières de la vie l’emporte, le chemin se meurt… »

 


nanouee  (16.08.2011 à 19:16)

Fin de la deuxième partie

Je vous remercie par avance pour vos réactions et commentaires à la suite de cette deuxième partie. J'espère que vous avez apprécié la storyline de Peyton, et je suis soulagée d'avoir achevé l'écriture de cette partie, car honnêtement j'ai usé un très grand nombre de paquet de kleenex...

Pour la troisième partie, elle se fera quelque peu attendre, je reprends le boulot, et j'aurais beaucoup moins de temps. J'espère l'achever tout de même rapidement pour que l'attente ne soit pas trop longue...

Merci encore et n'hesitez pas à commenter.

Sam

 

 


nanouee  (16.08.2011 à 19:23)

Une fois de plus j'adore, j'ai même plus apprécié l'histoire de Peyton que celle que Brooke que j'avais déjà beaucoup aimé, l'émotion passe toujours aussi bien, l'histoire de l'homme ivre qui maltraite sa femme à longueur de temps et de voir une petite fille devoir vivre ça surtout quand la fin est aussi tragique, c'est très malheureux, son enfance est gaché, malheureusment ça existe. C'était vraiment très bien écrit une fois de plus.


aline2408  (16.08.2011 à 20:08)

Quoi dire...... Super suite .... Super texte..... Super ecriture .....

Le tout écrit par une personne Super^^

Bref tu l'aura compris j'ai beaucoup aimé, comme toujours et j'attends la suite avec impatience. Tes textes sont prenant, le tout avec tellement de details qu'on ppeut voir la scene devant nous. J'adore j'adore^^

Vivement la suite!

 

BisousBisous <3

 


fanscott21  (17.08.2011 à 12:39)

Que dire de cette suite.

Elle est très bien écrite ton histoire est trrès prenante. Tu nous fais ressentir les émotions les plus profondes de tes personnages. on pourrait croire que Peyton était là à coté de nous.

En tout cas Bravo!!!!! Impatiente de lire ta suite et l'histoire d'Haley car je suis sure qu'elle sera tout aussi bien écrite et pleine d'émotion.


Crystal  (17.08.2011 à 23:40)

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