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For A Wonderful World

Créateur : nanouee 
Date de création : 08.03.2012 à 18h39

Message du créateur :
Premier épisode - Bonne lecture

Cet épisode compte 17 paragraphes

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Bonjour à tous;

En convalescence forcée; j'ai eu une illumination. Il y a quelques années, pour les plus anciens vous allez forcément la reconnaître; je m'étais lancée dans une très longue fiction sur ce quartier qui est divisée en 6 épisodes et compte un nombre incalculable de pages word. Je l'avais retirée et retravaillée; mais mon coup de nostalgie depuis l'annonce de la fin de la série m'a poussé à la ressortir et en la relisant sommairement; je me suis dis qu'un nouveau souffle ne pouvait pas lui faire de mal.

Vous allez donc pouvoir suivre une sorte de chronique; un épisode par semaine où tous les 10 jours; les aventures de la bande habituelle, seulement je les ai transportés dans un autre temps et dans une autre vie. Cette fiction couvre 12 ans, de 1963 à 1975, et la parole revient à Haley; le point de vue interne du récit lui donne les directives.

J'espère que le concept vous plaira, et que vous suivrez leurs aventures au fil des semaines; j'attends aussi avec impatiences vos impressions à la fin de cet épisode et de tous les autres :-)

Merci à tous, et peut être que cela vous plaira ;-)

Bonne lecture!


nanouee  (08.03.2012 à 18:46)

Date de création: 2007

Episode 1

Nous avons commencé dans la joie, nous avons aimé et appris, nous avons aussi mûri et choisi notre route, certaines vont se perdre, d’autres se rencontrer mais quoi qu’il arrive, nous serons toujours pareils, notre cœur lui ne vieillie pas.

Ils seront tous là, mes amis, mes amours, tous ceux qui ont donné un vrai sens à mon existence, la plupart sont encore à mes cotés, preuve que tout change mais que rien ne s’efface. Leurs vies s’accordent à la mienne, sans eux je ne serais pas là, sans eux, je ne serais rien...

Je ne vous en dis pas plus ici, le moment est venu de commencer le premier chapitre, Mes personnages sont tous réels, je leur ai tendu la main, je les ai aidé, je les ai aimé, et même si aujourd’hui certains d’entre eux s’en sont allés, je les garde dans mon cœur, je leur donne une seconde vie ici…


nanouee  (08.03.2012 à 18:48)

Musique

Chapitre 1 : L’envol

12 Juillet 1963, Californie, Usa

 

Je ne vais pas commencer mon histoire en vous disant que ma vie est telle que je l’avais souhaité, car cela est faux. Mais je n’en connais pas d’autres, j’ai grandi dans cette famille, j’ai souhaité mille fois que tout soit différent, mais j’ai également abandonné depuis longtemps mes illusions enfantines, je sais que la vie ne me fera pas de cadeaux, j’avance sur mes gardes, je ne prends rien à la légère, je ne vis que pour quitter cet endroit que je méprise.

Je ne suis qu’une enfant innocente qui va apprendre qu’en dehors des murs, ceux qui semblent si protecteurs, se cache la vie, la vraie, et même si l’excitation me gagne parfois, j’ai peur, car tout quitter n’est pas une mince affaire, nous ne pouvons pas renoncer si facilement à cet univers qui nous a défini toute notre vie, ou du moins moi je ne le peux pas.

Je descends l’escalier pour rejoindre ma mère à la cuisine, je l’observe pétrir la pâte à pain, elle est concentrée sur sa besogne et l’entrée de sa fille cadette ne la perturbe pas plus que cela. Je passe devant le plan de travail, mais je m’arrête soudain, une lettre attira mon attention et me fit faire demi-tour. Je la pris en main et vis le tampon. Berkeley. L’université que j’avais demandé pour la rentrée, l’université que j’avais demandé sans en parler à mes parents, ils n’aimaient pas l’agitation qui régnait entre ses murs mais moi, cela me donnait encore plus envie de me mêler à cette populace si active.

Je me rapprochais de la table et tournais le dos à ma mère en ouvrant la lettre. Je sortis le feuillet et commença tranquillement à lire ces lignes qui allaient tout changer. Aujourd’hui, le 12 juillet 1963, je souriais pour la première fois depuis très longtemps. J’étais admise, ils me donnaient une bourse, mes parents n’auraient plus d’excuses pour m’empêcher de réaliser mes rêves. Je la posais doucement sur notre table de cuisine au bois élimé et je me retournais vers ma mère, le sourire aux lèvres. Elle leva la tête et soupira avant de s’essuyer le front et de parsemer ses joues de traces blanches.

 

-Maman ? Appelais-je, de l’excitation dans la voix.

-Haley ; si tu es là, vient au moins me donner un coup de main, ta sœur vient dîner avec Ben, et Georges nous amène sa fiancée.

-Je le sais bien, mais maman je...

-Si tu viens encore me parler de cette histoire d’université c’est inutile, ils ne t’apprendront rien là-bas, rien d’utile...

-C’est faux, m’exclamai-je, je suis admise à Berkeley, regarde-la lettre.

 

Je la cherchais pour lui montrer mais elle donna un coup dans ma main envoyant le morceau de papier au sol.

 

-Je n’ai pas besoin de lire ces sornettes, hurla-t-elle en se plantant devant moi. Tu veux aller à l’université, soit, mais n’attends pas d’aide de notre part, je ne gâcherais pas le peu d’argent que nous avons de coté pour toi et ta...folie des grandeurs.

-Ce n’est pas la folie des grandeurs, murmurai-je.

-N’oublie pas qui tu es et d’où tu viens, dit-elle en s’essuyant les mains sur son tablier, tu n’es qu’une gamine qui ne connaît rien à la vie, tu n’iras pas bien loin.

-Laisse-moi essayer, maman.

-Fais ce que tu veux, mais ne viens pas pleurer dans mes jupes quand tu auras pris la claque de ta vie.

-Je te prouverais le contraire, dis-je en ramassant ma lettre par terre et en me dirigeant vers la sortie.

-Hum, marmonna-t-elle, vas t’habiller, tu ne ressembles à rien dans cette robe !

- C’est toi qui me l’as offert !

 

Je claquais la porte de la cuisine. Non décidément elle ne m’avait jamais comprise, et jamais elle ne me comprendrait. Je me demandais même si elle m’aimait parfois. Je la voyais si fière de ses deux aînés et si dure avec moi et David. Mais j’irais à l’université, comme mon frère, je les défierais s’il le fallait mais je ne resterais pas près d’eux toute ma vie, je ne serais pas la parfaite petite femme qu’ils voulaient tant me voir devenir à l’image de Victoria, Victoria si parfaite, Victoria si jolie, mais moi, à leur yeux je n’étais rien d’autre qu’une décoration, je n’existais pas.

La porte d’entrée s’ouvrit soudain et David pénétra dans la maison. L’été, il travaillait dans un restaurant proche des universités de Californie et il rentrait souvent éreinté. L’attitude des parents n’arrangeait pas son humeur et pourtant il était toujours là pour me sourire et me faire rire. Ce jour la j’avais une grande nouvelle à lui annoncer et à peine avait-il franchit la porte que je me plantais devant lui, la lettre à la main et le sourire aux lèvres.

 

-Alors petite sœur, lança t-il, prête pour le dîner de ce soir ?

-Hum, non, dis-je, mais j’ai quelque chose qui pourrait nous faire oublier un instant la venue de notre sœur parfaite et de notre frère qui a réussi.

-Je suis tout ouïe, dit-il en accrochant sa veste sur le porte manteau.

-J’ai été admise à Berkeley.

-Haley...Bravo, s’exclama t-il en me prenant dans ses bras. Je pari que maman t’a déjà fait la leçon.

-Bien sur, tu la connais, murmurais-je pour ne pas qu’elle entende, n’attends pas un sous de nous... La même rengaine, les mêmes idioties.

-Je suis fière de toi Haley...Je sais que tu sortiras de ce trou.

-Mais toi aussi m’exclamais-je, tu vas à la fac !

-C’est fini, murmura t-il en s’éloignant de moi. Je n’ai pas eu la bourse pour la rentrée à venir, et ce que je gagne cet été ne me suffira qu’à payer un semestre, je n’ai pas ton talent, ton intelligence, toi tu peux... je le sais.

Je le regardais monter les marches la tête basse. Pourquoi lui ? Il avait tout donné à cette université, il voulait tant réussir, devenir avocat, il voulait quitter cette maison, fuir cette famille qui ne lui avait rien apporté, je ne pouvais pas croire que la vie le châtiait à nouveau. Je ne voulais pas échouer, je voulais tant réussir dans cette route qui m’attendait hors d’ici. Je me jurais à cet instant que je ferais tout pour réussir, tout pour que ma vie soit belle pour que je n’aie aucun regret plus tard, que je puisse regarder en arrière et sourire, que je puisse être toujours en accord avec ces chemins que j’allais emprunter.

Je montais dans ma chambre, en attendant que le dîner ne commence, ce dîner qui n’aurait pas du, mais qui sera une épreuve de plus avant mon envol.

Qui aurait cru que l’amour maternel n’était pas inconditionnel ?

Je pensais qu’une mère ne pouvait qu’aimer ses enfants coûte que coûte et qu’importe ce qu’ils sont ou ce qu’ils deviendront. C’est faux. Rien n’est inconditionnel, j’allais l’apprendre à mes dépends, j’allais l’apprendre ce soir.

Ma sœur entra dans la maison avec son mari, marchant la tête droite comme une reine. Elle pensait sûrement que sous prétexte que Ben possédait une entreprise navale et que l’argent n’était plus un problème, elle pouvait venir me snober, me montrer à quel point j’étais misérable face à elle. Son mari tenait leur fils Victor par la main, un enfant timide qui ne parlait guère et dont la mère ignorait les pleurs. En voyant ma mère et Victoria côte à côte je me rendis compte à quel point elles se ressemblaient, pas seulement physiquement mais aussi au niveau de la personnalité. Rien n’était inconditionnel pour elle, l’amour se gagnait, l’amour était régenté par le pouvoir et l’importance, tout ce que je n’avais pas encore.

Mon frère Georges venait rarement à la maison et quand il venait, il distillait son venin à notre table en nous parlant de l’économie de notre pays durant des heures, en louant ou en pestant sur les décisions de Kennedy, oui Georges ne vivait que pour cela, l’amour chez lui n’était qu’un leurre. Je plaignais sincèrement Gabrielle, sa fiancée. Elle devait passer la journée à attendre que son fiancé daigne s’intéresser à elle et pourtant elle ne semblait pas malheureuse, peut-être que certaines femmes aimaient cette place dérisoire, une place que je ne convoitais pas, que je ne voudrais pour rien au monde, celle d’objet, ou soyons franc de potiche vivante, inutile mais pratique pour la cuisine et les taches ménagères, là pour satisfaire l’homme, et seulement lui.

Je secouais la tête et entrais dans la salle à manger pour trouver la famille au grand complet. Ma mère me lança un regard noir et m’ordonna de m’asseoir au plus vite. Je tournais la tête vers Victoria et nos yeux se croisèrent. Elle ne dit rien, seul David me lança un sourire, seul lui me donnait le courage d’affronter ces longs dîners. Je m’assis entre lui et mon père qui ne me lança même pas un regard. Je dépliais ma serviette et ma mère posa un énorme poulet rôti au milieu de la table, ainsi que des saladiers et des assiettes remplies de petits légumes poêlés.

-Haley a été admise à Berkeley, lança David en clignant de l’œil.

Mon père grogna mais Georges se tourna vers moi, la fourchette en l’air.

 

-Toi ? A Berkeley ? Enfin Haley, cette faculté n’est pas pour toi, ils sont trop...

-Trop dévergondés, lança ma mère en servant des légumes à son petit fils. Ils ne font que manifester et parler politique, ce qui n’est vraiment pas pour toi Haley, tu seras perdue.

-Ecoute maman, cette faculté m’offre une bonne bourse, elle vous permettra de ne rien dépenser pour moi et de plus elle a un taux de réussite incontesté, répliquais-je.

-Que crois-tu donc ma chère sœur, lança Victoria en posant ses couverts, que tu auras un bagage pour ta vie future ? Tu rêves trop, reste à ta place.

-Tu veux dire comme toi, à la maison toute la journée à ne rien faire ? Fulminais-je

-C’est comme cela Haley, répondit ma mère. Victoria a compris où était son intérêt. Pourquoi veux- tu donc tout chambouler ?

-Je ne veux pas tout chambouler, je veux vivre ma vie.

-Tu déchanteras bien vite, lança Georges, ne crois pas que la faculté te donnera ce que tu n’as jamais eu.

-Ecoute ton frère, dit ma mère en servant mon père qui lui était resté silencieux. Il a raison, trouve-toi un bon mari et tu seras à l’abri, nous n’avons pas envie de t’avoir à la maison jusqu'à 25 ans. C’est déjà bien parti pour David...

-Je vais me prendre un appartement avec des amis, l’argent que j’ai gagné me suffira pour le moment, s’exclama-t-il en me faisant un clin d’œil.

-Pour combien de temps ? demanda mon père en le fixant.

-Je travaillerais...

-Tu as vu Haley, poursuivi mon père, il est entré à la Fac mais il en est bien vite ressorti, la vie ne s’apprend pas là-bas, elle s’apprend ici, dans la famille, elle s’apprend au travail, et rester toute la journée assise la tête plongée dans tes bouquins ne t’offrira rien, pas d’avenir.

-Papa, je sais ce que je fais, la fac c’est pour moi.

-Tache de te trouver un petit ami là-bas sinon tu finiras vieille fille, lança Victoria en riant avec ma mère.

-Je n’en ai pas besoin mais merci de t’inquiéter de mon avenir, lançais-je en me tournant vers elle, surveille mieux l’avenir de ton fils, joue ce rôle que tu as tant voulu, cette place que tu as toujours voulu occuper et après nous pourrons reparler de mon avenir.

-Haley, hurla ma mère, pas de disputes à ma table. Cette histoire de faculté est close. Fais ce que tu veux de toute façon tu n’as jamais écouté mes conseils.

-Tu veux parler de tes ordres plutôt.

 

Mon père tapa sur la table avec son poing et le silence se fit dans la pièce. Je sentais les larmes envahir mes yeux, mais je ne pleurerais pas, pas devant eux. David me regardait les yeux tristes et Victor se mit à pleurer. Ben le prit sur ses genoux et je baissais la tête. Je devais confirmer mon inscription à l’université dans les dix jours, ma décision était prise, je ne reviendrais pas en arrière. Je me levais sous leur regard à tous.

 

-Haley si tu quittes cette table, tu le regretteras, lança mon père, je te demanderais de quitter cette maison dès la rentrée.

-C’est bien ce que j’avais l’intention de faire, dis-je en repoussant la chaise contre la table sans un bruit. Je vais me prendre une chambre à l’université, je ne rentrerais que les week-ends et les vacances.

-Ne prend même pas cette peine, murmura ma mère.

 

Je hochais la tête, oui j’avais compris. Ma place n’était plus ici, en fait elle ne l’avait jamais été et quand plus tard la vie allait m’enlever un être important pour moi, je perdrais définitivement ce lien si tenu qui avais duré dix-huit années. Je regardais David, lui seul me manquerait, mais il leva sa main et me fit un signe militaire pour me donner du courage et pour me rappeler nos jeux enfantins. Je savais que j’avais encore deux mois à passer avec eux, deux mois que je préférais oublier et qui n’auront pas voix au chapitre dans ce premier roman qui ne sera que l’éloge de la liberté retrouvée, toutes ces choses qui m’ont donné envie de m’ouvrir au monde et qui m’ont fait quitter la pièce sans un mot ce jour-là.

Je me retourne et sors. Personne ne parle, plus aucun murmure ne vient donner vie à cette famille, ma famille.

 

L’envol n’est jamais anodin, nous sommes conditionnés pour vivre avec notre famille, pour en créer une, et quand l’un d’entre eux préfère tourner le dos à ce qui semble acquis pour tous, la chaîne se brise, le dernier maillon c’est moi et je viens de me décrocher, je viens de poser un pied dans la réalité.

Le battant de la porte claqua derrière moi et je pris une veste pour sortir. L’air chaud de ce mois de juillet 1963 me caressa la peau et je me souviens encore de ce sentiment de réussite, ce sentiment d’accomplissement qui m’envahit en respirant à plein poumon. L’insouciante, la rebelle, celle qui a tout abandonné pour suivre un rêve, celle qui suivra un homme jusqu’au bout du monde, au bout de l’enfer...


nanouee  (08.03.2012 à 18:51)

Musique

Chapitre 2 : Adieu

25 septembre 1963, Californie, Usa

 

Le moment est venu de leur dire adieu. J’ai attendu cela depuis si longtemps et maintenant que je boucle ma valise, je ressens comme une peur au fond de mon estomac. Je sais que c’est normal, que quitter son foyer est toujours difficile mais cela n’aurait pas du l’être pour moi. La dernière valise est fermée et je la pose au sol avec les autres. Je m’assieds sur mon lit et je reste un instant les yeux perdus dans le vide. Je repense à ces années qui ont passé si vite et en même temps si lentement, les disputes incessantes avec Victoria et les jeux interminables avec David. Victoria et moi avions cinq ans d’écart mais avec Georges une génération entière nous séparait. Nous ne nous étions jamais compris, nous n’avions jamais pris le temps de parler, et peut-être qu’au fond cela n’avait pas vraiment d’importance, en tout cas maintenant cela n’en a plus. Je me lève pour gagner la fenêtre quand j’entends la porte s’ouvrir. Je sais que c’est David il n’y a que lui pour entrer dans mon univers, mes parents eux n’y mettaient jamais les pieds.

Il s’approche et pose ses mains sur mes épaules. Une larme coule, et une autre, bientôt mon visage en fut inondé.

 

-Ne pleure pas Haley, je sais que ta vie sera belle, quoi que tu fasses ou que tu ailles.  Le secret de l’amour ne se trouve pas dans cette maison, pars...

-Je me sens toute drôle, murmurai-je en étreignant sa main.

-C’est dur de refermer une porte, mais un conseil, laisse-la entre ouverte, on ne sait jamais, un jour peut être...

Son bras se resserra autour de mes épaules et il m’embrassa sur la joue. Je lui souriais et il me le rendit en appuyant sur la fossette sur ma joue droite.

-Je serais toujours là pour toi, tu m’appelles et j’accours, à nous deux nous sommes forts, à nous deux nous survivrons.

-Que vas-tu faire ici ? Demandai-je

-Ne t’inquiète pas pour moi, je vais bientôt déménager, ce n’est qu’une question de semaines, je serais libre, nous le serons tous les deux, loin d’ici, loin d’eux.

-Ne vas pas trop loin...

-N’oublie jamais qui tu es, et ce n’est pas à prendre au premier degré comme notre chère Victoria le fait, n’oublies pas qui tu es au fond de toi, tu es un être exceptionnel, tu as tout pour toi, ne perds rien en chemin Haley, ne donne pas ta vie à quelqu’un avant de l’avoir décidé, ne renonce pas trop vite à la liberté. Tu viens de l’acquérir garde-là...

-Ne t’inquiète pas pour moi, dis-je en souriant.

-Je ne m’inquiète pas pour ton avenir, je m’inquiète pour toi, je ne veux pas que tu sois fragile au point de ne pas te relever.

-Je me relèverais toujours David, toujours...

Je me relèverais toujours, même après toutes les épreuves qui m’attendaient en quittant cette maison. Peut-être que si je l’avais su, je serais restée ici, je serais restée entre ses murs, mais je n’avais pas pu prévoir les catastrophes, et finalement l’important n’était plus de regretter, mais de regarder droit devant. Je suis forte, je me sens presque investie d’une mission, un défi lancé à moi même, je sais que j’y arriverais, peut être que le chemin sera long mais rien ne pourrait me faire oublier cette journée, elle scellera notre avenir à tous.

J’étais née à la fin de la seconde guerre mondiale, je n’avais peut-être pas passé la guerre comme Georges mais j’étais bien là, vivante pour ces lignes, j’étais encore debout, je le serais pendant longtemps. Ce n’était peut être pas la même guerre, ni les mêmes destructions, mais cela ne changeait rien aux blessures dans mon cœur. J’étais partie sur les fronts, j’avais parcouru des kilomètres, j’avais bravé le vent et les tempêtes, j’avais fait le tour du globe, je serais tout cela à la fois, la force et la faiblesse, la joie et la tristesse, j’ai été tout cela, je le serais toujours. J’avais fait tout cela pour un homme que je n’aurais jamais rencontré si j’étais restée entre ses murs, si j’avais eu peur de quitter la maison.

David me relâche et prend les valises. J’essuie les larmes sur mes joues et je le suis dans l’escalier. Je reste un temps sur le pas de la porte, pour imprimer dans ma mémoire mes souvenirs, bons ou mauvais, car eux seuls peuvent me donner la force d’avancer. Mon lit restera vide, mes armoires le sont tout autant, j’ai presque tout emporté, je ne laisse rien ici, je n’ai plus besoin d’y revenir avant longtemps. Je me retourne et claque la porte.

Pendant ces deux mois, je n’ai fait que réfléchir et peser le pour et le contre et je suis arrivée à cette conclusion : rien n’est jamais acquis, je me battrais pour avoir ce que je veux, je serais tout à la fois, je serais ce que le monde voudra que je sois, mais pas au détriment de mes sentiments. Je viens de refermer la porte sur un pan de ma vie, mais le meilleur est à venir, du moins je l’espérais alors...

J’arrive en bas des marches et mon cœur se serre quand je le vois vide. David pose les valises au sol et secoue la tête.

 

-Je vais t’appeler un taxi, dit-il en entrant dans le salon, me laissant seule devant la porte.

 

Je hoche la tête mais il est déjà parti, j’entends du bruit dans la cuisine et je me dirige vers la porte. Je la pousse et je trouve ma mère assise à la table une tasse dans les mains. Elle relève la tête et nos yeux se croisent. Un instant le silence se fait et elle commence à parler.

 

-J’étais comme toi Haley, tu me ressembles beaucoup, plus que tu ne veux sûrement l’admettre, commença-t-elle, je voulais découvrir le monde, je voulais être libre, je voulais tout en même temps...

-Pourquoi as-tu épousé papa ? Demandai-je, ce n’est pas lui qui allait t’offrir tes rêves de liberté.

-Il m’a offert la sécurité. Je ne l’ai pas tout de suite aimé mais par la suite, un profond respect s’est installé entre nous.

-Que veux-tu dire ? Tu ne l’as pas épousé par amour ? M’exclamais-je.

-Ce n’est pas l’endroit pour parler de cela, et ton taxi va arriver, mais tout ce que j’ai à te dire, c’est que je me suis brûlée les ailes, j’ai joué avec le feu, avec l’amour et il m’a aidé en m’offrant quelque chose à quoi me raccrocher, si tu pars, tu n’auras plus rien.

- Je veux essayer, dis-je en entendant le taxi klaxonner.

-Vas-y Haley, dit-elle en lança sa main vers la porte. Je n’ai peut-être pas été à la hauteur, je ne t’ai peut être pas donné ce que tu voulais, je ne suis pas parfaite, mais j’aurais du te parler de ma vie bien avant, pour t’éviter de te fourvoyer. Un jour peut être, plus tard, ailleurs...

-Il n’est jamais trop tard murmurai-je en faisant demi tour.

-J’espère, lança-t-elle

-Je reviens pour Noël...maman.

 

Elle reposa sa tasse sur la table et le taxi klaxonna une deuxième fois. Je refermais la porte, une autre porte et bien d’autre dans l’avenir. Je marchais vers l’entrée quand soudain j’entendis un bruit étouffé, un sanglot venant de la cuisine. Je ne fermerais jamais vraiment la porte comme me l’avait conseillé David, il se pourrait qu’un jour j’éprouve le besoin de l’ouvrir à nouveau. Je m’arrête un instant au milieu du vestibule. Je l’entends encore sangloter et cela me fend le cœur, car je sais que la petite fille qui se cache encore en moi, voudrait bien lui tendre la main, comprendre son histoire, mais je ne le peux pas, je ne le peux pas pour le moment, plus tard peut-être. David ouvre la porte et emporte les valises vers le taxi. Je le suis et laisse cette maison dernière moi, mes premiers adieux, les plus difficiles, d’autres suivront, mais je me souviendrais toujours de ceux-là...

Je m’approche du taxi et me retourne soudain vers la maison pour voir un rideau bouger dans le salon. Je soupirais et me tournait vers David.

-Je n’ai pas besoin des recommandations d’usage, plaisantais-je, oui je ferais attention aux garçons, au monde dangereux qui m’attend.

Il rit et me prit dans ses bras. Je le serrais fort contre moi, je n’allais pas le voir avant de longs mois, nous serions séparés pour la première fois depuis notre enfance et je voyais ses yeux briller, emplis de larmes.

-Voila Haley...C’est l’heure, murmura t-il. Va-t’en !

-Ne t’en fais pas, j’ai la tête sur les épaules...

-Oh tu peux bien la perdre de temps en temps à Berkeley, c’est la fête ! dit-il en riant.

-Oui je vais en profiter fais-moi confiance, dis-je en ouvrant la porte du taxi.

Je m’y glissais et il ferma la porte, j’ouvris la fenêtre et nos mains se lièrent une dernière fois, la dernière avant très longtemps.

-Je t’aime, lança t-il quand le taxi démarra, m’emportant loin de lui, loin de mon univers.

Voici une fin, non une fin en soit, mais la fin d’une période de ma vie, de mon enfance, de mon adolescence, du temps de l’innocence.

Je me retourne et le vois me sourire et me faire un signe. C’est mon seul regret, le laisser derrière moi, après toutes nos promesses enfantines, celles de ne jamais se quitter, la vie faisait son œuvre, le temps nous jouait des tours, l’âge adulte prenait le dessus...


nanouee  (08.03.2012 à 18:54)

Musique

Chapitre 3 : Le commencement

1er octobre 1963, Berkeley, Californie, Usa

 

J’avais posé mes valises dans une toute petite chambre dans la résidence étudiante du campus. Elle ne possédait au départ qu’un lit sommaire, une chaise, un bureau, des meubles rudimentaires, mais aujourd’hui j’y étais à l’aise. J’avais parcouru les magasins de la ville ces derniers jours pour trouver de quoi la rendre plus chaleureuse et j’avais découvert mon nouveau chez moi, je n’avais plus envie de partir, j’y étais bien. J’avais accroché des tableaux aux murs, j’avais acheté toutes les fournitures nécessaires à la vie d’une étudiante, j’étais prête à entrer dans ce monde que je convoitais tant. Aujourd’hui, je commençais les cours et j’étais si pressée de parcourir le campus, de me mêler à la foule, de vivre enfin ma vie, loin de la pression familiale des mes parents, de tout. Je m’étais préparée, habillée comme une jeune fille normale, un corsaire bleu et un tee-shirt blanc, je portais des ballerines et un serre-tête dans mes cheveux, je serais comme tout le monde, du moins pour un temps. Je pris mes livres sur le bureau et mes clés à la main, je sortis le cœur battant vers ma nouvelle vie, celle qui m’attendait depuis toujours.

J’arrivais dehors et je respirais l’air frais. Je sortie mon emploi du temps pour repérer le bâtiment et la salle de mon premier cours ; littérature. Je m’étais inscrite dans un cursus mêlant littérature, histoire et politique. Je n’avais pas seulement choisi cette faculté parce qu’elle était proche de chez moi mais aussi pour ses cours et ses filières exceptionnelles. J’étais totalement perdue dans mon plan quand je me fis bousculer. Je lâchais tout et relevais la tête prête à râler.

-Excuse-moi, je ne t’avais pas vue, lança une grande brune.

Elle me sourit et se baissa pour ramasser mes bouquins qu’elle me tendit avant de se retourner et d’hurler.

-Peyton Sawyer, dépêche toi, j’ai entendue dire que le professeur de littérature était sensationnel...

-Attends, j’ai un caillou dans ma chaussure, lança la blonde avant d’arriver à notre hauteur en clopinant.

-Au fait, je suis désolée encore une fois...

-Haley, dis-je en lui souriant.

-Tu es nouvelle Haley ? demanda la brune.

-Oui et je crois que je vais au même cours de littérature que vous...

-Montre moi ton emploi du temps ! Au fait je m’appelle Brooke et la greluche qui clopinait derrière moi c’est Peyton, Pey’ pour les intimes, dit-elle en riant.

-Enchantée, dit Peyton en enlevant sa chaussure. Punaise Brooke c’est quoi cette semelle ?

-Eh bien quoi, il n’y avait rien d’autre et tu étais déjà en retard, lança Brooke en  regardant mon emploi du temps.

-Enfin une feuille de papier... s’exclama Peyton en montrant la feuille grossièrement découpée qui lui servait de semelle.

Elles éclatèrent de rire et moi aussi par la même occasion. C’était un rire frais, un rire innocent, celui de jeunes filles excitées par la perspective de la fac mais qui effrayées aussi tentaient de contenir leur stress.

-Et bien, tu nous suis, nous allons voir monsieur Smith...

-Brooke je te conseille d’éviter de le draguer...aussi.

-J’arrive à peine et j’ai droit à des sermons de grand-mère Sawyer...laisse-moi vivre, dit-elle en riant et me prenant par le bras pour m’entraîner vers le bâtiment qui s’élevait majestueux devant nous.

-Au fait Haley, demanda Peyton en prenant l’autre bras de Brooke, tu habites dans le coin ?

-Oui sur le campus. Le bâtiment A.

-Je sens que nous allons faire la fête ce soir les filles, nous habitons à coté de chez toi, dans une chambre double, c’est moins chère au final, lança Brooke en poussant la mèche de cheveux qu’elle avait sur les yeux.

-Brooke...

-Eh bien quoi boucle d’or, la faculté c’est la consécration pour nous, ce serait un crime de ne pas sortir pour boire un verre, et se trouver quelque beaux garçons pour passer la nuit.

-La nuit ? M’étranglais-je

-Ne t’inquiète pas, dis Peyton en souriant. Brooke le dit à chaque fois mais elle rentre presque toujours solitaire.

-Faux, mais je préfère rester mystérieuse, lança Brooke en regardant Peyton de travers.

-Avec un peu de chance cette année, ils seront acceptable, dis Peyton en donnant un coup de coude à Brooke.

-Oui, parce que sinon monsieur Smith fera l’affaire, plaisanta-t-elle

-Pourquoi cette année ? Demandais-je perplexe.

-Brooke est une professionnelle, une sorte d’espionne dédié à la cause féminine, elle fait la liste de ceux qui peuvent être « intéressants » lança Peyton, mais comme je te l’ai dit... elle ne les garde pas longtemps !

-Et alors ? Je n’ai pas l’âge de ma grand-mère, je suis jeune, plutôt jolie, non très jolie, consentante et alors pourquoi pas changer...le changement c’est bon.

Elles rirent encore et je les regardais. J’avais encore beaucoup de choses à apprendre et j’avais l’impression d’être restée toute ma vie dans une bulle protégée, une bulle où seul l’air passait pour me permettre de survivre, mais ces filles respiraient la joie de vivre, elles étaient tout ce que j’aurais voulu être.

-En avant, lança Brooke quand nous passâmes la porte du bâtiment. Nous sommes jeunes, belles, nous avons l’avenir devant nous, rien ne peut nous arrêter.

Elle lâcha le bras de Peyton puis le mien et avança vers la salle sûre d’elle. Peyton secoua la tête et se rapprocha de moi.

-Elle est exubérante, c’est son coté sociable, dit Peyton en riant. En tout cas, ravie de te connaître, de voir une nouvelle tête, une tête sympathique parce que ces gens qui marchent dans tous les sens me donne le vertige.

-A moi aussi, lui confiai-je. J’ai même très peur.

-Il ne faut pas, je suis sur que nous allons y arriver.

Elle me prit la main et se fut comme si je la connaissais depuis toujours. Brooke me semblait folle et délurée à souhait et j’étais persuadée que nous passerions des soirées mémorables mais Peyton m’avait touchée par sa sollicitude, son calme apparent, nous allions construire une grande amitié toutes les trois, nous allions faire les quatre cents coups. La folie, le calme et l’intelligence feraient bon ménage. Les êtres ne se rencontrent pas par hasard, le destin est à l’œuvre, il nous a réuni, pas pour un jour mais pour toujours.

Brooke revint en arrière en riant.

-Je pensais que monsieur Smith serait disons...plus... agréable, lança-t-elle une main devant sa bouche. Il est habillé comme un vieux, son pantalon tombe, il aurait été tellement sexy avec un jean !

-Ah Brooke tu ne changeras jamais, dit Peyton en la bousculant.

- J’avais mis ma plus belle robe pour « ça ».

-On se rattrapera ce soir.

-Hum... je ne pense pas venir, dis-je en faisant la moue.

-Mais pourquoi ? demanda  Brooke. Tu as un amoureux à la maison ?

-Non, c’est juste que je pensais me coucher tôt !

-Hum, j’aurais préféré l’excuse de l’amoureux transis, car je ne combats jamais l’amour, dit Brooke en me prenant le bras. Tu viens. Tu ne resteras pas enfermée chez toi, je connais un endroit sympa où il y a tout ce qu’il faut.

-Tout ce qu’il faut ? Demandai-je en entrant dans l’amphithéâtre.

-Tout pour une soirée parfaite de détente, lança Peyton en s’asseyant au dernier rang.

Le professeur alluma son micro et je m’assis entre Brooke et Peyton. Je me mis à jauger notre professeur comme l’avait fait Brooke et je souris intérieurement en pensant que le moment était venu de laisser toutes mes chaînes à la porte de chez mes parents, et de vivre enfin, de sortir de rencontrer des garçons, d’être Haley tout simplement, jeune étudiante de dix huit ans dans le boum des déjantées années 60. Peyton sortit un bloc note et un stylo et je fis de même, j’écoutais le cours avec passion, je voulais tant bien faire, faire tout mon possible pour obtenir une bourse chaque année, ne pas devoir comme David arrêter de brillantes études par manque d’argent. Je me tournais vers Peyton et je la vis griffonner sur son bloc note, elle me dessinait, elle avait un magnifique coup de crayon, elle pouvait reproduire mes traits à merveille de mémoire, sans avoir à me scruter pour cela, une grande artiste allait naître. Elle se tourna et me souri. Ses yeux verts pétillèrent et  soudain Brooke me donna un coup de coude.

-Regarde celui-là devant, un peu plus bas vers la droite, lança-t-elle.

-Il a de trop grandes oreilles, répondit Peyton

-Oh, s’exclama Brooke. Et celui-là, là-bas ?

-Non trop roux...

-Ah boucle d’or tu es trop difficile, tu ne trouveras jamais l’homme parfait, ils sont tous nuls de toute façon.

-Eh bien, je n’espère pas, lançais-je, en riant.

-Nous pourrons en trouver des biens ce soir chez Ryan !

-Ryan ? Demandai-je

-Oui c’est un ami de mon frère, lança Brooke, il fait une fête, c’est l’endroit idéal, c’est mieux qu’un bar, et il a une bonne cargaison d’herbe.

-De l’herbe... ?

-De la marie Jeanne comme on dit en France, dit Peyton en riant.

-De la drogue ? Demandai-je sur mes gardes.

-Eh bien en fait...commença Brooke, c’est pour se détendre, mais ne t’inquiète pas si tu n’en veux pas il n’y a pas de problème, Ryan est ouvert à tout.

-Je n’ai jamais touché à cela, avouai-je

-C’est pas un problème Haley...Tu es libre de refuser ! dit Brooke en posant une main sur mon épaule.

Je me tournais d’abord vers l’une, puis vers l’autre et je venais de comprendre combien la tâche serait pénible ; la vie d’adulte et ce sentiment ultime de tout contrôler, de pouvoir prendre ses propres décisions, une liberté grisante très appréciable.


nanouee  (08.03.2012 à 18:58)

Musique

Chapitre 4 : Paradis artificiels

1 octobre 1963, Berkeley, Californie, Usa

 

-Mais qu’est-ce que c’est que cette horreur ? Lança Brooke en fouillant dans mes placards pour en sortir une robe noire au col montant. Cela ne va pas du tout !

-Tout le monde ne peut pas se permettre d’acheter des vêtements à la pelle tous les samedis, s’exclama Peyton.

-Ce n’est pas une question d’argent, c’est juste que c’est...laid. Haley, dis-moi sincèrement que tu as autre chose que cette horreur pour ce soir ?

-Hum...pas vraiment, murmurai-je.

Peyton, assise dans un coin de la pièce nous dessinait. Elle passait son temps avec son bloc note dans la main et pour cause, toutes les semaines elle devra fournir une BD au journal de la fac où elle représentait la vie des étudiants et quel meilleur exemple que deux filles perplexes devant une garde robe vide. Je riais intérieurement en pensant que toute la fac allait connaître nos péripéties au travers du travail de Peyton. Brooke sortie soudain de la pièce en jetant ma robe noire sur mon lit.

-Ne t’inquiète pas, s’exclama Peyton, elle va arranger ça !

Quelques secondes plus tard, Brooke revint avec dans les mains une jupe plus que courte, aussi courte que la sienne, sinon plus. Elle me la tendit avec une paire de collant en nylon noir et un tee-shirt court.

-Mets cela, tu vas tous les avoir à tes pieds !

-Tu plaisantes, Brooke ? Demandais-je en prenant les vêtements. C’est trop court, je ne pourrais jamais mettre cela je serais mal à l’aise.

-Est-ce que je j’ai l’air mal à l’aise moi ? Rétorqua-t-elle en tournant dans la pièce, pour faire voir sa tenue.

-Non, mais je ne suis pas toi, je n’ai jamais mis cela...

-Eh bien je crois que nous allons assister à pas mal de premières fois ce soir Haley James... Fais-moi confiance, c’est la nouvelle mode, c’est parfait, la minijupe est le nouveau symbole de nos années de jeunesse. Je me fais l’effet d’être très féministe à ce moment précis, commenta t-elle en fronçant les sourcils.

-Mets-la Haley, tu verras... dit Peyton en se levant de mon lit pour s’approcher de nous.

-D’accord, mais c’est bien parce que c’est vous, plaisantai-je.

 

Je courus dans la salle de bain, et je du avouer que malgré mon malaise du départ, je me trouvais plutôt attirante dans cet accoutrement, qui pourtant m’avait semblé si barbare. Les collants mettaient en valeur mes jambes et le tee-shirt que m’avait donné Brooke me moulait les seins. J’avais attaché mes cheveux en queue de cheval et quand je ressortis, elles applaudirent. Je fis une pirouette, comme Brooke et mis mon manteau.

-Tu es parfaite là-dedans, ce soir, c’est mission « rentrée » ! s’exclama Brooke. On se dépêche, on est déjà en retard.

-Je croyais que tu aimais te faire désirer, lança Peyton en riant.

-C’est vrai, mais là je n’ai pas rendez vous avec l’homme de ma vie, dit Brooke en refermant la porte de ma chambre.

Bras dessus, bras dessous nous quittâmes le bâtiment en direction de la ville de même. Nous chantâmes de vieux tubes, nous marchions au clair de lune avec cette impression que le monde nous appartenait, que la vie ne pouvait pas nus trahir, que la jeunesse vivait d’invincibilité.

Je voulais juste profiter du moment présent, de cette nuit magnifique, de ces deux jeunes filles que j’avais rencontré sur mon chemin, nous étions destinés, nous devions nous rencontrer ce jour-là sur ce campus qui signait notre liberté à tous. Je nous revois encore, rire sous la lune pleine en approchant d’une jolie maison en dehors du campus où des lampions pendaient aux fenêtres et où la musique raisonnait. Brooke accéléra et nous courions presque dépassant toutes les personnes qui voulaient entrer dans la maison. Nous passâmes la porte et Brooke se débarrassa déjà de sa veste. Un grand jeune homme brun vint nous accueillir.

-Brooke ! s’exclama t-il, j’espère que tu as apporté l’ambiance, c’est un peu morne là.

-Ne t’en fais pas Ryan, si tu as de quoi me faire passer une bonne soirée, je suis prête à danser sur les tables, plaisanta-t-elle. Ah pardon j’oubliais, bon Pey’, tu la connais déjà, mais voici Haley.

Je le saluais brièvement. Il me détailla de la tête aux pieds et quelque chose dans ses yeux me rassura sur ma tenue, il n’avait raté aucun détail, Brooke avait raison j’étais parfaite ainsi. Il hocha la tête avec un petit sourire et tendit une cigarette à Brooke ce que je supposais être un joint, de la marie Jeanne comme ils l’appelaient tous. Je jetais un regard sur la pièce, rempli de jeunes affalés sur des poufs ou des fauteuils élimés, des couples collés l’un à l’autre, de la fumée, une odeur douçâtre et des dizaines de bouteilles de bière bon marché.

-Tu en veux un, Haley ? demanda Ryan en me tendant un joint.

Peyton avait déjà allumé le sien et Brooke aussi et je les regardais tous avant de hocher la tête et de prendre le joint. Il me regarda avec un petit sourire en coin et sortit le briquet qu’il me jeta.

-Garde-le, tu me le rendras plus tard, je vais accueillir mes invités, s’exclama-t-il en nous quittant.

Peyton crachait la fumée en petite volute et Brooke elle la faisait ressortir par ses narines mais je restais perplexe devant cette coutume. Je le tournais dans tous les sens, je le reniflais, mais je ne décelais à proprement dit aucun danger réel. Je relevais la tête pour voir Brooke sourire.

-Il ne te mangera pas Haley, lança-t-elle, en me prenant le bras pour m’entraîner dans la pièce.

Elle se laissa tomber dans un pouf la tête penchée en arrière et m’entraîna avec elle. Mais je regardais toujours le joint, je n’étais pas sûre d’avoir envie de l’allumer, peut être avais-je peur d’aimer, et de ne plus pouvoir m’en passer, mais il était plus probable que la peur de l’inconnu encore une fois guidait mes pas, et je doutais que mon avenir puisse se jouer dans cette petite cigarette qui semblait leur apporter tant de plaisir. D’un coté je voulais goûter, pour me faire une idée, pour être à leur place rien qu’un instant. Je le mis en bouche et finalement actionna le briquet. Je rapprochais la flamme du joint et la fumée s’éleva vers le plafond. J’inspirais mais je toussais et recracha la fumée d’un souffle ce qui fit rire Peyton. Je lui rendis la cigarette et souffla dessus pour éteindre la flamme avant de le déposer sur le cendrier à côté d’elle.

-Je ne te force pas, mais tu vas t’ennuyer à mourir, il n’y a que cela ici !

-Hum, marmonna Brooke en relevant soudain la tête les yeux brouillés, celui-là est pas mal, je vous quitte un instant les filles.

Elle s’éloigna avec difficulté, titubant jusqu’au bar pour prendre une bière et tout naturellement elle alla accoster ce garçon qu’elle ne connaissait pas. Je me demandais à un moment dans quel monde j’avais atterri, moi la petite fille si bien élevée qui se retrouvait avec un joint dans la main et des amies plus que hors norme. Ou peut être était-ce moi qui étais hors norme ? Pas dans l’air du temps, dans ces folles soirées, dans la musique obsédante, dans la douceur de l’herbe…Je me levais sous le regard de Peyton et pris une bière sur le bar. Je l’ouvris et fit descendre le liquide le long de ma gorge en feu. Je les regardais, ils semblaient si heureux, leurs visages prenaient l’empreinte de sourires artificiels, des paradis artificiels. Mais je préférais la dure réalité de la vie, je ne voulais pas me réveiller un matin avec le sentiment d’avoir tout perdu, de n’avoir pas pu garder ce qui était important pour moi.

Peyton griffonnait encore son bloc note mais Brooke avait disparu. Je commençais à m’ennuyer ferme, je décidais donc de lui mettre la main dessus et je commençais à parcourir les couloirs. Peyton ne m’avait pas vu quitter la pièce, elle était comme hypnotisée par ses dessins, et j’en profitais pour filer discrètement. J’enjambais des jeunes affalés au sol, des couples qui s’embrassaient et se déshabillaient au sol, formant une vraie orgie publique. J’avançais toujours et il me semblait entendre des gémissements, plus loin dans le couloir. J’accélérais le pas, me cognant dans une fille à moitié nue qui divaguait sur la grandeur de l’Amérique, dépassant un homme qui croyait voir Dieu en personne pour arriver devant une porte entre ouverte. Un autre jeune homme sorti tout à coup d’une porte au fond et couru vers moi à moitié nu.

 

-C’est toi mon ange, c’est toi, épouse-moi, lança t-il en se mettant à genou et en levant un regard brouillé vers moi.

-Non merci, fis-je en me dégageant.

-Je t’aime déjà !

-Laisse-moi passer, je cherche une amie !

-Elle a sûrement déjà trouvé son prince, tu es sure que tu veux pas devenir ma femme ? demanda t-il en s’accrochant a mes jambes.

-C’est un refus définitif, dis-je en lui donnant un coup dans l’épaule.

Il tomba en arrière en riant et me regardait toujours un sourire beat éclairant son visage. Je courrais vers la porte où les gémissements s’intensifiaient. Je poussais le battant et malgré le peu de lumière je pu voir un couple bouger sur le lit, au rythme d’une musique folle. Je restais en retrait mais je pu voir Brooke les yeux clos, la tête penchée en arrière et les lèvres entrouvertes. Elle laissa échapper un gémissement et son partenaire qu’elle ne connaissait sans doute pas, s’agitait sur elle, mordant sa peau blanche jusqu'à en laisser des traces. Ses bras pendant au sol et sur la table basse, je pu apercevoir ce qu’à première vue j’aurais pris pour un acide. Elle semblait totalement perdue dans ces paradis artificiels que je ne voulais pas connaître. J’allais entrer quand je sentis une pression. Quelqu’un me tirait par le bras. Je me retournais pour voir Ryan me sourire.

 

-Alors Haley, tu t’ennuies à ce point ? demanda t-il, ce n’est pas bien d’espionner les gens !

-Je n’espionne pas, je m’inquiète pour elle c’est tout.

-Tu n’as besoin de t’inquiéter, il sait bien s’y prendre avec les jolies filles. Tu as aimé mon joint ?

-Tu peux le récupérer, ce n’est pas vraiment mon truc.

-Tu as tort, fis-il en fixant ses yeux sur moi.

Il titubait comme les autres, l’alcool et la drogue mélangés, les ébats amoureux sauvages, le sexe facile, toutes ces choses que je ne connaissais pas.

-Tu es vierge ? demanda t-il.

-Pardon ?  Lançais-je en m’éloignant de lui

-Je pourrais peut être t’aider à te détendre, fit-il le sourire aux lèvres en se rapprochant pour me coller contre le mur.

-Lâche moi, je n’ai pas besoin que tu viennes t’occuper de moi ! Criais-je.

Personne ne réagit dans le couloir sombre. Je me retrouvais collée contre le mur et il posa ses mains sur mes épaules.

-Regarde ta tenue, tu es la copie conforme de notre chère Brooke et je peux t’assurer qu’elle ne se fait pas prier.

-Je t’ai demandé de me lâcher ! Fulminai-je

Ses yeux rouges se fixaient aux miens et je le trouvais hideux, imbibé d’alcool, son haleine sur mon visage me donnait la nausée et je détournais les yeux. Soudain il relâcha la pression sur mes épaules, se retourna un instant, et plié en deux il vomi au sol. Je relevais les yeux pour voir apparaître devant moi un grand jeune homme blond, au regard doux, il courut vers nous, je le voyais accélérer et se pencher sur Ryan.

-Tu es fou ! Lança-t-il

-Tais toi, Lucas, répondit l’autre plié en deux au sol. Emmène-moi cette greluche, elle ne vaut rien !

-A ce moment précis, tu me fais pitié lança Lucas en me souriant. Viens, je ne vais pas te manger, c’est un con, et il l’est encore plus quand il a la tête à l’envers.

J’hésitais. Nos yeux s’accrochèrent un instant et un sourire se dessina finalement sur mes lèvres, je pris la main qu’il me tendit et le suivit vers le salon où j’avais laissé Peyton.

-Laisse tomber Lucas tu pourras pas l’avoir, elle est frigide celle-la !

-Fais le ménage ça empeste, cria-t-il

Je frissonnais mais il passa une main dans mon dos et nous retrouvâmes facilement le salon. Je laissais Brooke derrière moi en priant pour qu’elle aille bien. Une petite voix au fond de moi me disait que ce n’était pas la première fois, que Brooke était habituée à cela, et rien qu’à voir l’objet du délit sur la table je savais aussi que ce ne serait pas la dernière.

J’entrais dans le salon avec Lucas et retrouvais Peyton toujours hypnotisée par ses dessins, une bière à la main. Elle leva les yeux vers nous et Lucas s’immobilisa pour la regarder. Il me lâcha et je courais vers Peyton.

-Où étais-tu ? demanda-t-elle les yeux toujours rivés sur Lucas.

-Tu étais perdue dans tes dessins, j’ai voulu retrouver Brooke mais je...

-Je suis navrée Haley, murmura-t-elle en m’attirant à elle, je suis désolée que tu ais du voir cela si vite, c’est comme cela les fêtes ici. En général je m’assoie, je fume un joint, je bois une bière et Brooke disparaît dans la nature. Il ne faut pas aller la chercher, laisse-la dans son monde, c’est sa seule porte de sortie.

-Elle va bien, ne t’inquiète pas, lança Lucas avant de faire demi-tour.

-Attends, l’appela-t-elle, reste avec nous ! A moins que tu ne sois pas seul.

 

Lucas sourit et se rapprocha de nous. Il s’installa sur le pouf à coté de Peyton et tendit la main pour attraper une bière sur la table derrière nous.

-Je te présente mes plus plates excuses pour cet imbécile Haley, en général il tombe avant d’agresser les jolies filles ! dit Lucas avant d’avaler une gorgée.

-Agresser ? s’exclama Peyton en se redressant.

-Ne t’inquiète pas je n’ai rien, c’est juste que j’avais trouvé Brooke et que j’allais la ramener avec nous quand il a débarqué.

-Je sens que nous n’allons pas revenir ici avant longtemps, lança Peyton.

-Ce n’est pas toujours comme cela, lui répondit Lucas avec un sourire qui dévoila ses magnifiques dents blanches.

-Pourquoi viens-tu si tu ne t’amuses pas comme lui ? demanda Peyton en le fixant.

-J’habite ici, dit-il, je suis un peu obligé d’être là mais je peux te dire que cet univers-là n’est vraiment pas pour moi.

-Ni pour moi, répondis-je en soupirant.

-Au fait, je suis vraiment impoli, commença t-il, Lucasiam Scott, je suis dans la section droit à l’université de Berkeley deuxième année! Ravi de vous connaître !

-Peyton Sawyer, Littérature, histoire et sciences politiques, dit-elle en riant.

-Et bien il y en a là dedans, répliqua t-il.

-Haley James, merci à mon sauveur, plaisantais-je

-Mais de rien ! Qu’est ce que tu dessines Peyton ? demanda t-il en se penchant sur son bloc note.

-Toi.

Leurs yeux à nouveau s’accrochèrent et je sentis cette tension, cette électricité entre eux, ce lien qui venait de naître, Lucas souriait et les yeux de Peyton brillaient. Ils étaient attirés l’un par l’autre c’était indéniable, je pouvais presque sentir Peyton frissonner mais la romance fut pour le moment de courte durée, quand Brooke pénétra dans la pièce, échevelé, le collant déchiré jusqu’au genou, le tee-shirt taché, les yeux bouffis et les cheveux en bataille.

-On rentre, murmura-t-elle en titubant.

 

Peyton secoua la tête et se leva, aidée par Lucas. Je la suivais et nous primes chacune un bras de Brooke qui se laissa tomber sur nous.

-Je vais vous raccompagner en voiture, s’exclama Lucas en sortant les clés de sa poche.

-Merci Lucas...murmura Peyton

-Lucas? Qui es-ce ? Ton amoureux Peyton ?

-Il nous ramène au campus.

Elle avait les yeux fermés et ses jambes ne la portaient presque plus, les effets de sa drogue se faisaient sentir, et elle commençait à avoir des hallucinations. Je n’aurais jamais cru me trouver là un jour, en train de ramener une amie, saoule et défoncée, dans une fête où les gens perpétuellement perdus dans leur monde chantaient à la gloire de l’Amérique des années 60. Cette soirée entière ressemblait à une blague, un monde à part, une sorte de monde merveilleux au dehors et sordide entre ses murs. Lucas attrapa Brooke et avec Peyton, ils l’emportèrent dehors, je pris nos manteaux dans l’entrée et je passais le pas de la porte, enjambant une fille qui délirait au sol, je marchais sur les lampions écrasés et poussais les papiers avec mon pied. Ils mirent Brooke dans la voiture sur le siège arrière et je m’assis avec elle tandis que Peyton et Lucas prirent les places de devant.

-Elle ira mieux demain, nous garantit Lucas, en la regardant dans le rétroviseur quelques minutes après avoir démarré.

-J’espère bien, déclara Peyton, l’année commence mal pour nous, je pense que nous nous en souviendrons longtemps...

-C’est certain, lançais-je en écartant les cheveux qui cachaient le visage de Brooke.

J’allais m’en souvenir, car une nouvelle route venait de croiser la notre, lui aussi devait venir nous rejoindre depuis le départ. Je scrutais Peyton dans la pénombre, elle le regardait à la dérobée. J’avais vu ses yeux briller, et même si je ne la connaissais pas depuis longtemps j’avais senti que l’attirance était partagée. D’une étincelle il est possible de construire un empire.


nanouee  (08.03.2012 à 19:02)

Musique

Chapitre 5 : La blessure

15 octobre 1963, Berkeley, Californie, Usa

Il me semble que ces bruits raisonnent encore dans ma mémoire, je peux les entendre hurler leur fureur, cette fureur née de l’incompréhension, de l’absence et de l’obligation. Ils marchent vers eux, des centaines et des centaines de jeunes, le bras levé, la rage dans les yeux, ils sont décidés, c’est leur guerre, la leur mais aussi la notre, la mienne.

J’étais en plein cours, dans le bâtiment principal, quand j’entendis les premiers cris, les étudiants se levèrent et le professeur eut beau hurler, ils empruntèrent la sortie les uns après les autres laissant leurs bouquins sur les tables, courant dans le couloir jusqu'à la sortie. Je les suivis, j’arrivais dans le couloir et déjà une fumée dense s’infiltrait sous les fenêtres, je marchais vers la porte, ils me bousculaient, m’emportant avec eux, vers le drame.

Un soleil étonnant régnait dans le ciel, ce 15 octobre 1963, un temps qui n’aurait pas du accompagner le sang, nous aurions du hurler sous la pluie, sous les orages, notre rage n’est pas anodine, elle n’est pas inutile, et même si à ce moment là, je n’étais pas encore vraiment engagée dans cette guerre contre la guerre, je ressentais leur passion, leur désir de paix, ce désir qui m’animera quand je laisserais partir ceux que j’aime dans cet enfer. Au loin, la chevelure brillante de Peyton attira mon attention et je courus vers elle, je dépassais ceux qui priaient, ceux qui hurlaient, ceux qui, au sol, attendent la sentence, j’arrivais à sa hauteur et elle se retourna pour me prendre le bras.

-Haley, c’est horrible, ils deviennent dingues, hurla--elle à travers les cris

-Je ne comprends pas, qu’est ce qui se passe ? Demandais-je en me serrant contre elle.

-Il parait que de nouvelles lois sur le Vietnam passeraient au congrès ce mois-ci, ils veulent en empêcher la publication mais ce n’est pas la bonne solution, les soldats de la garde nationale sont là et contre leur fusil et leur bombes lacrymogènes, nous avons du souci à nous faire.

-Ils ne tireraient quand même pas dans la foule ?

-On ne sait jamais !

-Où est Brooke ?

-Elle est malade, elle est dans notre chambre, j’espère juste qu’elle y reste.

Devant nous, des dizaines d’étudiants lançaient des pierres sur la garde qui se protégeait. Ils portaient des casques et des fusils en bandoulière, je n’aurais jamais cru que la guerre viendrait jusqu'à nous, dans notre univers, dans notre vie, j’aurais voulu qu’elle reste au loin sur un autre continent, là où elle ne pouvait pas nous prendre nos prochaines années. Peyton me serra la main et Lucas apparu derrière nous.

-Apparemment, ce serait les étudiants de Berkeley qui auraient provoqué cette bataille, en lançant les premières bombes lacrymogènes, nous dit-il.

-Ils sont fous, m’exclamais-je.

-Oui, ils le sont, ils sont épris de liberté et ils sont jeunes, ils pensent que la jeunesse est invincible, mais nous ne le sommes pas.

-Ils ne gagneront jamais à ce jeu la, j’ai peur qu’ils tirent dans la foule, lança Peyton en se rapprochant de Lucas.

-Mais… Pey’ on dirait Brooke là-bas ? Fis-je remarquer en tendant le bras vers une brune qui titubait dans la foule.

-Non ce n’est pas possible, elle est malade, elle m’a dit qu’elle ne viendrait pas en cours.

-Elle a peut-être entendue le bruit, mais elle a l’air totalement stone, Peyton...dit Lucas en commençant a marché vers le cœur de l’émeute.

-Attends-moi, cria Peyton.

Elle courut dans la foule avec Lucas et je les suivis. Les fumigènes nous bouchaient la vue, et bientôt je les perdis de vue, je me faisais bousculer, on me criait dessus, des étudiants totalement défoncés me parlaient, je les poussais tous, j’essayais d’y voir clair, de retrouver Brooke si c’était bien elle. Les soldats de la garde était face à nous et tout à coup ils levèrent leurs fusils vers le ciel pour tirer un coup, chacun leur tour. Le silence se fit quelques secondes et je pu apercevoir Peyton de l’autre coté de la pelouse sous un arbre, elle tenait Brooke dans ses bras

-Où est Lucas ? Me demanda-t-elle soucieuse quand j’arrivais.

-Je ne sais pas, il a disparu avec toi, mais le temps que je me retourne vous n’étiez plus là....

Brooke gémissait dans les bras de Peyton, elle parlait, murmurait des phrases sans sens, son front était humide et je m’approchais d’elle pour repousser ses cheveux. Elle ouvrit les yeux et me sourit. Nous étions toutes les trois face à eux, nous nous tenions la main, un autre fumigène explosa devant la garde, les gens hurlaient, les panneaux se levaient, certains au sol déliraient, d’autres criaient vers le ciel, ils étaient tous fous, aussi fous que nous qui n’avions pas encore quitté cet endroit.

-Allons nous en, m’exclamais-je, en regardant alentour.

-Non, assena Peyton, pas sans Lucas, je dois le retrouver, reste ici avec elle...

-Mais ... attends...

 

Mais elle était déjà partie. Brooke s’écroula au sol sous l’arbre et je m’agenouillais près d’elle. Je regardais ce spectacle que je n’aurais jamais du voir, qui ferait la une des journaux dès le lendemain, un événement qui allait tout changer, encore un...

Notre avenir serait conditionné par ce jour horrible qui allait nous faire réaliser que nos jeunes années dorées arrivaient à leur terme. Nous avions encore tant d’espoir, tant de choses à vivre, nous n’aurions jamais du être là, au milieu de ces soldats armés qui allait tuer nos anciennes illusions et bien plus que cela. Je ne me souviens que de ce moment, je sais que c’est celui qui a tout changé, celui qui a précipité les événements.

Brooke avait la tête renversée en arrière, elle ne se souviendra de rien, pas comme moi, comme tous les autres, elle continuera à vivre dans son monde, dans ses paradis, là où elle était certaine que le soleil brillerait toujours. Je suis dans la réalité, j’y suis depuis toujours, je le sais, je le sens, je devais être ici aujourd’hui, je devais marcher vers eux.

Je me relève, Brooke n’y prête pas attention, ils baissent leurs fusils et ils me semblent qu’ils nous visent, alors que j’étais persuadé que jamais ils ne tireraient dans la foule. Peyton me fait signe de rester où je suis, mais les fumigènes m’empêchent de voir clair, je n’arrive pas à distinguer son visage, il reste flou, comme cette journée, comme eux, leurs fusils pointés sur nous, sur moi...

Le silence, tout à coup, se fit et je tournais la tête, un garde avançait dans la foule et il tirait, il tirait sur nous, sur moi, j’étais dans sa ligne de mire, je restais paralysée, je ne pouvais plus bouger, je vis toute ma vie défiler devant mes yeux, et Peyton qui hurlait, elle m’appelait, et ce poids sur mon corps, ce poids qui m’écrasa au sol. La balle siffla à coté de mon oreille, la foule se déchaîna, les pleurs s’élevaient vers le ciel, le sang coula, l’un d’entre nous était touché, mais ce n’était pas moi, je n’avais rien, il m’avait sauvé, il m’avait protégé avec son corps. Il était toujours au dessus de moi, il me murmurait que tout irait bien, que je devais rester couchée. Je ne bougeais pas, et les yeux entrouverts, je pouvais voir les étudiants s’agiter dans tous les sens, au fur et à mesure que les coups partaient, ils avançaient tous maintenant, tirant dans cette jeunesse innocente, cette jeunesse qui plus jamais ne verrait la vie de la même façon, car le sang qui a coulé sur ce bitume aujourd’hui ne signe que le commencement, nous allions continuer à payer pour avoir voulu la liberté. Je me tourne et je vois un corps au sol derrière nous, cela aurait pu être moi, peut être que j’aurais du être à sa place, j’ai l’horrible impression que la foule se fait encore plus dense, que la fumée nous enveloppe encore plus, et le dernier cri de Peyton raisonne encore dans ma tête, elle n’a pas retrouvé Lucas, mais où était-il ? Et Brooke, que j’avais abandonnée là-bas... Le jeune homme penché sur moi se relève, me tend la main, et nous revoilà immergé dans ce monde, ou plutôt dans cette enfer blanc, je ne peux distinguer aucun détail, je sens juste que sa main enferme encore la mienne, ses yeux et les miens s’accrochent, il se penche sur moi. Il marmonne à mon oreille des paroles que je ne distingue pas bien, des mots qui se brouille dans l’infini du moment, du massacre lent et douloureux du temps entre nous tous.

-Attends... je n’étais pas seule, hurlai-je, je dois les retrouver !

-Non tu es folle, il faut quitter le campus, avant que cela n’empire !

-J’irais seule, fis-je en retirant ma main de la sienne et en faisant demi-tour. Je ne peux pas les abandonner...

 

J’étais persuadée que mon sauveur avait déjà pris la poudre d’escampette mais je l’entendis crier derrière moi, puis ses pas qui me retrouvaient. Il se mordit la lèvre et hocha la tête.

-On va les retrouver, cria t-il près de mon oreille, mais ne lâche pas ma main, surtout ne la lâche pas...

Ses yeux brillèrent, il me sourit et passa une main sur mon visage pour effacer les traces de terre, avec douceur, je ne le connaissais pas, et pourtant il m’avait sauvé de la seconde décisive de ma vie, il m’avait offert une seconde étincelle dans le brouillard de la mort, et l’empreinte de son premier regard ne cessera jamais d’être éternel à ma mémoire. La réalité nous rappelle, les sirènes des ambulances viennent briser la magie de l’instant, la police arrive par fourgon entier, emportant les protestataires, et il lâcha ma main. Nous étions à nouveau dans notre enfer blanc où la poussière et les fumées nous entouraient à la recherche de mes amis, fantômes dans la masse étrange qui voguait. Je lui tournais soudain le dos, il me semblait entendre des pleurs, ils étaient proches de nous, des pleurs, mais une voix qui ne m’était pas inconnue, j’avançais et le jeune homme m’attrapa par le bras avant de me suivre, la fumée se dissipa et je les trouvais au sol.

Je courais vers eux et m’agenouillait. Peyton était plein de poussière, ses vêtements étaient déchirés et son mascara coulait le long de ses joues. Elle tenait la main de Lucas qui semblait évanoui au sol, elle passait ses mains dans ses cheveux, elle l’appelait mais il ne répondait pas, il était pâle, mais il ne saignait pas. Je me penchais sur lui et j’attrapais la main libre de Peyton, que je serais aussi fort que possible pour lui donner du courage, dans la brume des fumigènes et dans la peur de la perte, perdre quelque chose qui venait à peine de naître, quelque chose de beau et de fort, qui aurait du durer pour toujours...

Je me tournais pour voir mon sauveur immobile devant nous, ses yeux étaient fixés sur Lucas qui gémit tout à coup et ouvrit les yeux.

-J’ai mal à la tête, quelqu’un m’a poussé…

Elle se pencha sur lui et leurs lèvres se touchèrent, dans la poussière de l’enfer, il en serait toujours ainsi pour nous tous, nous avions commencé là où tout allait finir, comme un signe, comme une empreinte dans ce monde.

Il avait disparu, je me relevais et le suivis. Je le rattrapais et il se tourna vers moi. Je pouvais lire de la peine et de la colère dans ses yeux, des sentiments que je ne pouvais pas comprendre.

-Lucas est mon frère, lâcha t-il en se rapprochant de moi. Je suis Nathan Scott, nous avons le même père. Il a un an de plus que moi, sa mère était la première femme de mon père. c’est compliqué mais disons que nous n’avons jamais pu nous entendre, dit-il en faisant demi tour.

-Attends, ne nous laisse pas, nous avons besoin de toi, j’ai besoin de toi...

-Je t’ai sauvé la vie, ne m’en demande pas trop.

-Aide nous à retrouver notre amie, je t’en prie, je ne pourrais jamais seule, murmurais-je.

-Je t’aiderais, mais juste pour retrouver ton amie.

-Peyton s’occupera de lui et il y a les ambulances.

-D’accord murmura t-il.

Il hocha la tête et je lui tendis la main, je lui tendrais toujours la main comme aujourd’hui, le premier jour de notre chemin commun, ce jour qui nous avait tout donné, un autre allait tout nous reprendre. Mais pour le moment, je ne voulais pas y penser, seule sa main chaude entre la mienne comptait, il me suivit jusqu’au couple au sol, jusqu'à Lucas, ce frère qu’il n’avait jamais pu vraiment connaître. Les deux hommes se regardèrent mais aucun des deux ne parla, je pouvais sentir la tension, je pouvais sentir le ressentiment, mais derrière tout cela, j’étais persuadée que l’amour n’était pas vraiment mort. Je me penchais pour embrasser Peyton sur la joue et je lui murmurais :

-Ne t’en fais pas, les ambulances sont là, téléphone-moi de l’hôpital, je vais chercher Brooke.

-Oh mon dieu Brooke, hurla-t-elle en posant une main sur la bouche.

-Avec Nathan, nous allons la retrouver !

-Elle délirait...elle était totalement stone Haley, je la connais, je t’en prie retrouve la...

Je hochais la tête et me prit dans ses bras quelques secondes jusqu'à ce qu’un ambulancier vienne s’occuper de Lucas. Je leur fis un signe de la main, notre enfer arrivait à son terme, ou presque, maintenant que la fumée s’était dissipée, il nous serait plus facile de trouver Brooke et je commençais à marcher vers l’endroit où je l’avais laissé, Nathan sur mes talons.

 

-Ne m’en veux pas pour Lucas, commença t-il, je ne peux pas.

-Je ne t’en veux pas, après tout ce n’est pas mon problème ! Mais Brooke c’est mon problème, il faut la retrouver, alors aide moi, et oublie un peu ton frère.

-Je suis là, Haley, je te suis.

C’était la première fois qu’il prononçait mon prénom, et l’entendre me fit frissonner, je me retournais pour le scruter. Nos yeux s’accrochèrent et nous nous rendîmes compte que le campus était à présent presque vide, il n’y avait que quelques personnes perdues qui recherchaient la sortie, d’autres, légèrement blessés attendaient les secours, le silence régnait, un silence de mort, une ombre macabre, comme le cadavre qui reposait sous un drap près de nous, et je ne savais pas combien étaient morts, combien avait payé pour la folie de notre monde, mais je savais que même si je ne les connaissais pas, j’avais mal, pour nous, pour cette génération perdue et tout ce que nous allions sacrifier à sa cause. Il n’y avait plus rien à sauver aujourd’hui, tout était partie en fumée de nos espérances à nos rêves de paix future.

Je regardais alentour, mais je ne voyais toujours pas Brooke, elle n’était plus sous l’arbre où je l’avais laissé, je ne savais même pas depuis combien de temps elle était seule, je n’aurais pas pu déterminer combien de temps les soldats avaient tiré, je savais juste que cela m’avait paru interminable, un antre de feu et de sang, de sang inutilement versé pour sauver l’honneur et condamner les hommes.

Je la vis soudain au détour d’un chemin entre les arbres, couchée au sol dans la poussière, elle avait sûrement été bousculée et son corps s’était écroulé. Je courais vers elle, et Nathan me suivit, j’entendais sa respiration saccadée, il sentait encore le danger, celui du fusil braqué sur notre vie, contre notre tempe par une méprise humaine, et je fouillais l’espace du regard tout en me penchant sur Brooke, ses yeux papillonnaient mais elle n’arrivait pas à se lever. Nathan la souleva dans ses bras et elle se recroquevilla contre lui en gémissant. Elle était pâle mais avec un peu de chance, elle n’aurait aucun souvenir de tout cela, elle n’aura que des flashs pour lui rappeler que l’avenir de la jeunesse américaine s’était joué sous ses yeux, que certains étaient morts, que d’autres seront marqués à vie, une sorte de drame de la jeunesse qui se croyait invincible. Nous quittâmes le campus, Brooke entre nous dans la danse, le chemin serait long et semé d’embûches, la guerre interminable, ici comme ailleurs, nous avions tout à perdre, tout à gagner, pour être des survivants.


nanouee  (08.03.2012 à 19:06)

Musique

Chapitre 6 : La renaissance

25  octobre 1963, Berkeley, Californie, Usa

 

Les volets sont fermés, la lumière, à peine, pénètre dans mon antre sombre, ma chambre est devenue mon tombeau. Je n’ai pas le courage de surmonter le choc, je n’arrive pas à ranger cet événement dans ma mémoire, je suis marquée à vie, je ressens tout dans mon corps dans mon âme, la douleur, le désespoir, la perte et l’absence, tout ce qui nous a été enlevé, jamais ne nous sera rendue, nous allons toute notre vie ressasser les événements en nous demandant quelles erreurs avions-nous bien pu commettre. Je suis ainsi, rien ne s’efface dans mon cœur, je garde tout précieusement, tout me défini, c’est moi, je ne peux pas me détacher de tout cela, ce serait me mentir à moi-même, me forcer à avancer vers l’échec. J’ai eu le courage des survivants, le temps qu’il fallait, le temps de ramener Brooke dans son lit, le temps de dire au revoir à Nathan et j’ai refermé la porte de ma chambre derrière moi, les larmes, que j’avais si longtemps retenues, se mirent à couler, furieuses, sur mes joues pales. Je n’avais pas pu me laisser aller devant eux, je n’avais pas pu pleurer pour cette blessure, mais, maintenant je le pouvais, je devais accepter, faire mon deuil de nos années de liberté. C’est dans ses moments-là que David me manque, que son soutien, son amour inconditionnel laisse un vide dans mon cœur, j’aurais voulu qu’il soit près de moi, qu’il soit là pour me tenir la main pour essuyer mes larmes, car même si j’avais ressenti quelque chose de fort pour Nathan il restait encore un étranger, un être qui n’avait pas partagé ma vie, pas encore, il ne me connaissait pas, je n’étais qu’une ombre qu’il avait sauvée au détour d’un chemin sombre.

Je regarde le plafond, je suis couchée sur mon lit, j’attends que le temps passe, que la blessure se ferme avant d’oser sortir, j’ai peur, je ne me sens en sécurité nulle part. Lucas va bien, Peyton m’a téléphoné, ils l’ont gardé en observation mais il n’aura aucun problème par la suite, ils pourront enfin se déclarer leur amour, ils pourront se dire toutes ces choses qu’ils n’auraient jamais pu se dire si le destin les avait frappé comme d’autres. Brooke a tout oublié, seules quelques bribes restent encore dans sa mémoire, elle ne sait pas que la mort l’a frôlée, qu’elle nous a tous frôlé, que pour une fois notre jeunesse n’a pas pu combattre, que nous étions impuissants devant les armes, que nos mains étaient bien dérisoires, que les cris et les pleurs n’ont jamais fait flancher le destin en notre faveur. Elle ne veut pas se réveiller, elle veut rester immergé dans ses paradis, comme je les appelle, elle ne veut pas affronter la réalité, elle en est incapable, elle voudrait juste que la vie soit telle qu’elle l’a toujours désiré, facile, ensoleillée et infinie, mais rien n’est jamais infini, tout se termine, tout a une fin pour notre malheur à tous. Je ne peux pas vraiment la blâmer, je ne suis pas plus forte qu’elle, je suis seulement différente, je vois le monde et les choses d’une toute autre façon, je sais que le bonheur durable ne réside pas dans les chimères, seulement dans la vraie vie, celle que nous vivons, que nous construisons, et mon univers en sucre vient de s’écrouler, je viens de comprendre à quoi nous étions voués, quels tourments allaient nous attendre en chemin. Je n’arrive pas à m’ôter de la tête le sang, les cadavres, les cris et les pleurs, les panneaux levés à la gloire perdue de l’Amérique, toutes ses choses qui ont fait partie de ma vie sont à présent révolues, la révolution est enclenchée, demain et tous les autres jours, la guerre progresse, elle avance sur notre terre, le Vietnam n’est plus si loin, il a la gueule ouverte, il nous prendra notre avenir, nos amours, notre famille, tout ce qui avait un sens pour nous, tout ce qui nous était nécessaire disparaîtra, jusqu'à cet oxygène si indispensable à notre survie. L’Amérique ne veut pas renoncer à son combat, c’est une question de prestige, une question d’honneur, pour nous ce ne sera que la perte et douleur, la souffrance et l’absence, la mort à petit feu...

Un bruit se fit entendre, et je me redressais sur mon lit, quelqu’un frappait à la porte, et je me levais prudemment. J’ouvrais le battant, doucement mais Nathan poussa la porte et pénétra dans la pièce, furieux.

-Haley, qu’est ce que tu fais encore là ? Hurla-t-il en claquant la porte dans son dos et je reculais. Tu ne vas pas te sentir mieux en restant toute la journée les yeux fixés au plafond !

-Je ne peux pas sortir.

-Dis plutôt que tu ne veux pas, mais je ne te laisserais pas ici, tu vas venir avec moi, dit-il en me prenant la main.

-Non ! Hurlais-je en retirant ma main et m’éloignant vers la fenêtre pour regarder les étudiants vaquer à leurs occupations comme si rien ne s’était passé.

-Ne reste pas enfermée Haley ! Je t’ai laissé faire au début car je pensais que tu en avais besoin mais là il faut revivre, il faut que tu sortes, viens, fais-moi confiance...

Je me tournais vers lui, et le fixais. La confiance n’avait rien à voir là-dedans, la peur me paralysait, je ne pouvais pas mettre un pied dehors sans penser au fusil, à la garde nationale, aux fumigènes, à tout ce qui peuplait mes cauchemars. Il s’approcha de moi et essuya la larme qui coulait sur ma joue. Il me caressa le visage, et passa un doigt sur mes lèvres avant de relever mon menton.

-J’ai peur de les voir.

-Il n’y a plus personne, ils ne sont plus là, ils sont loin, regarde-moi, moi je suis là...

Nos yeux s’accrochèrent et je me perdais dans son regard chaleureux, il me prit la main, la porta à son visage, et repoussa mes cheveux avec l’autre. Je sentais ce besoin, ce désir de me sauver, encore et toujours, de me protéger contre tout. Nathan Scott avait l’âme noble, il m’avait touché, il avait ouvert mon cœur, il me ferait découvrir l’amour le vrai, celui que l’on ne rencontre qu’une fois, le seul et l’unique qui compte réellement... Les larmes coulèrent encore sur mes joues mais je le laissais m’entraîner vers la sortie, il me serrait fort, son corps chaud contre le mien, j’étais en sécurité, rien ne pourrait m’arriver. Il était là pour moi, cet inconnu, celui qui pourtant était entré dans ma vie, il m’était indispensable, il le serait toujours, pour lui je ferais tout, de la folie à la raison, tout pour que nos chemins restent unis, pour que nos vies restent liées, ici, ou à l’autre bout du monde.

Nous arrivâmes en dehors du bâtiment, le soleil m’accueillit, passant ses rayons chauds sur mon visage, et la main de Nathan enserrait toujours la mienne. Nous marchions dans les allées de la fac, nous étions jeunes, nous étions libres et pourtant je n’arrivais toujours pas à oublier, j’avais peur que le paradis ne soit que de courte durée, que la folie des hommes reprenne le dessus, que les lois sur le Vietnam passent à l’assemblée, que nous ne puissions plus jamais marcher en paix dans ce campus, que nous ne puissions plus jamais apprécier un après midi au soleil sans penser à cette guerre qui avilissait notre âme. Les étudiants marchaient dans tous les sens, certains se rendant à leur cours, d’autres empruntant la sortie, mais nous ne courions plus, nous n’avions plus besoin de fuir le feu et le sang, non pas aujourd’hui. Nathan s’arrêta un instant au milieu de l’allée. Je fixais la tache au sol, cette tache qu’ils avaient tant essayé de nettoyer mais qui restait présente pour tout ceux qui avaient vécu cet enfer, pour tout ceux qui n’auraient jamais du le vivre. J’avançais, quittant ses bras, j’enjambais la tache de sang, comme j’avais enjambé les drogués à la fête, comme j’avais traversé la porte de la maison familiale, je ne renonçais à rien, je faisais un pas en avant. Je me retournais vers Nathan et un sourire éclaira son visage, il me rejoignit et me pris dans ses bras.

Rien ne s’efface dans ma mémoire, je pourrais nous revoir avec exactitude au moment ou l’étincelle avait brisé la pénombre, un chuchotement, une sorte de promesse dans la pénombre, vers la lumière, parce que je ne pouvais m’imaginer craindre la vie pour toujours. Sa main caressa mes cheveux, puis descendis jusqu'à ma nuque me procurant des frissons que je n’avais jamais connus, des sensations jusqu'alors interdite. Ma tête posée sur son torse j’écoutais son cœur battre, l’espoir n’était pas mort pour nous, nous étions vivants, nous pouvions encore essayer de vivre, nous pouvions essayer de la rendre meilleure et je n’aurais pas cru qu’il aurait suffit que nos yeux se croisent dans les fumigènes pour créer un lien si puissant, une passion naissante, un désir commun, de l’amour...

-Tu vois Haley, dit-il en resserrant son étreinte, me serrant contre son cœur, nous sommes sauvés.

Oui nous l’étions pour un temps du moins, pour les années à venir mais après...

Je me sentais enfin revivre, il m’avait redonné ce souffle de vie qui me manquait, je me serais presque cru mourir avec eux hier, tuée dans un combat d’espoir engagé, mais aujourd’hui je renaissais grâce à lui, à sa force tranquille, à son soutien, à ce lien qui naissait doucement mais qui allait régenter ma vie, qui allait me faire vivre et souffrir, me faire pleurer et rire, Nathan Scott était entré dans ma vie, et il représente bien plus qu’un cliché abandonné, qu’une voix oublié, c’est un pan de vie inestimable à chérir comme un souvenir d’éternité.


nanouee  (08.03.2012 à 19:10)

Musique

Chapitre 7 : La chute

22 novembre 1963, Berkeley, Californie, Usa

 

Le temps guéri toutes les blessures ou presque, il arrive parfois que certaines restent toujours aussi douloureuses, même avec les mois et les années. Je sais que la journée du 15 octobre 1963 a tout changé, pour nous, pour l’Amérique. Les lois sur la guerre du Vietnam étaient passées au congrès et j’avais peur que la folie ne recommence, qu’ils ressortent les panneaux, leurs armes, leur rage, et leurs éclairs de colère. Nathan ne serait pas toujours là pour me tenir la main et me sauver de mes démons, des fusils braqués sur moi. Il aurait pu seulement me pousser au sol et repartir mais il m’avait tenu la main pendant si longtemps que je n’envisageais plus ma vie sans lui. Je ne savais pas encore ce qu’il allait advenir de nous, de notre relation, de cette confiance et de ce désir qui s’installait, je ne voulais pas aller trop vite, je ne voulais pas construire ma vie sur des bases fragiles. Je voulais retrouver mes racines, ma famille, et une personne en particulier qui m’avait manqué, il avait tout fait pour se libérer le lendemain de la fusillade et les autres jours mais il n’avait pas pu. David venait me voir, me redonner l’espoir, l’amour, tout ce qui me faisait défaut ces derniers temps. J’avais repris les cours, et même si cette peur familière m’étreignait le cœur parfois, je marchais la tête haute, je ne regardais plus les taches au sol, je ne pensais plus aux vies volées, je pensais à la mienne qui continuait malgré tout.

Je ne me rappelle plus très bien de cette journée, mais la chute résume bien les événements qui allaient nous faire tomber de haut, le fusil encore une fois, la guerre qui se rapprochait, la fin de nos années d’innocences, la fin de tout, le début du combat, un long combat, des années et des années perdues pour cette cause jouée d’avance. Je marchais vers l’entrée du campus, je l’attendais, il ne devait pas tarder, et au détour d’un chemin il apparu, comme toujours, un grand sourire éclairant son visage, il me tendit les bras et à un moment se fut comme si l’aiguille avait cessé son parcours pour nous, je courais vers lui, je dépassais les étudiants sur mon passage, et je lui sautais dans les bras. Il me serra fort contre son cœur, il me murmurait tant de paroles perdues dans le vent, mais je ne bougeais pas, je restais accrochée à lui, comme à ma planche de salut, mon frère, ma seule famille, la seule dans mon cœur. Nos années d’enfances refaisaient soudain surface et une larme m’échappa, unique pour ces longs jours de séparation. Je ne lui demandais pas ce que devenait nos parents, je voyais dans son regard qu’ils n’avaient pas changé et ne changeraient probablement jamais. Il me prit la main comme Nathan et me fit parcourir le campus, traquant mes démons, il ne me demandait pas comment je me sentais, il était là, simplement, comme toujours, comme cela aurait du être jusqu’au bout, mais le destin n’avait pas prévu de nous épargner. Je l’entraînais vers le bâtiment principal, je lui faisais découvrir mon nouvel univers, celui qu’il ne connaissait pas encore, car avant, mon univers c’était lui et nos interminables journées passées à philosopher sur l’avenir, sur la vie et la mort, des journées mémorables, des fous rire, des larmes tout ce que je pouvais partager, je lui avais donné, mais le temps passe, tout change, tout évolue, et même si le lien reste fort, même si l’amour n’a pas déserté nos cœurs, je sais que tout a changé le jour où je suis devenue adulte, le jour où j’ai affronté les fusils, le jour où Nathan m’avait sauvée de la mort, et il me sauverait toujours...

David me serre contre lui et commence à me parler de cette vie que j’avais quittée, de cette vie que j’avais laissée sur le pas de la porte, loin d’ici...

-Rien n’a changé, Haley. Je suis parti, j’ai tout laissé, je t’avoue que mes journées ne sont pas toujours roses, mais je m’en sors, comme toi, nous sommes des survivants, je te l’avais promis, me dit-il en souriant, éclairant son visage.

-Il y a un manque David, dans mon cœur, parfois la nuit, je me sens seule, malgré tous ses gens qui m’entourent...

-Maintenant je suis là, pour un temps du moins, repose toi sur moi, si tu le veux, je suis solide, je suis invincible, plaisanta-t-il.

-Je l’espère, murmurais-je en fermant un instant les yeux.

Il n’avait pas besoin de me faire de long discours, je sentais tout, je ressentais tout dans son regard, dans ses gestes, tout cet amour, ce bonheur des retrouvailles, je resterais toujours sa petite sœur, le dernier maillon de la chaîne qui avait décidé de voler de ses propres ailes au risque de les briser. Il n’y avait pas d’autres chemins pour moi, pas d’autres espoirs que celui de pouvoir décider de ma vie, de ma route.

Je sais maintenant que rien n’est éternel et qu’il faut profiter de chaque moment qui nous ait offert intensément, comme si cela devait être notre dernier jour, comme s’il n’y allait pas avoir de lendemain, de secondes chances. Lucas et Peyton l’avaient compris, ils n’avaient plus attendu qu’un autre fusil viennent se mettre entre eux, ils profitaient de ce que la vie leur offrait et parfois, j’aurais voulu être comme eux, jeunes, insouciants, confiants, mais je n’arrivais pas à avouer à Nathan cette attirance que j’avais ressentie pour lui, cet amour qui allait naître, qui allait nous emporter tous les deux du paradis à l’enfer, plus tard, bien plus tard, quand nous aurons tout construit, quand nous aurons des espoirs de paix, de liberté retrouvée, à ce moment-là, la sentence sera terrible.

Le temps passe si vite, quand les sourires éclairent nos visages, quand la peine semble loin, et pourtant parfois ce n’est qu’un leurre, la paix tant attendue ne devait pas venir, elle se faisait attendre, elle était si loin de nous, à des années de notre vie si mouvementée. La chute n’est pas anodine, elle entraînera la mort de milliers de jeunes hommes, la mort de nos espoirs, la mort de nos familles en suspens, de nos amis, de nos amours, la chute, le coup de feu, l’ultime, celui qui a tout changé, tout bouleversé, c’est aujourd’hui, un autre jour douloureux pour l’Amérique, un jour à marquer d’une pierre blanche...

 

Ils s’agitent à nouveau, certains pleurent, d’autres hurlent, certains ne parlent pas et je suis là, la main de David dans la mienne. C’est un recommencement, une fin pour certain, une mort pour d’autres, un espoir pour les derniers, mais pas pour moi. Nous restons muets, un haut parleur nous annonce la nouvelle, la terrible nouvelle qui changera notre avenir, qui précipitera nos vies dans le gouffre. Je vois Peyton au loin et son regard troublé posé sur Lucas, il la prend dans ses bras, il la serre fort contre son cœur, il la rassure, il lui murmure certainement que la vie n’est pas toujours à l’image de nos rêves, je sais qu’il trouvera les mots. Tout s’enchaîne, les images se construisent dans ma mémoire, un jour que je n’oublierais pas, une blessure pour tous, peut-être pire que ces fusils braqués sur nous, des amours qui se révèlent, qui vivent avant de mourir, des larmes pour les cicatrices à venir, tout ce qui ne dépend pas de notre bon vouloir, tout ce que nous subissons en silence...

David lâche ma main et s’effondre sur un banc, il sait ce que cela signifie, nous le savons tous, il était le seul à pouvoir nous offrir un semblant de liberté, maintenant que l’espoir était mort avec lui, nous ne pouvions que prier à genoux pour que Dieu n’oublie pas ses enfants, ceux qui semblent si perdus, le regard vide, sans larmes...

Nathan est là, il s’approche de moi et je le laisse m’attirer à lui, il est toujours là pour moi, il ne me sauvera pas qu’une fois, il fera de ma vie une éternelle journée d’été baignée d’amour. Il me semblait qu’il serait toujours là pour calmer les battements désordonnés de mon cœur, mes peurs, mes espoirs perdus, il était là, je n’en demandais pas plus, je le voulais juste en ce moment dans mes pas.

-Tu avais tort, lui murmurais-je au creux de l’oreille, nous ne sommes pas sauvés, non pas encore...

Ses mains passaient dans mes cheveux et David restait prostré sur le banc, comme bien d’autre, ceux qui ne parlent pas, ceux qui ont compris l’enjeu, mais pour moi, tout reste flou, les mots dans le haut parleur ne sont plus que poussière, je n’ai entendu que ce que je voulais entendre, que le monde allait changer, que les armes feraient partis de ma vie pour toujours, que les morts et les larmes ne seraient jamais tarit pour nous, que le puits n’en seraient que plus profond, que nos jeunes années n’étaient plus que chimère. J’enviais Brooke, elle était à l’abri dans son monde, elle ne voyait rien, n’entendait que ce qu’elle voulait entendre, mais elle reviendrait à la réalité, elle allait ouvrir les yeux aujourd’hui comme nous tous, la génération perdue, celle qui si délurée pensait que les songes hallucinatoires ne restaient que des rêves perdus retrouvés.

Les paroles sont inutiles, le cri raisonne comme une blessure, je le ressens dans mon être, dans mon corps, comme ces milliers de personnes qui quittent leurs bâtiments pour descendre prier dans la rue, prier que le fou qui a changé leur vie pourrisse en prison, prier que le sauveur, celui qui nous a ouvert au monde ne meurt pas mais il est trop tard, il est trop tard depuis des heures, la mort emporte tout, même les grands hommes comme John Fitzgerald Kennedy, tué aujourd’hui, 22 novembre 1963, une autre mort, mais pas n’importe laquelle, il nous entraîne dans sa chute.

 

Un voyage anodin, une journée comme les autres, la fin d’une vie. Tout se joue, aucun jour ne se ressemble et même si parfois j’ai le sentiment de tourner en rond je sais maintenant que c’est faux, que le destin est en marche depuis le jour de notre naissance, que le compte à rebours est enclenché, que les jours défilent de plus en plus vite vers notre fin, il n’y a pas d’autre route, elle est déjà tracée, il ne faut que la suivre. Je suis la mienne en priant pour qu’elle ne me mène pas à un autre Dallas, un autre coup de feu, une autre flaque de sang, des pertes inutiles mais jouées d’avance...

Je me souviens de mes journées perdues, de tous ceux qui ont payé le prix de la liberté, je ne fais que le travail de la mémoire, je le fais pour eux, ceux qui bientôt viendront rejoindre les plaques éparpillées partout en Amérique, des hommages dérisoires pour des actes héroïques.

Le lendemain, la BD de Peyton apparaissait dans le journal de la faculté, des dessins pour toutes nos douleurs si vivaces, pour nos soirées délurées, pour nos délires de jeunesse, pour nos erreurs, pour tout ce qui nous définissait. J’ai écris le mot de la fin, vous avez peut être pu le lire en dessous du dessin me représentant le visage pâle devant les fusils, ou peut être que plus rien n’a d’importance.

David repartit le lendemain, ces durs événements qui avaient perturbé l’Amérique n’étaient pas prêts de se laisser oublier, je l’avais quitté à regret, comme la première fois, mais avec un sentiment d’inachevé, un sentiment de fin prochaine et inévitable...

 


nanouee  (08.03.2012 à 19:13)

Musique

Chapitre 8 : Les premiers pas

2 décembre 1963, Berkeley, Californie, Usa

 

Peyton faisait les cent pas dans ma chambre, sortant les robes les unes après les autres, mais aucune ne semblait trouver grâce à ses yeux.

-Haley James, tu ne peux pas le retrouver avec cela ! Lança-t-elle en sortant une robe rose pale dont l’ourlet touchait la cheville.

-Pey’, écoute je n’ai pas besoin d’être habillé comme une star de cinéma, je veux être moi, c’est tout.

Elle s’assit sur le lit avec un petit sourire.

-Tu as raison, excuse-moi, je ne sais pas ce qui m’arrive, peut-être que c’est que tout va trop vite ces derniers temps...

- Raconte-moi, dis-je en lui prenant la main et en m’asseyant près d’elle.

-Avec Lucas... Je ne sais pas, tout ça me fait peur, tout va trop vite, je n’ai jamais connu cela, je n’ai jamais pu m’attacher à un homme avant lui, je me sens...dépendante.

-C’est normal Peyton... enfin normal, je n’y connais pas grand-chose aux hommes, regarde je suis là à me demander quelle robe fera le plus d’effet sur Nathan plaisantais-je.

-Il aimera la robe pâle, dit-elle en riant et en essuyant une larme sur sa joue. Je me sens bête de t’ennuyer avec mes doutes, alors que tu vas sortir pour la première fois avec Nathan... il en aura mis du temps avant de faire le premier pas.

-Tu ne m’ennuies pas Pey’, je suis ton amie, je suis là pour toujours, quoi qu’il arrive

-J’ai peur de me sentir étouffée par cet amour, c’est trop fort...mais je me sens tellement bien dans ses bras, c’est comme une consécration Haley, c’est lui que j’ai toujours recherché je le sais maintenant.

-Alors fonce, va lui dire tout cela, fais-le avant qu’il ne soit trop tard...

-C’est trop dur pour moi, Je t’aime, je ne l’ai jamais dit à personne, pas même à mes parents, je n’ai jamais pu...me dévoiler c’est trop difficile.

-Ma mère ne m’a jamais dit je t’aime Pey’, il n’y a qu’à mon frère que je suis capable de montrer ma vraie nature, et à vous deux, à Brooke et à toi, alors n’hésite plus, nous n’avons plus le temps.

-Je sais que depuis la mort de Kennedy, les espoirs de paix au Vietnam sont révolus, je sais aussi que Johnson veux poursuivre ce combat et envoyer de nouveaux soldats à la guerre, Lucas m’en a parlé.

-Tu ne crois pas qu’il voudra s’engager ? Demandai-je en resserrant mon étreinte.

-Je ne sais pas Haley, je sens que quelque chose a changé, pour nous tous.

-Tout a changé Pey’, mais c’est comme cela, j’essaye de vivre, de continuer à vivre, de me dire que tout va s’arranger, que nous ne serons pas obligés de sacrifier nos vies à cette guerre, mais je n’y arrive pas.

-J’ai peur que Lucas ait dans l’idée de me quitter, si je m’attache à lui et qu’il part, je ne pourrais pas le supporter Haley.

-Tu sais ce que je pense Pey’, dis-je en lui souriant. Je pense qu’il faut que tu arrêtes de te poser des questions, car je suis sure que vous êtes fait l’un pour l’autre, ou du moins vous êtes fait pour parcourir un bout de chemin ensemble, même si tu doutes, même si tu as peur, dis-lui ce que tu ressens, c’est la meilleure des choses à faire, tu seras en paix avec toi-même avec ton cœur, avec ta vie.

-Je suis heureuse de t’avoir rencontrée Haley, dit-elle en me fixant. Mais tu es une vraie limace, ton amoureux va arriver et tu seras encore en sous vêtements.  Finalement reste ainsi, ce sera plus pratique...

-Peyton !

-Eh bien quoi il faut bien parler de sexe...

-Je n’ai pas l’intention de coucher avec lui ce soir, ni demain ni la semaine prochaine, je veux être sûre.

-N’attends pas trop longtemps, dit-elle avec un petit sourire en coin.

-Je n’ai pas envie de confier ma vie à quelqu’un sur un coup de tête, et si cela ne marchait pas ?

-On ne le sait pas tout de suite Haley, il faut d’abord faire des erreurs pour pouvoir apprendre, laisse-toi aller, imagine que c’est ta dernière journée sur terre, que voudrais-tu ?

-La paix...  un avenir pour nous tous, tout ce que nous n’avons pas.

-Je te parle de toi Haley, pense à toi avant de penser aux autres, sois égoïste !

-Je pense à moi Peyton, dis-je en entendant soudain un coup discret sur ma porte.

-Oh mon dieu, tu n’es pas prête, va dans la salle de bain, je vais l’occuper, lança-t-elle en me jetant la robe rose pale qu’elle avait d’abord écartée.

Je la pris, le sourire aux lèvres, j’avais de la chance, j’avais trouvé des amis, des vrais, ceux qui restent pour toujours, ceux qui partagent notre vie, nos douleurs, nos pertes, nos joies, ils les vivent avec nous, jamais ils ne nous quittent, leur main sera toujours dans la notre, ils nous donnent du courage, ils nous aiment pour ce que nous sommes, je les avais cherché mais je n’avais plus besoin de courir pour connaître le bonheur, je l’avais derrière cette porte que Peyton ouvrit délicatement.

J’enfilais la robe tandis que Nathan pénétrait dans ma chambre, je l’entendais parler avec Peyton, je tendis alors l’oreille et en oubliait de me maquiller.

-Nous ne sommes pas beaucoup revus depuis... enfin la fusillade...commença Peyton. Tu vas bien ?

-Je sais ce que tu essayes de faire dit-il, nous ne nous connaissons pas, tu n’as pas besoin de prendre des gants avec moi ! Je sais bien que tu voudrais que je parle à mon frère.

-Il m’a parlé de toi murmura Peyton.

-C’est une vieille histoire et en plus ce n’est pas la notre, mais celle de nos parents.

-Vous êtes frères ! Pourquoi ne veux-tu pas faire le premier pas ? demanda Peyton.

-Et pourquoi ne l’a-t-il pas fait lui ? Je sais ce que tu vas me dire. Je suis le fils préféré de mon père, Lucas ne le voit même plus, j’ai eu tout ce qu’il n’a pas eu, mais je n’ai pas à me justifier pour les erreurs de mon père.

-Il a tout de même épousé sa mère, il porte son nom, tu ne peux pas le renier.

-Il ne m’a pas tendu la main non plus, je n’ai pas envie de parler de cela avec toi. Tu ne peux pas comprendre !

-C’est certain que je ne sais pas ce que c’est que de grandir sans vraiment connaître son frère, mais je sais que l’avenir est plus qu’incertain et je croyais que tu l’avais compris aussi, que tu voulais que vous répariez vos erreurs communes, mais non... Et bien reste dans cette indifférence que tu as créée. Tu as raison sur un point, ce n’est pas mon problème, mais j’aime Lucas, je ne veux pas que vous restiez fâchés toute votre vie ! Laisse les erreurs de ton père de coté, ne fais pas les mêmes seulement, ce sera mon dernier mot !

J’entendis la porte de ma chambre claquer et je me doutais que Peyton était partie. Je secouais la tête. Je ne pouvais pas les comprendre, tous les deux si fiers, trop fiers pour s’avouer l’un à l’autre qu’ils s’étaient manqués. Je ne parlais jamais de Lucas à Nathan, même si j’avais dans le but de les réunir un soir, de réunir toute la bande, autour d’un verre, une soirée où ils seraient en présence. Je comprenais mieux la détresse de Peyton que le refus de Nathan, je m’étais promis d’agir, mais pas maintenant, maintenant il m’attendait, je n’avais pas le temps de réunir les frères ennemis. Je fignolais ma coiffure et je sortis de la pièce, détendue en apparence et il s’immobilisa devant la porte pour me sourire, embarrassé, il savait que j’avais tout entendu. Je m’approchais de lui et posa un baiser sur sa joue et un doigt sur ses lèvres avant qu’il ne puisse parler.

-Je ne veux pas que tu te justifies devant moi, nous aurons tout le temps d’en parler à un autre moment.

-Je ne veux plus en parler, me coupa t-il, je te veux toi, pour toute la soirée, rien que nous loin de tout cela.

-Et bien je suis là Nathan Scott je n’attendais plus que vous mon cher, plaisantais-je.

-Tu rigoles ? s’exclama t-il, c’est moi qui ai attendu pendant que tu avais l’oreille collée à la porte et que tu priais intérieurement pour que je parte voir Lucas !

-Oh non... Tu ne crois pas que je vous espionnais !

-Attention, tu deviens toute rouge, dit t-il en riant et en passant une main sur mes joues en feux.

-Bien, commençais-je, c’est vrai que j’ai écouté, j’espérais qu’elle pourrait te convaincre.

-Je suis un grand garçon, je sais ce que je veux Haley, je n’ai pas besoin que quelqu’un vienne argumenter pour me faire prendre une décision que je ne veux pas prendre.

-Excuse-moi, excuse-la, c’est juste qu’elle est à fleur de peau ces temps-ci, elle ne veut que le bonheur de Lucas, l’amour...

-L’amour pardonne tout Haley, je n’ai pas besoin de l’excuser, ni de t’excuser, je voudrais juste que tu ne me force pas la main, pas tout de suite du moins.

-Ah mais je suis là. Mes consultations ouvrent ce soir à 18h. 100 Dollars l’heure de psychanalyse, plaisantais-je.

-Parfait, allons-y, dit-il en prenant mon manteau sur mon lit. Je nous ai réservé une table dans mon restaurant préféré.

-Je meurs de faim, Peyton n’a pas arrêté de tourner dans tous les sens pour me trouver une robe sensationnelle, et là je me sens un peu engoncée, riais-je.

-Non, moi je l’adore, dit-il en passant sa main sur mon épaule pour frôler la fine bretelle de la robe.

L’air frais de cette fin d’année nous accueillit à la sortie de mon bâtiment. Je resserrais mon manteau contre mon corps et Nathan passa son bras autour de mes épaules pour m’attirer contre lui, dans sa chaleur, près de son corps. Nous marchions comme si le monde nous appartenait, comme quand j’avais pris la main de Brooke et Peyton à mon arrivée, ce sentiment que rien ne pourrait venir entraver notre route. Je pourrais presque sentir la neige pointer son nez en ce début de décembre 1963. La fin de l’année approchait, nous allions entrer dans une nouvelle ère, dans une nouvelle année, et pourtant je n’arrivais pas à m’en réjouir, je savais que je devrais affronter mes parents et cette idée me mettait au supplice.

Nous arrivâmes devant le restaurant qui se trouvait dans une charmante petite maison, Nathan n’avait pas fait les choses à moitié, le décor était magnifique, les chandelles, la musique, un univers enchanté. Le serveur nous montra la table tout au fond de la salle dont les murs bordeaux faisaient ressortir les dorures des cadres de fenêtre et des lustres aux chandelles de cristal.

-J’espère que tu aimes, s’exclama-t-il en prenant ma main à travers les couverts en porcelaine. Je viens souvent ici.

-Oh tu y emmènes toutes tes conquêtes, lançais-je en retirant ma main et en ayant l’air offusquée.

-Non, je viens avec ma mère pour nos dîners tant appréciés sans mon père, plaisanta-t-il, tu n’as pas de soucis à te faire, je ne paierais jamais aussi cher pour une fille ordinaire.

-Parle-moi de ton père, dis-je au moment où le serveur nous apporta la carte.

 

Je parcourus le menu, mais je ne pouvais décidément pas choisir un plat, ma connaissance en cuisine gastronomique était très limitée. Je lui tendis la carte et pour masquer mon malaise, je le laissais choisir à ma place. Il donna les ordres au serveur qui se retira, nous laissant dans notre petit coin de paradis, seul à seule, les yeux dans les yeux.

 

-Mon père ne mérite même pas que je lui consacre une phrase dans notre conversation, s’exclama t-il, mais disons que si je suis à Berkeley, c’est parce qu’il a généreusement ouvert son porte feuille et laissé échapper de gros billet.

-Tu plaisantes ? Fis-je choqué. Il a acheté ton inscription ?

-Et oui, cela te donne un aperçu du genre d’homme qu’il est. Je ne lui avais rien demandé, je ne voulais pas aller à l’université, je voulais juste jouer au football.

-Je ne savais même pas que tu jouais...

-Je me targue d’être mystérieux, plaisanta-t-il. Il voulait que je reprenne son entreprise, que je lui fasse honneur, mais je ne voulais pas de cette vie-là, il me l’a imposée alors crois-moi, je ne veux pas parler de lui ou de toutes les erreurs qu’il a pu faire.

-Je suis désolée, Nathan, dis-je en reprenant sa main. Je peux te dire une chose : c’est pareil pour moi, sauf que je ne suis même plus la bienvenue dans ma propre maison, ils n’ont pas accepté mon choix qui était la faculté. Je suis une paria, et je vais passer Noël avec ces gens qui ne m’ont jamais comprise, qui m’ont dédaignée, un vrai enfer.

-J’ai une idée Haley... viens chez moi pour Noël ! Je sais que ce n’est pas vraiment le paradis mais ce sera déjà mieux que ton enfer, et nous serons tous les deux, nous ferons face ensemble.

 

Ses yeux me suppliaient et j’avais envie, je voulais passer du temps avec lui, l’aimer, le comprendre, car il était bien plus complexe qu’il ne le laissait paraître et je savais que le comportement de son père avait ouvert de nombreuses blessures impossibles à refermer. Je sentais qu’il avait besoin de moi, que je pouvais combler ses faiblesses comme il pouvait porter les miennes. Mais David m’attendait. Il m’attendait, mais il comprendrait, il connaissait mon besoin de liberté, mon horreur des longs dîners avec Victoria et Georges, il savait à quel point je me sentais mal à l’aise dans ma propre maison. Je n’avais pas parlé à ma mère depuis des mois, mais le manque n’était pas aussi douloureux que je l’avais cru, car même si au fond elle m’a fait du mal, l’amour n’est jamais réellement mort.

Le serveur apporta nos plats, mais Nathan ne m’avait pas quitté des yeux, sa main dans la mienne, je hochais alors la tête avec un sourire.

 

-Je serais ravie de t’accompagner chez toi pour Noël, dis-je en le fixant toujours.

-Tu verras, ma mère est un ange malgré l’imbécile qu’elle a épousé.

-Je te crois sur parole, plaisantais-je, sinon elle n’aurait pas eu un fils aussi parfait.

 

Je commençais à manger, mais pourtant malgré l’excitation qui m’avait envahie à la perspective de passer toutes les vacances avec lui, je me sentais mal, comme si je manquais à mes devoirs en ne rentrant pas pour affronter ma famille. Il me faudrait appeler David et ma mère, mais le plus dur serait à venir, j’étais persuadée qu’elle me maudirait pour l’éternité.

 

-Haley...murmura t-il, je ne veux pas te forcer, je sens que tu es perturbée.

 

Je n’avais pas besoin de faire de long discours avec lui, il me comprenait, il voyait dans mes yeux tout ce que je cachais au monde, tout ce que j’avais du mal à dire.

 

-J’ai peur que ma mère ne le prenne mal.

-Ne t’en fais pas, ma mère pourra lui parler si tu veux.

-Oh non surtout pas, ma mère n’est pas un ange comme la tienne, elle n’est pas à prendre avec des pincettes, quand je suis repartie, elle m’a dit que ce n’était plus la peine que je revienne.

-Et bien le problème semble réglé. Si elle te dit quelque chose, dis-lui simplement que pour une fois tu fais ce qu’elle t’ordonne, dit-il en riant.

 

Il me sourit, et ses yeux brillèrent, chaque fois qu’ils se posaient sur moi, je pouvais voir apparaître de magnifiques étoiles qui bien sur ne faisaient que partie de mon imagination mais que j’aimais à voir naître chez lui. Ce désir qui couvait en nous, mais je n’étais pas encore prête à lui donne ma vie, je lui faisais à peine confiance et même si l’amour est né dès le premier jour, celui où il m’avait sauvé, je n’avais pas l’habitude de tout donner tout de suite, qu’importe la personne, qu’importe le moment.

 

-Elle va me dire que je me dévergonde comme cette faculté minable où j’ai mis les pieds, fis-je en posant ma fourchette.

-Et bien tant pis, il faut bien que tu vives ! Et cette faculté est loin d’être minable ; d’accord c’est loin de Harvard ou Yale, mais nous sommes très bien classés, et pour que mon père ouvre son compte en banque il faut que cela en vaille la peine crois-moi !

-Pour elle, je serais toujours la fille rebelle qui a refusé sa place.

-Quelle place ? S’indigna-t-il. Elle ne voulait tout de même pas que tu deviennes son clone ?

-Elle aurait voulu que je ressemble à ma sœur si parfaite. « Victoria n’aurait jamais fait cela Haley, elle a un mari honnête, un enfant, elle sait où est sa place », fis-je en singeant ma mère dans ses colères les plus terribles.

-Mon père veut me modeler à son image, il veut tant que je sois parfait car il ne l’a pas été. Il a abandonné sa première femme, renié son fils, il a rendu ma mère malheureuse, mais il attends beaucoup de moi, des choses que je ne pourrais jamais lui donner, je ne suis pas ce qu’il veut que je sois.

-Reste comme tu es, Nathan, ne le laisse pas te dénigrer ! Et pour Lucas...Et bien peut être qu’un jour la vie vous réunira, peut être pas, mais ne change pas pour ton père. Ne fais pas payer à Lucas les erreurs de cet homme qui a bouleversé vos vies.

-Je suis quelqu’un de fier Haley, je ne peux pas faire le premier pas, en tout cas pas encore...

-Ne parlons plus de cela, murmurais-je.

 

Nous finissions de dîner et après avoir réglé l’adition, nous sortîmes prendre l’air, marcher, profiter de ces instants comme si cela devait être les derniers. Je ne savais pas pourquoi ce sentiment de nostalgie m’animait à ce moment là, sous la lune pleine, sous ce ciel empli d’étoiles. Peut être que la perspective de devoir parler à ma mère de Nathan me rendait nerveuse ? Mais je lui dirais que Peyton m’avait invitée, cela passera sûrement mieux pour elle. Je n’avais jamais ramené de garçon à la maison, je n’avais jamais osé.

Je regardais Nathan, il me semblait que je le connaissais depuis toujours, qu’il était près de moi depuis toujours, que je n’avais eu qu’attendre le bon moment pour le voir surgir devant moi. Il me raccompagna à ma chambre, nous étions sur le campus désert où quelques couples s’embrassaient dans l’ombre des arbres qui se dressaient le long de l’allée principale. Je n’avais plus froid, je restais collée contre lui, il avait repassé sa main dans mon dos, comme si cela était naturel et cela l’était pour nous. Il m’avait sauvé la vie, il m’avait aidé à retrouver Brooke, il m’avait épargné enfer, tout avait été naturel, tout coulait de source. Je savais qu’il n’était pas égoïste et que s’il ne se sentait encore pas le courage d’aller vers Lucas le temps l’aiderait. J’allais passer les fêtes de Noël avec lui, je n’avais plus besoin d’avoir peur, je l’avais trouvé...

 

Nous arrivâmes devant la porte de ma chambre. Il s’arrêta net, mais je pris sa main que je portais à mon visage. Le temps s’était arrêté pour nous à cet instant, nous étions seuls, peu nous importait les curieux dans le couloir, les drogués qui erraient comme des fantômes, seule sa main sur mon visage importait. Il se rapprocha doucement comme s’il craignait que je le repousse, mais je n’en avais jamais eu l’intention, je n’attendais que cela, qu’il s’approche, qu’il effleure mes lèves, qu’il pose ses lèvres sur les miennes et c’est ce qu’il fit. Tout d’abord timide, il pressa ses lèvres chaudes sur les miennes, je passais ma main derrière sa nuque et l’attirais à moi pour qu’il puisse sentir mon corps contre le sien. Son baiser se fit plus passionné, il passa ses mains dans mon dos, jusqu’au creux de mes reins et nos langues se touchèrent, se cherchèrent, nos souffles se mêlèrent. Nos  fronts se frôlèrent, il murmura qu’il m’aimait, je n’aurais cru cela possible. Il remonta le long de mon dos et frôla mes cheveux comme une douce caresse, le désir monta en moi, l’envie de lui, ce besoin de le laisser me toucher, mais la raison avait repris le dessus sur le plaisir. Il s’écarta mais je gardais les yeux fermés comme pour profiter encore et encore de toutes ces sensations qu’il avait fait naître en moi, un feu, une flamme qui ne cesserait jamais de se consumer au fil des années et qui me fera tout quitter pour la faire brûler à l’infini...


nanouee  (08.03.2012 à 19:19)

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