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For A Wonderful World [2]

Créateur : nanouee 
Date de création : 18.03.2012 à 17h11

Message du créateur :
Deuxième épisode - Bonne lecture !

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Cet épisode compte 14 paragraphes

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Deuxième épisode


nanouee  (18.03.2012 à 17:13)

Musique

 

Chapitre 1 : Le cœur a ses raisons...

23 Octobre 1966, Berkeley, Californie, Usa


Je marche sur le campus de cette université qui m’a vu naître. Je suis née ici, avec elle, ma deuxième naissance, ma vraie vie avait commencé ici, tout le reste semblait flou, rien n’autre ne comptait maintenant à part ce sol que je foule pour me rendre dans ce bâtiment qui m’a fait apprendre, qui m’a fait mûrir et grandir, qui a dévoilé mes rêves, qui m’a placée sur la bonne route, celle que je devais prendre depuis le départ. Le temps a passé, c’est vrai, mais je touche au but, je vais bientôt être diplômée de Berkeley, université de Californie. Je ne peux pas contenir ma joie, mes rêves n’ont pas été vains, mes années de travail acharné n’ont pas été inutiles, j’ai gagné pour le meilleur et pour le pire, je leur ai prouvé que j’avais raison.

Je vois Brooke devant moi, sur le parvis, elle distribue des prospectus à cette jeunesse flamboyante qui semble renaître de ses cendres un instant, l’espoir de voir la paix n’est pas mort, même si je sais qu’une partie de moi, de mon cœur est quelque part au Vietnam dans les villages perdus tenus par les Viêt-Congs. Je m’approche d’elle et le sourire aux lèvres, je tends la main pour prendre le bout de papier qu’elle me tend en riant.


-Haley James dans la politique, le monde aura tout vu, lança-t-elle en continuant à distribuer les tracts tout en parlant avec moi.

-Je me cultive ! Il faut que je sois au faits de l’actualité ; surtout quand mes élèves me demanderont quel est la tâche première du Congrès, plaisantais-je

-Honte à toi, tu ne sais même pas cela ! s’écria-t-elle l’œil pétillant de malice.

-Dans quelle mission t’es tu lancée cette fois ci ? Demandai-je en rangeant le tract dans mon sac pour le lire en cours.

-Ils parlent de faire revenir les soldats cette année alors je milite pour leur retour et pour cela j’organise ce soir une grande veillée sur le campus, une veillée pacifique ne t’inquiète pas, tout le monde emmène une bougie, une bougie pour une vie.

-C’est parfait Brooke, murmurais-je en pensant à David dont je n’avais pas eu de nouvelle depuis 4 semaines.

 

Mais cela n’était pas étonnant, les lettres se perdaient souvent et c’était encore le seul moyen de communication, car les lignes téléphonique entre Saigon et les USA étaient faibles si pas inexistantes la plupart du temps.

 

-Tu viendras, n’est ce pas ? demanda-t-elle en souriant à un de ses camarades de sciences politique qui passait prendre le tract.

-Oui je viendrais avec Nathan, je vais lui en parler.

-On se voit ce soir alors Haley, dit-elle en ramassant son sac, je me sauve.


Elle remit les tracts dans son sac et m’embrassa sur la joue avant de partir précipitamment vers l’autre bout du campus. Je secouais la tête, aucune manifestation ne pourrait faire revenir ceux qui étaient déjà morts, et ils étaient nombreux. Jake s’était fait tuer dans une échauffourée, près de Saigon, le mois dernier, d’autres qui jamais ne sont revenus décorent les cimetières de l’armée Américaine. Des dizaines de croix brillantes où seul un nom sert de témoin, une croix souvent posée sur un cercueil vide, les corps ne sont pas toujours retrouvés ou impossible à transporter. Une bougie pour les âmes perdues dans la forêt humide, des bougies pour les drapeaux américains pliés sur les cercueils et remis aux familles, des bougies pour nos espoirs de paix et de retour pour tous.

Je gagnais le bâtiment et passais au milieu des étudiants amassés dans l’entrée. Je rejoignis Nathan près de ma salle de cours, il m’attendait, le sourire aux lèvres. Il me tendit la main et m’embrassa, effleurant mes lèvres avides d’amour, mon corps tendu vers lui, je passais ma main dans ses cheveux et indifférente au flot d’étudiants qui nous bousculait, je lui murmurais que je l’aimais comme si nous ne devions jamais plus nous revoir, le destin n’épargne personne, pas même l’amour.


-Brooke organise un rassemblement ce soir, murmurai-je, collée à son épaule. Nous pourrions y aller.

-Je ne peux pas ce soir Haley, mon père veut me voir, il me convoque, dit-il avec mépris.

-Comment cela ?

-Il veut me parler de son entreprise encore et toujours, il pense que je suis prêt pour les responsabilités. Et si je ne viens pas, il fera payer à ma mère mon absence, je ne peux pas lui faire cela.

-Je comprends, dis-je en m’écartant de lui pour aller à mon cours.

-Je passerais chez toi après l’avoir vu, nous avons du temps à rattraper, dit-il en grand sourire aux lèvres.

 

Je lui fis un signe et rejoignis ma salle pour passer les deux prochaines heures à étudier un roman écrit dans un autre temps, dans une autre époque si loin de la notre, de notre monde fou. Je prenais vaguement des notes mais je ne n’écoutais pas vraiment. Je pris le tract dans mes mains et je me mis à le lire.

 

« Venez nombreux ce soir ! Pour le souvenir, pour l’amour, apportez votre bougie, faites-la brûler pour toutes les âmes perdues, pour tous ceux qui doivent revenir, peut être notre appel sera-t-il entendu... »


Peut être ? Non, aucun appel ne pouvait être entendu, tout ceci ne servait à rien et pourtant j’allais apporter ma bougie, la poser au sol avec les autres, mais je ne resterais pas, je n’avais pas la force d’écouter, toutes ces nouvelles du bout du monde, tous ces communiqués de presse annonçant une paix qui ne venait jamais, annonçant des morts pleurés pour toujours. J’avais passé tout le cours perdue dans mes pensées et les divagations de Voltaire ne m’avaient pas touchée. Je sortis dès que la sonnerie retentit, et je me dirigeais vers ma chambre dans l’espoir de voir une enveloppe, une lettre de David, une lettre qui me prouvait qu’il vivait encore.

Et je la trouvais sur le paillasson, ouverte, déchiquetée par les censeurs, ceux qui lisaient les lettres pour voir si elles ne contenaient aucunes informations capables changer le cours de la guerre J’ouvris la fenêtre pour voir l’attroupement déjà se former, il ferait bientôt nuit, bientôt des milliers de lumière brilleraient, comme des milliers d’âmes perdues, de cœurs condamnés à la souffrance, des lumières pour nos instants de doutes, pour nos nuits blanches, pour nos moments torturés, des lumières pour l’avenir que nous voulions à tout prix heureux.

Je descendis les marches doucement vers la place principale du campus, ma bougie éteinte dans une main la lettre dans l’autre, seule, sans Nathan, sans celui qui avait guidé mes pas vers l’âge adulte, celui qui avait prédit que ma vie serait exceptionnelle. La pénombre régnait sur le campus, toutes les bougies étaient éteintes mais je voyais Brooke au loin avec Lucas et Peyton. Je m’approchais et elle m’accueillit avec un sourire avant de me prendre par le bras.

 

-Je sais que c’est dur pour toi Haley, dit Brooke, mais nous sommes là ! Nous sommes tous là, sans distinction. Nous sommes réunis, nous sommes l’avenir de ce pays et ils ont intérêt à nous écouter où l’avenir pourrait bien être compromis.

-J’ai reçu une lettre, murmurais-je en leur montrant l’enveloppe scotchée pour cacher les traces de l’intrusion.

 

Lucas s’éloigna de nous un instant pour s’asseoir sur un banc. Il baissa la tête mais je n’avais pas besoin de paroles, j’avais appris à mieux le connaître. Il avait peur et en même temps il aurait voulu partir, il sentait que sa vie était là-bas comme David l’avait ressenti, comme bien d’autres qui s’était engagés, mais il lui suffisait de regarder Peyton pour y renoncer. Il était contre la guerre menée en ce moment mais trouvait la raison du combat juste, il sentait que quelque chose devait changer dans ce pays si loin de nous, trop loin pour nous faire du mal. Et pourtant c’était l’inverse, aussi loin soit-il, nous ressentions dans notre être profondément sa promiscuité, il était là aussi sûrement que nous quatre réunis sous la lune pleine avec l’espoir de le voir s’éloigner... La lettre l’appelant sous les drapeaux n’était jamais arrivée, mais ils vivaient tous dans la crainte qu’un jour, l’épée ne fauche leur rêves si délicatement imaginés, qu’un jour, tout s’écroule pour quelques mots sur le papier qui condamnait la vie à mourir.

Les bougies étaient éparpillées au sol et Brooke se plaça au milieu de la place avec un micro rudimentaire. Ses longs cheveux bruns flottaient au vent, elle s’était trouvée, elle n’avait plus besoin de chercher, elle était faite pour cela, pour rassembler les foules, pour parler en public, pour nous insuffler l’espoir...Pour être là, tout simplement.


-Chers amis ! Merci d’être venus si nombreux, je ne connais pas toutes vos motivations mais votre présence me suffit. Il ne s’agit pas d’amuser des étudiants mais bien de donner un coup à l’Amérique, un coup certes minime, mais une blessure en plein cœur. Ces bougies brûleront jusqu'à extinction, non pas pour la révolte, non pas pour la guerre inutile que nous menons ici, mais pour l’espoir car lui seul nous tient en vie, lui seul fait de nos nuits des songes chimériques susceptibles de se réaliser. Je n’ai pas la prétention de dire que cet acte sera utile, je ne sais pas de quoi sera fait notre avenir mais je sais que chaque parole compte, chaque acte compte comme chaque blessure, comme chaque mort, rien ne s’oublie, rien ne s’efface. Si vous êtes ici, c’est que vous avez peur, que vous souffrez, que vous ne cherchez que la paix. Je ne peux pas vous la donner, bien que j’aurais donné n’importe quoi pour changer le monde, notre monde. Je vous donne quelque chose d’autre, je vous offre une partie de notre avenir, je vous le confie, choyez-le, gardez-le précieusement, la flamme doit brûler, pour nous, pour eux, pour les autres qui bientôt iront se perdre...

 

Peyton tremblait dans mes bras et je resserrais mes doigts sur la lettre de David. Brooke se baissa et alluma la première bougie avec une allumette. Elle se releva la bougie à la main et recommença à parler.

 

-N’oubliez jamais de quoi a été fait votre passé, je ne suis pas naïve, je sais que dans cette foule dense, certains visages bientôt disparaîtront, que vous partirez pour l’inconnu, alors ne reniez pas vos choix, vivez-les, pour le meilleur et pour le pire, et quelle que soit la chute, puisse-t-elle être douce.

 

Bientôt toute la foule alluma les bougies, les unes après les autres, formant un magnifique halo de lumière, pour un jour mais pas pour toujours, la prière pour l’espoir, la prière pour l’amour, pour tout ce que nous avions perdu ou ce qui nous avait échappé, pour tout ce que nous perdrions dans les années à venir. Lucas prit Peyton par la taille et alluma une seule et unique bougie qui brilla devant eux, illuminant leur visage, créant pour un temps un sentiment de paradis inaccessible. Brooke posa la bougie au sol au milieu des autres et resta là un instant, dans ce bonheur en flamme, dans cet espoir bafoué par le temps et par les hommes qui se battaient toujours plus, pour que le monde soit à l’image de leurs rêves...mais même les rêves ne sauraient être parfaits...

 

-Ce soir je vous demanderais d’oublier vos rancœurs passés, reprit Brooke, cessez de vous déchirer, je ne vais pas prôner l’amour inconditionnel car quoi que l’on puisse affirmer, l’amour ne coule jamais de source, il est dur à gagner et si dur à apprécier. L’amour n’est pas le moteur de ce mouvement, seul l’espoir le guide à travers les tranchées boueuses, à travers les souterrains de terre humide, les forêts interminables, ces temps passés le fusil à l’épaule pour une cause jouée, une cause déjà perdue. Même si vous ne pouvez pas le comprendre, essayez de l’accepter, d’accepter que ceux qui vous entourent ont parfois envie de sauver le monde, car même s’ils ne le sauvent pas totalement, ils y contribuent, ils vous sauvent vous...et notre agonie. Ne vous battez plus entre vous ici, n’amenez pas cette guerre encore plus près de notre univers déjà si fragile...Le temps parait-il guérit toutes les blessures.

 

Elle acheva son discours sur cette phrase comme si elle savait que certains de nos jours étaient comptés, que le temps lentement mais sûrement laissait sa trace, l’avenir était en marche. Mes doigts accrochaient la lettre dans ma poche et je la sortie finalement pour la déplier devant ces flammes que je m’étais jurée de quitter avant de me laisser emporter par la nostalgie...

 

 

Chère Haley,

 

C’est encore moi, tu te souviens ? Ton frère, mais si le grand baraqué aux cheveux bruns clair qui t’avait pris ta poupée un matin d’hiver en te tirant la langue ! Comme cela est loin tout, est loin Hales, il ne reste plus rien de nous, de nos journées enfantines, de nos paroles, du son de ta voix, pardonne-moi, je n’arrive plus à m’en souvenir, je ne sais plus où j’en suis si loin de toi, si loin de cette vie, de tout...

Un de plus dans une tombe fraîche quelque part en Amérique, un autre ami, un autre corps. Je ne vois que cela ici, des amis qui tombent pour l’honneur, pour la fierté de l’Amérique, cette perte est la notre Hales, nous payons pour eux et la paix semble loin, presque inaccessible. La terre fraîche ne recouvre pas qu’une âme, elle nous recouvre tous, nous rampons sous la pluie, nous tirons sur des cibles invisibles, nous marchons des heures, nous sommes des pantins, des jouets de la toute grande puissance, mais même les jouets se cassent et les uns après les autres ils semblent abandonner, traînés dans la boue, salis par les épreuves qui nous sont imposées, dans ce pays inconnu loin de la chaleur de nos foyers...

Ne combattez pas le destin, profitez de la paix que vous possédez, la guerre se rapproche, elle nous attend au prochain tournant, elle vous attend tous. Johnson parlent de ramener les soldats mais c’est un mensonge de plus pour que le congrès soit...


Le reste de la phrase était invisible, rayée, effacée par une main experte. Il reprenait plus loin mais plus rien n’avait de sens. J’essuyais une larme sur ma joue. Tous les jouets se cassent mais pas lui, il ne le devait pas, il m’avait promis de revenir sain et sauf, il ne devait pas craquer, même si la mort le traquait même si elle nous traquait tous, j’avais bon espoir, pour une sorte de paix acceptable un jour prochain.


J’ai obtenu une permission pour rentrer aux USA le mois prochain, je serais bientôt là, près de toi, pour savourer ton succès prochain, ta réussite, car ta réussite c’est la notre, c’est notre réussite, notre bonheur, notre consécration Je savais que tu y arriverais, que tu serais assez forte pour leur donner tord à tous, pour le meilleur ou pour le pire, tu es ici, dans ton rêve, ce rêve qui est devenu ta vie, n’abandonne jamais. Ne fais pas la même erreur que moi, ne crois pas que l’herbe est plus verte ailleurs car c’est faux, tu as tout ce dont tu as toujours rêvé, la petite fille craintive a depuis longtemps disparue, elle est devenue adulte, c’est une femme, bien dans sa peau, bien dans son époque.

Tu es quelqu’un d’exceptionnelle Hales, et même si je te l’ai déjà dit 10 000 fois je peux bien me répéter...pour que tu ne doutes pas, pour que tu ne m’oublis pas peut être...

 

 

L’encre se brouillait sur la feuille noyée par mes larmes. Je ne savais plus combien de temps j’avais passé près de cette flamme chancelante à ressasser mes souvenirs mais une chose a retenu mon attention. Il allait revenir pour un temps, quelques jours, cela était mieux que rien, que ces mois d’absence où son visage s’efface de ma mémoire. Je tournais la tête vers Lucas et Peyton assis au sol dans l’herbe, dans les bras l’un de l’autre, ils sont cet avenir brouillé, à eux seuls ils représentent les futures épreuves qui nous attendent, je peux le sentir, je peux le voir, Lucas l’indécis, qui cherche sa voie, et Peyton l’idéaliste insatisfaite, qui ne cesse de vouloir le bonheur. Brooke est au milieu de la foule et peu à peu elle s’éloigne devenant une image dansante devant mes yeux emplis de larmes. Je les quitte, je remonte dans ma chambre, Nathan ne va pas tarder, il est peut être même déjà là, chez moi à m’attendre, entré avec la clé que je lui avais donné il y a quelques mois.

Je pousse la porte et il est là devant la fenêtre à regarder notre feu, celui qui brûle en nous, celui qui brûle pour toujours dans notre mémoire, et même si la fumée de la fin brouille le ciel, je sais que je n’oublierais jamais cet hommage.

 

-Il manque pleins de bougies Haley, murmura-t-il dans la pénombre rougeoyante des flammes, il en manque pour ceux qui sont morts aujourd’hui, ou pour ceux qui mourront demain.

 

Je m’approche de lui et passe mes bras autour de son corps immobile. Il passe sa main dans mon dos et ensemble nous regardons au dehors comme si le destin se jouait ici, comme si la fin se trouvait la, comme si nous pouvions la voir.

 

-Mon père a fait une attaque, lança-t-il les yeux fixes et durs. Il a hurlé de douleur devant moi, il s’est écroulé et ma mère a appelé les secours, mais moi je n’ai pas bougé, je l’aurais laissé mourir tout simplement.

-Oh Nathan.

-Je n’ai pas eu envie de l’aider, je l’ai regardé au sol, je n’ai même pas eu pitié, ma mère m’a secoué et je suis resté de marbre devant lui...je...

-Comment va-t-il ?demandais-je émue de le voir ainsi.

-Je ne sais pas, ils l’ont emmené tout simplement, moi je suis parti, je suis venu ici, près de toi Haley.

-Ne t’en veux pas, dis-je en le prenant par les épaules.

-Je m’en veux d’être devenu comme lui, sans cœur, aigri...

-Non c’est faux et tu le sais très bien, m’écriais-je, je peux tout à fait comprendre, l’image que tu as de ton père est brouillée depuis des années.

-Je l’ai laissé au sol, dit-il les larmes coulant sur ses joues. Même ma mère l’a aidé alors qu’elle le méprise et moi, je le hais, c’est pire.

-Tu ne le hais pas, tu es seulement en colère, dis-je mais il se dégagea.

-Je peux rester Haley ? Demanda-t-il en essuyant ses larmes.

 

Je l’entraînais vers mon lit où il se coucha les yeux fixés au plafond, vides de tous sentiments. L’amour et la haine sont intimement liés, l’un ne peut pas exister sans l’autre, mais le mélange est mortel. Il arrive que l’on ne puisse pas avouer son amour à une personne tout simplement parce que la haine dépasse tout, elle prend toute la place, elle est tout ce que nous redoutons, tout ce que nous craignons. La haine et l’amour sont nos moteurs, nous avançons ou nous reculons en phase avec nos émotions, Nathan n’est pas différent, il ne peut pas vivre sans l’amour, il ne peut pas vivre sans haïr ce père qui l’a tellement malmené et pourtant il l’aime j’en suis sure, il l’aimera toujours, car les liens du sang sont inaltérables.

 


nanouee  (18.03.2012 à 17:21)

Musique

 

Chapitre 2 : ...Que l’amour ignore

25 octobre 1966, Californie, Usa

 

-Si votre père a fait une attaque, c’est que son cœur est fragile, dit le praticien derrière son bureau de marbre dans une pièce de l’hôpital de San Francisco.

 

Nathan me tenait la main, j’avais accepté de venir avec lui pour entendre le verdict du médecin sur l’état de son père et Deborah était assise près de nous dans un fauteuil, pâle, l’air soucieux.

 

-Comment cela fragile ? demanda Deborah un mouchoir à la main.

-Votre mari est malade madame Scott, et depuis très longtemps déjà, il a ce que l’on appelle une malformation cardiaque congénitale.

-Pardon ? Mais pourquoi ne l’a-t-on pas décelée avant ? s’écria Deborah.

-Tout simplement parce que cette malformation n’est visible qu’en cas de choc violent, tel qu’une colère ou une contrariété qui peut provoquer un infarctus.

-Mon dieu, murmura Deborah.

-Il y a autre chose que vous devez savoir, dit-il en retirant ses lunettes. Cette malformation est héréditaire.

-Vous voulez dire que Nathan pourrait être porteur ? Demandais-je soudain

-Il a une chance sur deux de l’avoir.

-Ce monstre aurait mieux fait de mourir, marmonna Nathan entre ses dents. Cela ne lui a pas suffit de pourrir ma vie, il va aussi décider comment je vais mourir.

 

Il se leva et malgré mes efforts pour le retenir il sortit en claquant la porte. Deborah secoua la tête et je fixais le médecin qui attendait patiemment que la tempête s’apaise.

 

-Pourquoi une chance sur deux ? Demandais-je perplexe.

-En général c’est un enfant sur deux qui est porteur. Combien avez-vous d’enfant madame Scott ?

-Un seul.

-Non, dis-je en me tournant vers Deborah. Monsieur Scott a deux fils.

-Il faut prévenir le deuxième, c’est grave. Il peut mourir.

-Je dois appeler Lucas, commençais-je...Non je dois retrouver Nathan...


Je me levais, j’étais sous le choc, une chance sur deux, un fils sur deux, Lucas ou Nathan, un des deux pouvait mourir à tout moment, l’un des deux devra vivre toute sa vie avec ce poids sur le cœur, dans son esprit, le temps est compté, tout est compté. Je sortis en claquant la porte comme Nathan, laissant Deborah Scott devant le fait accompli, son fils était menacé, elle pouvait le perdre à tout moment. Je retrouvais Nathan dehors, il marchait de long en large dans le couloir, il pestait en silence, et je m’adossais au mur en attendant.

 

-Non mais tu te rends compte, dit-il en revenant vers moi. En plus de m’imposer sa vie il m’impose sa maladie.

-C’est un enfant sur deux, murmurais-je et il accusa le coup.

-Tu veux dire que...

-Oui Lucas. Ou toi, ou les deux. Ou aucun.

-Mon dieu, murmura-t-il en se passant la main sur le visage.


Il me serra contre lui, contre son cœur qui s’emballait, il m’embrassa sur le haut du crâne, les yeux brouillés. Il sentait que le moment était venu de marcher vers Lucas. Il avait toujours essayé de l’éviter, de se déculpabiliser pour les erreurs de son père, et voila qu’il allait devoir face à face avec son frère de sang, avouer une vérité douloureuse, une vérité qui allait peut être tout bouleverser, qui sonnerait peut-être le glas d’une époque, d’une vie.

 

-Tu dois parler à Lucas, Nathan, il a le droit de savoir, murmurais-je en prenant son menton entre mes mains.

-Haley...

-Je sais comme cela est dur d’admettre que l’on a fait une erreur, et tu en as fait une en le reniant toutes ces années, mais maintenant il est temps.


Il hocha la tête et me prit par la main. Nous quittâmes l’hôpital passant devant la chambre de Daniel Scott. Nathan s’arrêta un instant, il regarda les tuyaux qui sortaient de la bouche de son père, les électrodes, les machines et leur bruit obsédant, il avait devant lui une image de ce que serait son avenir s’il avait le cœur malade. Il posa ses mains sur la vitre, la respiration saccadée, il imaginait son avenir, il rêvait de ce que serait sa vie, il pensait à tout ce qu’il ne pourrait jamais faire si son cœur ne pouvait pas le supporter, à tout ce à quoi il devrait renoncer. Une larme unique coula avant qu’il ne reprenne ma main pour parcourir le long couloir blanc jusqu'à la sortie. Il inspira l’air frais et nous montâmes dans la voiture en direction de la maison de Lucas et Peyton, en dehors du campus. Ils avaient loué cette maison il y a quelques mois, laissant Brooke seule dans la chambre double qu’elles occupaient avant. Je n’y avais mis que rarement les pieds et Nathan fixait la route imperturbable, et pourtant je savais qu’il avait peur, sa main se crispa sur le manche quand il changea les vitesses, les jointures blanches, crispées sur le volant. Je regardais le paysage défiler par la fenêtre. Je ne voulais pas l’imaginer malade comme son père, mais si ce n’était pas lui, ce serait Lucas, et cela non plus je ne le voulais pas, j’aurais presque préféré que le médecin se taise, qu’il nous laisse tous dans notre rêve de bonheur infini, qu’il ne nous apprenne jamais que nos jours ensembles étaient comptés...Un enfant sur deux...Une vie sur deux...un frère sur deux.

Il stoppa sa voiture devant la maison, tira énergiquement sur le frein à main et respira profondément avant de sortir de la voiture sans un mot, sans un regard, les yeux fixés sur la porte brune qui abritait son frère, ce frère qu’il n’a jamais voulu aimer. Il sonna enfin et quelques secondes plus tard Peyton vint ouvrir, un bouquin sous le bras.

 

-Haley, s’exclama-t-elle en me voyant, puis son regard dévia vers Nathan et il se durcit. Nathan. Bonjour. Que faites vous là, les amoureux ?

-Lucas est là ? demanda Nathan de but en blanc

-Oui, mais je ne pense pas...

-Laisse-nous entrer Pey’, murmurais-je. Nous avons quelque chose à lui dire, à vous dire, maintenant.

 

Ses magnifiques yeux verts se brouillèrent comme ceux de Nathan quelques minutes auparavant. Elle ouvrit la porte en grand et nous pénétrâmes dans la petite maison coquette qu’ils avaient investie pour protéger leur amour. Peyton nous amena au salon et partit chercher Lucas. Je pris la main de Nathan et la serra dans la mienne comme j’avais serré la lettre de David devant notre feu, comme pour changer l’avenir, comme pour nous garantir que jamais rien ne pourrait nous séparer. Peyton entra, Lucas à sa suite, il fixa Nathan quelques secondes avant de s’asseoir en face de nous, dans le fauteuil, près du poste de télévision muet.

 

-Qu’est ce que tu fais ici avec lui Haley ? demanda Lucas les yeux durs. Je t’ai déjà dit et répété que je ne voulais pas le voir dans ma maison.

-Laisse moi parler, répliqua Nathan.

-Tu n’as presque jamais adressé la parole en 21 ans, alors ne viens pas ici, en croyant que tu peux tout changer maintenant.

-Je ne veux pas tout changer, dit Nathan en baissa la tête.

 

Peyton semblait nerveuse, elle n’arrivait pas à rester en place, elle bougeait dans tous les sens, jusqu'à ce que je pose ma main sur sa jambe en lui faisant un signe qu’elle compris aussitôt. Elle se leva et quitta la pièce quelques minutes. Les deux frères s’affrontaient du regard et Nathan recommença à parler malgré la haine flagrante de Lucas envers lui, mais la haine... sans l’amour c’est impossible.

 

-Notre père...

-Ne l’appelle pas comme cela, ce n’est pas mon père s’écria Lucas, je ne le connais pas et je n’ai pas envie de le connaître, il ne m’a rien apporté, rien donné, rien offert, à part le malheur de voir ma mère triste de s’être fait abandonner seule avec son fils.

-Il a eu une attaque il y a 2 jours, murmura Nathan tandis que Peyton apporta une carafe de limonade et quatre verres.

 

Le silence régna dans la pièce quand elle posa la carafe et les deux hommes se regardèrent sans un mot, perdus dans leur passé respectif, leur vie l’un sans l’autre, leur vie si différente et en même temps liées pour toujours par le sang et par l’Histoire.

 

-Il s’est effondré sur le sol, dit Nathan perdu dans ses souvenirs douloureux de cette soirée où il a vu la vie de son père basculer. L’ambulance l’a transporté à l’hôpital, il est vivant...Il est vivant mais dans le coma. Seulement, il y a autre chose...

- Nathan ; écoute je n’ai pas envie d’entendre parler de lui, qu’il soit mort ou non ne me concerne pas, tu es son fils, moi je ne l’ai jamais été, je ne suis rien de plus qu’une personne qu’il a délaissé. Rien de plus, murmura Lucas en fixant Peyton un instant. Il a été lâche. Je te suis reconnaissant d’être venu, tu as du courage mais je m’en moque, je n’ai rien à voir dans sa vie.

-Si justement, lança Nathan en me regardant cherchant du courage avant de parler. Il a une maladie cardiaque et héréditaire.

-Héréditaire ? S’étonna Lucas tandis que Peyton s’approchait de lui pour s’asseoir sur l’accoudoir du fauteuil.

-Il a une malformation cardiaque qui a causé son attaque. C’est une malformation congénitale, il est né avec ; mais elle ne s’était jamais vraiment déclarée. Le problème c’est que cette malformation est héréditaire, nous pouvons être porteur tous les deux...

-Attends Nathan, dit Peyton en secouant la tête, tu veux dire que toi et Lucas êtes malades sans le savoir ?

-C’est un enfant sur deux d’après le médecin.

-Toi ou moi, murmura Lucas.

-Il faut passer un test Lucas, dès maintenant, dis-je en regardant Peyton qui livide avait les yeux dans le vide.

-Quoi ? Ah non ; je ne veux pas passer ce test je ne veux pas savoir quand la course prendre fin.

-C’est pour savoir, il faut savoir Lucas, tu ne peux pas passer ta vie dans l’ignorance.

-Je préfère encore vivre pleinement sans savoir ce qui m’attends, répondit-il tandis que Peyton se leva pour le rejoindre et le prendre dans ses bras.

-Sois raisonnable Lucas, dis-je en me levant, c’est pour votre bien, peut être qu’il existe un traitement.

-Haley... Je ne peux pas faire cela, je suis désolé mais je refuse. Je préfère encore vivre serein, que de savoir que mon cœur pourrait me lâcher à tout moment.

 

Peyton gémit et du s’asseoir sur le canapé. Elle était pâle, elle avait peur tout comme moi, de notre avenir, de leur avenir, de ces vies intimement liées. Ils étaient tous les deux face à face et Nathan tendit la main vers Lucas. Lucas hésita un instant et la serra. Peyton et moi étions émus par ce geste autant que par cette situation qui les avait enfin rapprochés, ils étaient liés par bien plus que leur sang commun, ils étaient liés par leur vie, par le cœur malade de leur père, par un avenir fait de doutes et d’incertitudes.

 

-Merci d’être venu Nathan, je n’ai peut être pas été à la hauteur, j’aurais du faire le premier pas.

-Non tu te trompes. J’aurais du le faire, dit Nathan les yeux humides, j’ai repoussé le moment, je ne voulais pas me retrouver face à toi et subir ta tristesse passée, toutes ces épreuves dont je suis en partie responsable.

-Tu n’es pas responsable. Daniel Scott n’a jamais aimé personne, à part lui-même, à part sa petite entreprise...Ses fils n’ont été là que pour confirmer son honneur et sa puissance.

-J’ai eu ce que tu n’as pas eu.

-J’ai eu l’amour de ma mère, dit Lucas en inspirant, j’ai Peyton, je n’ai pas besoin de père, à vrai dire, je n’en ai jamais eu besoin, il ne m’a pas manqué.

 

Peyton tremblait dans mes bras, elle était sous le choc mais je sentais que quelque chose la préoccupait et j’avais raison. Lucas la regarda quelques secondes puis se retourna vers Nathan le sourire aux lèvres.

 

-Et d’ailleurs... j’aurais bientôt une autre personne dans ma vie, quelqu’un qui comptera, quelqu’un que je n’abandonnerais pas comme Daniel a pu le faire. Peyton et moi allons avoir un enfant. Ce n’était pas prévu, mais ce n’est pas grave. Nous sommes prêts.

 

Les yeux de Peyton brillèrent et Lucas lui tendit la main. Elle se lova contre son corps et je souriais en imaginant leur vie, si semblable à ce qu’il voulait en faire, tout était parfait, ils avaient réussi à en faire un conte de fée, mais malheureusement ce conte de fée là ne finira pas dans la joie...

 

-Je suis heureuse pour vous, dis-je en embrassant Peyton.

-Mais pas de mariage Haley, je ne suis pas faite pour cela, dit-elle en riant et j’avais l’impression de m’entendre.

 

Elle raisonnait comme toute cette nouvelle génération, celle qui voulait la liberté, celle qui avait abandonnée les idéaux rétrogrades sur le mariage, sur la famille. Peyton ne voulait pas que sa vie soit une suite sans fin de journées éphémères, elle voulait que ce soit une vie pleine de rebondissements, et le mariage était la dernière chose à laquelle elle pensait, et même l’idée d’avoir un enfant hors des liens sacrés ne la dérangeait pas, elle était une femme, une adulte, bien dans son époque, de celles qui voulait briser les chaînes, celles qui, avides de liberté, ne cherchait qu’à contourner les interdits, quoi qu’il arrive, coûte que coûte.

 

-J’espère ne pas être venu trop tard, Lucas ? demanda Nathan craintif.

-Il n’est jamais trop tard, murmura Lucas en souriant.

 

Cette phrase raisonna dans ma tête. Je l’avais prononcé en quittant mon foyer, celui que je n’avais revu qu’une fois, au mariage de mon frère, bref retour, et départ dans l’heure. Il n’est jamais trop tard, c’est vrai, nous aimons, nous sommes déçus, mais tant que nous sommes vivants, rien n’est joué, tout est possible, à l’infini. Nathan me prit la main et nous nous dirigeâmes vers la sortie. Arrivé devant la porte, Nathan se tourna vers Lucas et lui dit :

 

-Je vais faire le test, j’en ai besoin, il le faut.

 

Lucas hocha la tête et Peyton un instant paru aussi perdue qu’il y a quelques minutes, nageant dans cette mer pleine de danger qu’était la vie.

 

-Le résultat est simple Nathan, si ce n’est pas toi, c’est moi. Mais ne me dis rien, garde-le pour toi, je ne veux pas savoir ; jamais.

 

Nathan lui serra la main une dernière et nous sortîmes, un poids sur le cœur pour toutes ces choses que nous ne pouvions pas changer, pour tout ce qui nous attendait à l’avenir. Nous les laissâmes seuls, heureux, pour le moment, parce que cela aurait du durer pour toujours...


nanouee  (18.03.2012 à 17:24)

Musique

 

Chapitre 3 : Loin des yeux...

15 Novembre 1966, Californie, Usa


C’est étonnant comme le temps se charge de nous rappeler les absences et les douleurs de notre enfance. Nathan n’a pas encore fait le test qui déterminera lequel des deux frères est malade, et Daniel Scott était toujours à l’hôpital sous haute surveillance, son état n’était pas encore stationnaire. La vie se charge aussi de nous rappeler comme nous sommes insignifiants sur cette terre, nous naissons, nous vivons et nous mourrons, mais que reste-t-il de ce que nous avons vécu, de ce que notre mémoire à emmagasiné ? Rien, le néant, un gouffre noir sans fin. Une personne disparaît et une autre vient au monde, c’est dans l’ordre des choses, c’est notre destin, il nous attend, il nous guide, et nous savons alors qu’elle est notre place. Je n’ai jamais pensé à la mort à proprement parlé, je n’ai jamais pensé à la mienne du moins, cela me semble loin, presque trop loin, pour que cela m’affecte et pourtant, elle est là, un jour, nous serons face à face, comme David... Il l’a rencontré, elle lui a volé ses années de jeunesse, elle lui a tout prit mais tout semblait joué d’avance, tout devait se finir ainsi, dans la fatalité, car très peu reviennent sur leurs pas.


Le téléphone sonne dans ma chambre et je lève la tête de mes bouquins pour répondre. Un grésillement et une voix bientôt raisonnent, une voix familière, mais qui n’a pas raisonné à mes oreilles depuis de longs mois.

 

-Haley ?

-Maman ? Demandais-je étonnée mais craintive aussi, elle ne m’appelait jamais.

-Oui, c’est moi, Haley. Il faut que tu viennes à la maison.

-Pourquoi ? Je suis en plein examen, je reviendrais pour Noël, comme prévu.

-C’est horrible, je viens d’avoir le courrier, entendis-je de l’autre côté de la ligne et mon cœur manqua un battement.

-Quoi ?

-Il est mort... sanglota-t-elle, la respiration saccadée, la voix brisée par la douleur.


Je lâchais mon bouquin et des milliers d’images défilèrent dans ma tête, accompagnées de rire et de larmes, des images lointaines de visage souriant, de voix chaleureuse, de promesse à tenir, des images brouillés par la voix mourante de ma mère.

 

-David est mort.

-Non c’est impossible maman, il m’a envoyé une lettre, fis-je me retranchant dans un autre monde où la vérité ne me toucherait pas. Il doit venir dans une semaine, il me l’a promis.

-Il est mort, répétât-elle simplement et je fermais les yeux.

-Non. Tu mens, comme toujours, tu as toujours mentis, tu ne nous aimais pas assez, tu ne nous aimais pas...

-Non, ne dis pas cela.

-Pourquoi tu ne nous aimais pas maman ? Murmurais-je en tremblant. Pourquoi ? J’ai passé ma vie à me demander pourquoi tu n’arrivais pas à nous embrasser le soir, pourquoi tu semblais toujours pensive quand tu m’observais. Mais c’est trop tard pour nous, n’est ce pas ? C’est trop tard ! David n’est pas mort, il reviendra la semaine prochaine pour me voir. Il me l’a promis dans sa lettre. Tu veux que je te la lise ?

-Non il ne viendra pas ma chérie

-Ne m’appelle pas « ma chérie », tu ne l’as jamais fait.

-Haley, hurla-t-elle dans le combiné et j’entendis la voix de mon père qui lui intimait de se calmer.

-Non. Tais-toi, tu ne fais que mentir, tu m’as menti toute ma vie, sur ce que tu étais, sur ta vie, et maintenant tu voudrais me faire croire que mon frère est mort...Il ne le peut pas, c’est lui ma famille, hurlais-je en m’écroulant au sol, adossée au lit. C’est lui ma seule famille.

-Le corps sera rapatrié la semaine prochaine, murmura-t-elle.

-Ce n’est pas un corps, murmurais-je en pleurant. Ne parle de lui ainsi.

-Je ne sais plus quoi dire, je suis désolée. Je t’en prie, reviens.

-Garde tes excuses pour tes autres enfants, pour ceux à qui tu as donné ta vie, nous ne comptions pas, je ne comptais pas... Je suis seule maintenant, dis-je en me prenant la tête dans les mains pour pleurer. Il n’est pas mort, il m’a dit qu’il viendrait la semaine prochaine, il m’a même écris que…

-Il a été tué hier matin, fit-elle en brisant mon élan.

 

Elle sanglotait au téléphone, elle pleurait pour ce qu’elle n’avait pas pu lui donner, pour ce qu’elle ne nous avait jamais donné, parfois il est trop tard, la mort ne nous offre pas de seconde chance, et aujourd’hui il était trop tard.

Elle murmura que l’enterrement n’en serait pas vraiment un, que les cercueils seraient amenés lors d’une cérémonie en commun où des dizaines d’autres corps seraient présents, devant une fanfare qui égrènerait l’hymne national, l’hymne des héros déchus, des anges au paradis. Je ne l’écoutais plus, et je raccrochais le téléphone, le cœur lourd, l’esprit en déroute.

Un être part et un autre arrive, cela semble si naturel, mais cela ne l’était pas pour moi. Je prends le téléphone et le jette contre le mur, je suis en colère, je les maudis tous, ceux qui ont envoyés ces jeunes se faire tuer à l’autre bout de la planète. Les larmes coulent sur mes joues, je suis aussi seule que je l’ai toujours été, je n’ai plus que son fantôme pour me soutenir. Je m’adosse au lit, les mains sur mon cœur, je ressens les battements intensément, je sens que la vie ne tient qu’à un fil, et souvent il n’est pas bien solide. Je ne pouvais pas imaginer que le sien ne battait plus, qu’il ne vivait plus, qu’il ne respirait plus, qu’il ne viendrait plus jamais me voir, je ne le pouvais pas. Je sanglotais de longues heures ce soir là pour la perte et l’absence, pour la douleur, pour la colère, pour tout ce que je ne pouvais pas encore accepter.

J’aurais voulu que tout cela ne soit qu’un cauchemar, mais tout est réel, je vis dans cette réalité, je l’ai voulue, je l’ai recherchée, mais je le regrette presque. Mon cœur me fait mal, il est brisé, il est mort avec lui, cette partie de moi que je lui avais offerte avant son départ. Je suis au Vietnam avec lui, je suis dans les tranchées boueuses, je suis enfermée dans la terre humide et sombre, je frissonne sous la pluie diluvienne, je suis lui, je suis sa moitié pour toujours.

Le vide est éternel, personne jamais ne prendra cette place si spéciale qu’il avait dans mon cœur, cette place rien que pour lui. Je respire, je respire encore, je suis vivante, je vais vivre encore de longues années, je vais vivre pour lui, à travers lui, je ferrais tout ce qu’il n’a pas pu faire, je serais sa vie, son âme, je serais tout. Je n’essuie plus les larmes, elles roulent sur mes joues, barbouillant mon maquillage, je ne suis plus la petite fille naïve, il avait raison, j’étais une femme, j’étais libre, j’avais tout, mais lui n’avait rien. L’amour, l’amitié, toutes ces choses si précieuses qui font que l’on se bat, que l’on combat, que l’on parcourt la planète, dans le seul but ne pas les perdre.

L’être humain ne cessera jamais de courir, c’est son oxygène, sa raison de vivre, la mienne comme celle de milliers de personne à travers le monde. Le combiné du téléphone est devant moi, le fil pend et je sens mon cœur se serrer, mes yeux se brouillent à nouveau, il ne pouvait pas être mort sans moi, si loin, dans ce pays, sans cette chaleur, sans amour.

Un sourire, une parole, un geste, les images se brouillent et défilent devant mes yeux, lentement, comme un vieux film muet où les images seraient fanées. Rien ne remplacera ces moments passés avec lui dans la douce innocence de la jeunesse oubliée. Il me tend la main, je l’attrape et il me semble qu’il est toujours là avec moi. Je ferme les yeux, j’oublie tout et un sourire naît sur mes lèvres quand je l’entends me dire à quel point je suis exceptionnelle, je ne l’oublierais jamais, il sera toujours dans mon cœur, il y vivra pour toujours.


nanouee  (18.03.2012 à 17:26)

Musique

 

Chapitre 4 : ... près de ton cœur

19 novembre 1966, Californie, Usa


Les cercueils s’alignent, des centaines de cercueils en bois recouverts du drapeau Américain, dans la froideur de novembre 1966, face à une fanfare qui nous rappelle à tout moment à quel point nos morts sont des héros. Des chaises sont disposées devant les cercueils et nous y sommes assis, en noir, face à la mort, face aux photos des disparus posées sur leur ultime tombeau. Ma mère est là, un voile sur les yeux, pour cacher ses yeux rouges, mon père reste impassible, Georges et Gabrielle sont là mais tels des fantômes, ils ne parlent pas, ils ne réagissent pas. Victoria pâle, regarde tous les cercueils comme si la mort était contagieuse et qu’elle serait la prochaine.

Et moi, je suis là devant le tombeau de mon frère, je ne pleure pas, je ne le peux pas, je reste les yeux fixés et j’attends, j’attends que tout se termine pour lui dire au revoir à ma façon. Un prêtre s’avance et, comme dans une église, il parle de l’enfer, du paradis, de tous les tourments que nous devons subir avant d’avoir notre place dans ce monde blanc destiné au croyant. Je ne crois plus, je n’ai plus la foi, ni en Dieu, ni en l’avenir, il est flou pour moi qui suis ici à attendre que le corps de David soit bénis, d’attendre qu’il accède à l’éternité, bien trop tôt, bien trop jeune. Nathan est resté à Berkeley, je ne voulais pas qu’il assiste à cela, et puis son père venait à peine de sortir de l’hôpital, il devait rester près de lui, nous ne savons jamais ce que la vie nous réserve.

Je vois d’autres familles en deuil, assises près de nous, des femmes qui pleurent, des hommes murés dans leur chagrin. Je regarde ma mère, elle ne m’a pas adressé la parole depuis mon arrivée, elle ne parle plus, elle fixe le cercueil de son fils comme si elle espérait un miracle, celui que j’espérais aussi, que c’était une erreur, que la vie ne nous l’avait pas enlevé, mais la réalité était là, la réalité, c’étaient ces centaines de corps empaquetés dans leurs tombeaux, des centaines de drapeaux remis aux familles comme gage d’honneur, un gage inutile car il ne remplace pas la douleur. Le prêtre se tait et fait signe aux familles, elles peuvent enfin se recueillir devant le cercueil numéroté de leur parents, celui qui a tout sacrifié pour la paix et la liberté de l’Amérique, celui qui est tombé, vaincu par la folie des hommes, ses semblables si insignifiants. Mon père se lève et marche vers le cercueil de son fils, il s’approche et baisse la tête. Je regarde alentour, et il me semble être immergé dans un cauchemar sans fin. Victoria est partie et Georges et Gabrielle également, il ne reste que mon père, silencieux, les yeux fixés sur le drapeau, et ma mère assise à mes cotés, muette, les yeux cachés par un voile noir qui dissimule ses cernes, son visage livide.

Mon père revient s’asseoir et je me lève alors, laissant un gouffre entre mes parents qui ne se regardent même plus, j’avance et je pose ma main sur le bois travaillé, caché par le drapeau aux couleurs de la gloire et de la grandeur.

 

-Nous voila tous ici ou presque commençais-je, c’est en étrange vu le passif de notre famille, incapable de rester dans la même pièce sans se détester. Je ne peux pas accepter, c’est trop dur ; de penser que tu es sortit de ma vie pour toujours, que tu ne seras pas là pour tous les événements importants de ma vie, que tu ne seras plus là, jamais plus. Je l’ai sentis, on aurait dit que je le savais quand tu es parti, j’ai ressenti cette perte encore plus durement sûrement parce que je savais déjà que tu ne reviendrais pas. J’ai tout ce que je veux, tu as raison ; j’ai Nathan et mes amis, j’aurais bientôt mon diplôme, je serais bientôt la femme que j’ai toujours rêvé de devenir mais sans toi tout semble plus compliqué, presque inaccessible. Maman est triste, je n’aurais jamais cru que je pourrais dire cela, mais je crois qu’elle t’aime, qu’elle nous aime en fait...

J’essuyais une larme sur ma joue et regardais la photo le représentant en uniforme avant son départ. Ma mère avait toujours les yeux fixés sur le cercueil mais le regardait sans le voir, perdue dans son monde.

 

-Tu ne peux pas imaginer le vide que tu laisses dans ma vie et dans la leur, car ce que j’ai compris, c’est que même s’ils ne le montrent pas, nous serons pour toujours leurs enfants, ils nous ont élevés, ils nous aiment, ils ne peuvent juste pas le montrer. J’aurais du allumer une bougie pour toi David, j’aurais du ; peut-être que cette flamme aurait sauvé la tienne, ta vie et tes espoirs, j’aurais du dire et faire plein de choses, mais en définitive peut-être que cela ne compte plus, peut-être que le silence dans lequel s’est enfermé notre mère est la solution idéale. Elle ne voit plus rien, elle n’entend plus rien mais moi je ne peux pas, je souffre, je suis ainsi, et même si je sais que tout est fini, j’ai encore l’espoir de te voir revenir, j’aurais voulu que ce ne soit qu’une erreur, mais il a fallu que tu payes pour leurs erreurs à tous, pour leur ambitions et leur actes inutiles.

 

Je regardais la photo comme si cette image figée dans le temps aurait pu me donner toutes les réponses que j’attendais, mais il n’y avait plus rien, que le silence, un silence si pesant que je le rompis à nouveau en parlant.

 

-Rien ne changera jamais pour moi, David, pour toujours tu seras dans mon cœur, dans ma vie, dans mon esprit, je t’aime, c’est ainsi, et même si le temps passe, même s’il me semble que ton image disparaît, je ne pourrais jamais oublier ce que tu m’as offert, ces années où tu m’as protégé, où tu m’as regardé grandir, où tu m’as aidé, il n’y aura pas de fin pour nous dans mon cœur, tu t’animes, tu parles, tu vis, je le sais, je le sens, je t’offrirais une seconde vie, un jour.

-Il n’y aura pas de seconde vie, murmura ma mère en me fixant, les morts avec les morts, les vivants avec les vivants Haley, il faut les ranger à leur place, leur donner la présence qu’ils méritent mais il ne faut pas vivre à travers eux.

-Ne dis pas cela.

-Je le dis pour toi, tu as encore beaucoup de choses à vivre.

-Je les vivrais, dis-je en avançant vers elle, je les vivrais pour moi, pour lui, pour les bougies qui brûlent toujours.

-Haley, dit-elle en attrapant soudain mes mains. Mon bébé est mort pour une guerre inutile, je l’ai laissé partir, je ne l’ai pas retenu, je ne suis pas une bonne mère.

-Maman...

-Je ne vous ai rien donné, je ne vous ai pas donné l’amour que j’aurais du vous donner, je suis désolée... pleura-t-elle.

 

Elle serra mes mains si fort que je sursautais, son souffle se bloquait dans sa gorge pendant qu’elle pleurait son fils, son dernier fils, celui qu’elle avait perdu, sacrifié par la vie et elle releva la tête, ses mains dans les miennes, elle m’attira plus près d’elle. Mon père ne nous regardait pas, il se leva soudain et partit tout simplement comme si la vue de ce cercueil réveillait ses peurs, ses cauchemars les plus profonds, sa douleur d’avoir perdu un fils qu’il n’avait pas su aimer. Ma mère plongea ses yeux bleus cachés par son voile, dans les miens :

 

-Quelles erreurs j’ai commise avec lui ? demanda-t-elle en tremblant, je ne sais pas si je mérite le pardon.

-Maman…Il n’y a pas besoin de pardonner...

-C’est trop tard de toute façon. C’est trop tard, j’aurais du parler avant, j’aurais du agir avant qu’il ne parte, qu’il prenne cette décision ridicule, c’est ma faute. Je ne lui ai jamais donné de but, je lui ai dit qu’il ne valait rien, je l’ai envoyé se faire tuer, sanglota-t-elle en m’attirant à elle, la tête contre mon ventre.

 

Je caressais ses cheveux blonds clair où des fils d’argent s’y mêlaient à présent, elle avait tout fait, et malgré cela, elle n’avait pas réussi à être ce qu’elle avait toujours voulu être, comme je la plaignais, et comme je l’aimais finalement. Peu à peu, le hangar où nous étions regroupés se vidait et des hommes en noirs venaient enlever les cercueils. Ma mère releva la tête et prise de panique elle se leva soudain quand ils s’approchèrent de celui de David.

 

-Non, hurla-t-elle ne me poussant, ne l’emmenez pas, pas encore, je ne lui ai pas dit adieu, je ne peux pas, je ne le pourrais jamais.

 

Elle s’effondra au sol, à genoux devant le cercueil et je courrais vers elle, ses mains s’agitaient dans tous les sens, elle était tremblante dans mes bras, je ressentais cette douleur qui se réveillait, qui fracassait les années et qui lui rappelait le petit garçon qu’elle avait mis au monde il y a presque de 24 ans...

Les employés s’éloignèrent un instant tandis que je la berçais dans mes bras, que je lui insufflais du courage, elle pleurait, elle gémissait, elle venait de perdre son enfant et comme toute mère elle ne pouvait pas l’accepter, c’est une partie d’elle, de ces entrailles, c’est son sang, sa chaire, son avenir, et son avenir venait de mourir vaincu par l’Histoire.

 

-Maman...

 

Ses mains agrippaient le drapeau Américain, elle tremblait, elle avait arraché son voile et ses yeux bleus avaient viré au bleu marine, ils étaient brouillés de larmes qui coulaient sur son visage, intarissable.

 

-Ton père n’a jamais su être un bon père, et peut-être que moi non plus je n’ai pas été à la hauteur, murmura-t-elle pour elle même avant de lever les yeux vers la photo.

-Il te pardonne maman, sanglotais-je, et moi aussi, je te pardonne tout.

-Oh Haley, qu’est ce que j’ai fait à mon petit garçon ? Pleura-t-elle tout contre mon corps.

-Tu as essayé d’être à la hauteur, tu as renoncé à tes rêves.

-Ne fais pas comme moi, dit-elle en serrant ma main contre elle près de son cœur, ne fais pas payer aux gens que tu aimes tes échecs, mais n’abandonne jamais personne, fais tout ce qu’il faut pour les garder près de toi pour toujours, jusqu'à ce que la mort...

-La mort ne sous séparera jamais maman, je sais que même s’ils sont partis, je continuerais de les aimer.

-Je t’aime, dit-elle près de mon oreille. Tu es ce que j’ai rêvé d’être Haley, ne doute jamais de toi, reste toi-même, tu feras de grande choses, je le sais, je le sens dans mon cœur...

-Je t’aime aussi maman..., dis-je en l’embrassant sur le front au pied de cette tombe qui abritait la mort d’un espoir. On s’en va.

 

Elle se releva soudain et prit le cadre photo dans ses mains, les larmes, à nouveau, coulèrent, il semblerait que la mort jamais ne s’oublie, elle laisse des traces indélébiles et nous pleurons toujours, nous pleurons pour cette perte si douloureuse, et même quand les années atténueront la souffrance, je sais que nous nous souviendrons toujours de ce hangar, de cette fanfare qui a sonnée le glas d’une vie.

 

-Je t’aime, dit-elle en caressant la photo, puisses-tu me pardonner.

 

Elle reposa le cadre et laissa le drapeau à sa place, comme si elle ne voulait pas que sa perte soit définitive. Je regardais une dernière fois la photo de David souriant, un sourire qui s’était transformé en larme, je pleurais encore et toujours, les larmes jamais ne cesseraient d’inonder mes joues, mon cœur saignera pour toujours, c’est le prix à payer pour l’amour inconditionnel, une fois que ceux que nous aimons s’en vont, nous sommes seuls avec nous-mêmes, nous sommes si insignifiants... Elle me prit par le bras et enfin nous sortîmes, laissant les employés emporter les cercueils vers leur inhumation dans le cimetière militaire de la ville.


nanouee  (18.03.2012 à 17:29)

Musique

 

Chapitre 5 : Aide-toi...

21 Novembre 1966, Californie, Usa


La lumière pénétrait dans la pièce tandis que je la regardais. Elle était prête, elle était enfin prête à me confier une partie de sa vie, de ses rêves brisés, de sa jeunesse bafouée par la guerre, de ses souffrances, de ce qui a fait que sa vie n’est pas à la hauteur de ses espoirs passés. Nous avions passés ces deux jours dans un silence presque total, j’avais réinvesti ma chambre de petite fille pour quelques jours, le temps que la douleur cesse, même si je savais que rien jamais ne le ramènerait. Je l’avais retrouvé intact, comme à mon départ, ma mère n’avait rien touché à l’intérieur et en m’asseyant sur mon lit, je pouvais presque voir David entrer dans ma chambre le sourire aux lèvres pour me raconter une anecdote qu’il avait entendu dans la journée. Il entre et tout excité marche dans tous les sens sous mon regard amusé, mais il n’y a plus rien, son image se désagrège devant mes yeux, il ne reste que de la poussière, que du vent.

Je regarde ma mère, sa tasse de café dans la main, pâle et tremblante, j’attendais qu’elle m’ouvre son cœur, ce qu’elle n’avait jamais pu faire auparavant. Elle inspira profondément et ses yeux s’accrochèrent aux miens.

 

-Ne me juge pas Haley, commença-t-elle, je sais que je n’ai pas été à la hauteur de vos espérances, que je n’ai pas été la mère idéale, mais tout a une raison d’être, rien n’arrive par hasard.

 

J’avançais ma main sur la table et enserrait la sienne. Elle me sourit et, un instant comme un mirage lointain, je pouvais entrevoir sa jeunesse et ses blessures, tout ce qui a fait de sa vie une douleur au quotidien. J’étais prête à tout entendre, j’étais enfin prête, j’avais grandi, j’avais mûri, j’étais adulte, maintenant pour le meilleur et pour le pire.

 

-J’ai épousé ton père sans amour, sans conviction, il y a trente ans de cela, en croyant que la sécurité du foyer valait mieux que l’amour déçu, je me suis protégée, je n’ai jamais pu lui donner mon cœur, je l’ai donné à un autre homme. Dans ces années là, tout était différent, je ne pouvais pas choisir mon mari, ton grand père était strict, il se croyait en devoir de me permettre d’avoir une vie calme et sereine. Je n’ai jamais protesté, je me suis laissée emporter par le courant, il n’y avait rien à faire. Ton père et moi nous nous sommes rencontrés quelques mois avant qu’il ne demande ma main, et bien que je n’éprouvais rien pour lui, je lui ai donné ma vie, car je savais que malgré mes efforts, je n’étais pas faite pour avoir une vie exceptionnelle, j’acceptais mon sort...Mais toi, tu n’es pas ainsi. J’ai eu Georges un an après notre mariage, tout s’enchaînait, la guerre se rapprochait comme aujourd’hui, mais je ne me sentais pas concernée, jusqu'à ce que ton père décide de partir en Angleterre dans la RAF pour servir son pays par l’intermédiaire d’un autre. Quand j’y repense, je me dis que cela était prévu à l’avance, qu’il devait tout quitter pour me laisser respirer, et il donc partit fin 1939.

-Il n’en parle jamais.

-Non, il n’aime pas parler de cette période de sa vie, il veut tout oublier comme beaucoup d’autres, mais moi je ne le peux pas. Georges avait presque 5 ans, et je désespérais d’avoir un autre enfant. Je me disais qu’après tout, un seul pouvait très bien faire notre bonheur. La nature est bien mystérieuse...

 

Elle s’arrêta un moment et bu une lampée de café sûrement froid après toutes ses déclarations. Je découvrais une femme que je ne connaissais pas, et qui pourtant faisait partie de ma vie depuis toujours.

 

-J’ai rencontré un autre homme Haley, il était tout ce que ton père n’était pas, il était drôle, intelligent, il ne me voyait pas comme une simple femme, il m’aimait pour moi, et non pour l’image que je montrais aux autres. Au début je ne voulais pas succomber à la tentation, mais je n’ai pas pu résister. Pendant que ton père se battait en Europe je ramenais mon amant à la maison, nous passions des journées formidables ensemble, des nuits magiques, mais le temps n’est vraiment pas notre ami. Une lettre de ton père me parvint, il était levé de ses fonctions, il n’allait pas tarder à rentrer à la maison. Je devais faire un choix, mon mari, ma famille, mon fils, ou bien de l’autre coté l’amour, le vrai celui que l’on ne connaît qu’une fois, lui ; mon amant. Je tournais en rond dans la maison, je n’arrivais pas à prendre ma décision et ton père est rentré, brisé par ces mois terribles en Angleterre, je n’ai pas eu le courage...


Sa voix se brisa et les larmes coulèrent sur ses joues en évoquant ce souvenir, elle revivait son passé, elle lui redonnait vie, aujourd’hui, pour moi, pour nous, pour que je comprenne, pour que j’avance. David laissera toujours un grand vide dans mon cœur, c’est inévitable, mais je sais que d’entendre ma mère me raconter sa vie passée allait m’aider à la comprendre, à guérir peut-être aussi.

 

-Je n’ai pas pu quitter ton père, il était si heureux de nous retrouver moi et Georges. J’ai renoncé à lui, j’ai renoncé à ce qu’il m’offrait pour le bonheur de ma famille, je lui ai dit que c’était fini, que plus rien jamais ne devait nous réunir mais j’avais tort, quelque chose nous unissait pour toujours...Ton père ne la jamais su, il était revenu, il n’avait aucun doute à avoir sur sa femme et pourtant...

-Il n’a jamais su quoi maman ? Demandais-je, mais je le savais déjà, je le sentais.

-La nature est mystérieuse, ne l’oublie jamais Haley, rien n’est du au hasard et la naissance de Victoria, n’est pas du au hasard...

-Victoria n’est pas notre vraie sœur, murmurais-je

-Si elle l’est, pour le monde, pour la famille, Victoria est une James, quoi qu’il arrive.

-Je comprends tout, dis-je en la fixant, tu ne pouvais que l’aimer plus que nous. Elle ; c’est le fruit de l’amour, alors que nous...

-Ne dis plus jamais cela Haley, s’exclama-t-elle en serrant ma main, je vous aime tous, peut être que pour me raccrocher à mon amour perdu j’ai donné à Victoria plus d’amour qu’elle n’en aurait eu besoin, vous vous en aviez besoin...

-J’en ai encore besoin, dis-je en essuyant les larmes sur mes joues.

-Je suis là, je serais toujours là pour toi, quoi qu’il arrive, mais n’oublie pas ce que je viens de te dire. Victoria est née en 1941, ton père n’a jamais su qu’elle n’était pas sa fille, garde ce secret pour toi, Haley, je ne veux pas que Victoria l’apprenne, je ne veux pas qu’elle se rende compte de ce qu’elle est, ou plutôt de ce qu’elle n’est pas...

-Je garderais le secret. Je sais comme le passé est dur à oublier, je sais ce que c’est que de ne pas savoir qui l’on est ou plutôt qui l’on voudrait être.

-Tu seras ce que tu voudras être. Fais-moi confiance, je le sais.

-Maman, demandais-je, qu’est-il devenu ?

-Il est mort, dit-elle les yeux brouillés de larmes si longtemps contenues. Il s’est fait tué, son avion a été descendu dans le pacifique le 3 mai 1943, je n’oublierais jamais cette date, ce moment où j’ai appris que tout était fini. Je n’ai pas pu faire mon deuil, je n’ai pas pu le pleurer et je le regrette encore, mais le passé est mort tout comme lui et mes espoirs d’amour éternel. Je n’aurais eu avec lui que quelques mois de bonheur, avec vous j’en ai eu bien plus...J’ai compris que la vie ne nous donne jamais deux fois la même chance, je l’ai laissé passer, ne fais jamais cela, Haley, jamais...

-Il a su pour...

-Non. Je ne lui ai jamais dit, il était sortit de ma vie, je l’avais chassé pour votre bonheur et maintenant je ne le regrette pas... Je ne peux pas vous regretter, vous êtes mes enfants et David...sera toujours mon fils.


Le temps ne guérit apparemment pas toutes les blessures, celles de ma mère n’ont jamais pu guérir car la souffrance a été terrible. Elle ne peut pas oublier son passé, elle a eu devant elle un témoin vivant de son sacrifice, un enfant qu’elle a aimé et qui en même temps lui a rappelé que sa chance de bonheur n’avait plus lieu d’être.

Sa main se crispa dans la mienne, je sens tout cet amour qu’elle nous a porté en silence et je ne peux pas m’empêcher de pleurer sur nos jeunes années où nous croyions innocemment que la vie et l’amour était simple, qu’un aussi beau sentiment ne pouvait pas revêtir d’autres nuances, qu’il coulait de source, qu’on ne pouvait qu’aimer ou haïr.

Je me lève et je prends ma mère dans mes bras, elle pleure pour son fils mort pour rien, pour sa vie si loin de celle qu’elle avait imaginé, et je joins mes larmes aux siennes, dans un dernier sanglot pour la perte définitive d’un lien et d’un amour indestructible, quelque chose qui aurait du durer pour toujours. Sa tête posée contre mon cœur, je peux imaginer son enfer, son dilemme, sa vie ou son amour, tout ce à quoi elle a renoncé pour nous, un sacrifice que je n’aurais certainement pas pu faire, l’amour c’est toute ma vie...

 

-Tu me pardonnes maintenant, murmura-t-elle. Tu me pardonnes pour lui, pour vous.

 

Je hochais la tête, je n’avais pas besoin de lui pardonner, je devais maintenant avancer et faire ma vie en gardant pour toujours en moi ce sentiment, celui de l’amour maternel, celui du désespoir et de la culpabilité, la perte est grande, la perte est douloureuse, mais je sais que nous survivrons, même après sa mort, même après ce déchirement, je sais que le soleil un jour brillera à nouveau dans notre ciel car pour le meilleur et pour le pire de ce qui est à venir, nous sommes encore vivants...


Le lendemain, elle me regarde partir debout sur le perron, dans sa robe éternellement noire, la couleur du deuil, la couleur de ses jours à venir. Je rentre chez moi, à Berkeley, je retrouve mes amis, ma vie, tout ce qui donne un sens à mon existence, mais je ne les oublie pas, les fantômes de mon passé, de mon ancienne vie, ils sont encore présents, ils sont là pour toujours.

Elle me fait un signe et un temps il me semble apercevoir David près d’elle, il est là comme la première fois que j’ai quitté mon foyer il me sourit et me conseille, il m’aime et me guide. Son image s’efface et ma mère reste seule dans son malheur, elle n’a rien à quoi se raccrocher, elle n’a plus que la vie qu’elle a décidé d’avoir. Le taxi tourne à l’embranchement avec la départementale, et elle disparaît de ma vue, mais pas de ma vie.

 


nanouee  (18.03.2012 à 17:32)

Musique

 

Chapitre 6 : ... et mon amour t’aidera

21 Mars 1967, Californie, Usa


Je n’oublie rien, et même si le temps passe, même si j’avance, mon passé reste la trame de mon histoire, il me guide vers mon avenir, que je le veuille ou non il est en marche. Nous sommes en mars 1967 et bientôt, les choses vont changer, nous allons conclure avec brio nos années universitaires, nous avions presque réussi, plus qu’un détour et le chemin sera infini. J’ai laissé ma mère sur le perron, figée dans ses souvenirs, mais j’ai beaucoup appris de notre conversation, maintenant je sais qui elle est, et ce qu’elle est devenue, maintenant, je lui tends la main, comme à tous ceux qui ont fait partit de mon parcours. Elle m’appelle souvent et dès que je peux, je passe la voir. Mon père passe le plus de temps possible hors de la maison, comme s’il ne voulait pas affronter la douleur de sa femme, qui était également sa propre douleur qu’il ne pouvait pas exprimer. Nous avons créé les liens que j’avais toujours voulu créer, maintenant j’étais en paix avec ce passé là, il ne viendrait plus me hanter la nuit, mes années d’errance sont terminées. Les mères ont toujours peur que leurs filles fassent les mêmes erreurs, mais elle n’a pas besoin d’avoir peur pour moi, je sais à présent que rien ne vaut l’amour, le vrai, je serais de ces êtres qui sacrifient tout à leur bonheur, je suis de celle qui pourrait tout quitter pour un instant éphémère. Georges et Gabrielle restent confinés dans leur monde où tout est beau, où la mort n’existe pas. Victoria, que je savais à présent n’être que ma demi-sœur, continuait de vivre sa vie, peut-être à l’image de notre mère, partagée entre mari et amant, nous sommes peut-être toutes semblables finalement.

Brooke Davis m’étonnera toujours, elle a organisé un nombre incalculable de manifestations sur le campus et est devenue la porte parole officielle de cette génération en colère. Je ne manque aucune réunion, j’apporte ma bougie, comme avant, cette fois-ci rien que pour lui, pour son âme et sa mémoire.

Lucas n’as pas changé d’avis, il ne veut toujours pas faire le test pour savoir si son cœur est malade, il veut vivre pleinement même s’il prend des risques, il en est conscient, mais je le comprends, il ne veut pas de frein à sa vie si belle, celle qu’il a toujours voulu, auprès de Peyton et de leur enfant qui naîtra le mois prochain. Ils vivent toujours dans la petite maison qui a vu naître leur amour si fort, peut-être même plus fort que nous ne l’avions imaginé. Je les regarde souvent du coin de l’œil et je me dis que leur lien est exceptionnel, et il sera bientôt le lien ultime avec ce bébé, celui qui vient clôturer une partie de notre vie et qui l’ouvre sur une nouvelle perspective. Je sens qu’avec Nathan, nous touchons au but ultime nous aussi, bientôt, nous pourrons prendre notre vie en main, décider de notre avenir commun, faire des projets, être comme tout le monde, comme Lucas et Peyton peut être...

Nous sommes dans la voiture devant le cabinet du cardiologue avec qui il a pris rendez-vous, celui qui avait soigné son père. Nous saurons bientôt, nous saurons quelle vie va changer, laquelle sera bouleversée pour toujours, un frère ou l’autre, un des deux. Le premier reste sourd aux recommandations, il vit pleinement alors que le deuxième sert ma main, craintif, il a peur, il en veut à ce père qui malgré tout fera partie de sa vie pour toujours.

 

-Je crois qu’il faut y aller.

-Peut être que Lucas a raison finalement... A quoi bon savoir ? Si c’est moi, je ne pourrais plus vivre tranquille, je serais tout le temps taraudé par cette peur de mourir jeune.

-S’il te plait, dis-je en inspirant, fais-le pour moi, fais-le pour nous et pour tout ce qu’il nous reste à vivre ensemble !

-Et s’il n’y a pas de traitement ? demanda t-il soucieux.

 

Je restais silencieuse avec cette peur au fond de mon estomac, celle qu’il perde un jour la vie, qu’il m’abandonne, seule, dans ce monde que je n’avais pas encore apprivoisé. Je l’aimais depuis le premier jour, depuis qu’il m’avait sauvé de la folie des hommes et il m’était impossible de vivre sans lui, mais dans un sens à quoi bon savoir que la mort rode, nous le savons déjà, elle attend ses proies, elle est à l’affût pour nous tous, malade ou non, heureux ou malheureux.

Il sortit de la voiture dans une impulsion soudaine et je le suivis dans les couloirs jusqu’au cabinet du praticien qui nous accueilli aimablement, le sourire aux lèvres.

 

-Je veux savoir une chose, une seule et après je déciderais, commença Nathan debout devant le bureau tandis que je le tenais par la taille. Y a-t-il un traitement pour cette maladie ?

-Pour être franc... Non. Il n’y a pas de réel traitement, la maladie n’est pas évolutive, elle est là c’est tout, nous ne pouvons pas guérir les malades, nous pouvons seulement leur donner des années en plus, qu’ils n’auraient pas eu avant.

-Et mon père ?

-Il ne vivra plus très longtemps, il a maltraité son organisme pendant des années avec l’alcool et le tabac, nous ne pouvons rien faire, mais pour vous ou votre frère si, il le faut maintenant, tant que vous êtes jeunes.

-Lucas a refusé le test ! répliqua Nathan, Pourquoi le faire après tout ? Pour savoir quand je vais mourir ?

-Non, il ne s’agit que de prévenir le danger, l’avenir...

-Personne ne peut prévoir l’avenir, murmurais-je

-Passez le test Nathan, maintenant.

-Je ne veux pas connaître mon avenir, je dois suivre ma route, et qu’importe où elle me mènera, je n’ai pas envie de savoir. J’ai réfléchis durant tous ces mois, et si je voulais le faire c’était principalement pour Haley, pour la rassurer et me rassurer, mais maintenant j’ai compris. La vie est bien trop courte, je n’ai pas le temps de passer cet examen, je suis désolé, ma vie m’attend, quelque part, ici ou ailleurs, avec Haley, avec les gens que j’aime et même si mon cœur ne bat pas normalement, ce n’est qu’un détail, un simple détail.

-Vous faites une erreur, tous les deux, vous et votre frère, dit le médecin en se levant pour nous fixé. Il sera trop tard après.

-Il n’est jamais vraiment trop tard, et puis après tout qu’importe de connaître l’heure de notre mort, l’important c’est de vivre, de respirer, et je me sens déjà mieux en sachant que jamais je ne saurais la vérité.

 

Nos yeux se croisèrent un instant et je savais à présent qu’il avait raison, l’important n’était pas là, tout résidait dans nos espoirs, nos rêves. Peut-être valait t-il mieux ne pas savoir, ignorer jusqu’au bout notre avenir, nous savons qu’il est programmé mais son contenu reste un mystère, pour nous tous.

 

-Mademoiselle, dites quelque chose, vous ne voyez pas qu’ils font une erreur tous les deux, s’écria le médecin.

-Non, ils ne font pas d’erreur, ils ont compris ce que je viens de comprendre moi aussi. Je préfère ignorer notre avenir, je ne veux pas savoir de quoi il sera fait, je ne veux pas en avoir peur, je veux qu’ils puissent avancer vers leur but, le but qu’ils se sont fixés, et ce n’est pas celui que vous leur destinez, ce n’est pas cet examen qui changera tout.

 

Nathan m’attira plus près de lui et murmura un « merci » qui se perdit dans le vent, nous étions libres, nous étions amoureux, nous étions jeunes et plein de rêves, nous avions tout, pourquoi rechercher la peine et la douleur, elle viendra bien assez vite dans nos vies pour tout bouleverser...

Il me prit la main et devant le praticien éberlué, nous sortîmes en riant comme deux jeunes enfants. Lucas avait raison depuis le début, il avait vu clair, il savait que cela ne servait à rien de chercher la vérité quand celle-ci pouvait tout chambouler.

Nathan s’arrêta dehors, devant la voiture et se tourna vers moi les yeux embués de larmes.


-Ne m’interromps pas, s’il te plait Haley commença-t-il en prenant ma main sous le soleil de mai, Je t’aime Haley, je t’aime si fort que cela en est presque douloureux. Quand je t’ai sauvée, j’ai ressenti un tel amour pour toi sans te connaître, et voila que tu es là, près de moi, tu es celle que j’ai toujours recherché. Je ne veux pas savoir si je vais mourir, si mon père m’a transmis cette maudite maladie, je ne veux que vivre près de toi, pour toujours, ou du moins pour le temps qui nous sera accordé, je ne veux pas te perdre, jamais... Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve mais je sais que je veux le partager avec toi, quoi qu’il arrive, le meilleur comme le pire, nous le vivrons ensembles, main dans la main.

 

C’était une promesse. Et je n’avais pas envie d’interrompre son élan, j’aimais l’entendre conter comme notre vie sera belle, et j’avais tellement envie de croire à l’impensable, sans méprise, sans espoir bafoué ; un moment au soleil, comme des milliers d’autres loin des tortures du temps sur notre imaginaire.

 

-Le temps nous est compté, je n’ai pas l’éternité pour te dire tout cela, peut-être aurons-nous moins de temps que prévu, mais je peux te dire, que nous les vivrons intensément chaque minute, pour que tout compte, pour que nous ne regrettions jamais rien. Je dois courir pour vivre Haley, je dois poursuivre ma vie, je ne veux pas qu’elle m’échappe je ne veux pas devoir faire des sacrifices, je veux être heureux sans contrainte, et maintenant, tout de suite avec toi... Epouse-moi Haley.

-Mais Nathan...

-Oui je sais. Nous n’avions pas prévu cela, mais pourquoi tout prévoir ? C’est tellement mieux de vivre au jour le jour, et j’en suis sur, je te veux Haley James, maintenant, je veux que tu sois ma femme, pour toute notre vie.

-Je ne sais pas quoi dire, murmurais-je le cœur battant.

-Dis oui, et je te promets que notre vie sera belle, je te promets que nous serons heureux, que nous serons toujours ensemble, et que je ne laisserais jamais l’avenir nous séparer, je t’appartiens.


Mes yeux le fixaient toujours, je n’avais jamais pensé que le mariage était utile à deux âmes qui s’aiment mais maintenant devant lui, devant ses magnifiques yeux bleus qui sondaient mon âme, je me sentais faillir, je voulais être sa femme, je voulais porter son nom, je voulais tout, je le voulais lui, je voulais notre vie ensemble, ne plus jamais le quitter, et même si mes anciens principes restent encore ancrés en moi, je sais aussi que je n’attendais que cela, je n’attendais que lui, pour changer les choses, pour changer ma vision de la vie, et il avait réussi, je le voulais aussi...

 

-Epouse-moi...

-Oui ! Hurlais-je en sautant dans ses bras où il m’accueillit en me couvrant de baiser.

 

Nous avions renoncé à connaître notre avenir, nous allions vivre les moments présents, les jours comme le derniers, maintenant que nous savions à quel point la vie peut être courte, à quel point il faut courir pour attraper ses rêves, mais j’allais les réaliser, toutes mes chimères d’amour inconditionnel s’étaient finalement réalisées, preuve ultime encore une fois, que jamais nos rêves ne sont vains...


nanouee  (18.03.2012 à 17:36)

Musique

 

Chapitre 7 : La consécration

12 Juin 1967, Berkeley, Californie, Usa


Les cadeaux ne sont pas toujours attendus, parfois il arrive que nous soyons surpris par la vie, que nous soyons étonnés par ce qu’elle nous a apportée. Nous pouvons en dire autant aujourd’hui où nous sommes ici, sur cette estrade pour recevoir le cadeau qui couronne nos efforts tout au long de ces quatre années.

Peyton avait accouché d’une magnifique petite fille fin mai, Emy portait bien son nom, elle était magnifique, et ses yeux bleu azur laissaient présager d’un avenir doré, entourée de l’amour de ses parents. Nathan et moi avions prévu de nous marier dans l’intimité, en août, et j’attendais ce moment avec impatience, je voulais lier ma vie à la sienne pour toujours. Brooke avait décroché une mention mais c’était moi qui me trouvais devant la foule pour prononcer le discours. J’avais attendus cela toute ma vie, j’avais attendus de pouvoir réaliser mon rêve, d’affirmer ma réussite devant tout ceux qui doutaient, devant tout ceux qui m’aimaient et c’est à présent chose faite. J’avais préparé mon discours depuis des semaines, la naissance de ma future nièce m’avait inspiré et ma visite à Peyton à la clinique m’avait ouvert les yeux sur le temps qui passe. Je suis fière aujourd’hui de vous présenter celle qui a enfin mit les pieds dans l’univers des adultes, je suis là où je voulais arriver, la route est infinie, je n’ai pas achevé mon chemin dans ce monde, je n’ai pas accompli tout ce que je dois accomplir dans ma vie, mais je sais que Nathan sera toujours près de moi, que Lucas et Peyton seront éternellement présents dans mon cœur où que j’aille, que Brooke me fera toujours la morale sur ma garde robe démodée, mais que j’en rirais de longues années durant de bon cœur.

Je les garde en moi, même aujourd’hui, dans ce monde où nous ne semblons pas avoir voix au chapitre, nous ne sommes plus la génération en colère, nous avons vieillis et qu’importe ce que nous pouvons affirmer, il est sur que le temps fait son œuvre, il nous offre des cadeaux, nous les reprend, mais peu à peu, nous acceptons, j’y suis arrivée, et c’est pour cela que ces lignes existent maintenant.


Le temps est magnifique, j’aperçois ma mère assise dans la foule le sourire aux lèvres, elle est seule, mais peu importe, elle est là, c’est elle qui compte. Je sais qu’elle verra toujours son fils perdu en moi, je suis le témoin vivant de notre lien, je suis la dernière personne, la seule, qui l’ai connu, qui l’ai aimé sans condition, je suis sa mémoire, la notre pour toujours. Je me lève et je me poste devant le pupitre. Je regarde un instant la foule pour chercher des visages familiers. Nathan me sourit, Peyton hoche la tête, Lucas me fait un signe, et Brooke toujours égale à elle même me fait un clin d’œil. Ils sont là, je n’ai plus besoin d’avoir peur de me lancer, de dire tout ce qui me tient à cœur.

 

-Bonjour à tous ! Il semblerait qu’une partie de notre vie s’achève ici. Je tiens à vous remercier tous pour ce que nous avons vécu ensemble, pour les liens, pour les amitiés, pour les amours, et tout ce qui a fait de nos années de jeunesse une période exceptionnelle que je n’oublierais jamais. Mon combat n’est pas inutile, j’espère juste qu’il me mènera devant la bonne porte, que je ne tournerais pas en rond en attendant de trouver mon chemin hors de ces murs que j’ai appris à aimer. Nous nous quittons ici, mais pas pour toujours, nous sommes liés, nous avons aimé et vécu nos douleurs ensembles, nous avons appris, nous sommes aujourd’hui ce que nous avons rêvé de devenir, n’ayez pas peur, je sais que notre avenir sera radieux. Qui aurait cru que je serais ici, un jour, avec vous tous, dans la clarté d’un nouveau jour, d’une nouvelle vie, celle qui nous attend depuis le berceau, celle qui nous était destinée. Il y a par contre beaucoup de personnes que je souhaite remercier, celle qui m’ont aidée à être ce que je suis et qui fait que je suis devant vous aujourd’hui, le 12 Juin 1967, je sais que cette date peut-être s’effacera de vos mémoires, mais de la mienne, jamais. Nathan Scott a fait que mon chemin continue, il m’a sauvé du gouffre que nous redoutons tant de rencontrer, même si nous savons que c’est inévitable, mais mon jour n’était pas arrivé, pas encore. Je vais lui dire « oui » dans quelques semaines, je suis la femme la plus heureuse du monde, je ne veux rien d’autre, plus rien ne m’est essentiel. Peyton Sawyer a compris mes peurs, elle m’a aidé à rester ce que je suis, sans elle je me serais peut être perdue dans les paradis, ou peut être aurais-je fuis ma vie, comme tant d’autres. Tu as fait un beau bébé, elle sera aussi exceptionnelle que sa mère, c’est certain. Brooke Davis, mon amie, ma sœur de cœur, celle qui m’a prouvé que l’être humain peut changer, qu’il le peut quand il y croit, que rien n’est jamais définitif, merci pour cela et pour tout ce que tu as fait, la flamme brûle encore dans mon cœur, et pour toujours jusqu'à ce que je les rejoigne dans leur paradis. Lucas Scott m’a appris que la vie est bien trop courte pour s’embarrasser de regret, qu’il faut la vivre au jour le jour, sans réfléchir, que la mort ne doit pas nous empêcher d’avancer, il ne faut pas la laisser gagner, je le sais maintenant, je le sais pour toujours. Vous devez vous dire qu’il manque des personnes et effectivement il en manque deux, ma mère, aujourd’hui présente, qui m’a montré que rien n’est simple dans la vie et que l’amour vaut tous les sacrifices du monde, qu’il faut le préserver comme un bijou, qu’il est notre bien le plus précieux, sans lui nous mourrons. Je te dis merci aujourd’hui et je t’assure que les blessures guérissent, peut-être avec un peu de temps mais nous nous sentirons mieux un jour, nous rirons, nous sourirons en pensant à lui, et lui c’est la dernière personne qui manquait mais pas la moindre. C’est une autre bougie pour une autre âme, mon frère David tué au Vietnam le 14 novembre 1966. Je lui ai dit adieu sur ce même campus, mais je ne savais pas encore que ce serait une fin, je pensais que l’espoir était permis, mais c’était un leurre, un de plus, les  au revoir parfois se transforment en adieux et alors nous pleurons, nous faisons couler ces larmes qui semblent intarissables et qui sont le fruit de notre souffrance. Je lui dédie cette journée et toutes les autres qui viendront, cette vie, que je vais vivre, pour lui et pour tous ceux qui sont morts pour rien, pour ceux qui mourront demain et les jours suivant sacrifiés à cette cause qu’ils semblaient défendre de tout leur cœur. Je pourrais consacrer ma vie à leur mémoire.

 

Je m’arrêtais quelques secondes pour scruter la foule qui était amassée devant l’estrade. Ma mère me fixe, un petit sourire aux lèvres. Elle souffre je le sais, je le sens, mais elle a compris que la vie continue malgré tout, malgré l’absence de son enfant. Elle continue de respirer et son cœur bat, aujourd’hui il bat pour moi et pour ma réussite, il bat par fierté et par amour, il bat pour tout ce qu’elle n’a jamais eu et que je lui offre ici, un cadeau inestimable pour un être inestimable.

 

-Je sais que nous nous perdons ici dans un sens, je sais que certains de nos chemins vont se séparer, peut-être nous recroiserons nous un jour, mais n’oubliez jamais qui nous sommes, nous sommes cette génération perdue qui renaît à la lumière, nous sommes ceux qui ont tout changé, nous sommes les précurseurs, nous avons gagné. Même si la vie nous sépare je sais que nous laissons nos cœurs ici, pour toujours, nous n’oublierons ce qui nous définis, et cette faculté nous définis, elle nous a éduqué, elle nous a donné l’espoir, elle nous a fait rencontrer des gens merveilleux qui, aujourd’hui, suivent notre chemin, nos vies sont intimement liés. La mort n’est pas une fin et même si David n’est plus avec moi, je sens sa présence partout. Je sais qu’un jour je lui offrirais une seconde vie, je sais qu’il renaîtra pour un temps, j’ai de l’ambition, j’ai une envie d’écrire ma vie, d’écrire tout court, pour ne rien oublier, pour ne rien laisser sur le chemin... Merci à vous tous. J’achève mon discours ici, dans la brise légère, il est temps de nous quitter, il est temps pour nous de nous en aller...

 

Je me tais et, soudain, des centaines de personnes se lèvent en même temps pour applaudir, les larmes coulent sur mes joues, mais je ne suis plus triste, je suis heureuse. J’ai atteins mon but, ils me le prouvent tous, les mains levées, les larmes dans les yeux, nous sommes des survivants, j’en suis une...

Le directeur de la faculté s’approche de moi, et il me tend un vulgaire bout de papier qui va sceller mon avenir, notre avenir, je le lève vers le ciel et ils hurlent tous de joie en lançant leur chapeau vers les nuages, vers leur destin, maintenant, tout est terminé, nous commençons une nouvelle vie... Nathan vient me rejoindre, il m’enlace sur l’estrade sous les applaudissements de toutes ces personnes qui à un moment ou à un autre dans ma vie, m’ont aidée, m’ont aimée ou on tout simplement décoré mes jours.

 

 


nanouee  (18.03.2012 à 17:38)

Musique

 

2 août 1967


Je le regarde dans les yeux, je suis là devant toutes ces personnes si importantes pour moi, je suis là pour lier ma vie à la sienne pour toujours, pour l’éternité. Le pasteur parle, et même si j’avoue que la religion n’a jamais gagné mon cœur, je voulais nous offrir un vrai mariage, quelque chose de beau, à l’image de notre couple, de notre amour.

Brooke est au premier rang, entourée de Peyton et Lucas, la petite Emy dans ses bras. Ma mère est près d’eux, maintenant elle fait partie de ma vie, maintenant elle sera toujours là, du moins tant qu’elle le pourra. Je n’ai pas invité ma sœur et mon frère, mon père n’a pas pris la peine de se déplacer, mais j’ai compris, j’ai enfin compris que seuls ceux qui sont ici aujourd’hui avec nous compte, seule leur présence, m’importe, les autres n’auront plus de place dans mon cœur, il leur est tout entièrement consacré à eux, mes amis, mes amours. Il manque une personne dans cette foule, mais je vois son visage, il me sourit, il est heureux, je sais que David ne m’a jamais vraiment quitté, il sera présent dans ma vie jusqu’au bout, dans les moments de désespoir comme dans ceux qui me feront sourire, comme ce jour où je donne enfin ma vie à une personne que j’aime plus que tout.

 

-Je ne peux pas te promettre que la vie pour toujours sera belle et infinie, mais je peux te promettre que je serais là, qu’importe le temps qui passe qu’importe où nous sommes, je sais que jamais rien ne pourra nous séparer. Haley, je te veux aujourd’hui et pour toujours, dans ma vie et dans mon cœur, je sais qu’ensemble nous pouvons tout affronter, je sais que nous sommes faits l’un pour l’autre, nous devions nous rencontrer, nous étions destinés. Aujourd’hui je t’offre tout, ma vie, mon cœur, dans les peines et les joies, dans la richesse et la pauvreté, pour toujours, jusqu'à ce que la mort nous sépare, et bien plus encore…

 

Je sentis mon cœur battre dans ma poitrine quand il passa l’alliance à mon doigt lentement, maintenant je lui appartenais, maintenant nous étions vraiment liés.

 

-Nathan Scott, je te promets de t’aimer et de chérir, dans la joie comme dans les peines, dans la richesse comme dans la pauvreté, dans la santé comme dans la maladie, jusqu'à ce que la mort nous sépare. Mais je sais qu’elle ne le pourra jamais, nous sommes liés, nous le sommes pour toujours, je t’aime, et même si le temps ne nous apporte pas toujours ce que nous souhaitons, je sais que tu seras toujours prés de moi, dans mon cœur, sans toi je ne suis rien...


Je passais l’alliance à son doigt. Je n’ai pas oublié mes journées perdues, elles font partit de moi, de mon être de ce que je suis et de ce que je deviendrais dans peu de temps confrontée à une nouvelle perte, la pire de toute, celle de l’amour de ma vie...

 

 

Beaucoup de personne manque à l’appel aujourd’hui quand j’écris ses lignes, et pourtant, je sais qu’elles sont toujours là, au travers de mon récit mais aussi parce que l’Histoire et les hommes leur donnent enfin la place qu’elles méritent, celle de héros pour tous leurs sacrifices, pour les enfants qu’ils ne verront pas grandir, pour les femmes qu’ils ont abandonnées, pour les amis qu’ils ont laissés dernière eux, pour tout ce à quoi ils ont renoncé pour un pan de paradis...

David m’a quitté, et même s’il est encore difficile de l’admettre, je guéris lentement, je commence à ressentir que le poids de la souffrance est moins dur à porter, maintenant il me semble revivre, grâce à Nathan, à tout ce qu’il m’a apporté, mais aussi grâce à mes amis.

Maintenant je sais que nous pouvons affronter le pire, tout ce qui nous attend jusqu’a la chute de Saigon dans près de dix ans, dix ans que je vais couvrir en si peu de temps, dix ans que je vais vous offrir dans ce troisième épisode et dans les derniers, qui clôtureront ma vie. Je n’aurais jamais cru que mon combat serait si terrible, que je devrais me battre becs et ongles, pour retrouver l’homme de ma vie, dans la jungle, dans les tranchées boueuses, tout nous attend là-bas, tout se trouve là-bas, nous allons vite déchanter, nous allons perdre plus que nos années d’espérance à chercher l’impossible...

 


nanouee  (18.03.2012 à 17:41)

A suivre...

 

Troisième épisode: Certains s'en vont, d'autres restent...La pénible réalité les frappent de plein fouet, et au creux de la tourmente ils seront capables de faire tout et n'importe quoi pour rester ensemble, pour retrouver leurs amours perdus, pour faire vivre le souvenir de ceux qui leur manqueront au dernier jours.

 

Merci à ceux qui suivent la publication de cette fiction; j'espère vous voir tout au long de cette histoire qui me tiens particulièrement à coeur. J'attends vos commentaires :-)

 


nanouee  (18.03.2012 à 17:49)

Ne manque pas...

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