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For A Wonderful World [3]

Créateur : nanouee 
Date de création : 27.03.2012 à 22h06

Message du créateur :
Troisième épisode - Bonne lecture!

Cet épisode compte 14 paragraphes

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Troisième épisode


nanouee  (27.03.2012 à 22:07)

Beaucoup de personne manque à l’appel aujourd’hui quand j’écris ces lignes, et pourtant, je sais qu’elles sont toujours là, au travers de mon récit mais aussi parce que l’Histoire et les hommes leur donnent enfin la place qu’elles méritent, celle de héros pour tous leurs sacrifices, pour les enfants qu’ils ne verront pas grandir, pour les femmes qu’ils ont abandonnées, pour les amis qu’ils ont laissés dernière eux, pour tout ce à quoi ils ont renoncé pour un pan de paradis...

David m’a quitté, et même s’il est encore difficile de l’admettre, je guéris lentement, je commence à ressentir que le poids de la souffrance est moins dur à porter, maintenant il me semble revivre, grâce à Nathan, à tout ce qu’il m’a apporté, mais aussi grâce à mes amis.

Maintenant je sais que nous pouvons affronter le pire, tout ce qui nous attend jusqu’a la chute de Saigon dans près de dix ans, dix ans que je vais couvrir en si peu de temps, dix ans que je vais vous offrir dans ce troisième épisode et dans les derniers, qui clôtureront ma vie. Je n’aurais jamais cru que mon combat serait si terrible, que je devrais me battre becs et ongles, pour retrouver l’homme de ma vie, dans la jungle, dans les tranchées boueuses, tout nous attend là-bas, tout se trouve là-bas, nous allons vite déchanter, nous allons perdre plus que nos années d’espérance à chercher l’impossible.


nanouee  (27.03.2012 à 22:08)

Musique

 

Chapitre 1 : Leur paradis perdu...

13 Janvier 1968, Californie, Usa

 

Quand je repense à ces instants, je me dis que rien ne devait arriver par hasard. Ma mère devait rencontrer cet homme qui a bouleversé sa vie, qui lui a donné des joies et des peines, qui lui a offert un temps, un amour sans limite qu’elle n’a pas su préserver. Mon père devait revenir de la guerre et trouver sa femme à sa place, comme il l’avait laissée, mais elle avait changé, son regard n’était plus le même, jamais plus elle ne serait la même, l’amour nous change tous. David devait naître et mourir si jeune, sa destinée était écrite depuis le jour de sa naissance, sa vie devait se finir ainsi, dans les douleurs et dans la souffrance pour lui et pour nous. Son départ pour la guerre n’était qu’une étape de plus qui l’a mené à sa fin. Je ne veux pas penser à la mienne, à ce qui me poussera vers la fin de la route, il est trop tôt pour y penser maintenant, même si je les ai vu, même si j’ai vu des milliers de jeunes hommes mourir pour cette cause inutile qu’ils défendaient, j’avais appris que la jeunesse n’était pas invulnérable, que même la mort n’est pas assez loin pour l’épargner. Nathan devait se trouver sur le campus se fameux jour où nos yeux se sont croisés, il devait me sauver, me prendre la main et plus tard me passer la bague au doigt. Brooke devait me bousculer ce jour-là, pour que nos chemins se croisent comme prévu, elle devait être là et elle le sera toujours, dans ma vie et dans ma mémoire. Peyton et Lucas était destinés l’un à l’autre, rien ne pouvait changer leur destin et pourtant bientôt il changera, poussé par les événements, par cette guerre qui une fois encore venait chercher ses proies dans la chaleur indéfinissable de la grande Amérique. Aujourd’hui tout change, la lettre va tout changer, un ordre, une autre vie envoyée au front, un autre soldat pour l’Amérique.

J’étais assise dans le salon ce samedi matin, un livre dans la main, je lisais avec passion les tumultueuses passions des années folles, et quand la sonnerie du téléphone retentit, je sursautais, abandonnant les femmes bafouées à leur sort.

 

-Haley... entendis-je.

 

La voix se cassa comme celle de ma mère quand elle m’avait appris la mort de David et un frisson me parcourut. Je reposais le livre et me redressais.

 

-Peyton ?

-Oui murmura-t-elle... c’est horrible Haley aide-moi...

-Tu as un problème avec Emy ?

-Oh non, dit-elle en pleurant...C’est Lucas.

 

Le refus du test par les deux frères les avait encore rapprochés et maintenant, ils ne se quittaient plus. Pourtant au fond de moi, je gardais cette peur, la peur que l’un des deux ne meurent tout à coup, emporté par cette maladie qui semblait pouvoir les empêcher de vivre à nos cotés pour toujours. La respiration saccadée de Peyton me sortit de mes pensées.

 

-Qu’y a-t-il avec Lucas ? Demandais-je avec appréhension, Dis- moi Pey’, dis-moi...

-La lettre est arrivée ce matin Haley, je savais que nos vies seraient bouleversés avant même de l’ouvrir, je l’ai sentis, je le savais, pleura-t-elle.

-Quelle lettre ? Peyton, dis moi, je t’en pris...

-Il lui laisse 10 jours pour nous quitter, comment peuvent t-ils me faire cela ? Non je refuse, hurla-t-elle dans le téléphone.

-Il a été appelé sous les drapeaux, murmurais-je pour moi même.

-Il va me quitter, oh mon dieu Haley, il va partir et nous laissera, Emy et moi peut être va-t-il même...

-Non ne dit pas cela, m’exclamais-je la gorge serré, ils ne meurent pas tous...

 

Non ils ne meurent pas tous, c’est aussi ce que j’avais espéré en laissant partir David, mais c’était une erreur de plus. Lucas allait partir, il allait nous quitter pour un temps ou pour toujours, et Peyton resterait seule avec sa souffrance à attendre que la vie fasse son œuvre, qu’il meure ou qu’il revienne, c’était si injuste...

 

-J’arrive Peyton, j’arrive, ne bouge pas, dis-je en me levant le fil du téléphone enroulé autour de mes mains.

-Fais vite, je ne peux plus...

-Je viens !

 

Pourquoi ? Ils choisissaient au hasard ceux qui devaient défendre leur pays, mais pourquoi lui ? La malchance n’a rien à voir la dedans, seul le destin est responsable, il l’avait prévu depuis longtemps, c’est l’événement qui va précipiter leur fin, cette fin que je connaissais, mais que je ne pouvais toujours pas accepter, comme celle de David, si loin de moi. Peyton allait connaître l’absence et la solitude, la souffrance et l’attente de ces lettres si précieuses, qui nous donnaient la force.

Je pris ma veste et sortit les clés de la voiture dans la main. Nathan était à son travail, il ne devait rentrer que dans quelques heures, il ne savait pas encore que ce frère qu’il a mis tant d’années à aimer allait le quitter, contraint et forcé de payer de sa vie pour l’honneur. Il ne verrait pas grandir son enfant, sa fille ne se souviendra de rien, elle était si petite, si fragile, et pourtant elle allait connaître la perte avant même de pouvoir en ressentir le sentiment.

 

J’arrivais devant la porte mais elle m’attendait déjà, pale, les joues inondées de larmes J’entrais et la pris dans mes bras, comme si je voulais pouvoir prévenir toutes les souffrances qui l’attendait dans les années à venir, comme si je voulais pouvoir tout changer, mais je ne le pouvais pas, ils perdaient tout, tout ce qu’ils avaient mis tant de temps à construire.

 

-Il est au courant ? Demandais-je en l’entraînant sur le canapé près de moi.

-Oui, répondit-il les yeux brouillés, il est partit, il avait besoin d’air...Il s’éloigne déjà de nous.

-Non ne dit pas cela, il faut qu’il accepte de devoir vous quitter...

-Oh Haley, pleura-t-elle, nous étions enfin heureux, pourquoi maintenant ? Pourquoi lui ?

 

Oui ils étaient enfin heureux, mais le destin se moque du bonheur, il frappe au hasard au détour des chemins et des dédales des labyrinthes de nos vies. Nous sommes si vulnérable et pendant qu’elle pleure dans mes bras je pense à Nathan, et à cette lettre qui pourrait bien arriver chez nous un de ces jours, je ne voulais pas l’imaginer parce que je savais que la déchirure sera terrible, aussi douloureuse que pour ces deux êtres à présent sur le point d’être séparés.

 

-Quand doit-il partir ? Demandais-je en la berçant.

-Ils ne lui laissent que 10 jours, 10 jours pour tout quitter, pour nous quitter, non je refuse de le laisser partir Haley, je refuse...

-Tu n’as pas le choix, tu es obligée, il l’est aussi, pense à ce qui l’attend !

-Je ne pense qu’à cela, je ne fait que penser à ce qui l’attend, loin de nous dans ce pays du bout du monde, sans cette sécurité, sans amour, sans rien, non plus rien...Dans cette fichue guerre !

 

Elle se leva soudain en colère, ses yeux brillaient de fureur trop longtemps contenue.

 

-Pourquoi faut-il que nous nous sacrifiions pour cette cause ? Que nous donne t-il en échange ? Je ne veux pas recevoir un drapeau en guise de cadeau d’adieu Haley, non je ne veux pas, sanglota-t-elle la main devant sa bouche.

-Ils ne meurent pas tous, certains reviennent et même si parfois ils sont brisés, ils peuvent renaître, tu seras là pour l’attendre...

-Bien sur que je l’attendrais, toujours...

 

Ma mère n’avait pas su attendre, le manque d’amour avait été trop dur à supporter, elle s’était retranchée dans son monde, elle avait un instant vécu dans un rêve, le temps d’un automne tandis que son mari se battait en Europe. Et si Nathan devait partir ? Je secouais la tête et entendit soudain la porte d’entrée claquer et Lucas pénétra dans la pièce livide face à Peyton qui, le regard déchiré, le fixait. Ils allaient vivre le malheur et la souffrance, ils le savent tous les deux, leurs yeux se croisèrent, ils étaient intimement liés, je le sentais et Lucas ouvrit les bras où elle s’y jeta en courant, sanglotant sur son prochain départ.

J’essuyais les larmes qui maintenant coulaient sur mes joues quand je les regardais se promettre d’être toujours là l’un pour l’autre, de s’aimer pour toujours, de ne pas se perdre. Il caressa son dos avec sa main libre et enfoui son visage dans ses cheveux avant de murmurer un je t’aime qui raisonna comme une promesse d’amour éternel. Peyton s’écarta en entendant sa fille pleurer. Elle souris à Lucas et lâcha sa main un instant pour quitter la pièce. Lucas s’assit à coté de moi et naturellement, je pris sa main, comme je l’aurais fait avec David, il me regarda et ses yeux bleus un instant s’embuèrent.

 

-Et bien Haley, nous y voilà, c’est le moment ! dit-il en serrant ma main.

-Tu n’as pas peur ? Demandais-je la gorge serrée.

-J’ai peur que ma fille ne se souvienne jamais de son père, j’ai peur que Peyton m’oublie, j’ai peur des années à venir parce que je ne peux pas les prévoir.

-C’est si injuste...Et si Nathan...un jour...

-Haley James Scott, dit-il en souriant, maintenant que tu es de notre famille il va falloir apprendre à être forte. J’espère que Nathan ne sera pas appelé, je ne veux pas le retrouver là-bas, je ne veux pas que mon frère connaisse cet enfer, comme je vais le connaître, j’ai appris à le connaître et à l’aimer après t’avoir aimé toi. Tu es mon amie, quoi qu’il arrive, tu sais bien que je penserais à toi là-bas...

 

Il m’attira à lui, et je me laissais aller contre son corps. Encore une autre perte, encore un autre départ, mais pas n’importe lequel, une personne qui était devenue mon ami, quelqu’un que je chérissais comme Peyton et Brooke, quelqu’un qui m’avait beaucoup appris, Lucas Scott ne sera jamais oublié. Il sortit la lettre de sa poche et la main tremblante, il me la tendit. Je la pris, sonnée, choquée par ce nouveau départ, ce nouvel au revoir qui je l’espérais, ne serais pas un adieu. Je l’ouvris et lu la sentence, comme un condamné à mort, qui sait que la fin est proche. La fin n’est pas encore là, elle s’approche pourtant avec la guerre, avec le Vietnam, ce pays inconnu qui bouleversait l’Amérique, qui enlevait des pères à leur famille, qui enlevait des enfants à leurs parents, qui tuait les espoirs d’amour de jeunes gens crédules et innocents, cette guerre qui les envoyait dans le gouffre avant même d’avoir connu la lumière.

 

-Qui aurait cru que je me rapprocherais de mon frère ? Pas moi je dois l’avouer, dit-il en riant, maintenant nous sommes plus liés que les autres, nous serons toujours ensembles, même si nous sommes séparés, même si des milliers de kilomètre nous bousculent, je sais que ce n’est rien, l’amitié et l’amour dépassent tout.

-C’est toi qui avait raison pour le test, dis-je, tu avais raison dès le départ...

-Alors fais-moi confiance Haley, murmura t-il en reprenant la lettre qui avait décidé de sa vie, je reviendrais, je me le suis promis, j’ai marché pendant des heures, j’ai scruté les gens dans la rues, j’ai admiré les paysages, j’ai pensé à Peyton et à Emy, et je sais que rien que pour elles, je ferais tout mon possible pour rester en vie, jusqu'à ce qu’ils me relèvent de mes fonctions...

 

Peyton pénétra dans la pièce, la petite dans les bras et elle tendit instantanément les bras vers son père. Elle n’avait même pas un an, mais son sourire déjà ensoleillait leur vie, et cette maison, ses cris raisonnaient et ses mots d’enfants donnaient à cette journée une tournure moins dramatique. Peyton s’assit sur le canapé et Lucas prit la petite sur ses genoux, il commença lui parler et elle le regardait, ses yeux bleus accrochés aux siens comme si elle savait tout, comme si elle avait compris. Peyton essuya d’autres larmes sur ses joues et je me décidais à les quitter, je me levais sous leurs regards, et je quittais la maison, les laissant seuls pour leurs derniers moments ensemble, pour  profiter de ce qu’il allait perdre et de ce que peut être nous perdrions tous...

 

Nathan rentra à la maison le soir même et la nouvelle lui fait l’effet d’un coup de massue, il s’assit sur le canapé et sans un mot, il me prit dans ses bras, étreignant mon corps contre le sien, comme s’il sentait que bientôt lui aussi aurait à me quitter...

 


nanouee  (27.03.2012 à 22:12)

Musique

 

Chapitre 2 : Les uns après les autres...

23 janvier 1968, Californie, Usa

 

Je n’arrive toujours pas à y croire et pourtant c’est ainsi. Beaucoup de choses changent et quand je regarde ces images à la télévision, ces images de cette guerre qui semblent si loin et si proche en même temps, je frissonne, je sais qu’elle n’est pas prête d’être terminée, que bien d’autres sacrifieront leurs vies dans cet enfer, je le sens, nous ne sommes pas encore sauvés. Les images défilent et je suis dans le salon, j’imagine ce qu’ils vivent, ce qu’ils ont vécu et ce qu’ils vivront encore jusqu'à la fin, beaucoup de douleur et de larmes pour eux, mais aussi pour nous qui attendons que le ciel soit clément et qu’ils nous rendent ces êtres exceptionnels qui ont fait de notre vie un rêve.

Il est tôt et déjà mes yeux sont fixés à l’écran, je ne rate aucun envoyé spécial, je sais tout de cette guerre qui m’a déjà ôté un frère et qui venait maintenant dans ma vie pour prendre mes amis. Les images sanglantes ne me font plus peur, je les regarde courir sous la pluie tandis qu’un homme parle, qu’il raconte un micro à la main, le calvaire de ces jeunes embrigadés, pour une mauvaise cause. Je sens une main sur mon épaule et je relève la tête.

 

-C’est bientôt l’heure ma chérie, murmura t-il en se penchant pour m’embrasser. Lucas nous attend...

-Je viens, dis-je en me levant difficilement, où sont-ils ?

-Sur le campus, sous l’arbre...

 

L’arbre où j’avais découvert Brooke inconsciente était devenu notre lieu de réunion depuis que nous avions quitté la fac l’an passé, nous y allions parfois nous mélanger avec les étudiants d’aujourd’hui, pour revivre notre passé, pour nous rappeler des souvenirs, pour rire et pleurer ensemble, pour tout. Seulement aujourd’hui, c’était un jour spécial, Lucas nous attendait, il nous avait demandé de venir, et je savais pourquoi, il voulait nous dire au revoir avant de nous quitter et de prendre l’avion pour Saigon le soir même. Comment oublier ces années qui nous ont construit ? Nous y retournons souvent peut-être par peur d’avancer ou alors simplement parce que notre cœur est resté la bas. Nathan me prit dans ses bras et doucement ses lèvres venaient toucher les miennes, une caresse, un baiser pour nos épreuves à venir. Sa main passe dans mon dos et son corps collé au mien je respire enfin, je sens la tension me quitter, je vais dire au revoir aujourd’hui encore une fois, mais pas la dernière.

Il m’entraîne dehors et ferme la porte derrière nous, le soleil brille, et pourtant l’air glacé me fait sursauter, mon manteau collé à mon corps j’avance, nous marchons, nous ne sommes pas loin. Le campus est désert, nous sommes Dimanche et rien ne peut troubler la magie de l’instant, ce dernier instant où tous ensemble nous allons lui dire adieu, en imaginant ce que sera notre vie, plus tard après cette guerre qui semble vouloir tout nous prendre. Je les aperçois, de loin ils sont assis sur l’herbe sèche et glaciale, ils parlent, ils rient, ils sont comme avant, comme la première fois que je les ai rencontrés, idem à l’image qu’en garde ma mémoire. Emy dans les bras de sa mère gazouillait et ses sourires faisaient fondre Brooke qui passait son temps à la câliner. Nous nous approchons et comme un même homme ils tournèrent tous la tête en même temps, Brooke me sourit, Lucas aussi, mais Peyton me lança un regard angoissé, celui d’une femme qui sait qu’elle va laisser partir son amour, peut être pour toujours.

Je les rejoins, Nathan sur mes talons, et sans un mot je m’assoie dans l’herbe, comme une jeune étudiante, comme avant que nous ne connaissions la vraie vie, celle qui nous rattrape toujours, quel que soit nos efforts pour la fuir. Je me pose dans le bras de Nathan et Emy me sourit et tend les bras vers moi. Le soleil est à présent haut dans le ciel et pourtant sa chaleur ne nous atteint pas, nous sommes comme figés dans le temps, dans le passé, pour toujours sous cet arbre, comme d’éternels étudiants ou d’éternels enfants qui ont peur d’affronter l’avenir. J’ai peur c’est vrai, je crains le pire, je sais qu’ils y en a certains qui reviennent mais je n’y crois pas trop. Je préfère me dire que cet adieu en est un, pour ne pas souffrir, pour ne pas pleurer quand quelqu’un appellera chez Peyton pour lui dire que celui qu’elle aime vient de mourir. Je préfère dire adieu à Lucas maintenant, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai le sentiment que c’est la meilleure chose à faire, pour ne plus espérer, malgré la douleur, pour ne pas compter sur leur retour à tous, pour m’éloigner de cette guerre qui nous traque.

 

-Ne restez pas silencieux comme cela, lança Lucas, nous ne sommes pas à un enterrement !

-Pas très subtile cette remarque grand frère, dit Nathan avec un clin d’œil.

-Et bien quoi ? Je ne suis pas encore mort, et je ne compte pas mourir avant longtemps ! Si je vous ai demandé de venir ce n’était certainement pas pour que nous pleurions tous ensemble, mais pour nous souvenir ensemble de ce que nous avons vécu, pour nous dire au revoir et à bientôt.

- Parfois les au revoirs se transforment en adieu, murmurais-je en faisant référence à mon discours.

-Parfois ! Mais pas cette fois ci, vous savez bien que nous sommes des survivants, dit Lucas en passant un bras autour des épaules de Peyton et en caressant la joue d’Emy.

-Nous avons neuf vies comme les chats, plaisanta Brooke, déclenchant une crise de rire passagère.

 

Oui je pouvais tout à fait imaginer que nous n’avions jamais quitté cet endroit, que nous y étions pour toujours, dans notre esprit et dans notre cœur, ils rient et je me sens tout à coup prise de panique, j’ai peur que ces instants la ne se renouvellent jamais, que ce soit l’un des derniers que nous passons tous ensemble, j’ai peur que cette alchimie entre nous ne tienne pas la route, que nous n’arrivions pas à garder le cap ensemble, soudés comme aux premières années de notre vie commune sur ce campus si cher à notre cœur. Les yeux s’animent et Nathan raconte une anecdote, lointaine pour détendre l’atmosphère mais je sais bien, que nous ne pensons qu’à cela, au départ de Lucas, à la solitude qui attend Peyton dans les mois à venir, nous y pensons, mais comme pour repousser l’inévitable, nous évitons d’en parler franchement.

 

-Vous savez quoi les jeunes ? s’exclama soudain Brooke nous tirant de nos pensées. Je pars à Londres dans 3 mois, j’ai réussi à entrer en contact avec un organisme qui pourrait m’intéresser, c’est vrai que ce n’est pas la porte à côté, mais je reviendrais souvent vous voir !

-Je suis fière de toi Brooke, dis-je en lui prenant la main.

-Moi aussi, dit Peyton, je sais que tu as trouvé ta place...

 

Son regard se brouilla. Peut être se demandait-elle où était sa place ? Ici près de Lucas et de leur famille ? Lucas allait bientôt les quitter, pour un temps ou pour toujours, que lui restait-il ? Plus rien à quoi s’accrocher, rien qui ne vaille la peine à par Emy, elle sera son seul rayon de soleil dans les mois à venir, et poussé par une envie soudain de donner un sens à son existence, elle décidera même de changer de vie...

Nous passâmes les prochaines heures, comme des enfants à rire de tout, à profiter de ces instants qu’il nous restait sans peur, sans douleur, ces moments qui eux, auraient du durer pour toujours, mais qui malheureusement s’achèveront ici, sur ce campus où j’avais déjà dit adieu à David et à tous mes espoirs innocents. Peyton commençait à s’agiter, tandis que la petite assise sur une couverture faisait bouger son hochet en souriant. Lucas posa une main sur sa jambe, et leurs yeux se croisèrent, je sentis le désir monter en eux, si ardent qu’il dépassait les limites de leur intimité, ils avaient envie de profiter de leurs derniers moments seul à seul. Lucas nous regarda soudain et commença à parler.

 

-Bon et puis tant pis pour mes bonnes résolutions, lança t-il soudain avec un sourire triste. Je ne peux pas rester là devant vous et vous promettre que tout se passera bien, tout simplement parce que je n’en ai pas le pouvoir, et vous avez raison, je dois vous dire au revoir, cela ne sert à rien de reculer, de se dire que les blagues que nous racontons, pourront nous faire oublier l’inévitable. Je vais partir bientôt...

 

Les yeux de Peyton se remplissaient de larmes tandis que Brooke détournait les siens et que Nathan serra ma main de plus en plus fort, comme pour se convaincre qu’il était en plein cauchemar.

 

-Je ne veux pas d’adieux Lucas, s’écria Peyton, pourquoi ? Ce n’est pas juste, je ne peux toujours pas accepter, je ne le pourrais jamais, tant que tu ne seras pas revenu, je ne pourrais plus respirer, je ne pourrais plus vivre, je le sais...

 

Il la serra contre lui et elle laissa échapper quelques larmes...

Les douleurs les plus vivaces ne sont pas toujours celles qui font couler le plus de larmes, parfois nous ne pouvons plus pleurer, parce que nous avons tout donné, parce que nous n’avons plus rien à offrir. Je sais que la perte est douloureuse, je sais à quel point cela fait mal au cœur de renoncer à quelqu’un que l’on aime, même pour un temps, car avec cette guerre rien n’était certain. Brooke pris la petite dans ses bras et la calma, elle jetait des regards affolés autour d’elle, mais son père lui sourie et ses yeux à nouveau brillèrent.

Il ne la connaîtra pas, il allait la quitter, il ne connaîtra pas sa vie, il n’aura que des photos, pour retracer les instants importants de l’existence de sa fille, celle qu’il aime de tout son cœur et qu’il aimera comme sa mère malgré la distance.

 

-Je ne vous dis pas adieu, dit Lucas en serrant Peyton contre son cœur, je serais toujours avec vous, j’ai parfois l’impression que nous n’avons jamais quitté cet endroit, que nous serons ici pour toujours, que nos fantômes nous succéderont, que notre image jamais ne s’effacera, ayez confiance...Puisqu’il le faut, puisqu’il faut que je m’en aille pour un temps je tiens à vous dire que je vous aime tous, vous faites partie de ma vie, quoi qu’il arrive pour toujours. Tu avais dit qu’il était temps Haley dans ton discours et tu as raison, il est temps...

-Non, je ne voulais pas dire cela...

-C’est le destin c’est comme cela, c’est le hasard et rien que cela, et c’est une fin, c’est la fin d’une période mais pas de notre vie ensemble. Il est peut être temps de nous quitter...

-Nous ne nous quitterons pas pour toujours, s’écria Brooke, je sais bien que nous nous retrouverons, peut être pas tout de suite mais plus tard...

 

Oui, nous allions nous retrouver plus tard, après nos épreuves et nos douleurs, nos chemins étaient liés, ils allaient un temps se séparer, mais juste le temps de marcher seul vers notre destin. Nathan resserre son étreinte et je colle mon corps contre le sien, c’est l’heure, maintenant le soleil est au zénith dans le ciel, il va nous quitter, il veut passer l’après midi avec sa famille, et je le comprenais. Il me sourit et un instant je vis un éclair passer dans ses yeux, il avait attendu cette lettre depuis des années car inconsciemment, il avait toujours voulu partir, se battre pour notre liberté. Peyton l’avait dissuadé, il avait renoncé pour elle, et maintenant il se battrait pour elle...

Je secouais la tête pour chasser ces sombres pensés et il recommença son discours, en prenant Emy dans ses bras.

 

-Je ne suis pas fan des longs discours, je te laisse cette spécialité Haley, dit-il en riant. Je vais essayer de faire court, en vous donnant la recette du bonheur, je sais que cela peut paraître dérisoire comme cadeaux, mais je vous en offrirais d’autre en rentrant. Soyez heureux et ne regrettez rien, comme moi, comme ces années passées avec vous, ces amitiés et ces amours, je ne voudrais rien changer à mon passé, je n’ai pas besoin de le revivre pour vous aimer, alors écoutez moi bien : Vivez votre vie, même si je ne suis pas là, même si vous avez peur, le temps passe, il n’y a pas toujours d’autres chances, saisissez la votre, elle est là, elle vous attend.

-Tu as tort Lucas, murmurais-je en essuyant une larme, les longs discours te vont à la perfection.

 

Un sourire se dessina sur les lèvres de Peyton et Nathan tendit la main vers son frère.

 

-Tu as intérêt à revenir et vite, je n’ai pas envie d’être obligé d’aller te chercher là-bas, dit-il ému malgré tout par les paroles de son frère.

-Ne viens surtout pas me chercher, s’exclama t-il, un seul Scott au Vietnam suffira !

-Au fait Nathan comment va ton père ? demanda Brooke, inconsciente de la tension qu’elle allait faire peser sur nous.

-Il n’est pas encore mort, répondit Nathan en fixant Lucas qui hocha la tête.

 

Non Daniel Scott n’était pas encore mort, son cœur continuait à battre malgré la maladie, mais il savait qu’un de ses fils était porteur, il savait que l’un deux pourrait prendre sa place, suivre son chemin. Nathan et moi n’allions pas souvent dans la grande maison sur les hauteurs de San Francisco, seulement pour voir sa mère, qui avait été déçue de notre mariage si rapide, nous ne l’avions pas convié pour ne pas être obligé de supporter la vue de cet homme qui ne semblait n’avoir aucun scrupules, aucun amour véritable, même pour ce fils qu’il n’avait pas renié.

 

Lucas soudain se leva et tendit sa fille à Peyton, il nous sourit et nous tendit les bras. Je ne me doutais pas que c’était une des dernières fois que je le verrais me sourire, nous sourire à tous, nous nous levâmes et l’un après l’autre, nous l’étreignîmes aussi fort que nous le pouvions contre notre cœur pour le garder à jamais dans nos vies. Peyton restait à l’écart Emy dans les bras, elle aurait droit à un autre adieu, à l’aéroport, devant tous ces soldats qui quittaient leur foyer en même temps que Lucas, un adieu déchirant, une douleur terrible pour ces femmes qui renonçaient à tout, contraintes et forcées de laisser partir leur amour...

Ils s’éloignèrent tout les deux, comme un mirage, il nous fit un signe et Peyton se rapprocha de lui pour qu’il passe une main sur ses épaules. Je restais debout avec Nathan et Brooke, nous savions qu’une page se tournait avec son départ, quelque chose venait de mourir en nous, quelque chose que nous avions passé des années à créer, et qui pourtant nous avait apporté nos joies comme nos peines.

Je les regarde partir et je me sens soudain nostalgique, j’ai l’impression qu’ils partent tous, mais qu’ils ne reviennent pas tous. Encore un autre départ, les uns après les autres, ils empruntent un autre chemin, mais je savais aussi que pour moi et Nathan rien ne serait plus pareil. Notre chemin était lié, et pourtant, nous allions nous aussi nous perdre comme Lucas et Peyton qui disparaissaient de notre vue. Brooke m’embrassa et partit de son coté tandis que Nathan et moi empruntâmes le même chemin que Peyton et Lucas quelques minutes plus tôt sans savoir qu’il nous mènerait à un dénouement identique, plus tard, bien plus tard...

 

Il est partit, c’est fini, Lucas Scott a pris un autre chemin, involontairement, il s’est éloigné de nous, il me manque déjà et il me manque encore aujourd’hui, le manque ne peut pas se combler, nous avons partagé tant de chose et Nathan, n’arrive pas à oublier, il est persuadé qu’il aurait eu plus de moments à partager avec son frère s’il avait fait le premier pas des années auparavant. Cela ne sert plus à rien de regretter le passé, nous sommes rentrés dans notre maison, avec en nous cette douleur, et cette tristesse, mais aussi une vive colère contre la vie qui s’acharnait à nous prendre toutes les personnes importantes pour nous, toutes celles qui avait touché notre cœur. Peyton est maintenant seule dans sa maison avec Emy, cette maison qu’elle avait partagé avec lui, qui avait vu naître leur amour, qui avait accueillit leur enfant, cette maison vide où les échos du passé raisonnaient si fort que rien ne pouvait les faire taire, ils murmurent, ils hurlent, ce sont leur fantômes.

Nathan a refermé la porte et silencieux il s’est assis dans le fauteuil devant la cheminée. Je me suis tu, je ne pouvais plus parler, je ne voulais pas imaginer l’avenir, ces prochains mois qui seront décisifs pour nous. Lucas est dans l’avion, il s’est envolé pour l’enfer, mais il est serein, il n’a pas peur, il ne tremble pas comme nous, il sait où se trouve son destin. Nous le sentons tous, nous savons quelle route est la bonne et alors sans crainte nous l’empruntons, rien ne peut nous arriver...

 

Nathan me tend la main et m’attire sur ses genoux, il me sert contre son corps et j’essuie les larmes sur ses joues, je les connais ces larmes là, ce sont celle de la culpabilité, des regrets, et des remords qui viennent perturber notre vie, sa main passe sur mon visage, dans mes cheveux, et nous savons que la vie est courte, que le moment est venu d’oublier le passé, de se concentrer sur l’avenir, de tout donner à notre amour, de lui donner la flamme éternelle, le temps nous ai compté et nous ne le savons même pas...

Il m’embrasse et nous glissons au sol devant le feu qui brûle, qui brûle en moi, en nous depuis notre rencontre, mes vêtements tombent, ses lèves effleurent mon corps, ma bouche, mes seins, le désir monte, la chaleur m’envahie, je me sens comme submergée par cette vague d’amour et de plaisir qui semble naître du désespoir et de la douleur, un besoin d’amour, un besoin de se retrouver, l’un dans l’autre, unis. Son corps nu recouvre le mien, nous savons que la route sera longue, nous savons que rien n’était gagné, qu’un jour tout pouvait changer, que la lettre pourrait nous parvenir et nous séparer. Mes gémissements s’élèvent dans la pièce et le feu crépita toujours plus intense, plus ardent tandis qu’il embrassait mes seins, qu’il caressait mon ventre, que mes mains jouaient avec ses cheveux, nous étions ensemble, pour le moment, plus rien n’avait d’importance que ce plaisir charnel, ce moment de douceur et d’ardente passion. Mes yeux étaient fermés et je savourais ses caresses de plaisir qu’il insufflait en moi, ce désir toujours plus fort, ce besoin de le savoir en moi, pour toujours. Je m’accrochais à lui, je ne voulais pas le laisser s’en aller, je ne voulais pas qu’il me laisse seule comme Peyton, je le retenais en moi encore et encore, jusqu'à l’explosion, ce paroxysme intense que nous atteignîmes dans un dernier frisson.

Un dernier tremblement, un cri de plaisir, un cri d’amour, et nos deux corps unis, encore et encore, dans cette chaleur, ce feu qui semblait brûler tout autour de nous, comme des braises, les braises de notre amour, de notre passion, c’est le vrai, le grand amour, celui qui fait traverser des montages, celui qui fait parcourir les continents, celui qui offre tout, celui qui brûlera pour toujours, comme la flamme de ma mémoire.

Nous sommes animés par la tristesse et le désespoir, nous souffrons, mais nous savons aussi que seul l’amour peut nous sauver, nous aider à surmonter la peine, et cette douleur si vivace dans notre cœur, celle de l’absence, celle de la peur, la peur d’être séparé...

 

Je le sens dans mon cœur et dans mon corps, bientôt d’autres adieux viendront briser notre vie...


nanouee  (27.03.2012 à 22:14)

Musique

 

Chapitre 3 : Au nom du père...

14 Juin 1968, Californie, Usa

 

Les jours et les mois se suivent et se ressemblent, rien ne semble avoir changé depuis le départ de Lucas et pourtant, je me sentais différente, tout comme Nathan qui passait des heures les yeux dans le vide à la recherche d’une nouvelle force, pour surmonter l’absence, à la recherche du bonheur, en espérant que jamais nous ne soyons séparés. J’ai trouvé du travail dans un magazine politique « le New World magazine » dans lequel vous lisez ces passages. Je n’aurais jamais cru que je puisse me passionner à ce point pour cette guerre qui nous prenait tout, mais je voulais comprendre, je voulais savoir pourquoi tant de jeunes hommes étaient morts, et même si au départ je n’ai été qu’une simple chroniqueuse par la suite, je pu en toute liberté à cet instant me dévoiler, et vous offrir un bout de ma vie. Je passe mes journées dans les locaux du journal, et je rejoins Nathan le soir, nous avons trouvé notre voie, maintenant nous étions lancés. Moi qui était destinée à l’enseignement, je me retrouvais à analyser les faits et gestes du gouvernement Américain jusqu'à la chute de Saigon en 1975, j’avais de l’ambition, certes, peut être trop pour enseigner la vie à des enfants. Je voulais maintenant changer le monde comme eux, ces soldats qui étaient partis en enfer, mais je ne voulais pas mettre les pieds dans ce pays, je voulais être une spectatrice passive, mes mots changent tout, ils semblent s’animer sur le papier, les gens commence à comprendre l’enjeu de la guerre du Vietnam, ils se réveillent lentement mais sûrement en espérant qu’il ne soit pas trop tard pour nous.

Brooke était partie à Londres en Juillet 1967, avec l’ambition première comme la mienne, de changer les choses, une bonne fois pour toute. Nous n’étions en fin de compte que des idéalistes qui cherchaient le bonheur, mais nous n’étions peut être pas assez fortes pour combattre le raz de marée politique de la nouvelle Amérique.

Peyton essayait d’être forte pour Lucas et pour sa fille, mais parfois il lui arrivait de pleurer sur l’incertitude de leur avenir commun, seule dans cette maison qu’ils avaient achetée ensemble. Pour oublier, elle se plongeait dans le travail et maintenant ces dessins étaient affichés sur les grands panneaux publicitaires des environ de San Francisco, elle avait de quoi être fière, elle était sur la voie de la réussite, mais la réussite sans son amour ne valait pas la peine à ses yeux, elle passait des heures sur ses planches à dessins sous l’œil émerveillé de sa fille qui maniait déjà les crayons. Elle avait eu trois ans le mois dernier, et déjà elle marchait, courait dans la maison, touchant à tout, un vrai bonheur, mais un bonheur solitaire parfois dur à vivre. Nous allions souvent la voir, pour parler, pour lire les lettres de Lucas, qui lui venaient comme celle de David, déchiquetées et censurées. Elle passait la main sur le papier, comme si elle pouvait le sentir, le toucher. Elle lui envoyait des photos de nous, d’Emy, des photos qui étaient censés le faire participer à notre vie, si loin dans un autre pays.

Nathan avait toujours du mal à accepter l’absence de son frère, et depuis quelque temps je le trouvais bien songeur, perdus dans ses pensés, il devait penser à Lucas, là-bas si loin de nous, et pourtant quand nos yeux se croisaient je pouvais y lire tout autre chose, une peur, une peur irrationnelle. Il ne pouvait rien me cacher, je le connaissais par cœur, je l’aimais, je l’aidais, j’étais là dans tous les moments, quoi qu’il arrive pour toujours.

Si je reprends mon récit ici, c’est que tout va changer pour nous aujourd’hui le 14 juin 1968, le jour de l’enterrement de Daniel Scott. Il était mort il y a deux jours, sa maladie de cœur lui avait été fatale, le médecin nous avait prévenu, nous savions et pourtant malgré cette colère et cette haine que Nathan ressent envers lui, il souffre, je le sens, je le vois. Sa mère nous a appelé de l’hôpital, après une ultime attaque, ils n’ont pas pu le ranimer, il est mort seul dans sa chambre, mais ne mourront nous pas toujours seul ?

Nathan est devant la fenêtre dans le salon dans un costard noir, ajusté, il regarde au dehors et il ne m’entend pas entrer, il ne me voit pas lui prendre la main, il est perdu comme un enfant qui vient de perdre un parent, car même avec l’âge, nous ne pouvons pas ne pas ressentir la perte, c’est ancré en nous. Depuis quelques jours, il semble ailleurs, je me suis d’abord dit qu’il s’inquiétait pour Lucas dont nous n’avions pas de nouvelles depuis presque un mois, mais il me semble qu’autre chose le ronge, quelque chose de plus fort que je ne peux connaître, je ne peux pas l’aider.

Il se tourne vers moi, il est pâle, il sait que le moment est venu d’enterrer son père et ses douleurs une bonne fois pour toute, car ce n’est pas seulement un enterrement ni un adieu de plus, c’est bien plus que cela, il va évacuer toute la colère tout le ressentit qu’il a envers lui, pour que le passé plus jamais n’ai voix au chapitre, pour que nous puissions tous les deux exorciser nos démons, comme je l’ai fait devant le cercueil de mon frère, ma mère tremblante dans mes bras. C’est une fin, mais c’est surtout un recommencement, un soulagement, une perte mais un cadeau pour lui, pour nous, pour notre avenir.

Il attrape son manteau, me tend le mien, et en silence, solennel, nous nous rendons au cimetière de San Francisco, où Deborah a décidé de l’enterrer dans l’intimité, sans grande messe religieuse, un adieu, une délivrance pour elle aussi. Nous n’étions pas allés à l’église, Nathan refusait de se mêler aux gens qui respectaient son père, sans savoir à quel homme ils avaient affaire, il voulait lui dire adieu pour toujours seul, devant la tombe, pour que plus jamais ces anciens démons ne refassent surface.

Deborah nous attendait, avec le prêtre, qui bénissait le cercueil. Nathan se crispa à la vue du tombeau ouvert et du cercueil qui le recouvrait, je serrais sa main, et nous rejoignîmes sa mère qui, pale, gardait la tête baissée.

 

La haine et l’amour sont intimement liés, et même si Nathan ne le peut pas aujourd’hui, les larmes couleront un jour prochain où il regrettera le père de son enfance, celui qui n’avait pas encore décidé de faire de lui, son clone parfait. Je m’assoie sur les chaises posées devant la tombe et je regarde Nathan s’approcher, doucement, comme s’il avait peur, qu’il ne soit pas mort, qu’il se réveille pour le maudire d’avoir uni sa destiné à une femme qui ne le méritait pas, pour avoir renié son entreprise, pour avoir dévié de la route qu’il lui avait tracé depuis toujours. Deborah me rejoint et je la regarde, elle est libérée elle aussi, elle peut à nouveau vivre, elle peut espérer autre chose que ces jours sans saveurs qu’elle a connue pendant plus de 20 ans. Nathan est droit et immobile, les mains le long du corps, les poings serrés, il parle, je ne peux pas entendre ce qu’il dit, je ne le veux pas, ce n’est pas mon au revoir, ce n’est pas mon combat, c’est le sien, tout entier, c’est sa haine, et son amour déçu, c’est sa perte et son soulagement qu’il doit déverser maintenant, après il sera libre, il sera libre de faire de sa vie ce qu’il a toujours voulu en faire, il sera libéré de lui. Deborah regarde son fils, les larmes aux yeux, elle s’en veut de lui avoir offert cette vie, elle s’en veut de ne pas avoir eu le courage, de changer pour donner à son enfant l’amour et la sécurité, elle s’en voudra toujours et encore plus aujourd’hui où elle va le perdre...

Les minutes passent mais il ne bouge pas, je lève les yeux au ciel animée par une douleur que les cimetières me font ressentir, encore et toujours, ces anges en pierre qui veillent sur les morts, qui nous donnent l’impression que la mort est un paradis blanc, mais je n’arrive toujours pas à l’imaginer. Je ne peux pas imaginer David dans ces paradis-là, après la mort il n’y a rien, que le néant pour moi, c’est un gouffre sans fin, la fin de notre vie, c’est une douleur pour ceux que nous aimons mais pas pour nous, nous ne pouvons plus rien ressentir, nous leur confions notre vie, en les quittant, en espérant qu’il fassent de notre mémoire un joyaux éternel, qu’ils ne laissent pas se perdre toutes ces choses qui ont compté, qui ont fait de nous des êtres hors du communs, à part, même comme le commun des mortels, nous ne sommes pas indestructibles.

Daniel Scott ne laisse rien qui vaille la peine, à part ses deux fils qui émerveillent nos jours, seul eux sont le témoin de sa vie, il ne laisse rien d’autre qui vaille la peine que l’on s’en souvienne, il vaut mieux parfois ranger certains souvenirs dans notre esprit pour toujours, pour nous sauver, pour nous libérer de leur emprise, je le sais maintenant, Nathan  se sent libéré...

Il se tourne vers moi et me tends la main. Je me lève laissant Deborah dans ses souvenirs et ses regrets passés pour rejoindre mon mari devant le tombeau ouvert de son père.

 

Ses yeux bleus se brouillent, il garde ma main dans la sienne, il l’étreint si fort, que j’en ai mal, mais je le laisse, il a besoin de moi maintenant, de notre force commune, il est temps pour lui de pleurer sur cette tombe, sur son père, celui qu’il aurait voulu si différent, qu’il aurait voulu fier de lui avant de rendre l’âme. Mais il ne le peut pas encore, les larmes ne coulent pas, elles restent dans ses yeux, comme un masque, ce n’est pas encore le moment de le faire tomber.

 

-J’ai quelque chose à te dire Haley, murmura t-il dans la brise légère. Je t’aime. Je t’aime depuis que nous nous sommes rencontrés, je sais que c’est toi mon âme sœur, je n’ai besoin de rien d’autre que de toi, je ne veux pas te perdre, je ne veux pas te quitter, j’ai trop peur...

-Tu ne me quitteras jamais, et moi non plus, répondis-je en me collant contre lui, pour qu’il passe sa main dans mon dos.

-Bientôt les choses vont changer pour le monde, bientôt nous allons tous payer, je ne veux pas que tu paye pour eux, je veux que tu sois heureuse, je veux que tu...

-Je suis heureuse Nathan Scott, je suis la femme la plus heureuse au monde, je n’ai pas besoin de sauver le monde si tu es avec moi...

-Je ne le serais bientôt plus...

 

Je le regardais, ses yeux se tournèrent vers moi, un instant avant qu’il ne détourne le regard vers la tombe de son père où le cercueil lentement descendait, aidé par les employés des pompes funèbres.

 

-Nathan... Si c’est cette maladie... Nous ne savons pas...

-Cette maladie peut nous tuer, l’un ou l’autre, je le sais bien, mais je sais que j’ai eu raison en refusant le test, j’ai eu ce que je voulais, des années de bonheur avec toi, et bien d ‘autres à venir je l’espère...

-Mais bien sur m’exclamais-je en le fixant effrayée, nous aurons tout, nous aurons encore beaucoup d’années ensemble, je le sais...

-Haley, dit-il en se rapprochant de la tombe et en prenant de la terre pour la jeter sur le cercueil en bas, je n’ai pas peur de mourir de cette maladie, je ne sais même pas si mon cœur est malade, j’ai peur de t’abandonner...

 

Je sentis une peur monter en moi, au fur et a mesure qu’il parlait, des larmes vinrent illustrer ses paroles et coulèrent sur mes joues, intarissables, comme un puits sans fin, comme un pressentiment, celui qu’il ne me dit pas tout, peut être qu’il sait… peut être a t-il fait le test en fin de compte...

 

-Nathan demandais-je avec appréhension, dis moi que tu n’as jamais fait le test ? Dis moi que ce n’est pas cela ... que tu n’as pas cette maladie...

 

Il s’approcha à nouveau de moi et un sourire éclaira ses traits un instant, sa main passa sur mon visage et soudain une expression douloureuse passa dans ses yeux.

 

-Non Haley, je n’ai pas fait le test, je ne sais pas si j’ai cette maladie...

-Alors pourquoi me dis-tu tout cela ? Il y a bien une raison, je le sens, murmurais-je

-Oui il y en a bien une, c’est le moment maintenant de te le dire, dit-il en inspirant profondément, mon père a toujours fait de moi un incapable, il ne m’a jamais donné le bénéfice du doute, je n’ai été pour lui qu’un jouet entre ses mais, il n’a jamais été heureux et je ne veux pas de cela, je veux être heureux avec toi et maintenant, mais cela ne sera pas possible Haley...

-Que veux-tu me dire ? Dis-je la gorge serrée.

-Je vais partir...

-Partir où ? Nathan, ne me dis pas que...

 

Il sortit la lettre de sa poche, la même lettre que Lucas avait reçu il y a 6 mois, une lettre qui avait tout changé et qui maintenant allait changer ma vie, pour toujours. Je reculais en secouant la tête, les larmes enfin coulèrent sur ses joues, mais pas pour son père, pour nous et ce que nous allions perdre, mon cœur explosa dans ma poitrine, je reculais toujours, et je ne pouvais plus respirer, non je ne le voulais pas, pas lui, pas nous, ils n’avaient pas le droit de me faire cela, je voulais courir sans plus m’arrêter, je voulais hurler sur la vie si injuste. Deborah regardait la scène, les yeux vides, elle semblait perdue, elle semblait ailleurs, et Nathan m’attrapa par le bras, me forçant à le regarder. Je secouais la tête, et il rangea la lettre dans sa poche avant de m’attirer à lui où je pleurais, je pleurais sur lui, sur moi, sur cette douleur au fond de mon cœur, sur la solitude qui m’attendait, sur les prochaines douleurs, j’avais mal, je hurlais, je sentais que tout allait changer, mais tout était joué d’avance, il devait me sauver, m’aimer et me quitter maintenant que nous étions enfin heureux.

J’aurais du le savoir, quand Lucas est partit, j’aurais du savoir qu’il nous restait peu de temps pour nous. Si seulement j’avais su que ces six mois étaient les derniers avant longtemps, j’aurais peut être dit ou fait autrement, j’aurais profité à fond de nos derniers instants, si seulement j’avais su...

 

-Haley, dit-il en me serrant contre lui, Je pars mais je vais revenir, ne t’en fais pas je sais que je peux le faire, que je vais faire quelque chose qui au moins aura de l’importance !

-Mais qu’est ce que vous avez tous ? Hurlais-je dans le cimetière presque désert, Vous voulez tous nous quitter pour sauver le monde ? Non ! Ce n’est comme cela que vous serez heureux, ni que vous rendrez fière les gens qui ne savent pas vous aimer !

-Ce n’est pas pour cela, que nous faisons cela, c’est parce que nous sommes obligés, mais dans un sens, nous espérons que cela nous apportera la reconnaissance...

-Il n’y a pas de reconnaissance, fulminais-je, seulement des tombes, cela ne sert à rien de nous remettre un drapeau, pourquoi faire ? Pour décorer notre maison ? Les imbéciles...Ils ne savent pas ce que cela fait de savoir que plus jamais nous ne reverrons leurs visages, tout ça pour la gloire et l’honneur de ce Pays...

 

Je hurlais et mes cheveux volaient devant mon visage rendant son image flou, comme s’il m’avait déjà quitté, comme si il était déjà là-bas, si loin de moi... Il s’approcha mais je le repoussais.

 

-Haley, murmura t-il, ne me fais pas cela, ne me repousse pas, je pars dans deux jours...

 

Je laissais échapper un gémissement et lui tournait le dos. Il soupira et quitta le cimetière me laissant là, je pleurais, j’avais mal, je ne voulais pas le regarder partir, j’étais en colère, contre lui, contre la vie, contre tout, j’en voulais à tout le monde de m’enlever ce bonheur, que j’avais mit tant de temps à trouver. Deborah se leva et à son tour, jeta une poignée de terre sur le cercueil de son mari avant de me dire :

 

-Ils partent tous un jour Haley, la seule chose à faire, c’est accepter, s’endurcir, et essayer de garder espoir, l’amour est si dur à gagner mais il est si douloureux quand on le perd...ne le laisse pas partir seul sans savoir qu’il a ton soutien, ne laisse pas mon fils seul comme je l’ai fait jadis en refusant de voir ce que je lui avais offert comme vie.

 

Sur cette phrase elle sortit sans un regard à la tombe ouverte qui serait bientôt recouverte par les employés des pompes funèbres.

 

Un être s’en va et un autre arrive...

 

Pas Nathan, non pas lui, je ne voulais pas enterrer un autre être que j’aimais, je ne voulais pas d’autre drapeau, je ne voulais pas être comme ma mère seule et triste, je ne voulais pas être comme Peyton, désespérée d’attendre des nouvelles de Lucas qui ne venaient plus, je voulais que notre avenir soit différent que nous soyons différents, heureux et amoureux, mais il faut parfois voir les choses en face, je suis une idéaliste, je crois que la vie m’épargnera toujours, j’aurais tant voulu que ce soit le cas...

Les paroles de Deborah raisonnaient dans ma tête, non je ne le laisserais pas partir sans lui dire que je l’aimais depuis toujours, pour toujours...

 

 


nanouee  (27.03.2012 à 22:18)

Musique

 

Chapitre 4 : La dernière fois...

15 Juin 1968, Californie, usa

                    

Il y a plein de premières fois dans la vie, le premier baiser, la première étreinte, le premier amour, la première mort, des choses qui font maintenant partit de nous, qui nous ont fait avancer, qui nous ont fait grandir...

Il y a plein de dernières fois dans la vie, et je vis la plus difficile, aujourd’hui, demain et les jours à venir. J’ai quitté le cimetière et j’ai un temps erré dans les rues en croyant que je pourrais oublier, chasser cette colère en moi, cette peur de tout perdre, de le perdre, de le sacrifier comme les autres à cette cause perdue d’avance. L’avenir me donnera raison. J’avais vu juste depuis le départ, j’avais compris à quoi nous étions voués, ce que serait notre vie, départ et tristesse, absences et douleurs insurmontables, je savais que nous allions payer pour des actes que nous n’avions pas commis, mais pas eux...David, Lucas et maintenant Nathan...Ils partent mais ne reviennent pas tous, je ne pouvais pas imaginer ma vie sans Nathan, je ne le voulais pas, me retrouver seule, sans lui, sans amour, sans avenir, car il était ma vie, ma famille, tout ce qui me définissait, sans lui, je ne pourrais plus vivre ni respirer, je lui avait tout donné le jour de notre mariage, je lui avait juré amour et fidélité, quoi qu’il arrive, pour le meilleur et pour le pire, et le pire nous attendait maintenant et dans les années à venir, bientôt...

C’était notre dernière journée ensemble, la dernière avant longtemps...

La vie donne et la vie reprend, les dernières fois sont douloureuses, elles sont tout ce que nous redoutons, ce que nous craignons, car les fins parfois sont définitives, les au revoirs deviennent des adieux et nous n’avons alors plus que nos yeux pour pleurer.

Il y a les douleurs les plus vivaces, la mort d’un être cher, mais il y a aussi l’absence, que l’on ressent dans notre cœur et dans notre corps, un vide qui nous laisse apeuré par l’avenir, perdu dans les dédales de la vie, l’absence d’un être la plupart du temps irremplaçable.

Il va partir c’est certain, demain il sera loin, demain il sera ailleurs, sur un autre continent, dans un autre pays où il n’en connaîtra pas la langue, ni les coutumes, un pays si loin du notre ou rien ne sera facile, un pays en guerre, voué au combat éternel de deux ennemis jurés qui se battent pour un territoire et une population. Je vais l’accompagner à l’aéroport, je vais le laisser monter dans cet avion, et même si je le refuse encore, je sais que je ne peux pas le retenir, je ne le peux plus, il est temps, Lucas avait peut être raison en citant mon discours, il est peut être temps pour nous de changer de route, de nous perdre pour mieux nous retrouver.

 

Vous souvenez vous de votre première grande peine ?

 

Ma première grande peine se résume à la guerre du Vietnam, et encore une fois, je lui donne tout, je lui donne ma vie, mon avenir, mon amour, comme je lui ai donné mon frère, elle prend tout, elle ne regarde pas où elle frappe, elle est aveugle, seul son intérêt compte. Je ne compte plus ceux qui ont payé de leur vie, je ne compte plus ceux qui sont partis et qui sont revenus changés, différents, brisés par la guerre, je ne compte plus les femmes seules et les enfants sans père, non il n’y a rien à faire, à part attendre, qu’enfin ils se rendent compte de l’erreur qu’ils ont commise en commençant ce combat, une guerre interminable, des années de sang versé pour la cause, et uniquement pour elle. Je suis habituée à commenter les nouvelles lois ou les nouvelles batailles jour après jour dans mon journal, je veux tout comprendre, je ne veux pas laisser partir Nathan dans cet inconnu, je sais ce qui l’attend, je sais tout mais de là où je suis je ne peux rien changer, je ne suis qu’une femme, qui écrit, qui pense, une femme parmi tant d’autre qui essaie de faire entendre sa voix au travers de piètres combats, de cris à peine entendu, je suis comme toutes les autres, je vais aussi le laisser partir...

 

Aujourd’hui, en 1990, au moment où j’écris ses lignes, je sais de quoi notre avenir sera fait, je sais ce que nous allons devenir, je sais que certains vont mourir et que d’autres vont revenir, brisés à jamais, par cette guerre horrible du bout du monde, cette guerre qui avait volé notre jeunesse, nos années d’amour et de folie, qui nous avait propulsés dans le monde des adultes trop tôt, trop vite, sans retour possible.

Je suis la femme d’un homme qui va combattre pour son pays, je suis celle qui pleurera comme toutes les autres, je suis celle qui attendra, mais plus que cela, je suis celle qui sacrifiera tout à la recherche de son amour disparût...

 

Il fait ses valises, il est là devant moi, nous n’avons pas parlé, je n’arrive pas à lui dire que je le soutiens, comme Deborah me l’avait demandé, je n’arrivais pas à lui dire au revoir tout simplement. Il ne me regarde pas, le fossé se creuse entre nous, j’ai peur de tout ce qui nous attend, mais plus que cela, j’ai peur de ne plus jamais le revoir, que ce soit une fin.

 

Je cours vers lui, comme j’aurais du le faire au cimetière, je n’aurais pas du le laisser partir. Je le prend dans mes bras et il lâche les vêtements qui tombent au sol, ses yeux dans les miens, je ressens la douleur et la peine, sa main passe sur mon visage sur mes lèvres dans mon cou, sur mes cheveux, il veut imprimer mon image dans sa mémoire, mais il n’a pas besoin de le faire, jamais je ne le quitterais, même à l’autre bout du monde il sentira ma présence. Il écarte les vêtements et me pousse sur le lit où il tombe sur moi, son corps contre le mien, ses lèvres emprisonnant les miennes, c’est la passion du désespoir, c’est l’amour bafoué, c’est tout ce qu’ils nous reste. Je l’aime, je le désire je suis sa femme, je ne veux pas qu’il me quitte, je le veux pour toujours avec moi, en moi, dans mon corps unis à jamais, deux corps pour un cœur. Je sens que c’est notre dernière étreinte et comme la première je la veux exceptionnelle, brûlante ardente, vraie...

Ses mains parcourent mon corps avec une douce passion, il passe sur chaque parcelle de ma peau sous mes vêtements avant de les enlever, et de me contempler, comme s’il sentait que la route serait longue avant que nous nous retrouvions. Ses lèvres chatouillèrent mes seins, mon ventre, et je sentais monter en moi un cri de colère et un cri d’amour, pour ce que nous allions perdre, je le veux encore et toujours, ils ne pouvaient pas me l’enlever et me priver de ces moments. Nos langues se touchent nos corps nus se connaissent par cœur, c’est une alchimie, c’est un désir resté intact, tout pour cet amour qui brûlait nos entrailles. Le soleil descend derrière les nuages, mais je ne vois plus rien, mes yeux sont fermés, je veux repousser l’inévitable, je veux que demain ne vienne jamais, que nous soyons pour toujours sur ce nuage que nous avons créé en nous, avec cette étreinte brûlante, ce désir en moi maintenant. La pendule sonna l’heure pleine et la passion brûle toujours, dans mon corps par vagues successives, le plaisir s’installe, si fort si puissant que je ne peux contenir des larmes qui roulent sur mes joues. Il les cueille avec ses lèvres, fait durer le plaisir encore et encore tandis que je laisse échapper un gémissement d’impatience, il est là sur moi, en moi pour toujours, jusqu'à ce que la mort nous sépare, qu’elle me le prenne, qu’elle me l’arrache, mais elle ne le pourra jamais, non jamais, je lui appartiens, corps et âme, et aujourd’hui encore, même si la guerre nous a changé, nous sommes toujours là animés de notre flamme indestructible. C’est une explosion, un nouveau paroxysme que nous atteignîmes, transportés dans les cimes, dans ce septième ciel que nous avions découvert ensemble. Nos souffles se mêlent, nos mains sont entrelacées, nous y sommes, je soupire et l’attire plus près contre mon cœur, je veux qu’il le sente battre, battre pour lui quoi qu’il puisse lui arriver là-bas, il battra pour lui, jusqu'à ce retour, à jamais. Ses lèvres sur les miennes, nous laissons le temps faire son œuvre, nous ne pouvons plus reculer. Je reprends ma respiration, il passe une main dans mes cheveux et me sourit, une larme coule puis une deuxième et tout contre mon corps je le berce, je le caresse, je fais renaître ce désir encore et encore, je ne veux pas de fin, je n’en ai jamais voulu, elles sont toutes des recommencements, un jour, peut être...

 

C’est un déchirement, c’est un renoncement, c’est tout ce qui me tient à cœur, tout ce que j’aime, mes amis, mes amours, ma famille, je lui ai tout donné, je lui ai tout laissé, je lui donnerais bien plus que Nathan, je lui donnerais mes années de jeunesse envolées, mes années de rébellion de combat vain, elle aura tout, cette guerre qui semble entrer totalement dans notre univers. Mais au final, je sais qu’elle nous libérera, la chute sera violente mais nécessaire, la chute de Saigon et des espoirs déchues des proaméricains, une fin, la fin de la guerre, les rapatriements des survivants, nous en feront partit, tous les deux...

 

N’oubliez pas votre premier sacrifice, il fait partie de vous, c’est votre force et votre faiblesse, c’est votre cri et votre murmure, c’est votre perte et votre vie, c’est tout ce que vous avez donné pour les voir revenir...


nanouee  (27.03.2012 à 22:19)

Musique

 

Chapitre 5 : Au revoir...

16 Juin 1968, Californie, Usa


Il arrive un moment où il faut accepter le sacrifice, quoi que cela nous coûte, il faut accepter la perte et l’absence d’un être cher à notre cœur, et c’est ce que je fais aujourd’hui. Nous y sommes, dans le hall de l’aéroport de San Francisco, bondé de jeunes soldats, sac sur l’épaule, accompagnés de leurs épouses larmoyantes, de leurs enfants trop jeunes pour comprendre ce qu’ils perdent. Je ne les regarde pas, je ne les vois pas, je ne veux pas entendre leurs souffrances, la mienne me torturera toutes les nuits, ces nuits sans lui, dans cette maison vide. Nous attendons que l’avion soit prêt, nous sommes assis sur les sièges du terminal, silencieux. Nathan, la tête basse, regarde le sol, et moi je reste ainsi, les yeux dans le vide écoutant le haut parleur égrener les prochains vols, commerciaux et militaires qui décolleront de cet aéroport, qui semble regrouper toute la misère du monde aujourd’hui, toute la douleur, toutes les pertes sont ici, devant nous, ce sont des étreintes, des baisers, des recommandations, des promesses de retour, ce sont des silences, et des cris, des larmes et des visages graves.

Tout à coup, sa main prend la mienne et je sursaute. Je suis perdue dans un autre univers où il m’est permis de rêver, où il m’est permis d’oublier qu’il me quitte aujourd’hui, pour quelques temps, en espérant pas pour toujours. Il la sert fort dans la sienne et je me retourne alors pour que nos yeux se croisent, je suis comme engourdie, je suis paralysée dans ma douleur, plus rien ne compte, que cet homme assis à coté de moi, cet homme à qui j’ai dit oui pour la vie, celui qui a changé ma vision de la vie, ma vision du monde, celui qui m’a tout offert, l’amour et la passion, tout ce qu’une femme est en droit d’attendre.


-Ecris moi...murmurais-je si bas qu’il n’aurait pas pu l’entendre s’il ne m’avait pas pris dans ses bras.


Je posais la tête sur son épaule, recouverte de cet uniforme qu’il allait porter pour sauver son pays, un uniforme que j’exécrais déjà, qui me volait tout, qui ne leur laisserait pas à tous les même chances.

 

-Je t’écrirais dès que je le pourrais, je te le promets Haley, je te le promets, je vais revenir...

-Non ne dit pas cela, dis-je en inspirant, nous ne pouvons pas compter là-dessus.
-Regarde moi,
dit-il en prenant mon visage entre ses mains, Fais-moi confiance, je ferais tout mon possible, je ferais tout pour toi et pour notre avenir, je ne me perdrais pas là-bas, je ne le veux pas.

-Redis le moi encore une fois, pleurais-je contre lui, redis-moi que tu vas revenir, dis-le moi, j’ai besoin de l’entendre, j’en ai besoin...

-Haley James Scott, je te le promets, je reviendrais, et nous aurons tout ce dont nous avions rêvé à l’université, une vie pleine de rêves, une vie tous les deux pour toujours, je le sais, je le sens, rien ne s’achève ici.

-David me l’avait promis, il me l’avait promis...

-Je suis là, je serais toujours là, peut être pas dans les prochains mois, mais je vais revenir, attends moi et un jour tu me verras revenir, je serais devant notre porte, je serais là.

-Je t’attends, murmurais-je.

-Tu es ma force Haley, je peux tout affronter si tu es la pour me soutenir, dis-le moi, dis-moi que tu seras là pour m’aider...

-Je le serais, dis-je en repensant à Deborah. Je te soutiens, tu le sais bien, même si je n’ai rien dit hier, même si je ne te l’ai pas dit, tu le sais, je suis ta femme, tu es tout ce que j’ai, je ne pourrais jamais t’en vouloir. Je suis en colère, c’est tout, contre le monde, contre tout... je...

-Je le suis aussi, dit-il en écoutant l’annonce dans le haut parleur. Mais je vais tout faire pour rester en vie, je t’en fais la promesse aujourd’hui, comme le jour de notre mariage, la mort elle même ne pourrait nous séparer, nous sommes unis, nous le sommes pour toujours...Je t’aime, je t’aimerais toujours...


Il releva la tête, mais j’avais compris, le moment était venu, l’avion était là. Il voulu se lever, mais je le retins, et dans ses bras, je pleurais, pour tout ce qui nous attendait et que j’ignorais, pour son combat du bout du monde, pour son absence, pour ma solitude, pour cette promesse que j’espérais éternelle.


Ils se réunissaient, ils étaient tous là, leur sac à la main, ils allaient partir, monter dans cet avion, et décoller vers leur avenir incertain, vers leur perte et peut être leur fin. Cette fois-ci je les affrontais du regard, je voyais les femmes autour de moi pleurer, les enfants le visage grave qui ne comprenaient rien, les hommes fières ou abattus, toutes ces personnes qui m’étaient inconnus, et qui vivaient ce que je vivais, qui vivraient les mêmes années que moi, qui pleureraient les mêmes pertes, les mêmes absences, les mêmes moments de solitude, ces personnes si proches et pourtant si lointaines, qui abandonnaient tout aujourd’hui.

Nathan resta loin de la porte d’embarquement, il ne voulait pas me quitter, je restais dans ses bras, repoussant la dernière minute, l’ultime minute où nous serons arraché l’un à l’autre, séparés par des milliers de kilomètres, des kilomètres qu’un jour je traverserais pour le retrouver, pour le sauver, et sauver notre vie et notre bonheur. Je sentais son corps contre le mien et comme hier, je le désirais je l’aimais, je le voulais en moi pour toujours, il était ma vie, tout ce que je possédais, tout ce que j’attendais de l’avenir, c’était lui, tout simplement. J’aurais pu renoncer à tout mais pas à lui, j’aurais pu sacrifier mes ambitions, mes rêves de liberté éternelle, mes envies, mes désirs, j’aurais pu tout sacrifier, tout donner à cette guerre, même ma vie, même mes années de jeunesse, mais je le ferais, plus tard...

Ils entrent, la porte d’embarquement est ouverte, des officiers sont là pour surveiller leur départ, et la main de Nathan doucement quitte la mienne, il s’éloigne, il marche vers l’inconnu, vers une mort probable, vers un destin incertain. Je le retiens, je le retiens encore et toujours, mais sa main glisse, nos doigts se dénouent, il me quitte. Je le laisse avancer, mais déjà la perte et le vide est insurmontable, je craque, je laisse les larmes couler, comme les autres, je leur ressemble, je suis comme elles, et en même temps si différente.


Souvenez-vous de votre première grande perte, c’est celle qui change tout, c’est celle qui vous fait tout oublier, jusqu'à vos rêves, jusqu'à vos anciens idéaux. La perte entraîne le courage des vaincus, la témérité, l’envie de tout combattre pour reprendre au destin ce qu’il nous a volé, ce sont des combats à répétition, des larmes et des renoncements, notre première grande perte est la plus douloureuse, avec elle nous abandonnons toutes nos chimères innocentes, les songes se transforment en cauchemars...


Il s’approche de la porte d’embarquement, je sais que c’est le moment ou jamais, je ne pourrais plus lui dire à quel point je l’aime, après tout sera différent. Les soldats se pressent pour entrer mais pas lui, il se retourne souvent, il ne peut pas me quitter, je marche vers lui, je ne m’arrête plus, même les regards réprobateurs des soldats ne m’arrêtent pas, un pas devant l’autre, un autre pas vers lui, le dernier. Soudain je m’arrête, je ne peux plus avancer, une barrière me retient, je pose les mains dessus, je les crispent si fort que j’en ai mal, mais la souffrance n’est rien comparé à ce que je ressens en ce moment au fur et à mesure que son image devient flou devant moi, je n’arrive plus à distinguer ses traits, il est trop loin, il aura bientôt passé la porte qui le sépare de moi, de notre monde pour longtemps.

Mais il s’arrête...

Il se retourne soudain, il lâche tout, son sac sa veste, tout tombe au sol, et il fait demi tour, il me rejoint en courant, je lui sourie, je le savais, je savais que nous ne pouvions pas nous quitter. Il pousse la barrière me prend dans ses bras, me soulève du sol, malgré les paroles menaçantes des officiers, il n’entend rien, son visage collé au mien, nos lèvres l’une contre l’autre, nos corps soudés pour l’éternité. Ce ne sont que des je t’aime, tout cet amour qui semble faire partie de nous à jamais, cet amour qui prend toute la place dans notre vie, nous ne pouvons plus vivre sans, cela reviendrait à vivre sans respirer...

Quelques femmes sont encore là et nous regardent les larmes aux yeux, c’est la plus belle chose qui me soit arrivée je ne laisserais pas la guerre du Vietnam me le reprendre, jamais, je me battrais, je me battrais toujours pour lui, pour notre avenir. Ses bras m’enserrent, je sens son cœur battre la chamade sous sa chemise, il ne bat que pour moi, il ne bat que pour me retrouver, et je sais que rien ne pourrait se mettre en travers de notre route, non rien d’assez puissant pour vaincre notre amour, rien qui puisse altérer notre lien.

Il me repose au sol, et je laisse échapper une plainte, un dernier baiser, une dernière caresse, un dernier regard, nos mains se délient à nouveau, il s’éloigne, cette fois-ci pour de bon, il s’éloigne de moi, de notre monde, de notre vie, je l’accepte, je ne peux pas faire autrement, mais je me suis promis à cette instant, devant lui, devant cette porte d’embarquement, que jamais je ne laisserais tomber, que je le chercherais quoi qu’il arrive, que je l’attendrais, que je combattrais cette guerre à ma façon, ici en Amérique, avec mes armes, sur mon territoire, je ferais tout pour qu’il revienne...

Je suis une survivante, nous le sommes...


-Je t’aime Nathan Scott, hurlais-je, Je t’attends...Je serais toujours là...


Un dernier instant où le temps semble s’arrêter, nos yeux se croisent, il murmure en souriant, ses yeux brillent de larmes trop longtemps contenue, mais il doit être fort, il doit l’être pour lui, pour moi. Il passe la porte d’embarquement, me laissant le cœur vide, la voix, cassée, seule...


Je n’oublie rien, et même aujourd’hui à la lueur du présent, je ressens encore les sentiments, je revois encore les visages s’animer, sourire, rire, pleurer, nous sommes encore là. Lucas est là avec son éternel optimisme et son sourire ravageur, Peyton dessine les yeux brillants, Brooke hurle dans la rue, son combat ne sera jamais achevé, David me quitte devant l’université, Nathan me sauve de la mort, et je suis là entre eux, dans leur vie, je leur sourie à tous, comme si nous avions toujours 20 ans, comme si rien n’avait changé. Nous n’avons plus 20 ans au moment où j’écris ces lignes, et je peux vous affirmer que seule la fougue de la jeunesse nous aura fait agir ainsi, que seul le désespoir pourra nous faire tout oublier, de notre vie a notre avenir.


Nathan est parti, je l’attends, je suis là où il m’a laissé, je sais qu’il reviendra, ou du moins je l’espère...

Seul l’avenir nous le dira...


nanouee  (27.03.2012 à 22:22)

Musique

 

Chapitre 6 : Nouvelles du front

11 Février 1969, Californie, Usa

 

Haley,

Nixon veut absolument que l’Amérique se retire de cette guerre et pourtant, il ne fait rien de plus pour nous aider à former la nouvelle armée du sud du pays. Il ne nous donne pas les moyens de leur venir en aide, nous sommes aussi impuissants qu’au début. Tu dois déjà le savoir, vu que tu travailles en contact avec ces nouvelles que je t’apporte, mais la création de la nouvelle armée du sud nous permettrait de rentrer, de retrouver nos famille, de te retrouver, Haley, tu me manques tant, mais je suis bloqué ici, tant que la campagne de « vietnamisation» de l’armée ne sera pas effective.

Je m’arrête là pour les nouvelles, je ne suis pas vraiment doué pour délayer durant des paragraphes, je te laisse cette spécialité comme le disait Lucas...Lucas est dans un autre régiment, plus loin dans les provinces proaméricaines autour de Saigon. Nous avons pu nous rencontrer une fois au hasard d’une mission dans les forêts de la campagne où nous affrontions les camps posés des Viêt-Cong. Venons en à nous maintenant mon amour, je ne passe pas une journée sans penser à toi, je te vois partout, je sais que tu es ma force, je sais qu’avec toi je peux tout affronter, je tire sur eux, je les tue parfois mais je le referais volontiers si cela pouvait me ramener au plus vite près de toi, en sécurité dans tes bras. Je passe parfois de longues journées dehors sous la pluie, et je me demande souvent ce que je fais là, ce que je faix dans cette enfer de balles, elles volent dans tous les sens, les explosions retentissent jusque dans les villes, tuant des milliers de civils innocents qui attendent la paix comme nous l’attendons, cloîtrés dans nos baraquements, humides et glacials.

Je suis là Haley, je sais que tu m’attends, mais je vais revenir, je vais revenir bientôt, je le sais, je le sens, nous allons nous retrouver, je ne laisserais pas ma vie dans ce pays, dans cette guerre qui dure depuis trop longtemps, et qui aurait déjà du s’achever.

Je t’écris dès que je le peux, parfois le soir, quand je ne trouve pas le sommeil, parfois dehors le matin en entendant les balles siffler à coté de mon oreille, je sais que le hasard fait bien les choses, alors il m’épargnera, je ne joue pas avec le feu, je suis aussi prudent que l’on peut l’être ici, dans cette boue qui nous emprisonnent jusqu’aux genoux...


Je t’aime,

Attends-moi...


Nathan

 

-Haley ! Entendis-je en relevant la tête.


J’essuyais les dernières larmes sur mes joues et reposais la lettre de Nathan, la troisième en 6 mois, si peu de nouvelles, mais je savais qu’elles n’arriveraient pas toutes, certaines se perdaient, d’autres n’étaient jamais envoyées ou ouvertes sauvagement. J’avais de la chance, je pouvais suivre le déroulement de la guerre au New World magazine, j’étais là à attendre une nouvelle bataille, une nouvelle déclaration de Nixon sur son désengagement progressif qui ne venait toujours pas...


Je l’ai laissé partir il y a 6 mois, j’attends de ses nouvelles tous les jours, je regarde les informations, je les lis, je me tiens au courant, je commente cette guerre dans ces locaux, je suis à la page, rien ne m’échappe. C’est le meilleur moyen d’occuper ma vie, mon temps libre, interminable sans lui, je redoute presque de rentrer chez moi le soir, je reste de plus en plus longtemps dans le petit bureau que l’on m’a alloué, j’épluche les coupures de presse des journaux du monde entier, je ne laisse passer aucun détail. Lucas est toujours là-bas, depuis un an maintenant, il tient Peyton au courant de sa vie le plus possible et parfois j’arrive à lui obtenir une conversation téléphonique de courte durée à cause des lignes coupées par les affrontements entre pro américains et rebelles Viêt-Cong.

Mon temps est partagé entre ce journal et Peyton, qui seule elle aussi, se plonge dans son travail de directrice artistique avec passion et avec fierté, la fierté d’avoir aboutit, d’avoir trouvé sa voie, comme Brooke toujours à Londres, qui se perd dans les dédalles de la diplomatie avec un plaisir non dissimulé. Je savais qu’elle avait le courage et la témérité pour faire de sa vie quelque chose d’exceptionnelle, la petite fille perdue dans ses paradis est devenue une femme sure d’elle, une femme en passe de devenir quelqu’un, quelqu’un qui allait tout changer.


Je relève enfin la tête, tirée de mes pensées, par Andrew, le rédacteur en chef de la partie « Conflit Vietnamien » du magazine. Il me regarde et je lui sourie pour faire oublier mon mascara qui coule et les paroles de Nathan qui raisonnent dans ma tête.


-De mauvaises nouvelles ? demanda t-il inquiet.

-Non, dis-je en tendant la main vers le papier qu’il avait en main et qu’il me donna. Tout va bien, enfin...Pour les circonstances, je crois que je peux dire que tout va bien.

-Il va bientôt renter, le projet de désengagement est en route !

-Tu plaisantes, m’exclamais-je, cela fait depuis son élection qu’il en parle, il n’a émis cette suggestion que pour occuper le poste de président qu’il convoite depuis des années depuis la mort de Kennedy, il attend son tour dans l’ombre...

-Tu es un peu pessimiste ma petite Haley, plaisanta t-il. Enfin si tu l’es vraiment cet article te conviendra parfaitement...Nous venons d’être informé que le massacre de My Lai en 1968, soit il y a un an a été perpétré par notre propre armée et les coupables ont été retrouvés. Pond nous le parfait article, je veux que cela choque !

-Tu plaisantes ? Demandais-je en regardant la feuille où les nouvelles étaient inscrites. Toutes ses femmes et tous ses enfants assassinés...

-Tu te souviens de cette bataille ? En mars 1968 le lieutenant William Caley a encerclé la ville de My Lai avec son armée et il aurait apparemment ordonné de nettoyer la ville, tous les habitants devaient y passer...Enfin c’est ce que nous apprenons seulement aujourd’hui. Nous ne connaissions que la bataille, les civils morts n’étaient que des civils en plus, l’hypothèse d’un massacre volontaire n’avait jamais été pensée par le tribunal de l’armée. La vérité a finie par voir le jour, mais maintenant, ils se rejettent tous la faute, du plus petit subalterne au grand général, ils ne sont pas responsables selon eux, ils ont reçu des ordres, sauf qu’ils ne peuvent pas dire de qui...mensonges, mensonges !

-Tu ne veux quand même pas que je fasse cet article seule ? Demandais-je. Je n’ai pas encore assez d’expérience pour cela.

-Moi je te fais confiance Haley, dit-il en riant, je sais que tu nous offriras un article choc et parfait... Tu es concernée par cette guerre, tu la combats comme nous, alors tu ne peux que bien faire...

-Je ne peux pas être objective !

-Je ne te le demande pas, ce sont des monstres, ils ont tués des milliers d’êtres humains, par plaisir pervers, ils ne méritent que de croupir en prison à vie, mais je peux t’assurer que dans quelques années ils seront dehors, ils ne seront même pas jugés comme il faut, ce sont des soldats gradés, ils peuvent tout se permettre.

-Et dire que je voulais devenir enseignante, mais qu’est ce que je fais la ? Demandais-je en riant.

-Tant mieux pour nous, tu es un très bon élément, et même plus que cela… C’est ta voie suis-la !

-Merci Andy...Et au fait ? Derniers détails, pour le désengagement, quand Nixon a prévu de faire un nouveau discours ?

-Peut être le mois prochain, mais la source n’est pas sure...

-Bien sur, il nous fait attendre et pendant ce temps d’autres mourront là bas, sans aide sans rien, enfin bref...

-Au boulot ma belle, je le veux pour ce soir !

-Soldat Haley Scott opérationnel, dis-je en lui faisant un signe


Il sortit en riant, et les bruits matinaux du journal me réchauffait le cœur, le monde n’était pas encore mort, il y avait toujours des gens pour rire et animer mon temps passé ici, des personnes qui peu à peu deviendraient importantes dans ma vie et dans mon combat pour retrouver Nathan...

Je me replongeais dans cette sordide histoire, une de plus qui venait illustrer l’horreur que vivait ce pays et ses habitants, pris au piège d’une guerre inutile, d’un combat stérile.


« Nous savons a présent de source sure que le massacre de My Lai en Mars 1968, n’a pas été perpétré par les Viêt-Cong et les rebelles éventuels qui aurait pu être dans les parages. La ville avait été mise à feu et à sang, apparemment sous les ordres du lieutenant William Caley, qui niera pourtant son implication certaine dans ce massacre qui restera dans les esprits malgré l’anonymat des personnes en cause. Les soldats tueront ainsi plus de 500 personnes, du vieillard au nouveau-né, laissant les corps sur la voie publique ou dans des chemins de terre inaccessibles. A présent, les auteurs de ce crime sont acculés au tribunal Pénal de l’armée américaine, seulement, leur peine risque d’être douce par rapport aux souffrances qu’ils ont infligées à ces innocents. Grâce à l’intervention de deux GI en hélicoptère qui survolait la zone, pour un contrôle, le massacre pu être interrompu, et c’est aujourd’hui après un an de consternation, qu’un témoin qui désire rester anonyme nous révèle l’étendue du massacre, levant enfin le voile sur l’acharnement de notre armée à détruire ce pays déjà en miette.

Le désengagement promit par Nixon est-il la solution ? Encore faudrait-il que ce projet vois le jour et qu’il ne reste pas qu’une vague chimère destinée à nous faire patienter jusqu’au nouveau combat.

Le jugement à venir nous apportera t-il la paix que nous convoitons depuis des années ? »

Haley James Scott

 

Je soupirais en posant mon stylo et je me levais pour apporter cette première ébauche à Andrew dans son bureau. Je traversais les salles animées et frappait à la porte.

 

-Le soldat Haley a fini son rapport ? demanda-t-il quand j’entrais.

-Soldat Haley dans les temps ! Dis-je en riant et en lui tendant le papier.


Il le parcourut et un sourire se dessina sur ses lèvres.


-Parfait, pas trop court, pas trop long, pas de délayage, rien que les faits, mais tu es en passe de devenir une grande journaliste, tant pis pour tes élèves potentiels, fit-il en riant.

-Hum, en général je délaye durant des paragraphes, j’adore cela, m’exclamais-je en repensant à mon discours de fin d’année à Berkeley. Et puis pour mes élèves, ils attendront que j’aie envie de vous quitter ce qui n’arrivera pas de si tôt.

-Me voila rassuré ! Je vais le donner à l’édition de midi, et je te libère, rentre chez toi.

-Tu n’aurais pas un dernier petit quelque chose pour moi ? Demandais-je

-Tu ne peux plus nous quitter décidément ! répliqua t-il en fouillant dans ses papiers

-Je m’installerais presque ici.

-Tiens !


Il me tendit une autre feuille, un autre article, pour que ma journée ne soit pas vide, pour que je ne rentre pas chez moi la peur au ventre, la peur d’être seule, la peur de laisser filer ma vie, tandis qu’il se battait là-bas. Je rentrais la plus part du temps épuisée et je me couchais sans remarquer le vide dans ma maison, cette froideur dans mon lit, cette maison qui ne s’animait plus, morte comme tous nos espoirs passés...


nanouee  (27.03.2012 à 22:24)

Musique

 

Chapitre 7 : Il n’y aura jamais d’adieu...

15 mai 1969, Californie, Usa

 

Il n’y aura que des images obsédantes, des images horribles qui ne seront découvertes que bien plus tard. Des enfants qui fuient les bombes, d’autres déchiquetés par celle-ci, des femmes qui recherchent leurs maris, des hommes hagards, perdus, le fusil sur la tempe, des photos gardées secrètes jusqu'à aujourd’hui, jusqu'à ce que peu à peu le voile se lève sur les réels agissements de notre armée. Je les regarde les unes après les autres, je suis chez moi, la télévision fonctionne en permanence, je ne rate aucun reportages fait par les journalistes qui, sur place, nous donnent des informations heure par heure. Ils vivent dans ce pays, ils voient la souffrance et le sang qui coule mais que deviendront-ils une fois que le combat sera achevé ? Rien, des personnes brisées par la violence et l’atrocité humaine, rien de plus que des témoins muets pour toujours. Je repose le paquet de photos, je dois faire un article là dessus, mais je n’arrive pas à les regarder trop longtemps, j’ai mal pour moi, pour Nathan, pour tous ces innocents qui payent de leur vie, pour des espoirs de paix éphémère. Je me lève soudain pour aller regarde le courrier, c’est un rituel, tous les jours sans exception, je scrute ma boite aux lettres, attendant une ou plusieurs lettres de Nathan, car parfois elles arrivent toutes ensemble, je ne sais jamais où il est vraiment, je peux entendre parler d’une bataille mais sans savoir s’il en est mêlé, je ne sais pas vraiment où il vit je sais juste que son régiment est basé à Saigon même et que parfois, il prend 2 jours pour aller voir son frère. Lucas et lui son dans ce même enfer, ils sont liés pour toujours maintenant, par le sang, par la maladie de leur père défunt, par la bataille qu’ils mènent, ils sont ensemble, je me sens plus rassurée. Peyton me tient au courant quand elle reçoit une lettre de Lucas et elle doit passer me voir aujourd’hui, je l’attends avec Emy, mais d’abord je prends les lettres dans la boite avant de les voir arriver, à pied. Elle me fait signe et la petite court vers moi. Ses longs cheveux blonds tombent dans son dos et ses yeux bleu brillant hypnotisent tous les passants, elle est magnifique, à l’image de sa mère et de son père, il est fier d’elle, il le serait encore plus s’il pouvait suivre sa vie autrement que par photos interposées. Je la soulève, elle est déjà bien lourde, et Peyton arrive le sourire aux lèvres une lettre à la main, avant de m’embrasser et d’entrer.


-Et bien madame Scott, je vois qu’on se laisse un peu aller ? dit Peyton en s’asseyant sur le canapé et en poussant les papiers du journal.

-C’est pour mon article de demain soir, je suis à la bourre, fis-je en prenant place à ses cotés après avoir posé les lettres sur la table, je les regarderais plus tard.

-C’est bien pour toi, ce boulot, cela t’aide à chasser l’image de Nathan pendant un temps...

-J’y pense tout de même, je suis mêlée à cette guerre, je sais tout sur tout, rien ne m’échappe, mais je ne sais pas où il est exactement et à chaque nouveau combat annoncé je tremble quand ils égrènent le nombre de mort, j’attends pendant des jours de recevoir le télégramme, mais il ne vient jamais et là je peux enfin respirer.

-Je te comprends, dit-elle en regardant sa fille assise par terre gribouiller avec les crayons qu’elle a pris sur ma table.

-Alors des nouvelles de Lucas ? Demandais-je et elle me tendit une lettre où j’en tirais deux photos identiques représentant les deux frères réunis.


Je souriais devant cette image, il aura fallu tant de temps et d’épreuves pour qu’ils se retrouvent et finalement maintenant si loin de leur foyer, ils se découvraient, ils s’aimaient comme deux frères devaient s’aimer. Ils souriaient tous les deux malgré leur uniforme taché de terre, et leur fusil presque invisible en bandoulière derrière leur épaule. Ils auraient pu être les mêmes mais non, ils avaient changés.


-C’est mon papa sur la photo, dit Emy en souriant fièrement


Peyton sourit et hocha la tête. Elle s’en souvenait, sa mère devait lui en parler, pour qu’il ne s’efface pas de sa mémoire. Son père, son héros, comme toutes les petites filles, sauf moi...


-Gardes-en une, Lucas en a exprès fait deux ! dit-elle en rangeant la sienne. Il t’embrasse, et te souhaite de devenir un grand reporter !

-Ce n’est pas demain la veille, dis-je en riant. J’aurais peut être mieux fait d’enseigner à des enfants ce qu’était le congrès Américain.

-Brooke ne t’a pas fait un cours il y a quelques années ?

-Quelle horreur !


Nous rimes de nouveau, comme des adolescentes, mais nous ne l’étions plus, nous étions les femmes d’hommes partis pour défendre leur pays, nous étions adultes, nous avions grandis, il était temps de ranger nos chimères enfantines pour de bon.


-Il va bien, il dit que c’est dur mais qu’avec un peu de chance et un coup de pouce du désengagement prévu par Nixon, ils seront bientôt de retour.

-N’attends pas grand-chose du désengagement, Nixon nous ment, il nous ment depuis le départ, il veut juste le pouvoir et maintenant il l’a, rien n’a changé Pey’ et rien ne changera.

-Je vois que la piqûre du bonheur ne t’a pas encore été prescrite, dit-elle en riant. J’y crois, peut être parce que c’est notre seul espoir de les revoir bientôt, car après tout sans cela, combien d’années de combat nous reste t-il ? Nous ne le savons pas, je ne veux plus vivre dans l’incertitude, je ne veux pas passer mon existence à attendre de commencer à vivre.

-Moi non plus je ne veux pas attendre, mais dis-toi que le désengagement ne viendra jamais, fais-moi confiance, je sais de quoi je parle.


Elle resta silencieuse et regarda Emy qui nous souriait ses crayons à la main. Comme le temps passe vite, je n’arrive pas a imaginer qu’elle a déjà trois ans, que cela fait déjà trois ans que nous avons quitté la fac, que nous sommes dans cette vie d’adulte qui n’a toujours pas commencée, mise en suspens par cette guerre qui avait finie par entrer dans notre univers comme nous l’avions craint à la mort de Kennedy. Nous savions que rien ne serait plus pareil, et nous avions raison, tout a changé ce jour-là ; ce jour là, la guerre a bouffé notre oxygène, elle a choisi ses proies, elle les a étudié et maintenant, ils combattent pour elle et pour sa gloire.


-J’ai une nouvelle à t’annoncer, dit-elle en me fixant le regard grave. Enfin c’est plutôt...Enfin...on m’a proposé une promotion.

-Bravo !

-Non ne t’emballe pas, j’ai refusé, je ne pouvais pas accepter.

-Mais pourquoi ? Demandais-je perplexe, le moment est venu de t’élever dans la sphère artistique !

-C’est à New York ! Je ne veux pas quitter la Californie tant que Lucas n’est pas revenu, et même si cela m’a fait de la peine de refuser, je n’ai pas eu le choix.

-Tu lui en as parlé ?

-Non et je ne compte pas le faire. S’il apprenait que je m’étais sacrifiée pour lui et pour son bonheur il m’en voudrait...

-Et il aurait raison Pey’, New York ce n’est pas si loin, c’est ton rêve...

-Les rêves doivent parfois être mis de coté, dit-elle les yeux dans le vide, J’ai appris cela en le laissant partir et en renonçant pour un temps à mon rêve d’amour éternel. Il faut peut être les abandonner, pour leur redonner vie un jour, mais je ne regretterais jamais rien dans ma vie, je sais que j’ai fait le bon choix...New York...c’est trop tôt.


Je posais une main sur son bras mais elle me sourit. Non elle ne regretterait rien, comme moi, comme Lucas et Nathan, comme Brooke dans sa capitale européenne, nous étions la génération perdue, nous avions nous aussi droit au bonheur, peut être plus tard que les autres, mais un jour il viendra à nous. Je me levais et allais dans la cuisine pour faire du café, la photo de Lucas et Nathan à la main. Je l’accrochais sur le réfrigérateur et attendit que la bouilloire sonne.


-Haley ! Viens !


Je relevais la tête et courut au salon. Elle était debout le paquet de lettre dans la main, et me le tendit.


-Elles sont toutes ouvertes, et en plus ce sont les tiennes, celles que tu as écrites.


Je lui pris le paquet, les mains tremblantes. Elle avait raison, mes lettres étaient revenues déchiquetés, Nathan ne les avait jamais lu, elles n’avaient fait que transiter au Vietnam mais n’avait jamais atteint la base où était Nathan à Saigon. Je les ouvris, elles étaient chiffonnées, des morceaux manquaient, qui avaient bien pu s’acharner ainsi ? Et Nathan qui attendait de mes nouvelles...

 

-Ce n’est pas bon signe n’est ce pas ? demanda Peyton en s’approchant de moi.


Mais je ne bougeais pas, les morceaux dans la main, comme les morceaux de mon cœur brisé, il n’avait jamais lu mes lettres, il devait se demander où j’étais, si je pensais encore à lui, et l’absence, le manque se fit tout à coup plus dure à supporter. Je m’assoie sur le canapé à côté de Peyton qui avait pris Emy dans ses bras.


-Il ne les as jamais lues, murmurais-je pour moi même.

-Peut être y a-t-il eu une erreur avec le courrier ! dit-elle pour me rassurer en posant une main sur mon épaule.

-Quelle erreur ? Hurlais-je en me levant soudain pour me placer face à elle. Il y a son nom dessus, ils ne peuvent pas ne pas le trouver !

-Calme-toi Haley, ce n’est peut être qu’un malentendu !

-Où alors, ils ne savent pas où il est...mon dieu...

-Non ne dis pas cela, ce ne sont que des lettres...

-Des lettres, mes lettres, il ne les a jamais reçues, il y a quelque chose Peyton, il y a quelque chose qui n’est pas normal, je le sais maintenant, je le sens...

-Arrête, cela ne changera rien, tu es ici, tu ne peux rien changer a ce qu’il se passe là-bas, c’est impossible...Il ne te reste plus qu’à attendre ou à essayer d’établir une ligne téléphonique vers Saigon.

-Impossible elles sont toutes coupées, dis-je paniquée. Elles ont été coupées le mois dernier...


La petite pleurnicha et Peyton la serra contre elle. Je leur tournais le dos, et fit face à la photo de notre mariage. Où es tu Nathan ? Où es-tu aujourd’hui ? Je ne le sais plus, je ne reçois plus de lettres, tu n’as jamais lues les miennes. Où es-tu ? Je fermais les yeux pour essayer de chasser ces sombres pensées qui me soufflaient que quelque chose avait changé, là-bas dans ce pays si loin quelque chose était arrivé et je ne l’avais pas sentit, je ne l’avais pas ressentit dans mon corps, dans mon cœur, comme lorsque David avait rendu l’âme...

 

Peyton se leva et vint me prendre dans ses bras. Je me laissais aller contre elle tandis qu’Emy nous regardait les yeux embués de larmes. Elle ne comprenait pas...


-Maman, quelqu’un est mort ?


J’éclatais en sanglot après ces paroles si innocentes, ces paroles enfantines qui peut-être révélaient la vérité. Peut être Nathan était-il mort quelque part dans la forêt de Saigon, peut être était ce pour cela que je ne recevais plus de lettres, qu’il ne lisait plus les miennes. Oh non...pas cela, tout mais pas lui, pas Nathan.


J’aurais pu tout donner pour que cette journée ne fasse jamais partie de notre vie, cette journée où j’ai cru le perdre pour toujours, ce vide dans mon cœur, que rien ne pouvait combler, encore une journée perdue, une de plus pour nous, nous avons appris à les vivre et à les mettre de coté sans les oublier, mais celle-ci sera à jamais gravée dans ma mémoire, c’est avec elle que je commence un nouveau combat, une nouvelle raison de vivre : mon combat pour Nathan, où qu’il soit, il ne pouvait être mort, je l’aurais sentit, il faisait parti de moi, de mon être de mon âme, nous étions liés depuis le 2 août 1967, la mort n’oserait pas nous séparer...


nanouee  (27.03.2012 à 22:27)

Musique

 

Chapitre 8 : ...Et le temps fait son œuvre

27 mai 1969, Californie, Usa

 

Je suis assise dans le fauteuil en face de la télévision, j’attends, je ne sais quoi, peut être un signe, peut être une lettre ou un appel, mais je ne peux pas décoller d’ici depuis que j’ai reçu ces lettres, mes lettres qui ne lui sont jamais parvenus. Andy est venue me voir, il me propose son aide pour avoir des renseignements, mais je ne suis pas encore prête a envisager l’éventualité de sa mort, c’est trop tôt. Les images défilent, mais je ne les regarde pas vraiment, je suis plongé dans mes souvenirs, je le revois, il est la devant moi, il me parle, me sourit, me promet son retour, il me dit que tout ira bien, mais aujourd’hui il n’est pas la, je ne sais même pas si il respire encore. J’inspire une goulée d’air et la tête en arrière je regarde le plafond sombre, les volets sont fermés, mais cette fois ci personne ne viendra me sauver de ma torpeur, il est partit, il était le seul à pouvoir m’aider. Peyton, n’avait cessé de téléphoner, mais je ne répondait plus, je ne répondais plus a personne. J’attendais, j’attendais seulement de savoir ce qu’il en était, ce qu’il se passait dans ce pays, et où était Nathan. Je me levais pour me faire un café, dans la cuisine et je tombais sur la photo que Peyton m’avait apportée. Les deux frères ensemble, mais où était Nathan ? Pourquoi mes lettres n’étaient jamais parvenues jusqu'à lui, et Lucas savait-il ou était son frère ? Tant de questions qui restaient sans réponse. Je secouais la tête et pris ma tasse avant de retourner au salon au moment ou le téléphone sonna. Je restais a le regarder, sans répondre, et m’assis a ma place habituelle, les papiers du journal a la main. J’étais en manque d’inspiration, je n’arrivais plus a aligner 3 mots a la suite, mes phrases ne voulaient plus rien dire, j’avais un passage a vide que je n’espérais pas éternel. Je ne pouvais plus écrire d’article pour le journal, et Andy compréhensif m’avait donné congés le temps que je retrouve ma verve, ma qualité littéraire, quelque chose que je doutais encore d’avoir, j’écrivais avec mes sentiments, et il suffisait que je sois perturbée par quelque chose pour que je ne puisse plus rien écrire durant des semaines, des mois de pages blanches, d’après midi les yeux dans le vide a essayer de composer quelque chose qui vaille la peine d’être lu.

Le téléphone sonna encore une fois et cette fois ci je décrochais avec appréhension, je n’avais pas envie de rentrer dans des discussions interminables, je voulais le silence, la paix.

 

-Haley ? Pourquoi ne répond tu plus au téléphone, je m’inquiète !

-Maman...Ecoute je n’ai pas envie de parler aujourd’hui.

-Raconte moi ! dit-elle, ne me laisse pas comme cela sans nouvelle, c’est Nathan ?

-Je ne sais pas...                                                              

-Comment cela tu ne sais pas ?

-Je ne sais pas ou il est...

-C’est normal, il ne doit jamais être au même endroit, ne t’inquiète pas il...

-Toutes les lettres que je lui ai écrites me sont revenues, ouvertes, déchiquetées, il ne reste plus rien, fis-je le regard fixé sur la photo de notre mariage.

 

Il eu un silence interminable au bout du fil, avant qu’elle ne parle.

 

-Ce n’est peut être pas grave !

-Maman...Pour David, l’as-tu sentis ? Quand il est mort, l’as-tu ressentis ?

-Haley, il n’est pas mort...

-L’as-tu ressentit ? Demandais-je encore une fois en reniflant.

-Non...

-Je ne ressens rien maman, je ne ressens rien, il n’est pas mort, je l’aurais su...

-Oh Haley, j’aurais tant voulu que tu ne connaisse pas cela ! dit-elle dans un murmure.

-Je le sais, il est vivant...

-Oui il l’est Haley, dit-elle en inspirant, il ne sera jamais mort pour toi.

-Non, il ne s’agit pas de cela, je sais qu’il est vivant, je le sens, son coeur bat encore, quelque part, il...

-Oui Haley, mais ne t’enferme pas, il faut que tu continues à vivre.

-Il va revenir maman, il va revenir bientôt.

-Oui ma chérie, il va revenir, murmura t-elle.

-David n’est pas jamais revenu, dis-je en essuyant une larme, il me l’avait aussi promis, il me l’avait juré, je l’ai cru, il m’a mentit...

-Non il a essayé de tenir sa promesse, mais les promesses parfois sont trop dures a tenir, il ne faut pas leur en vouloir, ce n’est pas ce que l’on imagine, bien au chaud ici en Amérique.

-Je le sais bien, hurlais-je dans le combiné, mais je...Je n’ai plus de nouvelle, je n’en ai plus...

-Haley, tu en auras bientôt, tu en auras je te le promet...Pourquoi ne viendrais tu pas a la maison quelques jours ? demanda t-elle dans l’espoir de me tirer de mon antre sombre.

-Je ne peux pas, je dois attendre ici, je ne peux pas risquer de louper une lettre, ou un coup de téléphone.

-Alors réponds au téléphone, fulmina t-elle, réponds, ne le laisse pas sonner dans le vide pendant des heures.

-J’ai peur, murmurais-je la tête basse, j’ai peur de ce qui va se passer, je ne sais plus rien de sa vie, qui sera-t-il en revenant ? Le même ?

-Mais bien sure, même si la guerre change les hommes leur amour pour nous n’a pas changé

-Et le notre ? Demandais-je. Des années l’un sans l’autre, des années perdues, pour cette guerre, des années sans amour, sans baisers, sans étreintes, s’en souviendront-ils seulement ? Et nous, aurons nous tout oublié ?

-Nous n’oublions rien Haley, peut être que le temps fait son œuvre, et que nous changeons, mais notre coeur lui ne change pas, il reste intact, dévoué a cet homme que nous aimons et qui sacrifie tout l’espace d’un temps pour notre liberté a tous.

-Un temps... Des années...Comment as-tu fait pour renoncer a lui ? Le père de Victoria...

-J’ai acceptée que mon destin ne se trouvait pas dans ses bras, que je n’avais droit qu’a quelques années éphémères, mais que je n’étais pas destiné a l’aimer pour la vie, j’ai renoncé a lui c’est vrai, mais je l’aurais perdu de tout façon, je lui aurais dit adieu quelques années plus tôt, c’est mieux ainsi, mieux que de dire adieu a un cercueil.

-Je ne veux pas renoncer...

-Tu n’auras pas a le faire Haley, tu n’auras pas à renoncer a lui, je te le promet, je sais que tu serais capable de tout, tout ce que je n’ai pas fait...Je ne peut plus lui dire que je l’ai aimé mais comme je te l’ai dit, c’est mieux ainsi, c’est mieux de libérer son coeur avant l’ultime minute. Ne renonce jamais, je sais que tu ne le pourras pas...

-Je veux qu’il revienne maman, pleurais-je, je ne pourrais pas vivre toute ma vie sans lui.

-Il faut parfois accepter l’inévitable, mais il faut aussi garder espoir...

 

Quelqu’un toqua soudain à la porte, mais je ne me levais pas, je restais dans le fauteuil, le téléphone a la main. Je ne parlais plus, et ma mère m’appelait.

 

-Je n’ai pas envie d’aller ouvrir, c’est sûrement Peyton !

-Vas y, je te rappellerais plus tard je...

 

Je sursautais.

 

-Madame Scott ? Haley Scott ?

 

Je relevais la tête et dit à ma mère de patienter. Je me levais et m’approchais de la porte, méfiante.

 

-Qui est ce ? Demandais-je

-Madame Haley Scott ? Lieutenant Lee ! Ouvrez !

-Que me voulez vous ?

-J’ai quelque chose pour vous concernant votre mari !

 

J’ouvris soudain la porte pour me retrouver devant un homme de haute taille, blond comme Lucas, les yeux verts, mais graves. Je devais lui paraître négligente, je n’étais pas coiffée, je n’étais pas maquillée mais peu importait après tout, pour ce qu’il avait à m’annoncer...

 

-Que me voulez vous ? Où est Nathan ? Mes lettres me sont revenues...

-Madame, je...

-Pourquoi me sont-elles revenues ?

 

Il secoua la tête et me tendit un papier, a l’entête de l’armée des Etats-Unis. Mes mains tremblaient, voici la lettre que j’attendais depuis des mois, depuis qu’il était partit, cette lettre qui jusqu'à aujourd’hui nous avait épargné, mais maintenant, il me fallait l’affronter, l’ouvrir et peut être renoncer...J’avais su de suite que le retour de mes lettres n’étaient pas du au hasard. Je levais les yeux vers lui mais il se détourna alors le regard embué de larme je défis le papier, déchirant les bords pour sortir une lettre que je dépliais. J’inspirais profondément, il n’avait toujours pas bougé...

 

A l’attention de madame Haley James Scott.

 

Nous lui informons que son mari Nathan Scott, 4éme régiment de combat, posté a Saigon est porté disparut suite a une bataille au nord de la ville, son corps n’ayant pas été retrouvé par les autorités aucune procédure de déclaration de décès ne peut être enclenchée. Le soldat Nathan Scott est pour le moment sur la liste des portés disparus jusqu’à nouvel ordre, ou découverte du corps.

 

Saigon, 25 mai 1969

 

Je relevais la tête vers lui.

 

-Disparut ? Comment cela ? Ou est t-il ?

-Il a assisté à un combat il y a une semaine, et malheureusement il n’est jamais rentré à la base.

-Il n’est pas mort ? Hurlais-je.

 

Il recula d’un pas me scrutant toujours.

 

-Il peut avoir été enlevé par les Viet Congs ou bien être mort quelque part, nous n’en savons pas plus.

-Comment pouvez vous me dire cela ? Comment pouvez vous me donne ce papier et croire que je vais accepter ces sornettes ?

-Je suis désolé madame, je ne suis que le messager.

-Allez vous en !

-Je suis désolé, murmura t-il en tournant les talons

 

Je claquais la porte et me laissait glisser au sol, sans larmes, sans pleurs, la lettre à la main. Je la fixais, relisant les mots à l’infini, ces mots qui allaient changer mon avenir, me précipiter dans le gouffre avec lui. Je n’arrivais pas à le croire et en même temps il me semblait que je le savais déjà. Ces lettres qui me revenaient et ce sentiment d’inachevé, un sentiment qui me taraudait la nuit, qui me faisait imaginer tout et n’importe quoi, mais maintenant je savais pourquoi...Nathan avait disparut. Je me relevais, je tremblais de la tête aux pieds, mais toujours aucune larme pour illustrer mon malheur. Je repris le combiné, et j’entendis ma mère m’appeler.

 

-Tu avait raison, dis-je...Rien n’arrive par hasard.

-Haley ?

-Je vais le retrouver maman coûte que coûte, même si pour cela je dois mettre les pieds au Vietnam...J’irais.

 

Je reposais le combiné sur sa fourche et silencieuse je regardais alentour, ma maison, mes souvenirs, je pouvais tout quitter pour lui, tout quitter pour le retrouver au bout du monde, au bout de la terre si il le fallait. Je m’assis dans mon fauteuil et je regarde les images défiler sur la télévision, je les regarde évoluer, sourire puis mourir, rire puis tomber la seconde d’après sous les rafales de balle, rien n’est éternel, c’est une vraie course contre la montre, contre la mort, qui les poursuis, qui les traque...

 

Je sens lentement ma gorge se serrer, les plus grandes peine ne sont pas celle qui font couler le plus de larmes, et la seule et unique larme qui coule sur ma joue ce jour là, sera le symbole ultime de la perte et de l’absence de l’amour, des années que nous allons perdre, des longues journées sous la chaleur du Vietnam a la rechercher d’un espoir perdu. Je sens mon coeur se serrer, je ressens ce vide en moi, ce vide que j’ai combattu et que je combattrais encore, dans les années à venir.

 

Je vais mettre les pieds au Vietnam...

 


nanouee  (27.03.2012 à 22:29)

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