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For A Wonderful World [4]

Créateur : nanouee 
Date de création : 01.07.2012 à 14h51

Message du créateur :
4ème partie - En m'excusant pour le retard - Bonne lecture!

Cet épisode compte 11 paragraphes

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Il faut un temps pour chaque chose, un temps pour aimer, un temps pour souffrir, un temps pour la perte un temps pour les pleurs, il faut un temps pour tout, et aujourd’hui une page se tourne.

Vous ne m’avez pas oubliée, je vous ai raconté une partie de ma vie mélangée à la folie et aux désespoirs de la génération sixties. Je vous ai tout donné, de mes peines à mes joies, de mes absences à mes départs, et maintenant, je vous donne autre chose, un autre pan de mon existence, qui je l’espère vous donnera confiance. Rien n’arrive par hasard, il faut que le temps suive son cours, il faut que nous avancions, il faut que des âmes s’envolent et que d’autres arrivent, il faut tout simplement accepter et suivre le courant, tout est tellement plus simple après...

La finalité de notre histoire est atypique, ce ne sont pas des pages et des pages de récit inutile, des pages noircies pour rien, ce sont des mots qui s’alignent si bien que je pourrais les croire destinés a évoluer dans votre vie, dans votre univers, dans ce magazine que vous tenez à la main.

Je ne vais pas vous mentir. La suite s’annonce pénible. Il n’y a jamais de récompense sans sacrifice, et il semblerait que nous devions tout sacrifier à cette cause et plus tard au Vietnam, ce pays que j’ai découvert sous son plus mauvais jour, ce pays que j’ai haï et aimé en même temps.

Rappelez-vous de mes mots, de ceux que je vais apposer ici, c’est un témoignage, plus qu’un écrit, c’est une vie, plus qu’un récit, c’est tout, le travail d’une vie, des sentiments lointains, que j’ai fait ressurgir, des peines et des joies éphémères, des visages depuis longtemps oubliés, des voix qui ne résonnent plus...Aujourd’hui voici leur seconde vie.

Ma mère avait raison dans un sens, il faut parfois laisser les morts dans leur monde, mais comment renoncer à ceux que l’on aime ? C’est si dur d’accepter les départs, c’est une souffrance horrible d’enterrer ses amis, ses amants...De rester seule devant une tombe froide, une tombe qui viens d’anéantir tous les espoirs d’une génération, des milliers d’hommes qui ne reverront plus jamais leur pays, enterrés dans un sol boueux ou bien rapatriés sous un drapeau dérisoire donné à leur femme qui les yeux brouillés le garde comme un ultime souvenir, la preuve que rien ne s’efface, même le visage de celui qu’on aime.

Et pourtant, il arrive que la mémoire nous joue des tours, que la couleur de leur yeux, que le timbre de leur voix s’éloigne, comme happés par le temps qui passe, par la douleur et le désespoir, tout ce que nous redoutons, tout ce que nous passons notre vie à fuir et qui finira toujours par nous rattraper.

Le combat est infini, il n’est jamais vain, il est la seule chose qui nous maintient en vie, qui nous fait supporter les pertes, qui nous fait oublier la douleur que nous ressentons devant les cercueils, devant les tombes fraîches ou les courriers ultimes.


Je me suis battue pour lui, pour notre avenir, pour le votre, ne reniez pas mes actes, ne reniez pas mes espoirs de beauté dans l’horreur, de paix dans la guerre, de soulagement dans l’oppression...J’ai tendu la main, j’ai renoncé, et pleuré, je suis rentré au Etats-Unis, le cœur vide, je suis repartie mainte et mainte fois pleine d’espoirs, c’est la vie qui nous donne cela, elle nous le reprends parfois, et c’est à ce moment là que le courage refait surface.

Le courage des vaincus, de ceux qui ont tout perdu, ce n’est pas inné, c’est la naissance après la mort, tout ce qui nous défini, la route que nous allons prendre, et la vie qui nous guidera, j’ai fait tout cela, en si peu de temps, j’ai rêvé et perdu, j’ai aimé et renoncé, mais la consécration nous attendait, dans le malheur, la chute des ennemis sera notre salut...


nanouee  (01.07.2012 à 14:55)

Musique

 

Chapitre 1 : Un enfer qui nous était destiné…

15 Juin 1969, Province de Saigon, Vietnam Sud.


Il est étrange comme le temps arrange tout, les bonnes comme les mauvaises choses. Je suis ici, depuis à peine 10 jours et déjà je me sens différente, j’ai l’impression, que j’ai changé, ou plutôt que ma vision du monde a changé. Je regarde alentour, les femmes, leurs enfants dans les bras marchent dans ces rues sombres, les sacs de riz posés à même le sol, cette langue si lointaine de la mienne, de la notre. Les hommes en uniforme qui se baladent le fusil à l’épaule, les magnifiques maisons de style asiatique, les balcons blancs qui ressortent de la façade et qui forme un si bel ensemble que je me croirais presque dans un pays de conte de fée. Pourtant ces dessous sont pires que tout ce que j’ai pu imaginer auparavant. Les tunnels pour les « rats de tunnel » ces soldats qui rampent sous la terre pour surprendre leur ennemi de l’autre coté de la vie, les tranchées boueuses ou même les journalistes s’aventurent pour avoir la photo choc qui les rendra célèbres, ces femmes qui posent des bombes en pleines ville, tuant ainsi la moitié de la population présente, ces hommes qui abandonnent leurs enfants hurlant sur la route, des orphelins partout, des eurasiens, abandonnés par leur mère, et dont le père américain n’a jamais réclamé la garde. Tout ceci n’est pas un cauchemar, c’est une réalité, que je connais, que je vais connaître encore longtemps, ballottée entre l’Amérique et le Vietnam.

La porte s’ouvre et laisse passer Paul Carter. Il me sourit et me tend un tract. Je le rejoins et tend la main vers le bout de papier où la photo de Nathan a été imprimée en noir et blanc ainsi que le numéro de téléphone du centre des informations de Saigon où Paul, et son équipe de journalistes, passaient la plupart de leur temps.

Je me revois arriver à l’aéroport de Saigon après une dizaine d’heures de vol, fatiguée, mais pressée d’entrer dans la danse, pressée de parcourir la ville pour glaner des informations, car après tout, j’étais bien ici pour cela, pour retrouver Nathan, coûte que coûte, nous étions liés, maintenant le destin nous mettait à l’épreuve, pour le meilleur et pour le pire je le soutiens.

Le Vietnam est un pays blessé, et pourtant je suis persuadée qu’il cache tant de richesse qui passe inaperçu, je ne suis pas ici pour cela, mais je me laisserais bien prendre à la magie de l’orient. Je suis arrivée par une magnifique journée d’été où les marchands hurlaient dans la rue pour vendre leurs légumes, où les petits commerces grouillaient de monde, j’ai mis les pieds sur ce sol, avec appréhension, avec peur, mais aussi avec un courage certain, pour mon combat. J’étais prête à tout retourner pour retrouver la trace de Nathan dans ce paradis fictif, dans cet enfer, qui cachait bien plus que des tunnels et des cadavres jamais retrouvés, un enfer qui avait volé mon amour.

Je relevais la tête vers Paul, et nos yeux se croisèrent.


-C’est tout ce que nous pouvons faire pour le moment, dit-il en prenant place sur le canapé de ma chambre d’hôtel. Nous allons les afficher partout et nous aurons bien des réponses, par contre ne t’attends pas à grand-chose sans argent.

-Je sais bien que ce n’est pas avec ces tracts que nous retrouverons sa trace, mais cela vaut la peine d’essayer, sinon je pousserais plus loin, j’irais dans les campagnes, je les interrogerais tous, un par un.

-Doucement Haley, tu savais que ce ne serait pas simple en venant ici, tu sais ce que cette guerre nous coûte, et ce qu’elle coûtera à l’Amérique, des milliers de morts inutiles !

-Pas Nathan en tout cas, dis-je en fixant le tract, je ne lui donnerais pas Nathan !

-J’ai organisé une expédition avec le lieutenant Torres, demain dans la forêt de Saigon, sois prête, je pense que nous pouvons interroger les soldats qui seront la bas, et je pourrais par la même occasion faire des photos sensationnelles, pour le Daily.

-Demain matin ? M’étonnais-je. Vous faites vite !

-Eh bien j’avais déjà un arrangement avec lui, pour une autre mission qui a foiré, alors il me doit bien ça ! Et Haley, fais attention, je vais te donner un gilet par balle, et surtout garde-le sur toi, toujours, quoi qu’il arrive ne t’en sépare pas, tu ne sais pas ce qui peut se passer ! Et tu ne me quittes pas une seconde !

-Je ne suis pas suicidaire Paul et tu n’as pas besoin de veiller sur moi toute la journée, je suis une grand fille, fis-je en souriant.

-Je l’ai promis à Andy, il m’a dit de faire attention à ton coté tête brûlée, plaisanta t-il.

-Je sais ce que je veux ! Mais je ferais attention, d’ailleurs aujourd’hui j’ai prévus d’aller me promener un peu sur les marchés !

-Tu n’es pas ici pour faire du tourisme, je te rappelle que la croix rouge t’attend la semaine prochaine dans leur camp à la sortie de Saigon !

-Et Alors ? J’irais bien sûr, mais il faut bien que je fasse mes propres recherches !

-Haley ! Ne sors pas d’ici sans moi !

 

Il me fixait. Je ne supportais plus d’attendre toute la journée qu’il libère du temps pour moi, qu’il m’accompagne partout, j’avais envie de découvrir ce pays seule, de glaner des informations, je n’avais pas le temps, je n’en avais plus. Je le regardais et je pu voir qu’il était soucieux.

Il m’avait attendue à l’aéroport de Saigon avec une plaque où mon nom était inscrit, il m’avait fait un topo sur la situation politique du pays, tout ce que je devais éviter de dire ou de faire, puis il m’avait amenée à l’hôtel Americana où je me trouvais depuis 10 jours. Les notes étaient payées par Andy et son journal, mais bientôt je devrais intégrer la croix rouge et serais hébergée dans des baraquements en dehors de la ville, ce qui rendra mes recherches plus difficiles, n’ayant plus Paul à mes cotés.


-Promis, murmurais-je tout en sachant bien que je ne tiendrais pas cette promesse. Au fait Paul, et l’interprète ? Il est là ?

-Où veux- tu aller avec lui Haley ? Tu ne veux pas visiter les marchés n’est ce pas ?

-Autant être honnête ! Non ! Je veux aller au ministère des affaires étrangères !

-Ils seront aussi muets que des tombes, et pour la plupart, ils ne savent rien qui pourrait t’aider, dit-il en faisant la grimace.

-Je peux tout de même tenter le coup, on ne sait jamais, m’exclamais –je, Laisse moi y aller.

-Pas seule avec lui, il pourrait te traîner dans des endroits qui ne sont pas pour toi !

-Ce pays n’est pas pour moi et pourtant j’y suis, je t’en prie, aide-moi, je rentrerais plus vite si j’arrive à savoir où il est !

-Tu aurais mieux fait de rester aux USA, ici, personne ne te fera de cadeaux, ni les soldats que tu rencontreras, ni les administrations, ils s’en fichent bien des américains qui ont disparut.

-Ne soit pas si pessimiste !

-Et toi tu es bien naïve Haley! Je te croyais plus responsable, tu devrais avoir les pieds sur terre, tu n’es pas chez toi ici, fais moi confiance, je sais de quoi je parle, je les ai côtoyés, tous autant qu’ils sont. Quand je suis arrivé ici, ils m’ont snobé, ils m’ont interdit l’accès aux champs de batailles, pour préserver les horreurs qu’ils commettaient, maintenant j’y accède c’est vrai, mais il y a toujours cette censure, ils n’aiment pas les journalistes, ils n’aiment pas plus ceux qui vienne fouiner.

-Je ne viens pas fouiner pour avoir un scoop, je viens retrouver mon mari.

-Ils te diront de rentrer dans ta cuisine, et d’attendre qu’il rentre tout simplement, tu n’es pas à ta place ici, et même si je peux te comprendre, d’autres te jetteront la pierre.

-Je m’en fiche bien de ce qu’ils pensent !

-Tu ne t’en ficheras plus quand ils te barreront la route ! Alors vas-y si tu veux, l’interprète t’attend, je lui passe un coup de téléphone et il est à ta disposition, mais tu vas le regretter, tu vas te décourager avant de commencer vraiment, n’oublie pas que tu n’as que 6 mois, joue en finesse.

-Je ne me découragerais pas, et je compte bien demander un visa supplémentaire.

-Andy avait raison, il faut se méfier de l’eau qui dort, médita t-il. Vas-y Haley, je sais que tu le peux, tu as du courage, mais parfois cela ne suffit pas face à l’incompréhension.

-Merci ! Dis-je en l’embrassant sur la joue. Tu m’aides beaucoup.

-Je n’ai pas l’impression d’avoir fait grand-chose depuis ton arrivée, mais je te promets que je vais t’aider à le retrouver, quoi qu’il arrive. Je suis au Vietnam depuis 3 ans Haley, et cela fait 3 ans que ma femme m’a remplacé, ton mari a de la chance finalement…

 

Il me sourit et tourna les talons pour quitter la pièce. Je restais, un instant, songeuse. Devais-je tout faire par moi-même ou attendre que la croix rouge me donne un coup de pouce ? J’étais là pour lui, pour retrouver sa trace dans ce pays étranger, je n’avais pas le temps d’attendre plus longtemps, il le fallait c’était maintenant ou jamais. J’avais tout quitté pour lui, ou du moins j’avais quitté une vie vide, une vie sans lui, une vie que je ne voulais pas vivre. Tout n’est que combat, c’est infini, c’est notre destiné, alors pourquoi la fuir ? Je devais venir ici, je devais faire tout pour retrouver mon amour perdu, il n’y a pas d’autre chemin possible, seul celui-ci pourra m’apporter le bonheur, et la joie d’être enfin heureuse dans un pays en paix. Peyton m’avait dit au revoir des larmes dans les yeux et m’avait tendu une enveloppe pour Lucas…Lucas…j’avais dans l’espoir de le revoir lui aussi. Nous lui avions appris la disparition de Nathan mais la lettre n’était peut être jamais arrivée à destination. Je me promis de demander à Paul de retrouver Lucas Scott, le deuxième frère, en espérant qu’il aille bien, qu’il soit en vie…

Tant de temps avait passé depuis septembre 1963, et pourtant j’étais toujours Haley James, je n’avais pas vraiment changé, j’avais juste fait ressortir des cotés de ma personnalité que même moi je ne soupçonnais pas posséder. En fin de compte, j’étais ce que j’avais toujours voulu être, un être animé par ses sentiments, par ses passions et qui pourrait tout quitter pour un moment d’éternité dans les bras d’un homme, celui qui a changé ma vie, qui m’a conduite ici, pour le meilleur et pour le pire, nous y seront pour toujours. Nos fantômes ne quitteront jamais le Vietnam, comme une empreinte laissée dans ce pays qui bientôt retombera dans les mains des rebelles du nord. Il arrive parfois que les âmes se rencontrent car leur destinée les attendait, il arrive parfois que des routes se perdent que des individus ne se retrouvent jamais, car le temps les a séparé, le temps et la mort…

La distance efface tout, leurs traits semblent flou dans notre mémoire, leur voix s’éloigne, il n’y a rien à faire, juste attendre que le destin soit clément, qu’ils nous mettent en présence encore une fois, pour toujours espérons-le…

La femme de Paul n’a pas supporté de le laisser partir, le manque d’amour a été trop fort, mais je n’étais pas comme toutes ces femmes qui pouvaient oublier leur amour perdu, comme Deborah Scott qui pouvait enterrer son fils, sans corps dans un cercueil vide, sans âme, ni chaleur. J’étais différente, j’avais parcouru les continents, j’allais traverser les montagnes, j’allais tout donner pour le revoir, rien qu’un instant, le revoir, le toucher, l’aimer, tout pour quelques secondes de paradis volé à cet enfer qui m’attendait au dehors.


Je me levais et quittais la pièce pour attendre l’interprète dans le hall de l’hôtel qui n’abritait que des américains, journalistes pour la plupart, ou bien des rares diplomates qui ne s’aventuraient jamais hors des murs protégés de leur antre au milieu de leur guerre. Paul discutait avec un homme asiatique dans le hall et je les rejoignis. L’homme hocha la tête et me sourit tandis que Paul, lui parlait en Vietnamien. Je fronçais les sourcils et le fixais. Il y avait bien des choses que j’ignorais sur cet homme si mystérieux.


-Tu parles Vietnamien ? Demandais-je sous le regard neutre de l’interprète.

-Il y a plein de chose que l’on apprend loin de chez soi, et la langue en est une.

-Tu ne comptes pas passer ta vie ici ?

-Le destin nous le dira Haley ! Voici Hing, tu le suivras comme son ombre, il parle très bien notre langue, tu n’auras pas de problème, je lui ai déjà fait la morale.

-Oui je ferais attention à l’américaine, fit l’interprète en me souriant. Le Vietnam est différent de votre pays, il y a des coutumes à respecter.

- Je veux juste retrouver mon mari le reste m’importe peu, répliquais-je.

-Tout est important, du moment que vous mettez les pieds hors de cet Hôtel, les Américains ne sont plus aussi bien vus qu’avant, au début de la guerre ils étaient vénérés, mais maintenant avec tous le mal qu’ils font à notre population, leur présence n’est que tolérée, mais pas encouragée.

 

Je baissais la tête. Je savais ce que notre armée avait fait à d’innocents civils dans les provinces éloignées de la capitale, à My Lai, et a Thin Na, beaucoup de massacres inutiles, de morts qui n’aurait jamais du venir troubler la douceur paisible de ce pays, à l’allure si calme, et qui cachait un monstre près à nous emporter dans sa chute. Paul s’éloigna en me faisant un signe de la main et je me tournais vers l’interprète.


-Où voulez-vous aller madame Scott ?


Je réfléchissais, je regardais alentour, tous ces hommes présents, qui l’appareil photo à la main, attendaient de rejoindre les tranchées pour prendre des photos qui resteront dans l’histoire pour toujours, des images que je n’oublierais jamais, qui allait tout changer. Des diplomates assis sur la terrasse, le cigare dans la bouche, discutant de l’avenir d’une nation, du sacrifice de la leur, tout ce qui me semblait tellement stupide reflétait pour eux un intérêt principal, sauvegarder l’honneur de l’Amérique, sauver notre gloire en danger.

Je secouais la tête et Hing posa une main sur mon bras.


-Vous allez bien ?

-Allons y, décrétais-je, je n’ai pas toute la vie…


Je sortis, Hing sur mes talons. L’air chaud de ce mois de Juin 1969 si loin de mon pays, m’accueillis, et je respirais un bon coup, sentant les odeurs des épices, entendant les cris dans la rue, les soldats qui riaient, les bébés qui hurlaient, toutes ces choses qui me rappelait que j’étais loin de mon univers si sécurisant, que j’étais loin de l’Amérique, des mes amis, de ma mère, qui avait compris mon geste, qui m’avait soutenue.

Je lui avais téléphoné, je lui avais annoncé mon besoin de le rechercher, elle avait acquiescé, elle avait compris, elle aussi avait du renoncer à une partie de sa vie pour le bonheur de ses enfants. Tandis que moi, je ne renonçais qu’à la sécurité, qu’à la chaleur d’un pays en paix pour me rendre dans un autre à l’autre bout de la terre. Je savais que si nous avions eu un enfant, je n’aurais jamais pu l’abandonner pour partir rechercher son père, il aurait été toute ma vie, mon univers mon avenir, tout. Il y avait eu un silence au bout du fil et elle avait parlé, de sa voix si douce, cette voix que je n’oublierais jamais…


« Ne renonce jamais à l’amour Haley, il nous fait vivre, il nous fait avancer, sans lui nous sommes comme des âmes en peine qui errent dans un monde sans passion, sans but, un monde aussi vide qu’un cœur sans amour. »

 

Je souriais, je pouvais l’imaginer, ses yeux brillants de larmes pour sa fille, celle qui a poussé les barrières qu’elle aurait voulu pousser, qui a fait ce qu’elle n’a pas pu faire. Je ne suis pas un exemple, je ne suis qu’une femme, une femme désespérée qui ferait tout pour un nouvel instant d’éternité, qui ferait tout pour retrouver celui qui a changé sa vie. Ne suivez pas mon exemple, je n’ai rien apporté au monde pour le moment, je ne lui ai pas donné la paix, je n’en ai pas le pouvoir, je ne lui ai pas donné la joie et le bonheur éternel, non, je suis si semblable et si différente en même temps, mais ma vie n’est pas exceptionnelle, j’ose juste vous la confier pour libérer mon cœur, car au fond je ne suis qu’une égoïste qui espère que le temps guérira ce que je n’ai pas pu changer, que le temps et mes mots m’aideront à rester ce que je suis, malgré la blessure du Vietnam, malgré ce sentiment d’échec que je ramènerais avec moi tant de fois, dans des allers et retour infinis entre les Usa et l’Asie…


- Emmenez-moi à l’ambassade Américaine Hing ! Demandais-je les yeux fixés sur la route en terre qui s’étendait devant moi et qui menait au centre ville.


J’avais d’abord pensé aller au ministère des affaires étrangères, mais Paul avait fini par me convaincre, je ne trouverais rien. Autant essayer de glaner le plus d’information possible avant la semaine prochaine, cela me sera plus utile quand j’interrogerais les soldats blessés. Il hocha la tête et héla un taxi jaune, un taxi qui ressemblait à ceux de New York. Le chauffeur nous parla en Anglais, il était souriant et nous emmena sans problème jusqu’au grand bâtiment qui s’éleva devant nous, dans toute sa majesté, une grande porte en acier nous barrait la route. Nous descendîmes du taxi et je marchais vers le bâtiment, mais la porte ne s’ouvrit pas, un interphone sur le coté attitra mon attention et j’appuyais sur le bouton. Un silence se fit puis une femme me parla dans un anglais plus qu’approximatif.


-Ambassade des Etats-Unis D’Amérique, Bonjour !

-Bonjour, je voudrais m’entretenir avec un responsable au sujet des Soldats portés disparus.

-Pas de journaliste ici, répliqua-t-elle.

-Je ne suis pas journaliste, je recherche mon mari.

-Peu importe, vous n’êtes pas autorisée à entrer dans l’enceinte du bâtiment sans badge. Et le badge ne peut être obtenu que par les diplomates. Je suis désolée Madame.

-Mais attendez ! Vous avez bien une liste…

-Ils sont trop nombreux, nous ne pouvons pas faire de liste. Demandez des informations aux institutions dans votre pays.

-Je suis venue ici pour le retrouvez je ne partirais pas sans savoir.

-Obtenez ce badge et revenez !


Elle coupa l’interphone, me laissant en larmes devant les grilles obstinément fermées. Je posais mes mains dessus essayant de distinguer quelque chose, mais rien n’était apparent. Paul avait raison, les portes seraient dures à pousser, et parfois impossible à franchir, mais je n’allais pas m’arrêter la, je trouverais un moyen d’entrer…Je le trouverais.


Hing me demanda si je voulais aller ailleurs, je me tournais vers lui et soupirais.


-Non ! Rentrons.


Il me regarda, je pu voir dans ses yeux qu’il savait depuis le départ ce qui m’attendait ici, il n’avait rien dit pour ne pas tuer mes espoirs, mais n’était-ils pas déjà morts devant cette grille qui ne s’ouvrait pas ?


nanouee  (01.07.2012 à 15:07)

Musique

 

Chapitre 2 : La vraie guerre…

16 juin 1969, Province de Saigon, Vietnam Sud

 


-Tu plaisantes Carter ? Hurla l’inconnu. Je ne veux pas d’une femme sur mon champ de bataille ! Elle n’a qu’à rester dehors mais pas entre mes soldats ! Elle n’a qu’a rejoindre les « Blouses rouges », c’est sa place, mais pas dans mon régiment.

-Joe, fait un geste, dit Paul, elle cherche son mari.

-Elle n’a pas besoin de le chercher, il reviendra bien s’il est vivant, mais pas sur mon champ de bataille, je ne veux pas avoir sa mort sur la conscience.

-Je l’ai bien briefée hier, ne t’inquiète pas pour cela, elle me suivra comme mon ombre.

-Que cherche-t-elle ici ? Fulmina t-il, ce n’est pas ici qu’elle doit rechercher des infos, mais à l’ambassade…

-Les portes sont restées fermées !

-Et ici, aussi, dit-il en s’éloignant et criant sur ses hommes qui s’éparpillèrent dans la forêt en hurlant.


Paul soupira et me rejoignit. Les « Blouses Rouges » dont ils parlaient, j’allais bientôt en faire partie. Ils nommaient ainsi les infirmières de la croix rouge qui pénétraient sur le sol Vietnamien, et bien qu’elles aillent jusqu'à chercher les soldats mourant sur les champs de bataille, jamais elle n’avait pas voix au chapitre, elle n’était que de simples femmes qui exécutaient des ordres.


-Il est borné c’est incroyable ! dit-il en secouant la tête.

-J’ai étendu. Il n’y a pas moyen de détourner ses ordres ?

-Non à moins que tu n’ais envie d’être reconduite à la frontière avec des menottes et…Haley !


Je marchais en direction du baraquement où les hommes qui n’étaient pas partis dans la forêt attendaient auprès de Joe Torres, un latino américain qui ne semblait pas beaucoup apprécier la présence d’intrus sur son champ de bataille. Il me regarda arriver les yeux durs et je me plantais devant lui.


-Avez-vous un problème ? Demandais-je, Non parce que si vous avez un problème avec moi, c’est maintenant que vous devez en parler, je suis toute ouïe !

-Foutez-moi le camp d’ici ! Ce n’est pas votre place !

-Et où est ma place ? Hurlais-je

-Retournez aux USA tant que vous le pouvez encore ! Nous sommes comme les rats, ils se font toujours prendre au piège.

-Je n’ai pas besoin d’entendre vos sermons philosophiques sur cette guerre, je l’ai assez côtoyée peut être de loin, c’est vrai, mais je sais ce qui m’attends, je sais pourquoi je suis ici, et ce n’est certainement pas vous qui allez m’empêcher de passer !

- Allez-y si vous voulez mourir !

-Nous mourrons tous, alors maintenant ou dans 20 ans je ne vois pas la différence, répliquais-je en faisant demi-tour.

-Madame ! Si j’étais vous, j’enfilerais ça, dit-il en me lançant un gilet par balle. Vous pourrez au moins évitez de vous vider de votre sang dans mes tranchées.

 

Je le fixais un instant, mais il secoua la tête et donna ses ordres aux autres soldats qui partirent rejoindre les premiers. J’enfilais le gilet par balle, et rejoignit Paul, qui me regarda approcher le sourire aux lèvres.


-Je savais bien que tu avais un coté tête brûlée ! dit –il en riant. Bravo tu as mâté Torres, cela vaut bien un verre ma belle !

-Un jeu d’enfant plaisantais-je. Maintenant le plus dur reste à faire !

-Pas de panique, je connais à peu près le terrain.


Il me sourit et nous nous engageâmes a la suite des autres journalistes présent, qui ne faisait pas attention a nous. Joe Torres nous barra soudain la route. Il sortit un revolver de sa poche et le tendit à Paul.


-Surveille ta « Blouse Rouge » mon vieux, je ne veux pas qu’elle crève ici !

-Surveillez vos hommes Sergent ! Lançais-je, il ne faudrait pas qu’ils désertent.

-Elle a de la repartie la petite, répliqua Joe. En tout cas faites attention, je vous laisse pénétrer dans le combat, mais n’oubliez pas que c’est la vraie guerre, celle-ci ne fait pas de cadeaux.


Il me regarda un instant et les cris résonnèrent dans la forêt, tandis que son regard se posait alentour, il sentait le danger, je pouvais moi-même le sentir.


- La vie ne fait jamais de cadeaux, dis-je en le fixant.

-Certes non madame ! Mais ici, c’est autre chose que les petites batailles d’étudiants.


Il avait raison, cette guerre dépassait toutes nos anciennes batailles, les bombes lacrymogènes jetées sur la foule, les coups tirés par la garde nationale, les cadavres sur le sol, nous étions dans le vrai monde, en dehors des murs si bien protégés de la faculté de Berkeley. Nous l’avions quitté depuis longtemps, nous allions apprendre la vraie vie, dans cette guerre, plus qu’un pas, et j’y entrais…


-Je sais bien pourquoi tu n’aimes pas les journalistes Joe, dit Paul en secouant la tête, mais ce que nous faisons, nous ne le faisons pas pour vous déranger, seulement pour informer le monde de ce qui se passe ailleurs, dans les autres pays, sortir un peu de ce communautarisme dans lequel les USA tombent.

-Vous nous déranger de tout manière, avoir à vous surveiller c’est déjà trop ! Allez-y maintenant avant que je ne change d’avis !


Nous avançâmes dans la forêt sombre où les arbres s’élevaient majestueux dans ce climat chaud et humide.


-Baisse la tête ma belle ! Sinon tu auras bientôt un trou aussi gros qu’une maison ! Cria Joe avant de faire demi-tour.


Paul posa une main sur mon bras, et enfin, je franchis la limite, le pas qui me faisait entrer dans leur monde, le monde des soldats en mission, des journalistes à l’affût du scoop, des désespérés qui donneraient tout pour rentrer au pays, ces hommes perdus et qui en même temps ont presque peur que cette guerre ne finisse, ils ne savent pas ce qu’ils vont retrouver en rentrant, il n’y aura peut être que le vide…

Les coups de feu résonnaient dans la forêt, et nous nous penchâmes pour éviter les balles qui sifflaient près de notre oreille, comme lors de la fusillade à Berkeley, mais tout était différent ici, ce n’étais pas que de simples adolescents rebelles qui criaient, c’était tout un peuple qui souffrait pour la liberté. Les soldats couraient devant nous, j’avais peur, mon estomac se contractait, je me sentais en danger, mais je ne pouvais plus reculer, mon instinct me disant que dans ce pays se cachait la solution, Nathan m’attendait, je ne pouvais pas lui faire défaut.


-Haley ! Hurla Paul surpassant les cris et les coups de feu. Ne me lâche pas, tu entends…


Sa main lentement glissa de la mienne, et je tournais la tête, je ne le vis plus, je tombais au sol, me prenant les pieds dans une racine, une bombe explosa près de moi, les voix résonnaient, je n’arrivais pas à distinguer celle de Paul, elles se ressemblaient toutes, l’anglais se mélangeait au Vietnamien, ils criaient si fort que je me bouchais les oreilles, couchée au sol contre un tronc d’arbre. Je sentis soudain un poids sur mon corps et je hurlais.


-Chut ! C’est moi !


Je soupirais. Paul m’avait retrouvée, j’avais cru le perdre un moment, je ne me sentais pas en sécurité, mais qu’avais-je fait ? Pourquoi étais-je ici ? Je n’étais pas à ma place. Joe Torres avait raison. Les balles étaient tirées de partout, je n’arrivais pas à distinguer leur provenance, Paul restait sur moi, la tête baissée pour éviter les éclats de verre et les débris des bombes.


-Pourquoi restes-tu ici ? Hurlais-je.

-Je n’ai rien d’autre Haley ! Toi tu as ton mari…

-Non je ne l’ai plus, je n’ai plus rien.

-Cette guerre profite aux désespérés Haley, nous y sommes, nous partons, mais nous revenons toujours, parce qu’avec elle nous nous sentons vivant, nous avons l’impression d’exister hors de notre vie habituelle.

-Je ne veux pas devoir y être pour exister, je veux le retrouver, je veux rentrer chez nous je…

-Ferme les yeux juste un instant, occulte les bruits, n’y pense plus !


Je respirais à fond, laissant la peur me quitter, et les larmes couler, toutes celles que je n’avais pas pu laisser couler à l’annonce de sa disparition. Il passa une main dans mes cheveux et je gardais les yeux fermés, pensant à Nathan, à tout ce que je ferais pour revoir son visage, juste un instant, à ces tranchées boueuses, à ces cris que je n’entendais plus, aux balles qui ne sifflaient plus. Il n’y avait plus de forêt, la pluie qui commençait à tomber n’était qu’un songe. Les larmes roulèrent intarissables tandis que Paul me parlait.


-En Amérique j’avais tout ! Une femme, une maison, une carrière, mais j’ai tout quitté pour venir ici, si j’avais su que je perdrais tout je ne serais jamais venu, mais toi c’est différent Haley, toi tu quittes tout pour retrouver ta vie d’avant, n’abandonne pas, respire, sens l’air humide, sens la pluie, c’est un recommencement, le soleil brillera a nouveau, tu sera libre, tu auras tout, rien ne s’achève ici. Relève toi, relève toi, tu n’as pas achevé ta route, elle t’attend…

-Elle m’attend, il m’attend, je le sais.

-Oui ! Relève-toi.

-J’ai mal partout Paul, murmurais-je


Il se releva et me tira vers lui. Nous courûmes dans la forêt, évitant les bombes, les balles qui fusaient. Je courrais si vite, plus vite que je n’avais jamais couru, ma vie en dépendait mon avenir dépendait de cette course effrénée pour fuir cette jungle. Sa main dans la mienne, comme celle de Nathan dans la mienne lors de la fusillade à Berkeley. Il arrive parfois que la vie nous donne l’impression de revivre les mêmes et mêmes choses indéfiniment, et pourtant rien ne pouvait comparer cet enfer avec celui que nous avions provoqué si épris de liberté que nous ne pouvions même plus réfléchir à ce qui nous attendaient hors de ces murs qui nous ont protégé si longtemps. Je pouvais presque le voir me sourire comme lorsqu’il tenait ma main pour m’emporter loin des bombes lacrymogènes, ses yeux brillaient dans la jungle obscurcie par les feuillages. Le bruit d’un hélicoptère attira mon attention et je lâchais à nouveau la main de Paul. Je levais la tête vers le ciel et le vit descendre vers nous, mais avant que je ne pu hurler une bombe à fumigène tomba directement au sol explosant en le touchant, et répandant une fumée atroce qui m’empêchait de voir. Je me cachais les yeux et rampais au sol, mes vêtements pleins de boue, je ne n’avais plus le courage de pleurer et de gémir sur mon sort, le combat n’a jamais de fin…

 

Une main se tendit vers moi, un homme que je ne connaissais pas, il me regardait le visage en sang et je rampais vers lui, hagarde sous la fumée.


-Qui cherchez-vous ? Murmura t-il, Je vous ai entendue parler avec Torres…

-Mon mari, il est porté disparu…

-Comment s’appelle-t-il ? demanda t-il en inspirant.

-Nathan Scott ! Vous le connaissez ? M’exclamais-je en me rapprochant de lui tant son souffle était faible.

-Scott ? Il y a un Scott ici…

-Nathan ?

-Non…Lucas Scott !

-Où ?

-Ici… ailleurs…


Il laissa échapper un dernier soupir, et mourut ici sur ce sol boueux dans cette guerre qui n’était pas la sienne, cette guerre qu’il n’aurait jamais du connaître. Un cercueil de plus, un drapeau de plus, une autre femme qui pleurerait, d’autres enfants qui ne connaîtront jamais leur père. Le temps est cruel, il nous fait tout oublier, seul certaines images restent, les plus heureuses, le plus douloureuse et cette main tendue vers moi aujourd’hui, ce sang versé et son nom, Lucas était vivant, il était là…Ici ou ailleurs, sur ce territoire si près et si loin de moi…Nathan n’était pas loin, pas loin d’ici…

Je relevais la tête et vit Paul me faire des signes au loin. Avant que je puisse parler, je vis Joe Torres courir vers nous.


-Relevez vous, les Viets arrivent, il faut quitter la forêt, hurla t-il, Paul derrière lui, laissez le !

-Où sont les camps des Viets ? Demandais-je en me relevant et en remarquant le silence qui régnait dans la forêt.

-Ne vous occupez pas de cela, foutez le camp, et vite, ils ont jeté des fumigènes plus loin, j’ai déjà assez de perte comme cela, dit-il en regardant le soldat au sol.

-Attendez…


Il était déjà partit et Paul me tira par la main pour sortir des bois vers le camp de transit. Nathan devait être dans ces camps, il n’y avait pas d’autre solution, s’il n’y était pas, alors il était mort, et cela je ne voulais pas l’envisager, ni l’accepter, je voulais me rapprocher de ces camps, peut être plus tard quand je serais parmi elles, les infirmières de la croix rouge. Les « Blouse Rouges » tout à coup apparurent au coin du chemin, seul leur calot les différenciait des soldats, elles portaient des pantalons bruns et des tee-shirts de l’armée pour passer inaperçues dans les champs de batailles. Elles courraient pour ramasser les corps, elles côtoyaient la souffrance la mort, elle ne rentrait chez elle que profondément marquées à vie par cette guerre, je l’étais déjà, tandis que Paul me tira vers le camion qui quittait le champ, je me retournais un instant pour voir le cadavre de l’homme qui m’avait tendu la main. Elles le posèrent à même le sol dans un sac en plastique, un sac qui renfermait les espoirs et les rêves déchus de l’Amérique. Du sang pour ses enfants, du sang pour leur vie, notre vie, tout ce que nous avions perdu et que nous recherchions ici même dans cet antre, cet enfer où les démons, nos démons ne nous quitterons jamais.

Joe Torres s’agenouilla près du cadavre et posa une bible sur son torse, l’aide de ce Dieu que je n’avais jamais pu accepter n’aurait pas été inutile aujourd’hui… Le camion démarra mais je pu voir encore un instant ses lèvres bouger, remuer au son de cette prière pour ce corps, comme pour tous les autres qui ne reverront jamais l’Amérique, qui ne goûteront plus a sa liberté et à sa paix si bancale.


La pluie tombait toujours sur Saigon, les éclairs commençaient à apparaître dans le ciel, la saison des moussons ne tarderaient pas, le temps passait quoi que l’on puisse faire, il n’attendait pas que nous, pauvres humains, puissions suivre la cadence, il ne regardait jamais en arrière, le temps se moquait du passé comme de l’avenir, ces choses si importantes pour nous. Le passé qui nous définissait et l’avenir qui nous attendait…

 

Un éclair zébra le ciel et me fit sursauter, tandis que le camion lentement quittait les tranchées, la boue s’insinuant dans ses roues, ralentissant sa progression, mon regard dévia et je le vis, un instant rien qu’un instant, ses cheveux couleur d’or attirèrent mon attention…

Il se retourna et leva les yeux vers le ciel laissant couler la pluie sur son visage sale, dévoilant ses traits que je n’avais pas oublié…Lucas Scott.


nanouee  (01.07.2012 à 15:18)

Musique

 

Chapitre 3 : La « Blouses Rouges »

23 Juin 1969, Saigon, Vietnam Sud


Il était peut-être tant d’accepter et de reconnaître que je ne pouvais pas évoluer seule dans ce pays si lointain. Je n’avais pas les armes je n’avais pas les connaissances ni les relations, toutes les portes sont restées fermées, aucune ne s’est ouverte à moi, maintenant seul mon emploi du temps de « Blouse Rouges » allait rythmer mes jours. J’allais honorer mes engagements et entrer dans cette organisation, je pourrais ainsi interroger tous les soldats comme celui qui m’avait apprit que Lucas était là si près de moi dans cette forêt sans que je ne le sache. La lettre de Peyton était dans mes bagages tandis que je me dirigeais vers les baraquements, le cœur battant. Paul m’avait déposé ici et m’avait fait promettre de l’appeler en cas de soucis, alors que lui continuais de rechercher Nathan par les moyens légaux qui s’offraient à lui, en cas d’échec il faudra prendre des chemins détournés. J’avais demandé à Paul d’essayer de contacter Lucas pour lui donné un rendez vous, pour le voir, lui donner cette lette, lui parler, me rendre compte que la vie continuait malgré cette guerre qui semblait tout nous ravir sans espoirs de retour. J’arrivais en vue des baraquements rudimentaires, près du champ de bataille où la terre rouge et la boue accrochaient mes chaussures, et le ciel gris m’accueillit tandis que des femmes sortaient pour prendre l’air la cigarette à la main. L’une d’elle me vit arrivé et me fit un signe. Je m’approchais et lui sourit.

 

-Haley Scott ? demanda-t-elle

-Oui c’est moi !

-Viens avec moi !


Elle me fit pénétrer dans la pièce où des femmes en pantalon brun et en tee-shirt, comme dans la forêt la semaine dernière, évoluaient, allant d’un coté à l’autre, des papiers à la main, elles hurlaient, s’interpellaient, se lançaient des feuilles, elles riaient et souriaient à mon passage. Je suivis celle que je supposais être le chef de rang. Elle m’entraîna le long d’un couloir vers des pièces petites ou trois lits étaient posés. J’entrais dans l’une d’elles et je posais mon sac sur un lit. Elle se tourna vers moi.


-Bienvenue en tout cas Haley ! Nous n’avons plus beaucoup d’engagée volontaire, même si je sais pourquoi tu es ici ! Personne n’est au courant, seulement moi et Paul bien sur qui m’a mise au courant, je le connais depuis un certain temps. Donc pour les autres, tu es juste une citoyenne Américaine qui a envie d’aider les autres !

-Merci beaucoup.

-Le plus important est de garder secrète ta venue dans le pays, en tout cas pour elles, car au cas où Paul ne pourrait pas accéder au moyens légaux, et qu’il faille creuser après en dessous, l’anonymat reste la meilleure solution.

-Vous connaissez Paul depuis longtemps ? Demandais-je

-Tu peux me tutoyer, je ne mords pas. Nancy, dit-elle en me serrant la main. Depuis l’enfance, nous sommes amis, il aura fallu que nous venions ici pour nous retrouver, le destin est parfois étrange…

 

Comme elle avait raison. J’étais venue pour rechercher Nathan, et je tombais sur Lucas au détour d’une bataille, il n’avait pas changé, il restait tel quel, pareil que dans mon souvenir. J’espérais pourvoir le voir, lui donner cette lettre, me convaincre que rien n’avait changé depuis tout ce temps, que nos erreurs passées, les non dits pouvaient être rattrapés, que les querelles et les joies pouvaient encore être partagées, que nous étions les mêmes, idem que ces jeunes gens qui se disaient au revoir dans la froideur de l’hiver dans leur ancienne faculté. Je voulais me convaincre que je pourrais retrouver Nathan et reprendre notre vie là où nous l’avions laissée, même si j’avais des doutes…


-Depuis quand est-il porté disparu ? demanda-t-elle me tirant de mes pensées.

-Un mois.

-Il y a des chances alors, certains sont portés disparus depuis des années, mais il y en a beaucoup qui survivent et même au bout de 5 ans ils reviennent.

-Je l’espère, murmurais-je, jusqu'à présent je n’ai pas eu beaucoup de chance, les portes sont restées closes…

-Tu leur fais peur ! Tu viens dans ce pays pour fouiller, ils n’aiment pas cela, ils n’aiment ni les journalistes ni ceux qui viennent pour dégoter des infos ! Maintenant tu es une des notre, ils ne se méfieront plus autant, Paul a eu raison de t’emmener chez nous.

-En fait c’est Andy, mon rédacteur en chef qui m’a conseillé cela.

-Tu es journaliste alors ? s’exclama-t-elle en fronçant les sourcils.

-Non je suis juste chroniqueuse, je commentais la guerre et les nouvelles lois, c’est pour cela, que je ne suis pas venue en aveugle, je savais ce que je l’allais trouver ici.

-C’est bien, dit-elle en hocha la tête. Paul ne m’avait pas dit que tu étais déjà briefée. Mais il me semble t’avoir vue il y a quelques jours à la sortie de Saigon, avec Torres ?

-Oui Paul voulait me montrer les champs de batailles, et j’ai d’ailleurs récolté une info intéressante.

-Sur ton mari ? Scott…Scott, ça me dit quelque chose.

-C’est sûrement Lucas !

-Oui Lucas. Tu le connais alors ?

-C’est son frère ! Ils sont partit à 6 mois d’intervalle et je ne sais même pas si Lucas est au courant, je voudrais essayer de lui parler.

-Il faut aller voir Torres ma belle !

-Il ne me laissera jamais passer, il m’a presque refusé l’accès à la bataille.

-C’est un dur au cœur tendre, crois moi, il ne t’en veut pas particulièrement, il prend cette guerre au sérieux c’est tout.

-Je la prends au sérieux aussi, je veux juste retrouver mon mari…

-Alors que lui veut la paix tout court, dit-elle en ouvrant les rideaux pour laisser entrer la faible lumière que le ciel gris laissait filtrer.

-Nous la voulons tous.


Elle resta quelques instants à me regarder tandis que je défaisais mes valises et que j’étalais les vêtements sur le lit. Elle sortit quelques secondes et revint avec un pantalon kaki et un tee-shirt de l’armée Américaine.


-Enfile ça ! C’est ta nouvelle tenue de combat, plaisanta-t-elle, et viens nous rejoindre dans la grande salle à l’entrée. Je vais distribuer les prochaines affectations, pour les batailles, je vais essayer de te placer dans la brigade qui rejoint Torres pour que tu puisses essayer d’approcher Lucas. Je ne te garantis rien.

 

Je hochais la tête et regardais les vêtements qui se présentaient à moi. Tout allait changer, si ce n’était pas déjà fait. J’avais tout quitté, changé de pays, changé d’univers, quitté ma famille, mes amis, j’allais entrer dans un nouveau monde, un monde que je ne connaissais pas ou je ne pourrais pas me sentir une sécurité. Je commençais à ressentir ce besoin, celui de revoir un visage familier, d’avoir un repère quelque chose qui me ferait oublier ce qui se trouvait au dehors. J’enfilais les vêtements et jetais les miens au sol près du lit, comme on se débarrasse d’une carapace, d’une enveloppe qui entrave nos mouvements. J’attachais mes cheveux en queue de cheval et me regardais dans le seul miroir de la pièce.

J’avais traversé tous ces kilomètres maintenant je devais affronter mon destin, retrouver Nathan, parler à Lucas, lui donner la lettre de Peyton, entrer dans l’ambassade des Usa, et approcher les camps des Viêt-Cong, tout cela en si peu de temps, ces 6 mois ne me donnaient rien, je ne pourrais jamais le ramener. Je secouais la tête et sortis pour me diriger vers la grande salle où elles étaient toutes réunies. Nancy me fit un clin d’œil et je m’avançais, me plaçant sur le coté tandis qu’elle commença à parler.


-Je vais vous repartir dans différents camps, par groupe de 5, commença-t-elle. Les listes sont affichées sur le mur en face et bien sur vous ne devrez pas quittez le camp sans autorisation, et suivre les ordres du Gradé sur place.


Elle me regarda un instant et avec le sourire me présenta à la troupe qui m’accueillit chaudement.


-Haley Scott nous vient tout droit des Usa ! Ne la faites pas trop suer, plaisanta-t-elle avant de nous laisser voir les noms sur les listes.


Je m’approchais en même temps que ce troupeau de femme, toutes venues pour changer les choses à leur manière, de leur bord, celui de simple femme dans un monde où le crime ultime était encore de déserter sa cuisine pour aller à la rencontre du monde extérieur. Je regardais la liste où mon nom s’affichait, et au dessus le nom de Joe Torres, Nancy avait tenue parole. Je me retournais pour voir une grande blonde me sourire.


-Salut ! dit-elle avec un sourire, je suis Stéphanie ! Nous allons travailler ensemble à ce que je vois, bienvenue dans les rangs.

-Merci, j’espère être à la hauteur.

-Tu n’as pas besoin de te faire de soucis, je ne suis pas réellement infirmière, mais je le suis devenue ici, nous ne soignons que ceux qui peuvent survivre les autres sont parqués a part…C’est dur, attends-toi à être choquée.

-Je sais bien murmurais-je, mais je dois le faire…

-Viens !


Elle m’entraîna avec elle dehors où un camion nous attendait sous le ciel qui soudain était devenu bleu, sous cette chaleur qui tout à coup nous enveloppait, je montais dans le camion à la suite de cette jeune femme qui m’avait tendue la main et je pris le gilet par balle qu’elle me tendit. Durant le voyage elle me fit un topo sur les règles à suivre.


-Alors, surtout tu attends le signal pour pénétrer sur le champ de bataille, car sinon tu risques de rencontrer des Viets, c’est Torres qui nous donnera le feu vert, et la tu ne traînes pas, tu entres, tu ramasses les blessés, tu ramènes les morts, et surtout tu gardes la tête baissée, sinon…

-Je vais avoir un trou gros comme une maison, je sais…

-Eh bien il t’a déjà traumatisée avec ses métaphores ?

-Oui on peut dire cela, il ne m’a pas épargnée.

-Il est comme cela avec tout le monde ne t’en fait pas ! Torres fait son boulot, c’est un dur mais il nous respecte, crois-moi, il ne veut pas que nous mourions pour cette cause qu’ils défendent tous.

-Stéphanie…Tu crois qu’il serait possible d’approcher les soldats de son unité ? Demandais-je tandis qu’elle fronçait les sourcils.

-Je ne sais pas du tout, franchement nous allons là-bas, nous repartons comme nous sommes arrivées. Tu cherches quelqu’un ?

-Non ! C’était juste pour savoir !


Elle détourna le regard et je fixais le mien sur la route qui s’étendait vers les campagnes de Saigon, les coups de feu qui déjà transperçaient l’air, les cris et les hurlements des Viets, les cris de douleurs des blessés, tout ce qui me revenait soudain en mémoire, la semaine dernière sur le champ de bataille, la semaine dernière quand j’avais aperçu Lucas, un visage familier, mon passé mêlé à mon avenir, tout se trouvait ici, dans ce pays si compliqué, si beau et si horrible en même temps, mes amis, mes amours, ils se mêlaient à mes longues journées à venir, ils vivaient ici avec moi, je les emmenais dans mes champs, devant mes blessés, ils me tenaient la main, ils me rassuraient, même s’ils étaient loin, leur présence était palpable…Lucas n’étais plus très loin et Nathan aussi proche que lui, je le sentais, je ne les laisserais pas m’échapper.


-On arrive tiens toi prête ! Lança Stéphanie en enfilant son gilet

-Déjà ? Il ne faut pas attendre la fin du combat !

-Il est fini, dit-elle en sautant à terre dès que le camion s’arrêta au bord de la forêt.


Nancy me fit signe et me tendit la main pour quitter le camion. Une fumée opaque envahissait le ciel tandis que je suivais la forme diffuse de Stéphanie qui se déplaçait vers le centre de la bataille, dans la forêt, entre les branchages, mais ce qui m’attendait me fit presque reculer d’horreur.


Avez-vous déjà regretté un acte passé ?


C’est un échec de se dire que la décision que nous avons prise n’était peut être pas la bonne, et j’ai eu des doutes en posant les pieds dans la boue, ce jour de juin 1969, des centaines d’hommes en uniforme jonchaient le sol, égorgés, lacérés de coup de couteau, certains mourants au sol les yeux exorbités, les autres les membres arrachés, le sang partout et cette odeur, une odeur de mort, une odeur de fin. Je posais la main sur ma bouche tandis que les autres deltas avançaient sans se préoccuper de l’horreur, cette horreur commise par nos semblables, des hommes qui en tuaient d’autres, tout cela pour un territoire, des morts inutiles, mais la fin n’était pas encore proche, la chute de Saigon était loin. Je ne pouvais pas détacher mon regard d’un soldat noir au sol, la main arrachée, le moignon à l’air, le sang qui coulait de sa plaie inondait le sol, imprégnant la boue. Un autre hurla de douleur quand l’une d’entre nous souleva sa jambe qui craqua, son os ressortait sous la chair sanguinolente. Je marchais, plus spectatrice qu’autre chose, je ne pouvais pas les toucher, je ne pouvais pas soulager leur souffrance et fermer leurs yeux était au dessus de mes forces. Au loin je vis un enfant, un asiatique, qui gisait dans son sang, un fusil proche de son corps lacéré. Je m’approchais mais l’une d’entre elles m’arrêta.


-Non, laisse-le c’est un enfant Viets, ils les prennent de plus en plus jeunes, ils leur donnent un fusil et c’est eux qui tuent nos hommes…

-Mais ce n’est qu’un enfant…

-Va plutôt sauver ceux qui en valent la peine !


Elle secoua la tête et pansa la plaie superficielle d’un soldat qui bientôt retournerait au front défendre les valeurs de l’Amérique. Il se releva et avança dans la clairière enjambant ses camarades morts, sans un regard, il portait son lot de souffrance, de souffrance qui le torturerait toute sa vie, si il s’en sortait.

Je détournais le regard un instant, une seule seconde, une seconde qui aurai pu tout changer s’il n’avait pas marché sur une mine…

Il explosa, en milliers de petits morceaux, déclenchant les cris et les pleurs, une seconde qui a tout changé. Il n’avait eu qu’une vague égratignure, mais la mort rattrape ses erreurs, autrement peut être, mais elle ne laisse jamais ses proies la fuir, elle les pourchasse, et ils tomberont dans ses filets, aujourd’hui, demain, la seconde d’après.

Je restais immobile, je ne bougeais pas, tandis que les deltas détournaient le regard vers d’autres blessés, il fallait oublier celui-ci, il fallait le ranger dans un coin de notre mémoire, mais ne plus lui accorder d’importance, la vie continuait, coûte que coûte, j’étais ici pour cela, pour que ma vie continue, mais pas sans lui…Non pas sans Nathan.

Je passais une main sur mon visage et levais les yeux au ciel quelques secondes, les nuages se rapprochaient, le ciel bleu disparaissait entre les feuillages, les bruits d’hélicoptère se rapprochaient. Je fermais les yeux comme Paul me l’avait appris, j’occultais tout, je devrais bien m’y faire, ma vie ressemblera à cela tant que je ne l’aurais pas retrouvé, ma vie et mes jours seront rythmés par eux, les morts et les blessés, ceux qui explosaient, ceux qui hurlaient de douleur les membres arrachés, ceux qui allait m’apprendre la valeur d’une seule vie sur cette terre.

J’ouvris les yeux, l’agitation avait repris…


Un cri retentit, Nancy m’appelait, et j’avançais, j’avançais toujours plus au milieu de ce carnage, enjambant les morts qui les yeux ouverts scrutaient indéfiniment le ciel qui s’offrait à eux.


-Haley ! Viens m’aider à le porter, hurla Nancy.

 

Je marchais mais mes pieds s’enfonçaient dans la boue, une larme coula, comment avais-je pu laisser Nathan partir ? Venir dans cet enfer de terre et de sang, un enfer qui n’aurait jamais du nous être destiné. Je m’approchais d’elle et elle me regarda les vêtements pleins de sang.


-Respire ! Inspire et expire profondément et aide-moi à le porter avant qu’il ne crève sous nos yeux.


Je me penchais et soudain le soldat bougea et attrapa ma main pour la serrer, je hurlais de douleur et il la lâcha soudain, il se mit à tousser, il crachait du sang, telle des larmes, les traînées coulaient le long de sa bouche sur son menton, son pied gauche avait été écrasé par un char, ses bras étaient emplis de bleus, de coupures. Je détournais la tête et regardais ma main, pleine de sang, je la fixais comme pour me convaincre que j’étais bien là, qu’il ne me suffisait pas de fermer les yeux pour occulter les cris et me retrouver bien au chaud dans ma maison californienne. Non j’étais dans la réalité, j’avais toujours fuis les paradis, j’avais eu raison, mais aujourd’hui, je ressentais comme un besoin de fuir, de fuir le plus loin possible, mais je ne le pouvais pas, Nathan m’attendait…

Un hélicoptère se fit entendre il descendit vers nous entre les feuillage et je relevais la tête prête à hurler, mais Stéphanie attrapa le filet lancé par l’avion, transporta un corps, puis un autre qu’elle empila pour que l’avion le soulève vers le ciel, au dessus des arbres, les morts partaient les premiers…

Nancy relâcha la main de l’homme couché au sol et lui ferma les yeux. Il était mort. Mort comme tous les autres, ceux qui expiraient dans ces limbes si proches et en même temps si lointaines du paradis ou de l’enfer, un endroit intermédiaire dans lequel ils souffraient milles morts avant de gagner la paix offerte aux martyres. Mes yeux croisèrent les yeux bleus pâles de Nancy, et je pus lire le désespoir et la tristesse de devoir fermer tous ces yeux, achever toutes ces vies qui n’avait même pas commencé, des jeunes hommes qui n’auraient jamais la chance de connaître les joies de la famille, qui ne reverront plus leur pays, qui sont morts ici, seuls, comme des misérables sur une terre étrangère, mais pas Nathan, je ne le laisserais pas mourir seul, quitte à mourir avec lui, mais jamais il ne quittera ce monde seul, sans ma main dans la sienne, sans amour sans soutiens, je ne le permettrais pas.

Je relevais la tête et l’hélicoptère à nouveau fit son apparition, je reculais, tombant sur un corps au sol, mes mains glissèrent dans la boue et je trébuchais, m’étalant sur lui. Il avait les yeux grands ouverts et me fixais sans un mot, ses prunelles étaient vitreuses et un trou dans sa poitrine me fit détourner les yeux. Nancy m’appela, la pluie se mit à tomber, une pluie fine, puis plus épaisse, la boue s’engouffrait dans mes chaussures, tachant le bas de mon pantalon, les corps s’enfonçaient dans la boue, comme happés par le sol, happé par l’enfer, ils disparaissaient, la pluie nous brouillait la vue, je me relevais, ma voix se cassa, je ne pu prononcer aucun mot, je me tournais à droite puis à gauche, je ne voyais plus rien, une voix au loin m’interpella, une voix que je n’avais pas oubliée, que je ne pourrais jamais oublier.

Une main se posa sur mon bras et me tira vers l’extérieur de la forêt, une main ferme, mais j’entendais toujours la voix, il était là, je pouvais l’entendre m’appeler, je résistais, je tirais si fort que ma main glissa et que je tombais à nouveau. Un homme asiatique apparut, un fusil à la main, il visa, et tira, mais la balle disparut dans l’air, la pluie et le vent tourbillonnait, la colère des éléments s’était réveillée d’un seul coup, j’étais au milieu et sa voix…Nathan… L’homme se rapprochait tandis que la main à nouveau m’attrapa, me secoua et je vis un visage se dessiner devant moi, pourtant flou et indistinct.


-Allez vous en…Vous n’avez pas entendue le signal du départ, les Blouses vous attendent…


Il n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’un autre coup de feu retentit et qu’il me tira en arrière, je distinguais les cadavres laissés dans la foret, et les Blouses, Nancy et Stéphanie m’attendaient à la lisière de la forêt, elle me faisait des signes, mais cette voix, il était la, j’en était persuadé. La pluie me coulait le long du visage cachant mes larmes et mon appel, mon cri dans la forêt, un cri puissant, un cri qui raisonna dans le temps, dans les mémoires…


-Nathan !


Une légèreté, un autre visage flou, puis ces gouttes qui tombaient sur mon visage, la voix s’éloignait tandis qu’une autre se rapprochait, une voix douce, une voix qui m’appelait, qui murmurait mon nom, qui me priait de me réveiller, mais je ne dormais pas j’avais sombré, avec eux, avec tous ceux qui avait perdu la vie aujourd’hui, l’inconscience est un cadeau…


nanouee  (01.07.2012 à 15:29)

 Musique

 

Chapitre 4 : Et les routes se rencontrent…

24 Juin 1969, Camps de Joe Torres, Saigon, Vietnam Sud.


J’ouvre les yeux lentement, la lumière m’aveugle, une image danse, floue, indistincte, puis elle se rapproche de moi, de plus en plus proche en appelant, mon nom semble doux prononcé par lui, il me demande me réveiller, me dit qu’il est temps…


N’oubliez pas qu’il y a un temps pour tout, un temps pour naître, un temps pour mourir, un temps pour les sacrifices, un temps pour l’amour inconditionnel, un temps pour les regrets et un temps pour les souvenirs, il est temps que j’ouvre les yeux sur ma nouvelle réalité.

Ses yeux brillent de larmes et il s’éloigne un instant pour parler avec une seconde ombre que je n’arrive pas à distinguer. Je veux me réveiller, je ne veux pas rester ici, j’ai plein de choses à faire et je dois le retrouver, retrouver Nathan, dont la voix résonne encore dans ma mémoire, il était là si près de moi, cela ne pouvait qu’être lui, je ne pourrais jamais me défaire de ce sentiment qui m’anime quand il me murmurait son amour, quand il me touchait, toutes ces sensations que j’avais tant peur d’oublier.


-Je ne sais pas ce qu’elle a vue ou plutôt ce qu’elle a cru voir, mais elle ne pouvait plus bouger, elle était comme paralysée…

-Je sais ce qu’elle a vue Joe, murmura l’ombre qui m’avait appelé il y a quelques secondes.

-En tout cas, je ne peux pas la laisser repartir avec les Blouses si elle ne se reprend pas, j’ai besoin d’élément solide.

-Elle est solide fait moi confiance, je la connais depuis longtemps…

-Alors aide la Scott…


La forme se mouvait vers la sortit et l’autre se bougea pour s’approcher de moi encore une fois. Il s’assied sur une chaise et me regarde, avant de parler, maintenant je savais qui il était, il m’avait pris la main, encore une fois il avait été un soutien, mais je n’avais pas trouvé le bon frère…


-Je t’avais prévenue Haley James Scott, tu portes notre nom maintenant, plaisanta-t-il, fais nous honneur. Ne reste pas comme cela, réveille toi, dis moi ce que tu as vu…


J’essayais d’ouvrir les yeux, mais j’étais bloquée entre deux mondes, l’inconscience et la réalité, je n’arrivais pas à ôter le voile qui me cachait son visage. Une brume dansait devant mes paupières, et je laissais échapper un gémissement qui le fit soupirer. Mes membres étaient engourdis, j’avais mal partout, mais je pouvais voir la lumière s’infiltrer sous mes paupières mi-closes, et impossible de les garder ouvertes, je n’avais plus de force.


-J’essaye de le retrouver, j’ai demandé à Torres de m’aider, mais rien n’y fait, les portes restent fermées partout, ils pensent tous qu’il est mort, mais je sais que c’est faux et toi aussi, sinon tu ne serais pas la. J’ai appris à le connaître et à l’aimer je ne le laisserais pas mourir maintenant, et surtout pas ici…


Il s’arrêta quelques instants et inspira profondément.


-Peyton m’a envoyé une photo d’Emy. Je n’arrive pas à la regarder, je pense à tout ce que j’ai perdu, à tout ce à quoi j’ai du renoncer, elle est dans la poche de ma chemise, près de mon cœur, à sa place, mais c’est trop dur, la voir sans pouvoir la prendre dans mes bras. Il y a tant de souffrance, d’enfants sans parents, de femmes sans mari, mais la guerre ne s’achèvera pas demain Haley, elle durera encore longtemps, elle nous tuera, elle nous emportera…

 

Il se tu. Au dehors les voix des soldats résonnaient, mais je n‘y faisais pas attention, seule celle de ce jeune homme assis près de moi pouvait me tirer de mon inconscience.


-Torres dit que les Viets se rapprochent, qu’ils nous font reculer lentement mais sûrement, il commence à douter de l’utilité de cette guerre et moi aussi je dois l’avouer. Je ne veux pas tout lui sacrifier, ni Peyton, Emy et la vie que nous pourrions avoir ensemble, ni toi et mon frère, je ne vous laisserais jamais vous perdre ici. Réveille-toi !


Il éleva la voix pour couvrir celle des autres, les coups de feu et les bruits de l’orage, la saison des moussons venait seulement de commencer. Mes lèvres étaient sèches, ma gorge me faisait souffrir mais dans un souffle je laissais échapper un seul et unique mot, qui le fit sourire jusqu’aux oreilles, illuminant ses yeux bleus.


-Lucas…

Il soupira de soulagement, me sourit et je lui tendis la main, il la serra dans la sienne et s’approcha pour m’embrasser sur la joue. J’étais toujours couchée en chien de fusil sur un lit de camp dans la tente de l’unité de Torres, Lucas écarta les cheveux qui me cachaient le visage et je lui souris.


-Elle est dans mon sac…la lettre, dans mon sac…, joignant le geste à la parole, montrant ma bandoulière.


Il fronça les sourcils, et chercha dans la pièce avant de mettre la main sur mon sac brun, le sac des deltas avec le sigle de la croix rouge dessus. Il ouvrit le battant et en tira une enveloppe brune sans écriture, je hochais la tête, même sans la voir et il reposa mon sac par terre près de mon lit avant d’ouvrir la lettre, tirant sur le papier, le plus vite possible. Il en sort ce que je crois être un dessin d’enfant. Je me redresse, prenant appui sur un bras et je le fixe. Son visage s’adoucit l’espace d’une seconde, ces secondes qui changent tout, qui ne nous laisse parfois pas le temps de dire adieu à ceux que l’on chérit. Ses yeux brillent et dans la transparence, d’un rayon de soleil qui perce la tente et les nuages, je peux apercevoir une maison grossièrement dessiné et trois personnes, trois personnes qui ne sont plus ensemble aujourd’hui, l’une d’elle est bien trop loin pour rallier la chaîne, leur mains se sont perdues, comme les notre, Nathan a lâché la mienne, il s’est perdu à son tour.

Lucas pose le dessin sur mon lit de camp et sort un feuillet de pages blanches, noircies d’une écriture fine et arrondie, une écriture remplit de fantaisie, et de douleurs trop longtemps retenues. Il commence à la lire et ses yeux se brouillent, je ne sais pas ce que Peyton a sans doute passé des heures à écrire, mais je savais que la souffrance qui transparaissait sur son visage n’était pas anodine, il avait des regrets, pour sa vie passée, pour ce manque, celui de sa fille et de sa femme, des regrets terribles qui l’empêchaient de dormir certaines nuits, mais qui le maintenait en vie, avec l’espoir fou de les retrouver un jour, de nous retrouver tous sous notre arbre comme si nous ne nous étions jamais quittés.

Peyton et Emy étaient aux Usa, Brooke à Londres, et nous, nous étions là, dans cet enfer, la boue jusqu’aux genoux, à la poursuite d’un rêve fou, un rêve de paix et de liberté, le retour d’un amour perdu, et le retour vers un amour abandonné quelque part sur cette terre.

Il essuya une larme, mais une deuxième coula sur sa joue et il ne prit plus la peine de les chasser de son visage livide. Il sourit par moment à la lecture de cette lettre que Peyton m’avait remise avant mon départ. Elle m’avait fixé de son regard vert émeraude brouillé de larme et m’avait tendu cette grande enveloppe brune avant de murmurer:


«Si tu le vois, donne lui, c’est tout ce que je n’ai pas osé écrire dans les précédentes, j’avais toujours peur qu’elles soient ouvertes. Remet-lui en mains propre et dit lui de revenir, vite…Cela fait trop longtemps qu’il n’est plus là, j’ai peur d’oublier Haley, je ne veux pas oublier. Fais attention à toi, et reviens, ne me laisse pas seule ici à porter nos souvenirs, c’est un trop lourd fardeau pour mes épaules… »


Je soupirais en revoyant la scène. Je tenais la lettre dans la main et elle avait tourné les talon, Emy à ses cotés, pour disparaître de ma vue, si peu de temps, et en même temps si longtemps…Je ne la laisserais pas seule porter le poids de nos années torturées, je ne la laisserais pas gardez notre mémoire seule aux USA, nous allions revenir, nous créer de nouveaux souvenirs, plus heureux que les précédents, moins tristes que ceux que nous vivront en ce moment, nous allons nous créer une autre vie, si loin de celle-ci, mais avec la marque éternelle de nos guerres au Vietnam, nos guerres pour la paix et le retour, ma guerre pour le retrouver.

 

-Merci, murmura t-il en se levant pour me prendre dans ses bras. Merci d’être là, de m’avoir apporté cette lettre, j’avais besoin de revoir un visage familier, et depuis que Nathan…

-J’ai tout essayé Lucas, l’ambassade des Usa, les affiches accrochées dans toutes les administrations, tout…Il ne me restait que les Blouses en dernier recours, je n’ai peut être pas trouvé le bon frère mais je suis contente de te revoir.


Il me serra plus fort contre lui, la lettre encore dans la main. Nous écoutions la pluie qui commençait à tomber à l’image de notre vie, des larmes et des éternels changements qui semblaient sans fin, les nuages disputaient la place au soleil, et tout changeait alors, comme un éternel recommencement, j’avais raison, il n’y avait jamais de fin, il n’y en aura jamais pour nous, nous ne pouvions pas renoncer, si près du but, si près de Nathan.


-Je l’ai entendu m’appeler dans la forêt Lucas, dis-je en m’écartant pour le fixer, il était là, cela ne pouvait être que lui, il a hurlé mon prénom, il est avec eux.

-Haley, avec la pluie et les fumigènes…Tu as du rêver !

-Non ne dis pas cela, je le sais, je le sens, je ne pourrais jamais oublier sa voix !

-Le temps efface tout, laissa t-il échapper avant de ranger le dessin de sa fille dans l’enveloppe.

-Pas l’amour Lucas, fis-je en lui prenant la main tandis qu’il détournait les yeux.


Je le forçais à me regarder. Qui aurait cru que nous serions là, au Vietnam dans cette guerre ? Rien ne nous y prédestinait quand nous nous sommes rencontrés, non rien n’aurait du nous amener ici. Je pris sa main et l’attirais à moi, de ses yeux coulèrent des larmes trop longtemps contenues, il me prit dans ses bras, je le berçais comme j’aurais pu bercer un enfant qui a compris que la mort enlève les êtres chers, comme une personne qui venait de vivre sa première grande peine…


-L’amour ne s’oublie jamais, dis-je en pensant aux paroles de ma mère, nous pouvons le ranger précieusement pendant des années mais il refait toujours son apparition tant qu’il n’est pas mort, et le vrai, je grand amour ne meurt jamais, je l’aimerais toujours Lucas, je ne cesserais jamais de le chercher, je ne vais pas l’enterrer comme Deborah la fait, je ne suis pas lâche, j’affronte, je suis ici pour cela, n’oublie pas cela, le cœur en garde la trace pour toujours, c’est une partie de nous, il nous définie, nous fait avancer, sans lui nous ne sommes rien, sans Nathan je ne suis rien…


Lucas me regarde, je pouvais lire dans son regard à quel point il se sent seul sans Peyton et cet amour qu’ils ont nourrit et crée…

Encore une épreuve, encore une perte, mais l’amour relève les désespérés, aide ceux qui pleurent, soigne les blessures de ceux qui restent, soutiens ceux qui voient partir une partie de leur vie, de leur cœur pour toujours.

N’attendez pas de rencontrer l’amour parfait, l’amour n’est jamais parfait, il fait pleurer et souffrir, sa consécration n’est que le bonheur de nos années d’égarements, de nos nuits torturées, de tous ces moments où nous avions perdu espoir.

Rien ne s’achève réellement. Rien ne s’efface des mémoires, n’oubliez jamais votre premier amour, celui qui vous a fait vibrer, celui qui vous a tout offert, celui qui vous a donné un instant le sentiment d’être un être à part voué à une vie exceptionnelle.

Sachez que la mémoire garde tout, que même les instants les plus éphémères nous définissent, créée notre avenir, aimez, vivez, rêvez, oublier un instant vos anciens démons, ce jour peut être le dernier, cette heure l’ultime, aucun regret ne doit animer votre âme, c’est la paix des vaincus, le paradis des élus…


Même aujourd’hui à la lueur de ce présent qui nous semble si clément, les images de Lucas et moi dans cette tente restent présentes, comme pour empêcher le temps de faire son œuvre, de faire oublier notre combat et nos pleurs pour retrouver ces être chers, ceux qui nous font vivre, ceux qui nous construisent, Nathan, Emy et Peyton…et peut être retrouver notre vie d’avant, avant le Vietnam, même si je sais que cela nous a été impossible, j’y croyais encore en ce jour où j’ai demandé à Lucas de m’aider à retrouver Nathan qu’importe les moyens employés, une erreur de plus.


-Aide-moi, lui demandais-je comme je l’avais demandé à Nathan en Octobre 1963 quand Brooke avait disparue dans la fusillade. J’ai besoin de toi maintenant, j’ai besoin de mes amis…


nanouee  (01.07.2012 à 15:39)

Musique

Chapitre 5 : Unis, désunis…

25 Août 1969, Saigon, Vietnam Sud


-Les affiches n’ont rien donné, pas plus que les autres moyens légaux utilisés, non décidément ils ne veulent pas laisser échapper l’information, ce serait un mal pour les Usa si le monde finissait par apprendre qu’ils ne savent même pas où sont leurs soldats, s’ils sont morts ou non, dit Paul en secouant la tête.

-Mais ne nous dit pas que nous devons en rester là ? Je ne peux pas abandonner, j’ai parcouru des milliers de kilomètres Paul, j’ai tout sacrifié pour le retrouver, il est hors de question d’abandonner, ni maintenant, ni jamais, dis-je en le fixant tandis que Lucas dans un coin de la pièce réfléchissait.

-Haley soit raisonnable, nous avons tout fait !

-Cela ne fait que 2 mois que je suis la, Andy m’avait dit que ce ne serait pas facile, mais je n’ai pas abandonné, j’ai intégré les Deltas, j’ai vu des horreurs inimaginables tout cela pour lui, et rien que pour lui, je lui ai juré pour le meilleur et pour le pire, je ne peux pas trahir mon serment, je vis cette guerre comme vous tous, ne m’abandonne pas ici !

-Je ne t’abandonne pas Haley, seulement il faut se rendre a l’évidence, dit-il en faisant les cents pas, nous ne trouverons rien, par les moyens légaux !

-Eh bien il ne nous reste plus que l’illégal…

-S’ils t’attrapent, tu seras jugée et enfermée ici, c’est ce que tu veux ? Tu ne lui seras d’aucune utilité dans une prison au Vietnam si jamais il revenait.

-Il reste les hôpitaux ! s’exclama soudain Lucas, et je sais lequel…


Il se précipita soudain sur son sac à bandoulière et en sortit une carte précise de la banlieue de Saigon et des campagnes sur environ 1000km. Il l’étala sur la table de ma chambre d’hôtel à l’Americana, et nous nous penchâmes tous les trois sur ce réseau interminable de rues qui se croisaient, ses yeux bougeaient de droite à gauche jusqu'à ce qu’il pointe le doigt sur un endroit qui devrait nous aider…


-C’est l’hôpital de l’armée Américaine le mieux gardé du Vietnam, ils regroupent les grands blessés, mais pas n’importent lesquels, ceux qui sortent des camps ou qui ont été emprisonnés par les Viets, ils les garde en lieux sûr le temps qu’ils retournent aux Usa, pour ne pas qu’ils affolent les autres soldats, dit Lucas en me fixant. L’entrée ne nous sera pas refusée, mets ton uniforme de Delta et moi j’enfilerais ma tenue, et mon badge, nous passerons, par contre pas de Journaliste.


Paul hocha la tête, compréhensif.


-Ce n’est pas dangereux au moins Lucas ? demanda t-il en fronçant les sourcils, un hôpital gardé ? Cela me fait penser aux services secrets.

-Effectivement c’est une possibilité mais elle reste à l’état de rumeur, répliqua Lucas devant mon air ahuri, ils veulent préserver l’image et la réputation des Usa jusqu'à la fin de la guerre, mais ces hommes ont probablement rencontré Nathan, à un moment ou a un autre…

-Ne me dit pas que si je n’ai pas pu accéder aux administrations, c’est parce qu’ils ont peurs de dévoilés leurs horreurs?

-Dans un sens si…

-Saloperie ! Hurlais-je avant de balancer la carte.


Ils allaient tous payer parce qu’un pays voulait protéger sa grandeur, le gouvernement n’avait jamais eu l’intention de rechercher les portés disparus, voila pourquoi il ne donnait aucun espoir aux familles, voila pourquoi Deborah avait abandonné, elle avait été manipulée, tout simplement, comme tout un peuple. Les USA d’Amérique, pays de liberté, pays d’accueil pour les immigrés de tout bord, venait de montrer sa face hideuse, l’honneur et la gloire avant de simples humains qui ne faisaient pas le poids, une vie perdue ne bouleverserait pas le monde, non mais pas Nathan, je ne donnerais pas Nathan à l’Amérique, jamais…


-Je veux y aller aujourd’hui Lucas !

-Il nous faudra pas de mal de temps pour quitter le centre ville et je dois être rentré à la base ce soir, dit-il, dépité.

-Je resterais là bas, je trouverais bien en endroit pour me loger !

-Et comment reviendras-tu ? Non je vais demander une permission à Torres.

-Joe Torres ? Plaisantais-je, Monsieur amour et compréhension ?

-Je t’avais dit qu’il n’était pas commode, dit Paul en riant.

-Je sais le manier fait moi confiance, dit Lucas, je reviens dans une heure.


Il m’embrassa sur le haut du crâne et sortit en courant vers la sortie de l’hôtel et sa jeep qui l’attendait dehors. Paul me fixa un instant avant de s’asseoir en soupirant.


-Fais attention ma petite tête brûlée je sais comme tu peux être impulsive par moment ! Dit-il grave. Ne va pas te lancer dans des enquêtes à rallonge, vas, interroge les soldats blessés et reviens, tu ne dois pas sauver le monde, ce n’est pas ton fardeau.

-Non ce n’est pas mon fardeaux tu as raison, mais retrouver Nathan coûte que coûte c’est mon combat ! Lucas va m’aider.

-Ne trempe pas dans des combines illégales d’accord ? s’exclama t-il soudain furieux. Les prisons du Vietnam ne sont pas un cadeau, et tu pourrais bien y séjourner longtemps si tu faisais la bêtise de vouloir aller plus vite que la musique.

-Je n’ai plus que 4 mois Paul…

-Non Haley James Scott ! Tu as toute la vie !


Il se releva et comme Lucas l’avait fait, il m’embrassa avant de quitter la pièce sur une dernière phrase que je ne pus jamais oublier :


-Il faut laisser le temps au temps, ne cherche pas à aller plus vite que lui, il te punira de l’avoir défié.


Le temps m’a déjà puni, il m’offre des années à venir sans saveur, des années dans cette guerre, pour retrouver mon amour, que ne ferais-je pas pour lui ? Vivre sans lui m’est impossible, je sais que je ne pourrais jamais rentrer aux USA avec la conviction qu’il est six pieds sous terre. Aucun deuil n’est possible sans corps sur lequel se recueillir, mais je préférerais encore passer le reste de ma vie à le chercher plutôt que de le savoir mort. La porte claqua et le temps sembla faire un bond en arrière. Sa voix résonna comme dans le bois obscure où j’ai cru l’entendre, ses yeux brillent son image s’anime devant moi, je me laisse aller à rêver d’autre chose, d’une autre vie, ailleurs, dans un autre monde, où jamais les guerres ne viendraient nous séparer, où jamais le temps ne pourrait se mettre entre nous, où jamais les amis ne meurent, où jamais les amants ne disparaissent dans la brume sombre d’un jour d’hiver au Vietnam.

Notre guerre n’est pas achevée, elle ne fait que commencer, 2 mois ont passé, mais rien n’a changé, ni mon espoir, ni ma conviction, celle qui me fait poursuivre mon chemin, Nathan est vivant, j’en suis sure et certaine, son cœur bat encore, il ne bat que pour moi à travers sa chemise où je posais jadis ma tête. Des bonds, des sentiments, inaliénables, incassables…


* *

*


Les paysages se ressemblaient, d’immenses arbres tropicaux, des buissons à n’en plus finir, des fleurs indéfinissables, et je restais à regarder par la fenêtre, pensive tandis que Lucas roulait sur cette route de terre instable, les mains crispées sur le volant, le visage grave, les yeux fixés vers ce qui nous attendait. J’avais enfilé mon uniforme de Delta et lui portait sa tenue de combat, décorée par les insignes qu’il avait reçu lors des batailles les plus sanglantes de l’histoire du Vietnam. Il me regarda un instant et sourit. Je savais qu’il avait peur de ce que nous pouvions découvrir mais surtout de ce que nous pourrions ne jamais découvrir, si personne ne parlait, si personne n’avait connu Nathan, la bataille serait vaine et la guerre perdue d’avance.


-Haley quand nous serons arrivé là bas, je veux que tu me suives comme mon ombre, pas de dérapage, c’est sérieux, aussi sérieux que si nous devions combattre un nouvel ennemi de taille, car dans un sens c’est le cas, nous combattons les USA…

-Ce que j’aimerais que Brooke soit la, murmurais-je ce qui le fit sourire.

-Notre éternelle optimiste ! Oui bien sur qu’elle nous manque, mais je ne sais pas ce qu’elle aurait pu faire de plus, elle est loin, à Londres, dans son monde, celui qu’elle s’est créée, à nous de vivre dans celui qui nous a été imposé.

-C’est bien dommage que nous ne puissions plus nous laisser aller à rêver…La réalité a effacé mes rêves de bonheur, je n’ai plus que cet espoir qui me maintient en vie.

-Tu nous as nous, et Peyton, et ta famille, dit-il en me prenant ma main tout en gardant l’autre sur le volant. Je serais toujours là…

-Ne dit pas cela, fis-je, David me l’avait dit et je ne l’ai jamais revu, Nathan m’a promis de revenir et il m’a laissée seule affronter la vie, alors tais toi, ne tente pas le destin.


Les minutes passèrent en silence, Lucas était perdu dans ses pensés, il réfléchissait sûrement à ce que je venais de lui dire, à son départ, à son retour, si retour il y avait, mais moi je ne pensais qu’à cette route qui se dévoilait devant nous, une route qui je l’espérais me conduirait à Nathan, ou du moins plus proche de lui que je ne l’avais été depuis deux mois.

Deux mois sans mon amour, deux mois sans lui…


Il arrêta la jeep devant l’entrée de l’hôpital où le va-et-vient était permanent, des infirmières et des médecins entraient et sortaient les visages pales, les vêtements pleins de sang. Je sautais de la Jeep et marchais en direction de l’entrée, Lucas sur mes talons, je ne prenais même pas la peine de regarder ce sublime paysage qui s’offrait à moi, seul Nathan comptait et ce que je pouvais apprendre en mettant les pieds dans cette chasse gardé, un antre où la vérité se cachait, fuyant la lumière que nous apportions avec nous.

Un homme s’approcha de nous, un gradé qui nous détailla de la tête aux pieds avant de hocher la tête apparemment satisfait.


-Bonjour ! dit-il tandis que Lucas lui tendit une lettre que je n’avais jusqu'à présent pas remarqué. Bien passez !

-Merci, lança t-il en me tirant par la main pour pénétrer dans les couloirs interminables qui s’offraient à nous.


Il marchait toujours, ma main dans la sienne et je me retournais pour voir le gradé disparaître de notre vue, la lettre toujours à la main. Je m’arrêtai soudain, forçant Lucas à s’immobiliser à son tour.


-Qu’est c’est que cette combine ? Demandais-je.

-Quelle combine Haley ? Nous sommes entrés non ? C’est le principal.

-Dis-moi ce que c’est que cette lettre ? M’exclamais-je en lâchant sa main. Que me caches-tu ? Peut être que depuis le début tu es dans le coup, peut être que finalement tu sais où est Nathan, mais que tu protège ta foutue armée ! Lucas ne me ment pas, ou je fais demi-tour à l’instant et tu ne me reverras jamais.

-Haley !

-Eh bien quoi ? Hurlais-je dans le couloir faisant se retourner le personnel, Tu me traînes ici, tu donnes cette lettre comme un laissé passé et nous voila dans cet hôpital si bien gardé, qui cache sûrement autre chose que des indices sur Nathan !

-C’est Torres qui ma fait ce courrier Haley ! dit-il en me prenant par les épaules, il nous a fait une procuration pour entrer c’est tout, sinon nous serions restés sur le pas de la porte ! Je ne voulais pas t’en parler, puisque apparemment tu ne le portes pas dans ton cœur, mais il nous aide là, il nous aide même plus qu’il ne le devrait.

-Je suis… désolée…je suis tellement sur les nerfs, j’ai tellement peur de ce qui m’attends, fis-je en pleurant, mais il me prit dans ses bras et me serra contre lui.

-Ce que tu ne sais pas, c’est que Joe et Nathan se connaissait, c’est Joe qui a accueillit Nathan à son arrivée au Vietnam, dans une autre unité, plus tard il est passé Sergent et a intégré le poste qu’il occupe encore aujourd’hui avec nous. Il ne savait pas que tu étais sa femme au départ, il te prenait pour une insolente qui ne savait pas où elle mettait les pieds, mais il a compris, ne lui en veut pas d’avoir été dur avec toi, il nous aide, il avait le pouvoir de nous laisser entrer, pas moi, j’avais cru que oui mais il m’a affirmé que seuls les gradés avaient le pouvoir de pénétrer ses murs. Sur cette lettre, il a marqué qu’il recherchait un de ses hommes, et que nous devions venir les identifier, ils ne se douteront de rien et discrètement nous interrogerons ceux qui veulent bien nous écouter.

- Pardonne-moi, j’ai honte de t’avoir accusé de tout cela…

-Ne t’excuses pas, je n’ai pas peut être pas tout fait pour lui quand j’ai appris sa disparition, j’aurais du le rechercher plus tôt, tout fouiller…

-Nous allons le faire, fis-je en reprenant sa main et en marchant vers la salle principale où des lits étaient éparpillés, les soldats blessés couchés dessus.

 

Je serrais sa main dans la mienne, comme pour lui faire oublier ces horreurs que je lui avais dites, sous le coup de cette colère qui m’animait, cette colère d’avoir perdu Nathan, d’être ici, de devoir souffrir et pleurer pour un nouvel instant de paradis avec lui aux USA.


Rien ne sera jamais plus horrible que nos expéditions dans les forêts de Saigon, rien jamais ne pourra effacer cette image de mort, de sang séché, cette image inaltérable de l’enfer. Je m’étais endurcie, j’avais appris à retenir mes émotions et j’avançais donc dans la salle où leur souffrance transparaissait à travers leurs cris perçants et les gémissements de ceux qui n’avaient plus la force de parler. Lucas me suivit et je passais de l’un à l’autre, pressante, leur montrant la photo de Nathan que je gardais toujours sur moi. La plupart secouaient la tête, certains ne me voyaient pas, d’autres détournaient le regard, ils étaient tous blessés dans leur corps, mais pire que cela dans leur âme, au plus profond d’eux-mêmes. Lucas désespérait, mais je continuais à passer de lit en lit indéfiniment, comme pour me convaincre que l’espoir de retour n’était pas mort, pas mort avec Nathan quelque part dans ce pays en guerre, le Vietnam ne pourra jamais faire voir au monde ses beautés cachées, tout a été enfouis pour l’éternité dans ce conflit horrible qui a détruit plus qu’une génération. L’un d’eux fixe la photo de Nathan, Lucas se rapproche et je tends l’oreille pour entendre le murmure de l’homme qui allait conduire notre route hors des sentiers battus.


-Il était avec…moi…Scott…

-Où ça ? demanda Lucas en se rapprochant du lit où le blessé gisait, la jambe bouffée par la gangrène.

-Dans un camp…Avec les Viets, au sud de Saigon, je ne sais plus…Ou…mais, je me souviens que quand je me suis échappé…il était entrain d’être torturé…pendu par les pouces sur une corde…C’est ma dernière image de lui, il y a deux semaines…Je suis partit, j’ai couru, couru, pour leur échapper, et maintenant je vais mourir.


Je posais ma main sur la sienne les larmes aux yeux et un instant il me sourit.


-Vous ressemblez à ma femme, murmura t-il, elle était aussi belle que vous, retrouvez-le, il est vivant c’est un dur, Nathan Scott…Elle avait de long cheveux blond, et des yeux verts magnifiques, je ne me souviens plus quand…je l’ai vue…

-Où est ce camp exactement ? Demandais-je, nous sommes proches du but aidez-nous.

-Peut être m’a-t-elle remplacé, délira t-il, je ne sais plus… ce qui se passe aux Usa…

-Rien n’a changé, murmurais-je en m’asseyant sur son lit.


Au dessus des barreaux, son nom était inscrit à la craie, nom éphémère qui bientôt rejoindrait l’oubli des morts ou des soldats brisés qui rentreront la peur au ventre, l’esprit en déroute, jamais ils ne quitteront vraiment le Vietnam, ils y seront pour toujours, dans leur rêves, dans leur cauchemars, dans leur pensés et leurs actes, ce pays les habitent comme ils nous habitent Lucas et moi, comme tout ceux qui vont regretter de ne pas avoir fuis le danger.


-Où est Nathan, John ? Fis-je prononçant son prénom, ce qui le fit sourire.

-Ma femme m’appelle Jessica…

-Rappelez-vous, je vous en prie…

-C’est flou dans ma tête…je sais que nous avons été capturé il y a environ 3 mois, dans la bataille de Thin Na, le camp…ne devait pas être loin, ils m’ont traîné sur le dos, par les bras, ils m’ont fouetté et torturé…ils ont tout détruit.

-Et Nathan ?

-Vous êtes Haley ? demanda t-il soudain en voulant se relever. J’aurais du savoir que c’était vous…il parlait dans son sommeil…Je dormais sur une natte près de lui…il hurlait, il appelait Haley…


Je posais ma main sur ma bouche pour étouffer un sanglot. Il était vivant, vivant…


-Il y avait des barbelés partout, j’ai essayé d’escalader, mais je me suis coupé, fis-il en me montrant ses mains lacérées de plaies qui me firent mal au cœur. J’ai repéré les gardes, j’ai attendu que le moment soit venu, et je suis partie, je les ai abandonné, j’ai honte…je ne mérite pas ma place…Mais Dieu va réparer son erreur.


Lucas restait silencieux et malgré les cris des blessés, je ne pouvais pas quitter des yeux cet homme qui m’avait rendu espoir, rien qu’un instant. Je ne me rendais pas compte que des larmes coulait sur mes joues, sauf quand celles-ci touchèrent ma main posée sur celle de John.


-Nathan a essayé de s’échapper…des centaines de fois, dit-il en inspirant, mais il a été repris… battu, torturé, et moi… je les ai abandonnés…

-John ? Où est ce camp ?

-Il ne peut être qu’a côtés de Thin Na…murmura t-il pensif, près de Thin Na…


Je me tournais vers Lucas qui secoua la tête. Les souvenirs de cet homme n’étaient pas fiables, nous ne pouvions pas nous lancer sur cette piste sur de simples suppositions, notre vie en dépendait, notre avenir se jouait.

 

-John, dis-je, regardez moi…Où est Nathan ? Souvenez-vous la dernière fois que vous l’avez vue ?

-Il hurlait de douleur…Son bras droit…Ses membres se cassaient, un bruit horrible…

-Mon dieu, murmurais-je, Non pas cela…

-Il a hurlé, c’était horrible…Je me souviens qu’ils ont coupés la corde et il est tombé à terre, puis plus rien, c’est le trou noir…Ils ont du le traîner, jusqu'à sa cellule.

-Le camp ? Demandais-je désespéré en pensant à Nathan souffrant seul, souffrant mille mort loin de moi. Souvenez-vous du Camp ?

-Que des barbelés…de la terre, des baraquements en bois, proche du pont…Le pont !

-Quel pont ? Dis-je hurlant presque tandis que Lucas se rapprochait.

-Le pont qui traverse le Mékong…le pont…

-Il doit y avoir des dizaines de pont qui traverse le Mékong, s’écria Lucas.

-Non c’est un vieux pont…Un pont à deux voies…Nous pouvions le voir…

-Un camp de Viets près d’un pont sur le Mékong c’est possible à identifier, pensais-je tout haut.

-Vous ressemblez à ma femme ! Je vous l’ai déjà dit ? demanda John les membres brûlants sous le délire de la fièvre. Elle était belle comme vous, elle était…

-Elle vous attend John, elle vous attend aux Usa ! Dis-je les yeux pleins de larmes.


Lucas me prit le bras et je me relevais, laissant John sourire à ses souvenirs, ceux qu’il avait abandonné chez lui, dans son pays, auprès de son amour, celle qui l’avait peut être déjà oublié.


-Nathan est à Thin Na… à Thin Na…Vous êtes Haley? Oui c’est vous, il avait une photo...Vous ressemblez à ma femme…


Je laissais échapper d’autres larmes qui coulèrent librement sur mes joues, tandis que des infirmières couvraient les cadavres et que John, mon témoin éphémère délirait, happé par les profondeurs de la mort. Sa jambe gangrenée suintait, ses yeux papillonnaient…


Un sentiment étrange m’envahit à chaque fois que j’affronte la mort, un sentiment horrible, celui qui me fait avancer vers ma propre fin, celui qui me rappelle que rien n’est éternel, non rien ne l’est…

Pas même mon amour pour Nathan, le temps passe, chaque seconde est importante, une seconde peut tout changer, il m’attend, il souffre, j’aurais du être là pour lui, je n’aurais jamais du le laisser me quitter. Toutes les minutes qui passent me rapproche de l’inévitable, la mort de mes espoirs…Et s’il ne s’était pas relevé ce jour là ? S’il était mort au sol, sous le regard de John, les membres brisés ?


Si j’y avais cru un seul instant, je serais repartie depuis longtemps, mais non…Il allait survivre, dans mon cœur, dans mon âme, dans mon corps, il allait y vivre pour toujours.


nanouee  (01.07.2012 à 16:07)

Musique

Chapitre 6 : Investigations

3 Octobre 1969, Centre d’information, Saigon, Vietnam Sud


-Maintenant, il y a les villageois, ceux qui habitent sur les bords du Mékong, près des ponts, tous les ponts, Vous allez passer les zones au peigne fin, pour retrouver le camp, dit Paul, et je vais appeler Hing, il nous sera utile.


Je hochais la tête. Nous étions au bureau des informations à Saigon, le centre des journalistes de toute la planète. Ils venaient ici pour avoir les informations que voulaient bien leur donner les représentants des Usa basés au Vietnam, tous les jours réunies dans une salle, ils écoutaient la liste interminable des batailles, des morts, de ceux qui avait sacrifié leur vie à cette guerre. Les têtes basses, ils ressortaient affronter le monstre qui se cachait au dehors et qui ne manquerait pas de les tuer un jour prochain, quelque part dans la luxuriante forêt Vietnamienne, à la poursuite d’un rêve de reconnaissance, d’un scoop, d’un honneur donné par leur pays.

Je ne cherche pas la reconnaissance, mon écrit ne servira pas à montrer une image surfaite de ma vie, mais bien de donner quelque chose d’utile, quelque chose qui nous fasse tous avancer. La preuve que tout peut changer, qu’un seul être humain peut se battre contre une armée de réfractaires, seul contre tous, mais il peut triompher, et moi aussi…


-Pour les villages sur les bords du Mékong, c’est possible, mais par contre il faudra trouver un endroit où dormir nous ne pouvons pas rentrer à Saigon le soir même c’est impossible, surtout si nous repartons le lendemain, lança Lucas en nous fixant.


L’agitation régnait dans le centre, des journalistes partout hurlaient les informations, tandis que d’autres au téléphone pestaient contre l’attente qu’une secrétaire malintentionné leur faisait subir, ou encore un tableau noir rempli d’écriture, de noms de villes que je ne connaissais pas, des noms de villes qui résumaient à eux seuls les combats menés dans ce pays où des tonnes de bombes furent largués vers le sol, plus de bombe encore que lors de la seconde guerre mondiale en Europe. Du feu tombé sur ciel, du sang et cette ombre qui rode, la mort nous emporte…


-Je pense que vous pourrez camper dans la foret, près du fleuve, l’air est frais, et il n’y aura pas trop de moustiques, au pire je suis équipé je vous donnerais mes tentes et mes accessoires de camping, dit Paul en souriant.


Je n’avais toujours pas dit un mot, j’étais encore sous le choc de ma rencontre avec John, le rescapé qui avait vu Nathan, il y a un mois dans un camp quelque part près du Mékong. Le Mékong faisait des milliers de kilomètres, mais son delta se trouvait au Vietnam, et nous n’irons pas chercher plus loin, ni au Cambodge, ni dans les autres pays frontaliers, il devait être ici, il n’y avait pas d’autre solution, le fleuve prenait sa source à l’Himalaya, Nathan ne devait pas être loin du Delta. Les deux hommes me regardaient et je vis un éclair de tristesse passer dans les yeux si bleus de Lucas.


-Je ferais tout, je le trouverais, il ne peut qu’être ici, près du delta, nous dormirons près du fleuve, mais je ne le laisserais pas m’échapper cette fois ci, murmurais-je plus pour moi-même que pour mes compagnons

-S’il est encore vivant !

-Il l’est ! Hurlais-je faisant trembler Lucas.

-Haley…Après le témoignage de John, ne t’attend pas à le retrouver idem à ton image, si tu le retrouves, il sera sûrement bien amoché.

-Je m’en contre fiche, John n’a jamais dit qu’il était mort, et il ne mourra pas, c’est un dur, il a une photo de moi…


Ma voie se cassa et je fermais les yeux pour voir le visage de John s’illuminer en comprenant qui j’étais, il m’avait serré la main et avait souris en me confiant que Nathan avait montré ma photo à ses collègues de bataille. Je me tenais au rebord de la table près de moi et Lucas s’assied les yeux dans le vague tandis que Paul fit tout à coup demi-tour pour s’enfoncer dans le dédalle des portes de ce long couloir qui s’étendait derrière nous.

Le regard de Lucas croisa le mien, et il me sembla que le temps s’était arrêté pour nous, nous étions immobiles au milieu de cette populace qui s’agitaient à la recherche d’informations qui pourraient tout changer, faire changer la vision de cette guerre, cette vision que nous avions tous, ici ou dans le monde entier. Une guerre qui s’éternisait, qui avait perdu son but premier, qui avait oublié le désengagement promis par Nixon, qui avait oublié de former l’armée de Vietnam Sud, une guerre qui nous avait tout volé jusqu'à notre liberté et notre amour qui s’était perdu dans le gouffre infini de notre mort prochaine.

Paul revint tout à coup une carte à la main. Il la posa sur la table près de moi et Lucas se leva pour venir nous rejoindre.


-Le Mékong prend sa source à l’Himalaya et ses eaux coulent dans la mer de chine, ou plutôt la mer du Sud de la Chine, comme son nom l’indique, ensuite, il se sépare en plusieurs affluents qui ne portent pas réellement de noms, sauf pour les ruraux qui les nomment souvent comme cela leur chante, s’exclama Paul, en pointant le fleuve du doigt sur la carte. En fait il borde énormément de petits villages, mais d’après la description de John, cela ne peut être que le principal affluent, lui seul possède des ponts à deux voix, des ponts vieux de plusieurs siècles d’ailleurs. Ils ne sont pas vraiment stables, mais les ruraux s’en fichent bien, seulement il faudra les soudoyer, l’argent ouvre des portes et Hing nous traduira le principal. Prend la photo de Nathan et montre la partout au cas où, puis demande leur s’ils savent où sont les camps des Viets, ne rentre pas tout de suite dans le vif du sujet, tu risques de les effrayer.

-Et pourquoi tu ne peux pas nous traduire ce qu’ils disent tu parles vietnamien ? Demandais-je

 -Je ne pourrais pas venir Haley…

-Comment cela ? Fit Lucas surpris, tout est prêt il ne reste plus qu’a partir !

-Hing vous attendra dehors, il connaît la région comme sa poche, je ne peux pas venir, je dois rentrer aux Usa…

-Mais pourquoi ? Fis-je en colère. Tu ne peux pas nous abandonner maintenant alors que tu as fais tout ce chemin avec nous…

-Je dois rentrer aux Usa Haley, pardonne-moi, mais je ne peux pas t’accompagner…Ma femme demande le divorce…

-Quoi ?

-Cela fait 1 ans que je n’avais presque plus de contact, que j’ai appris à aimer ce pays, que j’ai presque décidé d’y vivre pour toujours, mais aujourd’hui, j’ai reçu les papiers, elle veut divorcer…pour faute, abandon du domicile conjugal, et mon fils…

-Attend ! Tu as un fils et tu ne m’en jamais parlé ? M’étonnais –je

-Il m’a sûrement oublié, cela fait déjà un an que je ne l’ai pas vu…


Lucas s’éloigna de nous, livide. Entendre Paul raconter cette vie qu’il avait laissé, lui rappelait sa fille, si loin qui probablement l’oublierait aussi un jour. Paul me fixait, les yeux brouillés.


-Avec sa mère cela n’allait pas vraiment bien avant mon départ, nous nous disputions tout le temps, mais je me disais que cela passerait, comme le reste, mais elle me fait à présent payer de l’avoir laissée seule pour parcourir le monde. Elle savait pourtant que je ne voulais pas m’enfermer dans un journal minable pour parler des chiens écrasés, mais elle veut…me retirer mes droits parentaux.

-Oh ! Mais elle ne peut pas n’est ce pas ?

-Eh bien si elle arrive à faire croire au juge que je l’ai quittée, je n’aurais plus aucun droit sur Mike, je ne pourrais plus l’approcher…

-Je suis désolée, sincèrement ! Bien sur que je peux entreprendre cette mission seule avec Lucas, rentre aux Usa !

-Je vais revenir Haley, il parait qu’un criminel revient toujours sur le lieu du crime et bien moi je suis pareil, je suis rentré et repartit tant de fois, mais je reviendrais encore une fois, je pourrais finir par croire que cette guerre me tient à cœur, mais il y a aussi ton combat, tu as raison je te soutiens, je te soutiendrais toujours.

-Va-t-en aller, dis-je les larmes aux yeux. Peut être est-il temps pour toi de te poser et de rester aux Usa…

-Non ! dit-il en secouant la tête. Sois prudente ma petite tête brûlée, et fais attention à Lucas aussi, il est vulnérable ces temps-ci. Ne prenez pas de risque inconsidéré, trouvez-le, mais ne tentez rien, revenez, les autorités peut être vous aiderons.

-Je n’y crois plus depuis longtemps…mais je te promets une chose, nous nous reverrons bientôt…Aux Usa !


Il m’attira à lui et me serra contre son corps avant de se détourner et de plier la carte qu’il me remit avec un sourire. Il prit son sac au sol, ce sac que je n’avais même pas remarqué tant j’étais préoccupée par mon combat, il sortit de la poche avant son passeport et se détourna pour quitter la pièce. Il se retourna une dernière fois et me fit un signe…


Un être s’en va, un autre arrive, c’est la dure loi de la vie, encore une perte, mais pas un renoncement. Lucas le regarda disparaître au dehors et ne rêve que d’une chose, être à sa place et prendre cette avion pour les Usa, cette avion qui le ramènerait auprès de Peyton et de leur fille, un avion que j’aurais aimé pouvoir prendre avec lui et Nathan assis à mes coté, ma main dans la sienne, heureux de laisser derrière nous cette terre où le malheur entache nos jours. Cette avion j’allais le prendre des dizaines de fois, seule, et dans les jours prochains je monterais les escaliers, celui qui me mènera a l’aéroport de San Francisco, et j’entendrais la voix qui appelait les passagers résonner, fort, comme un appel au retour, jamais entendu par certains qui ne peuvent plus vivre, qui ne peuvent plus respirer…

Ma mémoire s’obscurcit, des grilles s’ouvrent, celle qui ne se sont jamais ouvertes sont à présent mon salut, le notre, celle de notre génération, plus tard, bien plus tard elles laisseront passer ceux qui ont perdu, ceux qui ont aimé, ceux qui seul maintenant ou dans l’attente de retrouver leur amour, passent le pas de cette porte si imposante, qui nous ramènera aux Usa…le cœur lourd devant notre drapeau, celui qui flotte pour les déshérités.


J’expire l’air de mes poumons comme si je savais que bientôt le destin à nouveau s’acharnerait sur nous, dans cette forêt lointaine, une forêt où une autre âme va s’envoler, un autre ami, un autre amant a enterrer, un de plus, mais pas le dernier…


nanouee  (01.07.2012 à 16:12)

Musique

Chapitre 7 : La lueur dans la nuit…

5 -6 octobre 1969, Aux alentours du Mékong, Vietnam Sud


Nous marchions des sacs sur le dos, le matériel de camping à la main, comme deux survivants qui se cherchaient ou qui cherchaient la lueur qu’il restait dans leur gouffre sans fin.

Paul était partit il y a deux jours et il m’avait téléphoné pour me prévenir de son arrivée, il avait eu la ligne en joignant le centre d’information. Il était là où nous voulions êtres, réunis, tous ensemble pour la vie, il avait promis de me tenir au courant de la suite des événements mais aussi de cette vie que j’avais laissée aux Usa. Je ne me souvenais presque plus des routes, des rues bordées d’arbres, ici tout n’était que sécheresse ou humidité incommodante, des arbres hauts qui cachaient la lumière, un autre monde sur cette planète. Je marchais à coté de Lucas proche comme les amis que nous étions, dans cet univers si loin de notre vie, pour sauver son frère, pour sauver la vie de Nathan, et surtout sauver notre avenir.

Je suis consciente que nous sommes bien misérables à l’échelle du monde, et que si personne n’a réussi jusqu’ici à dévoiler les secrets, nous ne pourrions jamais y arriver, mais j’ai confiance, je suis peut être naïve comme me l’avait reproché Paul, ou alors simplement une idéaliste qui s’ignore et qui veut changer le monde pour le faire ressembler à ses rêves enfantins. Lucas regarde droit devant lui évitant les racines au sol, alors que moi je marche la tête dans les nuages, impressionnée par ce paysage qui s’offre a moi, si près des gorges du Mékong et maintenant si loin de Saigon.

Mes pieds glissent sur le sol instable et Lucas doit parfois me retenir, mais je commence à entendre soudain un bruit d’eau, un bruit léger, une eau fluide qui glisse, je marche de plus en plus vite et après avoir dépasser des buissons je me retrouve au bord du Mékong, ce fleuve de légende, de près de 5000 kilomètres, qui prend sa source sur un sommet tout aussi prestigieux et qui se déverse dans la mer de Chine sous nos yeux, le delta s’étale et l’eau coule, grondant dans le vent, mais je suis la, je ne bouge pas. Lucas pose le sac au sol et regarde lui aussi le spectacle.

Le Vietnam aurait pu être tout autre chose que cette guerre, un pays emplis de richesse, d’une beauté poétique qui aurait inspiré les écrivains du monde entier, moi la première, un pays si riche en émotions que j’aurais aimé au moment même où j’aurais posé les pieds sur son sol. Mais je l’ai hais autant qu’un être humain est capable d’haïr, il nous a tout pris, notre vie, nos années de jeunesse, nos amis, nos frères, nos amants et pourtant, devant ce fleuve qui s’écoule, gorge de la vie, alimentant tout un pays en eau, un fleuve magique, tiré tout droit d’un conte oriental, un conte où la princesse retrouve son prince, un conte que j’espérais se voir réaliser ici.

Je m’approche encore et je me penche pour passer ma main sur l’eau fluide. Je me sentirais presque renaître si soudain l’image de Nathan torturé ne m’était pas revenue à l’esprit. Lucas monte la tente dans un coin sans mot et je me relève la main toujours humide. Le soleil lentement descend derrière les arbres, et la forêt qui nous attendent dans les jours à venir. Nous avons parcouru des kilomètres en voiture avant de la garer dans le dernier village avant de pénétrer dans la jungle. Nous avions ainsi marché pendant deux heures avant d’entendre le bruit de l’eau qui refluait vers la mer. Nous savions alors que nous avions gagné, nous étions au plus haut point du fleuve, il nous suffisaient à présent de le remonter vers les montagnes qui bordait la frontière du Vietnam, commençant par les villages du delta du Mékong qui se jetait dans la mer de Chine, et remontant le long de ses rives, jusqu'à la frontière avec le Cambodge.

Lucas a finit de monter la tente et m’appelle. Je m’étais éloignée comme emportée par la beauté du fleuve le long de ses rives bordées de fleurs et de plantes tropicales extraordinaires.

 C’est une image qui reste intact dans mon esprit, c’est la dernière image de la félicité, c’est la dernière image d’un bonheur apparent, un bonheur simple qui sera bientôt rattrapé par un événement qui allait tout changer dans nos vies si tumultueuses, ici mais aussi aux Usa, quelque chose d’assez fort pour nous désunir, quelque chose d’assez fort pour nous faire dire des mots que jamais nous n’aurions prononcé, quelque chose d’horrible qui nous fera regretter de n’avoir pas fuit quand nous en avions encore la possibilité.

Je le rejoins et il me sourit avant de s’asseoir et de sortir une glacière contenant assez de nourriture pour tenir jusqu’au prochain village.


-Je pourrais presque passer toute ma vie ici, murmurais-je les yeux fixés sur le ciel aux couleurs changeantes.

-La beauté cache souvent l’horreur, dit-il avec un sourire diffus, nous sommes si loin de Saigon et en même temps si proche et pourtant tout semble différent, ce n’est qu’un leurre, nous devons nous méfier.

-Oui c’est sur que des Viets se cachent dans la forêt mais je pense que nous pouvons dormir tranquille…

-Et Comment dit-il en sortant un revolver de son sac…Je tire comme un chef !


Il rie et je me laissais aller à me détendre, dans ce cadre idyllique qui cachait d’autres horreurs, bien pire que celles que j’avais imaginées.

Lucas et moi parlâmes toute la soirée, de Nathan de Peyton et des autres, les faisant revivre un instant devant nos yeux, rien que pour nous, dans l’obscurité de cette forêt du bout du monde.

Il est étonnant comme le destin peut nous surprendre, nous emmener dans des endroits où nous n’aurions jamais mis les pieds si la providence n’avait pas précipité les choses, pour notre bien à tous ou pour notre malheur, telle est la question.


Cette image reste dans mon esprit, Lucas assis au sol et moi en face, à rire, inconscient de notre destin, comme happé par la fougue de la jeunesse et la beauté du paysage, des choses auxquels je n’avais pas pensé depuis la disparition de Nathan, en fait depuis qu’il était au Vietnam, je ne vivais plus, je ne faisais que respirer dans le vide, mais sans envie, sans passion, sans rien qui pourrait me raccrocher à la vie, seul mon combat me fait avancer, et ce sont tous les combats à venir, qui me construiront, qui feront de moi un être blessé que l’amour a relevé…

 

* *

*

                                                                                                                                          

La sueur perle à mon front, le soleil est haut dans le ciel, le temps a changé, la pluie des moussons a laissé place à une douce brise accompagnée de rayons salvateurs pour nous qui marchons dans la jungle évitant tous ses pièges, vers les prochains villages.

J’avais congédié Hing, sans Paul je préférais encore partir seule avec Lucas. Ce n’était pas un manque de confiance mais bien un besoin de me réaliser seule, comme je l’avais toujours fait. Pas totalement seule, Lucas m’aidait, son combat venait rejoindre le mien, nous étions liés dans cette forêt, dans ce pays où nous n’aurions jamais cru vivre.

Des maisons vulgairement assemblées de planches de bois de mauvaise qualité apparurent tout à coup dans notre champ de vision et Lucas soupira, il pensait sûrement que nous étions perdus, mais n’osait pas me le dire. Il gardait la carte à la main et nous accélérâmes le pas vers les habitants qui déjà s’agitaient à notre vue.

Paul m’avait enseigné quelques notions de Vietnamien à mon arrivé mais je ne maîtrisais pas bien cette langue et j’avais préparé mes phrases types à poser aux habitants la nuit pendant que Lucas dormait et que je regardais le fleuve. Je suis hésitante, j’ai peur de ne pas comprendre, j’ai peur de ne jamais pouvoir le retrouver dans ce pays, si différent du notre ou une vie ne valait pas tous les sacrifices que j’avais entrepris.


Une femme me regardait, un bébé dans les bras, je m’approchais :

 

 

-Xin chào ! (Bonjour)

-Xin chào ! (Bonjour)

-Xin l?i (Excusez moi) Je cherche quelqu’un ! Fis-je en anglais ne connaissant pas la traduction.

 

La femme secoua la tête devant moi et fit signe à un homme qui vint se poster près d’elle.

 

-Vous parlez Anglais ? demanda Lucas.

-Vâng (Oui) Je peux vous aider ?

-Nous cherchons quelqu’un, mon mari pour être exact. Il a disparu dans les environs il y a 4 mois !

-Bao nhiêu? (Combien ?) S’écria la femme.

-Bôn (Quatre) Tháng nam 1969(Mai 1969), dis-je en voyant la femme hocher la tête, signe qu’elle me comprenait.

-Nous n’avons pas vu d’américain dans les environ depuis longtemps, ils ne viennent plus depuis la bataille de Thin Na, dit l’homme en nous fixant. Avez-vous une photo ?

 

Je la sortit précipitamment de mon sac tandis que la foule nous rejoignait, curieuse, des hommes en pantalon de toile, des femmes avec des enfants dans les bras, le riz cuisait dans une grande casserole sur un feu derrière la femme qui me fixait toujours en donnant le sein à son enfant. L’homme tendit la main et prit la photo qu’il examina attentivement avant de la faire passer dans toutes les mains.

 

-Je ne l’ai jamais vu Xin l?i (désolé), mais il est sûrement dans un camp avec les Viets, je ne vous conseille pas de vous aventurer plus loin, c’est dangereux.

-Nous le savons, dit Lucas en hochant la tête, une dernière question ! Savez vous ou sont les camps de Viets près du Mékong et il y aurait-il un pont dans les parages ?

-Oh ! s’écria une femme dans la foule, Pont ? Vâng Vâng (Oui Oui) !

-Vâng (Oui), il y a un pont, plus loin dans la forêt, un Cu (vieux) !

-Pourriez vous tracer l’emplacement sur notre carte Xin m?i (S’il vous plait), dis-je et il hocha la tête en souriant.

-Cám on nhi?u (Merci beaucoup)

 

Il prit notre carte en main et la posa sur un cageot de fruits vide qu’il avait retourné pour en faire un appuie solide. Il s’agenouilla et interpella un enfant dans la maison qui sortit avec un stylo de couleur rouge. Il le prit et commença à tracer le chemin avec des indications qu’il annotait sur le coté. Lucas se pencha pour voir l’itinéraire, alors que moi, hypnotisée par le spectacle de ses dizaines de personne agglutinées devant nous, je n’écoutais plus les paroles de l’homme qui avait sauvé notre mission, sans lui, nous n’aurions jamais pu avancer, très peu parlait anglais dans ces provinces reculées du Vietnam où ils étaient pour la plupart analphabètes ou confinés dans leur croyances d’un autre âge.


-Regardez ! s’exclama l’homme me tirant de mes pensées.


J’avançais et me penchait sur la carte avec Lucas.

 

-Continuer après la route au bout dit-il en la désignant du doigt, vous passerez a coté d’une rizière, que vous allez dépasser, plus loin il y aura un grand champ vide et un village au loin. Avant d’entrer dans le village, tournez a gauche et vous retrouverez les rives du Mékong et le pont que je vous ai entouré !

-Cám on nhi?(Merci beaucoup) ! Je ne sais pas ce que nous aurions fait sans vous !

-Ravis d’aider nos alliés ! Lança t-il en se relevant.


La photo de Nathan nous revint après avoir été observé par tous les villageois présents. L’un d’eux, une femme d’un certain âge, s’approcha de nous et hocha la tête en fixant la carte.


-Il vous faut l’aide du gouvernement des Etats-Unis, dit-elle dans un anglais parfait. Vous ne pourrez jamais le libérer seul, vous y laisserez votre vie…Certains restent prisonnier durant de longues années, leur pays ne sait même pas où les rechercher, ils font leur ménage de loin, à des milliers de kilomètre alors qu’ils devraient être sur place pour connaître la vie et les gens qu’ils veulent tant défendre. Suivez l’itinéraire de Nao, il a un sens de l’orientation extraordinaire, mais une fois que vous avez trouvé le camp, si camp il y a, allez vous en, marqué la position, mais partez.

-Je ne peux pas le laisser…

-Des soldats formés pour le combat vous aideront !

-Personne n’a voulu nous aider, dit Lucas en secouant la tête, ils pensent qu’il est mort.

-Il ne mourra jamais dans votre cœur, c’est le principal. Rejoignez le prochain village avant Ban dêm (la nuit) Hôm nay (Aujourd’hui).

 

 

Elle s’éloigna, marchant comme un fantôme vers une petite bicoque dans laquelle elle entra sans jamais se retourner. Je restais à regarder la trace qu’elle avait laissé sur le sol avec ses sandales, comme un mirage, une apparition pour nous aider à avancer comme Nao, nous redonner espoir, nous prouver que ce pays n’allait pas nous enfermer pour toujours, que la lumière brillerait encore longtemps dans la nuit que nous occupions depuis si longtemps.


Nao nous remis la carte avec un sourire et un au revoir providentiel, un autre adieu pour nous, pour moi…

 

* *

*

 

Les bruits du fleuve qui s’écoule nous parvint à nouveau sur notre route vers les camps Viets, et je su que nous n’étions plus très loin de l’intersection que Nao avait entouré en rouge, juste avant le pont que John avait apparemment aperçu avant de tomber dans les filets des ennemis. Le soleil était encore haut dans le ciel, nous avions le temps, nous pouvions avancer lentement sans nous fatiguer vers notre but. Lucas chantonnait et je me pris à sourire. J’avais l’impression de revenir en arrière, quand nous étions encore jeunes et innocents, que Lucas n’avait pas encore vu toutes les horreurs de la guerre, que Peyton n’avait pas encore renoncé un temps à l’amour de sa vie, que Nathan ne parte loin de moi, que je ne fasse tous ces kilomètres rien que pour lui, pour cet homme qui avait changé ma vie, qui m’avait tant offert, mais qui menaçait de tout reprendre en restant perdus dans la nature…

Le village apparaît au loin, comme un mirage, la chaleur est pesante, nous marchons toujours, et Lucas ne regarde plus la carte faite par Nao, elle est imprimée dans son esprit, nous ne pouvons pas rater ce pont, je sais que nous sommes proches. Il tourne à gauche sans même regarder le bout de papier qu’il a vulgairement plié dans sa poche, je le suis, en totale confiance, je ne pouvais pas savoir que nos pas seraient les derniers ensembles…Nous allions nous perdre.


Le village disparut de notre vue et à nouveau, nous nous enfonçâmes dans la foret dense où l’air était plus humide que dans les plaines vides de toutes végétations. Il n’y avait aucun bruit, comme si le temps s’était arrêté, comme si personne n’avais jamais traversé ces lieux avant nous, nous étions les pionniers, il poussa les buissons sur notre passages, les branches intempestives qui nous bouchaient la vue, et nous marchâmes avec à l’esprit un seul but, une seule mission, avant de repartir, de revenir à la civilisation : retrouver le camp de Nathan.

Elle avait raison, cette femme qui était apparue de nulle part et qui avait disparue de la même manière. Nous étions trop faibles, nous étions trop naïfs, le petit revolver que Lucas avait en sa possession ne nous serait pas d’une grande utilité, ils pouvaient nous tuer à tout moment, rien qu’approcher les abords du camp était dangereux, si camp il y avait, parce que nous n’avions toujours rien vu et Lucas s’assit sur un rocher plat en soupirant. Il sortit une gourde, but et me la passa.


-On ne le trouvera jamais, fit-il en s’essuyant la bouche, on est perdu.

-Mais non ! M’exclamais-je, Relève-toi, aller, nous ne sommes pas perdus, et puis si nous le sommes vraiment c’est ta faute ! C’est toi qui gères la carte !

-Tu es nulle en orientation ! Plaisanta t-il, tu nous aurais emmené au Cambodge.

-C’est un pays à visiter, dis-je avec un sourire éclatant, pour notre prochain tour du monde ? Qu’en dis-tu ?

-Je ne bougerais plus jamais des Usa une fois que nous serons rentrés ! Je peux te jurer que je ne mettrais plus jamais les pieds au Vietnam, ni ailleurs ma chère belle sœur, je veux une vie calme…

-Pas moi, murmurais-je pensive

-Aller en avant, et arrête de philosopher, je t’ai toujours dit que tu aurais du faire prof !


Je riais et le frappais, il tomba en arrière et se releva en riant, pour épousseter son pantalon plein de terre.


-Tu me le payeras Haley Scott ! Mais pas aujourd’hui, aujourd’hui c’est sérieux !

- Bien sur chef !

-C’est Soldat Scott, je te prie, dit-il en souriant avant de reprendre son sac et de m’entraîner à nouveau sur ce chemin de terre qui semblait tracée pour nous.

 

Je ne me souviens plus combien de temps nous avons passés dans cette forêt, combien d’heure nous avons marchés, mais au moment où nous allions abandonner, quelque chose attira mon attention, ultime signe que la providence était de notre coté, pour un temps du moins.

Je m’immobilisais, mais Lucas continua de marcher sans remarquer mon absence. Il s’arrêta soudain en se rendant compte qu’il parlait dans le vide. Je ne bougeais pas, je scrutais les barbelés, je cherchais une présence humaine mais le silence régnait. Je m’approchais mais Lucas soupira et m’appela. Des baraquements étaient cachés par de grands arbres, derrière les barbelés, des bâtiments en bois rudimentaires, comme ceux du petit village Vietnamien. Je m’approchais encore plus et découvris un trou dans les barbelés, et du sang séchés sur les pointes coupantes. Des vêtements déchirés jonchait un sol en terre battue aussi sec que s’il n’avait jamais plu dans ce coin de la forêt, aussi sec que si ce camp était tout droit sortit de terre aujourd’hui, rien que pour nous. Des morceaux de chaires humaines étaient accrochés aux pointes coupantes, et je m’imaginais la douleur de ceux qui avaient laissé plus que leur vie dans cet antre baigné par la pénombre, entouré d’arbres lui cachant le soleil. Lucas se rapprocha alors, il voyait que je restais immobile. Il se posta près de moi et lâcha un sifflement qui résonna dans la forêt comme un cri.


-Tais-toi ! Tu veux réveiller les morts ! Lançais-je. Nous ne savons pas si le camp est vide !

-Il en a tout l’air Haley, et depuis un bon moment sans doute, cela ne doit pas être celui-ci.

-Allons voir tout de même, fis-je en m’avançant vers l’entrée.


Une barrière en fer forgé nous attendait, je la poussais et bien qu’elle grinça sur ses gonds rien ne bougea dans le camp. Les baraquements avaient portes et fenêtres ouvertes, comme si leur occupants les avaient quittés à la va-vite, sans rien emporter, laissant tout comme un nouveau renoncement. Je foulais le sol, la lumière du Soleil ne me réchauffait plus et j’avais froid, je tremblais et resserrais mes bras autour de mon corps en avançant un peu plus, le visage pâle d’appréhension, avec cette peur en moi, cette peur que ce soit encore un leurre, une piste nulle qui ne mènerait nulle part.

Lucas suivait le chemin que je traçais au sol et il s’arrêta un moment près du premier baraquement. Ils étaient alignés horizontalement face à nous et je pouvais voir leurs fenêtres brisées, les portes éventrées, quelque chose d’horrible devait avoir eu lieu ici. Lucas s’était penché pour ramasser un fusil au sol. Il le regarda et vit qu’il était chargé.


-Cela pourrait nous servir, on ne sait jamais ! dit-il en continuant de marcher à la recherche de cartouches.


Je hochais la tête et devant moi un instrument de torture attira mon attention. Posé au milieu de la cours entre les baraquements, un poteau, des cordes, des liens pour nouer leurs poignets, pour les pendre, leur briser les os… Nathan…John l’avait aperçu accroché à ces liens, j’en étais sure, cela ne pouvait être que ce camp, le plus proche du fleuve. Mais où étaient t-ils tous ?


Je laissais Lucas dans la cour et j’entrais dans un baraquement au hasard. Des dizaines de nattes misérables au sol, un seau remplis d’excréments où les mouches venaient se ravitailler, des traces de sang au sol et un fouet posé dans un coin. Je pouvais presque ressentir la douleur de ces fantômes, ceux qui avaient habités ce lieu, ceux qui avaient saigné sur ce sol, qui avait du oublier la honte et se soulager ici devant des inconnus. Je passais à la pièce suivant, à proprement parlé, cela devait être une sorte de bureau de garde, ils les surveillaient d’ici, ils les interrogeaient dans ce bureau où une chaise en bois qui menaçait de craquer se trouvait au milieu, comme si le condamné était le phénomène de foire de leur investigations.

Je sortis et rejoignis le deuxième tandis que Lucas, au milieu de la cour, inspectait les cordages tachés de sang et les sangles en fer qui étaient accrochées au poteau. En dessous du poteau des traces sur le sol révélaient le calvaire des suppliciés, le calvaire qu’ils avaient enduré durant de longues heures sous les coups et les insultes. Des heures qu’ils n’oublieront jamais s’ils avaient survécu, si Nathan avait survécu à la corde…


Je pénétrais dans le deuxième, curieuse et en même temps troublée par l’atmosphère de ce village fantôme, qui pourtant me touchait au plus profond de moi. Ils n’avaient jamais vraiment quittés ce lieu, ils y seraient, pour toujours enfermés dans cette carapace impossible à briser, ils apparaissent et disparaissent, ils parlent et chuchotent, ils pleurent et hurlent. Ils marchent, suivent les mouvements de Lucas qui livide s’imagine les scènes…

Je m’arrête sur le seuil quelques secondes puis je pénètre enfin dans leur prison, cette cage dont les barreaux ont été impossibles à briser. Idem que dans la précédente, des dizaines de nattes à même le sol, des vêtements nauséabonds, des traces de sang, j’avançais, comme poussée par le destin. Je scrutais la pièce, je sentais une présence, je ressentais sa présence, il avait été ici, j’étais arrivée trop tard.

Je marchais sur les nattes, les tachant de boue, mais peu importait, elles étaient déjà salies par l’opprobre et la cruauté, par tout ce que nous n’aurions jamais du vivre.


Pourquoi baissais-je le regard ce jour là ? Ce jour comme les autres pour des milliers de personnes, mais un jour si différent pour moi. Tout semble clair alors, tout semble simple, nous avions eu raison dès le départ nous étions sur la bonne voie. Mes yeux fixèrent le sol comme happé par quelque chose d’invisible quand soudain je distinguais autre chose, quelque chose de brillant. Je me penchais à genou au sol, je ramassais l’objet, un morceau de papier déchiré, un simple morceau de papier que j’aurais jeté si je n’avais pas lu derrière l’image flou :


Nathan et Haley

2 août 1967


Ma gorge se serra et j’essayais de mieux voir ce que je savais à présent être une photo, une photo de nous, dans ce camp, Nathan était passé par là, John avait eu raison depuis le début. Une partie de son visage apparaissait, coupé, le mien avait disparu, il l’avait emporté avec lui, laissait ici une trace, comme s’il sentait que j’étais si proche et même temps si loin de lui et de son cœur.

Une larme coula, puis une deuxième et Lucas fit son entrée en m’appelant. Il s’approcha de moi et se pencha pour voir ce que je tenais dans la main.

 

Il devint encore plus pâle qu’auparavant et je me relevais pour me rapprocher de lui encore un peu plus et lui tendre ce morceau de papier qui résumait bien notre vie, déchirée et blessée, notre avenir sera à l’image de cette photo si chère à mon cœur qu’il avait emporté avec lui sans même me le dire. Une photo de la petite réception après notre mariage, j’avais troqué ma robe pour un tailleur et nous étions jeunes et souriant, tout était prometteur, quelle erreur…

Lucas releva la tête et fronça les sourcils.

 

-Haley ? J’entends du bruit !

-Impossible, murmurais-je, ils ne sont plus là, il n’est plus là…

-Viens, ne restons pas la, je ressens de mauvaises vibrations !


Il me tira en arrière et tout à coup un coup de feu retentit dans l’air, il me tira encore plus fort vers la porte et nous sortîmes. J’avais toujours la photo dans la main, je ne pouvais pas détacher mon regard de son visage souriant derrière le masque de cette photo abîmée par le temps et les horreurs commises. Nous arrivâmes au milieu de la cour près du poteau quand tout à coup un enfant sortit de nulle part s’approcha, un fusil à la main…


La mort d’un être cher est une perte inestimable, surtout quand vous regardez la mort droit dans les yeux à ses cotés, vous l’affrontez, elle a l’apparence d’un canon de fusil, et malgré tout, malgré le danger qui rode, vous ne reculez pas. Je n’ai pas reculé, je tenais le morceau de papier qui changera ma vie dans la main et Lucas vit le canon du fusil se diriger vers moi, tandis que l’ombre me visait, il me poussa sur le coté, un instant comme si le temps s’était arrêté, il me semblait que j’hurlais ou alors peut être que je ne respirais déjà plus à ce moment là, mon souffle était bloqué dans ma gorge et un gémissement m’échappa quand le coup partit.

Je tombais sur le coté et Lucas se posta à ma place, la balle le toucha, l’envoyant à quelques mètres plus loin sur le sol dur. Je me tournais et vis la peur dans ses yeux, il venait de tirer, son fusil fumait, il ne devait pas avoir plus de quinze ans, toute une vie déjà vouée à cette guerre, comme nous…Il se retourna pour fuir le camp sans un mot, un fantôme, il nous avait châtiés pour avoir pénétré leur antre…Un Viet oublié…

Je secouais la tête et le vis disparaître au loin, la vision floue de notre fin, une autre fin, une autre mort, non pas lui. Je me tournais vers lui et le vis grimacer la main sur sa poitrine, je me levais, et lui pris la main en souriant les yeux emplis de larmes. Il essaya de se redresser, je l’aidais de mon mieux, le sang coulait fluide sur sa chemise kaki, se mêlant à la terre. Je tremblais, je l’aidais à se mettre debout et passait mon bras derrière sa taille. Il me sourit comme pour me rassurer et nous marchâmes vers la sortie. Je me retournais sans cesse pour voir si l’homme qui allait changer nos vies était encore là, mais non, il était partit, pris de panique peut être…Si je l’avais suivis dès qu’il avait entendu du bruit, nous serions loin à l’heure qu’il est, je ne serais pas à le traîner dans la forêt, jusqu'à ce que nous tombions tous les deux au sol, le poids était trop dur à porter.


-Je n’ai même pas mal, murmura t-il alors que la tache de sang s’élargissait sur son torse.

-Tais-toi, économise tes forces, je vais nous sortir de là…

-Je te fais confiance ma petite Scott, plaisanta t-il, tu n’es pas douée pour l’orientation mais tu as d’autres talent !

-Oui souviens t’en, dis-je plus pour parler que pour dire quelque chose porteur de sens.


Je ne voulais pas qu’il s’endorme au sol alors je parlais, pour entendre ma voix aussi, me convaincre que j’étais encore vivante et qu’il allait survivre, j’y ai cru jusqu’au dernier moment. Il était couché, il regardait le ciel bleu foncé qui précédait le crépuscule, les yeux vitreux, la main sur sa blessure, juste au dessus du cœur. Il me regardait mais je m’agitais assise à ses cotés au sol, dans la forêt calme, loin du camp, que nous avions fuit, moi le portant comme j’aurais porté Nathan, comme je portais la peine et les horreurs commises ici. Je passais une main dans ses cheveux.


-Je vais aller chercher de l’aide, dis-je mais il secoua la tête.

-Ce n’est que superficiel, je peux me relever, regarde.


Il joignit le geste à la parole, mais un cri s’échappa de ses lèvres et il retomba au sol frissonnant. Je posais sa tête sur mes genoux et j’imaginais que le temps faisait un bon en arrière, que nous quittions un instant cet endroit, pour revenir au moment où tout avait changé, pour corriger l’erreur qui fut commise par votre Dieu, laisser partir Nathan et Lucas, et maintenant cet instant, les mains pleines de sang, j’appuyais sur la plaie, son cou palpitait encore sous ma main mais j’étais pâle, j’avais peur de le perdre, de tout perdre si jamais je devais l’enterrer…

Ses yeux papillonnent, mais il tient toujours sa main dans la mienne, je la serre un peu plus, comme pour lui insuffler vie à nouveau, comme pour ne pas le laisser partir, non je ne le voulais pas. Je restais appuyée avec mon autre main sur sa blessure en pleurant mais le sang coulait entre mes doigt malgré le point d’appuie, tout était perdu…


-Haley ! Le ciel est noir…

-Il fait nuit, dis-je en pleurant même si le soleil brillait encore.

-Je ne vois plus rien…

-Je suis là, tu sens ma main.

-Oui, dit-il en souriant, peut être aurions nous mieux fait de nous perdre.

-Oh…

-Peyton avait raison…elle avait raison, murmura t-il. Rentre aux Usa Haley !

-Nous rentrerons ensemble, et plus jamais tu ne repartiras, tu resteras avec Peyton et Emy, tu la verras grandir comme tu l’as toujours voulu, Lucas…ne me laisse pas seule ici, j’ai peur…

-Je ne pars pas, dit-il en inspirant.


Il était pâle, ses lèvres viraient au bleu, j’enlevais ma main de sa blessure et essuyait le sang sur mon pantalon, avant de caresser son visage.


-Je n’ai pas pu regarder la photo d’ Emy, elle est dans ma poche, montre la moi, murmura t-il.


Je fouillais dans sa poche fébrile, mais je tremblais tellement que les larmes redoublèrent que mon cœur se serra, il attrapa ma main, et la serra contre lui, je gémis et me penchais encore plus, pour l’embrasser sur la joue, pour m’imprégner de cette fin, de cette nouvelle vie qui s’en allait…par ma faute. Ses yeux aveugles me fixait sans me voir, il n’aurait de toute façon pas pu voir la photo de son ange, resté aux Usa.

 

-Pardonne moi…Tout est ma faute, je n’aurais jamais du t’entraîner avec moi…je…

-Je n’ai rien à te pardonner…j’ai suivit mon chemin, il s’achève…Dis-lui…dis-lui que je l’aime, que j’aurais tout sacrifié pour elle, je…Je les aime, pour toujours

-Non…Tu leur diras…fis-je même si je savais que la mort avait trouvé sa proie.


Un dernier souffle, les poumons se vident et les yeux se ferment pour toujours, à l’infini, tout s’efface, notre mémoire se perd, nos actes ne sont plus utiles, la mort les emporte, la mort nous emporte, elle efface tout ce qui aurait pu nous faire renaître, nous les vivants, ceux qui restaient au bord des tombes, pour enterrer leurs amis, leurs amants, le moment était venu…

Il expira, un dernier souffle, et un sourire apparut sur ses lèvres, un sourire diffus, mais ses yeux étaient fermés pour toujours, je ne les reverrais plus jamais briller, je ne le reverrais plus jamais me sourire, tout a une fin, mais pas la notre, non pas la sienne.

Je m’effondrais sur son corps, tenant toujours sa main et murmurant des paroles indistinctes. Les larmes coulaient comme elles n’avaient jamais coulées, un cri s’échappa de mes lèvres et retentit dans la forêt. Je restais à genoux au sol, devant lui, je passais ma main sur son visage, sur ses yeux fermés, sur ses lèvres, dans ses cheveux, une dernière fois, pour la vie, ma dernière image, sa dernière empreinte.


Je pose mes lèvres sur son front, pleurant encore et encore, pour cette perte, pour ce que cela signifiait, un autre cercueil, un autre drapeau, une autre mort, que je devrais porter toute ma vie…Lucas…



Il m’était apparut comme un sauveur, m’avait aidé, m’avait offert son amitié, nous étions liés, nos cœur étaient liés, et maintenant nos vies se séparaient ici, comme celle de Nathan et moi, le jour où la guerre est entrée dans notre univers. Je n’aurais jamais pu imaginer, que nous finirions par payer le prix de tout cela, nous la jeune génération éprise de liberté, mais la liberté a un prix, le pire qui soit le sacrifice, je venais de le sacrifier, il sera toujours présent dans mon esprit, un fantôme de plus, une autre tombe à aller visiter…

Nous n’aurions jamais du nous enfoncer dans cette forêt, je n’aurais pas du m’attarder devant cette grille, nous aurions du faire pleins de choses et en même temps nous aurions du éviter pleins d’embûches…

N’oubliez pas…la mort rattrape ses erreurs, une seconde change tout, si cela n’avait pas été aujourd’hui, cela aurait été le lendemain ou les jours suivant, elle nous poursuit, c’est sa finalité.


Un bruit viens troubler le silence qui m’entourait, seule avec lui, cet ami à qui je venais de dire un ultime au revoir, un ultime baiser sur le font, une ultime caresse, imprimant ses traits dans ma mémoire, pour ne jamais les laisser se perdre.

Il apparut au dessus de nous, faisant bouger les feuillages, voler mes cheveux et figer les larmes sur mes joues, il apparut tel un sauveur, les hélices tournant au vent, il descendit vers le sol, le sigle de l’armée des Usa apparut sur la coque…


J’étais sauvée.


nanouee  (01.07.2012 à 16:22)

Musique

 

15 Octobre 1969, Californie, Usa

 

« Le seigneur donne et le seigneur reprend, offrez lui la paix des vainqueurs et le paradis des élus, dans votre miséricorde infini, accueillez le en votre sein… »

 

Cette phrase résonne dans mon esprit comme une longue litanie, dans la fraîcheur de cette journée sombre en Californie, aux Usa, devant la tombe de Lucas.

 

L’hélicoptère nous avait repéré dans la forêt alors qu’il faisait une ronde, il n’était pas descendu a temps, j’avais déjà refermé ses yeux, et dit adieu à son âme. Ils m’avaient trouvé, les joues barbouillées de larmes, les mains pleines de sang, le cœur brisé a vie, pour tout ce que je ne pouvais pas changer, pour toute ma souffrance, pour toute notre douleur…

Ils avaient emportés le corps et prévenue Peyton, j’avais repris l’avion pour rentrer et lui dire au revoir une dernière fois, juste une dernière.

 

Elle fixait le trou béant, et le cercueil devant elle recouvert d’un drapeau, la main de sa fille dans la sienne, dure et froide, elle ne pleurait pas, elle ne le pouvait plus. Elle avait tout donné quand la nouvelle lui était parvenue, il avait fallu 10 jours pour rapatrier le corps vers les Usa, dix jours ou j’ai cru devenir folle, dix jours ou j’ai pleuré, ou j’ai eu envie de renoncer, mais je ne le pouvais pas, pour sa mémoire, pour son aide, je devais retrouver Nathan, un jour…

 

Son corps ? Ce n’était pas un corps…C’était Lucas Scott, le frère, le mari, le père, l’ami, un symbole pour toutes celles qui se sont retrouvées au pied d’un cercueil et qui se retrouveront devant dans les années a venir, jusqu'à la chute de ce pays ou nous avons passé tant d’années a défendre des droits qui nous serons volés. Il s’en ai allé, dans mes bras, je le garderais dans mon cœur pour toujours, je l’avais embrassé une dernière fois avant que le cercueil ne soit refermé, je venais faire mon deuil, renoncer a quelque chose de beau et de fort, renoncer a ce qu’il aurait pu encore apporter au monde dans un futur qu’il ne connaîtra pas, je venais pour me souvenir du passé, pour nos rires et nos pleurs, pour la naissance d’Emy, pour la mort de David, pour la disparition de Nathan, pour tout.

 

Peyton regarda le cercueil disparaître et un sanglot s’échappa de ses lèvres, la petite se rapprocha du trou et lâcha la main de sa mère. Peyton resta immobile, mais sa fille pris une rose sur le tas de fleurs fraîches apporté pour les funérailles, et la jeta dans le trou. Elle reste debout près du trou petite silhouette frêle d’a peine 4 ans, regarde le cercueil et sa petite voix enfantine d’élève dans le ciel, emportant un instant tout le malheur de cette journée parmi tant d’autres pour la plupart des gens, mais une journée en enfer pour nous.

 

-Au revoir Papa je t’aimerais toujours, murmura t-elle et Peyton releva la tête les yeux brillants. Maman m’a dit que tu étais au ciel avec les anges, tu va me manquer, j’aurais voulu que tu ne partes jamais…Il faut que maman arrête de pleurer, s’il te plait aide la. Tante Haley à les yeux tout rouges elle est triste comme moi, elle est revenue pour toujours, elle va rester avec nous papa. Il ne manque plus qu’oncle Nathan.

 

Sa voix s’est tu, je la regarde, ses yeux bleu clairs, ses long cheveux blonds, je savais que Lucas ne mourrait jamais vraiment pour elle, pour Peyton, pour moi, il vivrait a travers elle, cette enfant qu’il ne verrait jamais grandir, qu’il ne verrait pas entrer à l’école, qu’il ne verrait pas se marier, toute une vie qu’il avait perdu par ma faute, encore et toujours.

Peyton pris la main de sa fille et s’éloigna tandis que les pompes funèbres recouvraient la tombe ou son nom était gravé sur une croix dans le cimetière militaire de San Francisco :

 

Lucas Eugène Scott

1945-1969

 

Je m’apprêtais à la suivre, elle ne parlait pas, j’étais rentrée hier, mais je ne l’avais vu que ce matin, pour les funérailles, elle restait muette, mais ses yeux brillaient d’un étrange éclat. Elle se tourna vers moi et la petite leva les yeux vers le ciel, perplexe, a la recherche des anges dont lui parlait sa maman.

 

-Je ne te pardonnerais jamais Haley ! Tout est ta faute, tu l’a traîné dans cette jungle, raye nous de ta vie, maintenant tout est fini, fini avec lui, et ce cercueil que j’ai du enterrer tout cela parce que tu n’as pas pu accepter la mort de Nathan !

-Pey’ ne dit pas cela je…

-Tais toi, s’écria t-elle tandis que Emy nous regardait. Je ne veux plus jamais te revoir, tu entends, jamais plus !

 

Elle s’éloigna, Emy à ses cotés, la petite se retournait tout le temps mais sa mère lui retint la main. Elles me laissaient seule dans le cimetière, avec ce poids sur le cœur, et le sentiment d’avoir tout perdu, tout perdu pour poursuivre des chimères, mes amis, mon mari, il ne me restait plus rien. Je laissais couler les larmes après ses paroles qui m’ont touché en plein cœur, je ne doute pas de sa colère, je me sens coupable…

 

Je m’assoie sur le banc en face de la tombe de Lucas, les employés des pompes funèbres ont achevé leur travail, ils s’en vont, je suis seule, je lui parle comme si il pouvait m’entendre.

 

-Tout s’achève ici Lucas…

 

Je baisse la tête, serre mes bras contre mon corps et je retire mon alliance, je la met dans la poche de mon manteau avec la photo déchiré, une photo oubliée, pour toutes nos journées perdues, pour celle que nous ne vivrons plus, pour ces hommes qui ne respirent plus, pour Nathan quelque part dans le monde, qui m’attendais…peut être ne m’attend t-il plus depuis longtemps, peut être que le moment est venu de leur dire adieu, à tous, une bonne fois pour toute…

 

A suivre...


nanouee  (01.07.2012 à 16:28)

Bravo à vous si vous êtes arrivés jusqu'ici! Je tenais à m'excuser pour le retard, ayant eu beaucoup de soucis personnels j'ai du mettre de côté cette fiction, même si elle était déjà rédigée; mais le temps pour la poster avec soin me manquait!

J'espère que cette suite vous plaira; il reste encore deux parties à venir, et elles me tiennent particulièrement à coeur; le tout fait pratiquement 300 pages word, c'est du temps, de l'energie, mais surtout une partie de moi même.

Pour les commentaires; sachez qu'il y a un soucis pour les ajouts, vous risquez de tomber sur "Erreur 404" comme moi à plusieurs reprises en l'ajoutant. Il faut retourner sur la page et recommencer...

Merci d'avance à tout ceux qui laisserons une trace; c'est la seule chose qui reste.

A bientôt pour la suite!

Votre fidèle Ecrivain du dimanche^^

Sam


nanouee  (01.07.2012 à 16:32)

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