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For A Wonderful World [5]

Créateur : nanouee 
Date de création : 24.08.2012 à 15h03

Message du créateur :
Avant dernière partie - Bonne lecture :-)

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Cet épisode compte 12 paragraphes

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La pénombre est intense, lourde et pesante, elle est ma prison, mon châtiment, et en même temps mon seul soulagement dans cette douleur qui torture mon cœur, cette douleur qui encore et toujours ne cesse de me maintenir en vie quoi qu’il arrive coûte que coûte, malgré les abandons, les guerres inutiles, et les pertes, malgré tout, je respire encore.

J’ouvre les volets parfois, je me rends compte que le monde continue à tourner, que la vie évolue, que les enfants grandissent, que les hommes meurent encore, quelque part au bout du monde. La maison est en désordre, je ne range plus, je reste des heures devant ma table, je n’arrive plus à écrire, je n’arrive plus à commenter cette guerre que j’ai abandonnée le jour où j’ai abandonné Lucas dans la forêt et Nathan dans son cauchemar.

Souvenez-vous de ceux qui ont marqué votre vie, de ceux qui, quoi qu’il arrive en feront toujours parti, dans votre cœur dans votre âme, car même si le départ est douloureux, le cœur n’oublie rien, surtout pas l’amour…

Je n’oublie pas Nathan, comme je n’oublie pas Lucas, mais le combat est trop pénible, je n’ai pas pu m’endurcir, je n’ai pas pu oublier nos derniers instants dans la forêt, je suis marquée à vie, par ses yeux que j’ai du refermer, par ses dernières paroles, par mon retour aux Usa, par tout ce qui me définie. Je ne veux plus être l’aventurière téméraire qui a parcourut le monde pour son amour, je veux tout simplement pouvoir effacer ces images de ma mémoire, oublier l’homme qui le temps d’une seconde a explosé dans le ciel, celui qui à expiré devant moi, la main tendu, celui qui a appelé sa femme, si loin de lui, je veux les oublier…

 

Ils ont fait parti de ma vie, même si nos chemins ne se sont que vaguement lié, je sais que leur fantômes feront toujours parti de ma vie, jusqu'à la fin, et pourtant…Je lève les yeux sur la photo posé sur le buffet, j’ai comme ce sentiment que rien ne s’est achevé et pourtant, la colère dans les yeux de Peyton, le dernier regard de Lucas me pousse a croire que mon combat était vain, perdu d’avance, elle avait peut être raison, peut être ne voulais-je pas admettre que Nathan nous avait quitté, mais je n’arrivais toujours pas à l’accepter aujourd’hui. Comment lui dire adieu alors que je sens que son cœur bat toujours, nous avions touché au but, nous avions retrouvé le camp pour notre propre perte, nous avions couru et sués dans cette forêt humide, nous avions parcouru les rues de Saigon avec dans le cœur ce sentiment ultime que les guerres du passé nous ont construites, que grâce à elle nous avons le courage de tout quitter pour retrouver une seule âme, un seul être humain qui comptait plus que tout au monde pour moi, sans lui je ne serais rien, et en ce moment, mon cœur est vide, mes mots ne s’alignent plus, la perfection que j’ai donné à mes phrases n’est plus qu’une chimère.

Pardonnez aux autres leurs erreurs, ils feraient n’importe quoi pour l’amour, ils feraient tout, même renoncer à l’amitié, parfois certains se perdent en chemin, d’autres restent et les regardent s’en aller avec dans le cœur cette douleur, celle que je ressens, que j’ai ressenti quand le temps à passé et que rien n’a changé, que j‘étais toujours devant ma télévision, les papiers du journal près de moi, sans Peyton…

Elle est enfermée dans sa colère, elle est perdue dans un autre monde elle aussi, un monde où Lucas n’est pas mort, un monde où sa fille ne grandira pas sans père avec juste une photo pour lui rappeler son image…

Mais l’amour ne s’oublie pas. Je lui avais promis de l’aimer pour toujours…

Rien ne s’efface de nos mémoires, des leurres, l’empreinte est éternelle, elle l’est pour nous, elle nous a fait rêver, elle nous a fait pleurer, tout au long du chemin entre le Vietnam et les Usa, une guerre dans la guerre, une guerre pour le bonheur, le vrai, l’ultime, celui que nous avions connu et qui s’en ai allé…

Espérons pas pour toujours…


nanouee  (24.08.2012 à 15:27)

Musique

Chapitre 1: Nostalgie

26 Octobre 1971, Californie, Usa

 

-Haley?

Je sursautais et me relevais tout à coup, la trace du dossier sur la joue. Andy pénétra dans la pièce où ce trouvait mon bureau au New World magazine. Il fronça les sourcils et un pli soucieux apparu sur son front, de fines ridules sous ses yeux s’animaient. Il posa les mains à plat sur le bureau et me fixa.

-Tu ne dors plus ou quoi soldat ?

-Cela dépend des nuits, fis-je en me levant de ma chaise pour le rejoindre.

-Encore les mêmes et mêmes promesses Scott ! Tu es comme les politiciens, tu promets la fin de la guerre contre l’insomnie mais tu ne fais rien ! Tu ne vas pas passer ton temps éveillé non plus ?

-Non ! Mais parfois je me mets à penser et je ne peux plus fermer l’œil…

-Arrête de penser, Paul m’a dit qu’il t’appellerait ou viendrait te voir s’il avait des nouvelles de Nathan. Il ne repart pas au Vietnam tout de suite, sa femme a obtenue le divorce et la garde de leur fils, il est en procès…


Je secouais la tête. J’avais revu Paul souvent ces dernières années. J’étais rentrée du Vietnam comme tous les soldats brisés à vie, ceux qui avait laissé plus que leur bonheur et leur vie là-bas. Je revenais sur un échec et une perte. La perte de Lucas, un ami, et bien plus que cela, la perte de Peyton par la même occasion qui n’avait jamais répondu à mes appels, qui ne m’ouvrait plus la porte, qui ne lisait sûrement pas les dizaines de lettres que j’avais envoyées. Le cœur serré, je passais quelques fois devant sa maison, mais rien ne semble l’adoucir, elle n’a pas encore accepté la mort de Lucas, peut être qu’après elle reviendra, je l’espère…

Et Nathan que j’ai abandonné là-bas seul, Nathan que tout le monde croyait mort, sauf moi, Andy lui-même avait des doutes et je savais que même s’il ne le disait pas, Paul pensait la même chose, mais il me tenait au courtant de tout, il savait à quel point cela était important pour moi. Je passais mes journées ici dans les locaux du journal, ou bien chez moi, dans la pénombre à ressasser mes souvenirs, à regarder mes vieilles photos comme pour les faire revivre.

Les mois ont passé, mais je reste persuadée que Nathan est vivant quelque part au Vietnam, un jour je repartirais, je lui avais promis sur la tombe de Lucas après avoir retiré mon alliance, dont la trace restait encore sur mon annulaire gauche. Une alliance pour toutes mes douleurs si vivaces, le symbole s’effritait…


-Il a très peu de chance de gagner le procès, il parle de retourner au Vietnam…

-Moi aussi d’ailleurs, fis-je soudain. A quoi bon rester ici ? Peyton ne veut plus me voir, Nathan n’est plus la, Lucas est mort, je n’ai plus rien ici…

-Ne dis pas cela Haley !

-C’est la vérité, Paul a raison, nous partons, nous rentrons aux Usa mais nous revenons toujours parce que cette guerre nous fais vivre autant qu’elle fait mourir les innocents, quand elle sera finie je n’aurais plus rien, si Nathan est retrouvé mort, je n’aurais plus rien, alors tant que l’espoir vie, je veux en profiter…

-Comme tu veux Haley, je ne peux pas te faire changer d’avis, mais attends un peu que Paul ait des indices avant de te lancer encore une fois dans cet enfer !

-J’ai entraîné Lucas avec moi, Peyton avait raison…


Oui Lucas nous avait quitté depuis deux ans déjà, et pourtant je m’attendais toujours à le voir revenir, je ressens sa présence, je sais que je dois continuer pour lui, pour Nathan, pour nous tous, même si Peyton semble penser que j’ai précipité le sort, peut être que j’ai juste été au mauvais endroit au mauvais moment, mais je ne dois pas regretter, car sinon je n’avancerais jamais, et Nathan m’attendra toujours dans les forêts humides, je devais repartir…


-J’attendrais, dis-je. J’ai besoin de me défaire de mes démons avant de repartir, je dois voir Peyton, il faut qu’elle accepte de me pardonner, il le faut.

-C’est juste la colère Haley ! Vous êtes amies. Elle t’a sûrement déjà pardonné mais le premier pas est difficile à faire.

-Alors je vais le faire, ou plutôt je vais essayer d’atteindre son cœur…

-Je suis sur qu’il ne t’est pas fermé pour la vie ma petite tête brûlée !

-Je repartirais c’est sur, mais en paix avec le passé, et surtout avec le soutien de mes proches. Je dois aller voir ma mère aussi, Victoria m’a dit qu’elle n’allait pas très bien.

-Le temps passe ! Et pourtant j’ai l’impression de n’avoir pas bougé d’ici depuis des millénaires, dit-il songeur. Je pourrais peut être t’accompagner ?

-Où ?

-Au Vietnam !

-Non, fis-je, c’est une mauvaise idée, qui sera la pour tenir ton journal si tu t’en vas toi aussi ? Il y en a déjà plein qui ont déserté leurs postes

-Je me ferais remplacer.

-Et si tu meurs ? Personne n’est capable de te remplacer, oublie cette idée, tu es très bien ici !

-J’ai besoin de voir autre chose !

-Prends des vacances alors, mais pas Vietnam, fis-je en prenant ma veste. Je vais voir Peyton, encore une fois…

-N’abandonne pas, c’est ton amie, tout cela est si précieux…


Je lui sourie et quittais la pièce. J’avais écrit, j’avais sonné à sa porte, mainte et mainte fois, mais aujourd’hui j’étais déterminée, elle allait m’écouter, même derrière une porte, même s’il fallait que je parle dans le vide, au moins mon cœur serait libre, libre de retourner au Vietnam rechercher Nathan, libre pour d’autres années de torture, je ne voulais plus que la culpabilité me ronge, je ne voulais plus voir le visage de Lucas et celui de Peyton qui se fondaient l’un dans l’autre dans ma mémoire, ses yeux perdus dans le vide, et ceux de Peyton brillant de colère, le deuil est une épreuve…

J’arrive près du campus de Berkeley, et comme happée par la nostalgie je le traverse, les cours ont repris, les étudiants se pressent, se bousculent, hurlent et pourtant ils semblent plus paisibles que nous auparavant, il n’y a aucune arme, aucun panneau, aucune guerre qui les perturbe, il n’y a que des sourires, des rires emportés par les vents, des couples si semblables à nous, des filles lançant des je t’aime, des visages aimables, il semblerait qu’il ait oublié notre combat, nous ne sommes pourtant pas si loin les uns des autres, seules quelques années nous séparent mais déjà tout un monde entre nous.

Je vais avoir 26 ans, il me semble que c’était hier que j’entrais dans cette faculté, et pourtant non, le temps a passé entre temps, un enfant est né, son père est mort, un couple s’est juré amour et fidélité pour la vie, l’un est parti, l’autre est resté…

L’arbre est toujours là, mais d’autres personnes que nous occupent son ombre, il ne nous appartient plus, c’est un endroit où nos fantômes se baladent, si seulement Peyton acceptait de venir avec moi dans cet endroit, je lui ferais revivre nos souvenirs, je lui ferais comprendre que la vie est courte, que rien ne vaut l’amour et le pardon, qu’il faut continuer à vivre. Je sais que c’est plus dur pour elle, elle vient d’enterrer Lucas, alors que pour moi Nathan n’est pas vraiment perdu, je le chercherais toujours, jusqu'à ce que le souffle me manque, jusqu'à la fin de la guerre et plus longtemps s’il le fallait, nous devions être réunis, pour porter leurs mémoires à tous, pour porter le fardeau de notre jeunesse bafouée comme Peyton me l’avait fait remarquer il y a deux ans…Elle ne devait pas être seule pour porter notre douleur, mais je lui tendais la main à nouveau et je lui tendrais jusqu'à ce qu’elle l’attrape à son tour.

Je passais à coté de l’arbre et lançais un regard nostalgique sur ses jeunes adultes, qui ne savaient pas encore que le monde se chargerait de leur apprendre la vie bien plus tôt qu’il ne le pensait. La guerre était venue chercher Lucas puis Nathan, et pourtant nous avions foi en l’avenir, en notre gouvernement, nous avons eu tort, et je secoue la tête pour chasser ses pensées, quand je sors du campus, sans me retourner, les rires s’éloignent, les sourires se perdent je suis seule face à l’allée de la maison de Peyton où sa voiture est garée, elle est là, je n’ai plus qu’à approcher. Je reste sur la route quelques secondes pour fixer cette bâtisse qui habitait tant de joies et tant de malheurs, qui est née avec nous, qui survie avec notre âme, au sein de notre vie, comme un antre, rien ne peut s’achever ici, je ne le permettrais pas. Depuis le 15 octobre 1969, nous nous étions perdus, je ne l’avais pas accepté, comme Peyton n’avait pas accepté la mort de Lucas, j’allais me battre toute ma vie pour le bonheur et encore aujourd’hui je lui donnais tout, la porte ne pouvait pas rester fermée, non impossible…

Je posais la main sur le bois et frappais un coup brusque puis plusieurs autres. Il me semblait que le temps fut infini avant que le battant ne s’ouvre sur une petite silhouette. Emy était sur le seuil sa poupée dans la main, elle me sourit et je me penchais pour l’embrasser.


-Tati Haley est là maman ! dit la petite.


Peyton arriva derrière vêtue d’un jean et ses longs cheveux attachés en queue de cheval. Elle me fixa et se rapprocha de sa fille pour lui murmurer :


-Va dans ta chambre. J’ai besoin de parler avec Haley.

-Au revoir Tati Haley a tout à l’heure.

-Oui ma chérie, répondis-je la peur au ventre.


Elle s’éloigna, ses couettes flottant sur ses épaules et Peyton la main appuyée sur la porte me fixait toujours, j’avais eu tort, le temps ne guérit pas toutes les blessures, ses yeux brillaient encore de colère, elle n’avait rien pardonné.


-Que fais-tu ici ? Tu ne m’as pas bien comprise ou quoi ? dit-elle la voix grave en détachant les mots avec emphase.

-Ecoute Peyton, je t’en prie ne me rejette pas encore une fois, j’ai besoin de toi.

-Et moi j’aurais eu besoin de Lucas et il n’est plus là par ta faute.

-Non, hurlais-je, je ne l’ai pas obligé, il voulait le retrouver !

-Alors c’est que vous étiez tous les deux des fous, il est mort Haley, mort…

-Non nous avions une piste…

-Une piste qui n’a mené nulle part et tu es là à croire qu’il te suffit de venir pleurer chez moi, pour que je t’ouvre les bras…Tu aurais mieux fais de mourir avec lui, s’écria-t-elle la voix enrouée avant de claquer la porte et de me laisser ainsi la main sur la poignée, des larmes dans les yeux.

-Peut être, hurlais-je au battant en bois qui nous séparait. Mais je suis là, je suis là pour t’aider à porter notre fardeau, n’oublie pas Peyton, n’oublie pas ce que tu m’as dit ! C’est trop dur pour toi ou pour moi mais unies nous pouvons tout faire, nous pouvons faire oublier cette guerre à Emy, nous pouvons changer le monde, aide-moi…


Le silence régna mais je pouvais ressentir sa présence de l’autre coté de la porte, elle était la. Je me retournais et m’adossais à la porte, je glissais au sol et la tête penchée en arrière je parlais aussi fort que possible pour qu’elle m’entende au travers des limbes ou elle s’était enfermée avec son enfant.


-Il m’a dit de te dire qu’il t’aimerait toujours, il sera toujours là Peyton, pour toi pour Emy, pour moi, pour Nathan. Je t’en prie, écoute-moi jusqu’au bout. C’est un manque horrible, c’est une douleur insurmontable et tu l’as connue aussi quand Lucas est parti, je ne sais pas où est Nathan, Peyton, je ne sais pas s’il vit c’est vrai, je le ressens seulement, son cœur bat encore, je dois me battre pour le retrouver, pour le ramener chez nous. N’aurais-tu pas remué ciel et terre pour Lucas ? J’ai encore cette chance, il n’a pas été déclaré mort, et jusqu’au dernier moment, jusqu'à ce que je vois son corps je n’abandonnerais jamais, tant que j’aurais un souffle de vie en moi je me battrais.


Un son me parvint de l’autre coté, deux mondes parallèles séparés par un rêve brisé, par une âme qui s’en est allé, deux mondes qui auraient du être unis pour toujours. Je voulais lui tendre la main mais la porte restait fermée, mais je l’entendais respirer profondément comme pour enrayer les larmes qui lui montaient aux yeux.


-Je suis tout ce qui lui reste Pey‘, je suis sa femme, sa famille, son avenir, sans moi il n’a rien, je ne suis rien sans son amour, sans sa présence, je dois le revoir, je dois savoir, je ne pourrais pas vivre toute ma vie dans le doute. Je vais retourner au Vietnam, mais d’abord je voulais me libérer ici, près de toi, même si tu ne peux pas me prendre dans tes bras, je suis près de toi tout de même. Je laisse mes démons ici, je ne veux pas les revoir près de moi dans la forêt humide, j’ai besoin de toi, de ton soutien, aide-moi, c’est mon combat, peut être l’ultime, le seul qui aura valu que je vive, toute ma vie pour lui, Peyton…Ouvre moi…


Je donnais des coups dans la porte et les yeux fermés, je priais pour qu’elle m’ouvre, qu’elle me prenne dans ses bras comme avant, qu’elle me dise que la vie est trop courte pour que nous affrontions éternellement. Mais non, rien ne bougea sauf cette respiration et ce sanglot…


-Je ne pars pas tout de suite, mais bientôt dès que Paul aura eu de nouvelles informations sur les camps des Viets. Je voulais te dire au revoir, je voulais que tu me regardes dans les yeux et que tu me pardonnes, j’aurais voulu tant de choses pour nous, mais il semblerait que je sois une idéaliste, rien ne s’est passé comme je l’aurais voulus, tout s’est écroulé, il ne reste plus que toi et moi, et regarde où nous en sommes et cette porte entre nous est une fin…Je m’étais promise que je n’abandonnerais jamais, que je continuerais de t’écrire et de te téléphoner, de venir frapper à cette porte que tu n’ouvres pas souvent, mais j’abandonne Peyton, tu as gagné, je vais vivre avec ce poids sur mon cœur puisque tu en as décidé ainsi, je vais m’en aller sans ton soutien, mais je garderais la force pour lui, pour le retrouver, peut-être que tout n’est pas terminé, peut-être qu’un jour il y aura un recommencement pour nous tous, sous l’arbre, là où nous avons laissé nos âmes. Je me laisse quelques mois avant de repartir, le temps de dire au revoir à ma mère, de tout organiser et je m’envolerais encore une fois, mais c’est pour la bonne cause que je vous quitte tous, c’est pour mieux revenir, et qui sait peut être qu’un jour j’aurais la force d’écrire tout cela, de vous redonner vie, pour l’éternité, alors Lucas sera avec nous, Nathan aussi et Brooke si loin ne nous aurait pas oubliés…tant de choses auraient été différente sans le Vietnam, mais c’est ainsi, il faut l’accepter, et je l’accepte ici. J’irais dire au revoir à Lucas avant de partir, mon alliance est autour de mon cou je l’ai retiré devant sa tombe, pour moi tout espoir était mort à ce moment là, mais je sais que Nathan est ma vie, pour toujours, quoi qu’il arrive comme Lucas a illuminé la tienne…


Je m’arrête, ma voix se casse, les larmes coulent et je resserre mes mains contre mon corps. Des images du passé s’animent, Peyton qui arrive derrière Brooke un caillou dans sa chaussure, le fou rire qui s’ensuivie, Lucas et les autres, Nathan et la fusillade, Brooke et ses paradis, ma réalité, le départ de Lucas, l’arbre, la remise des diplômes, le départ de Nathan, le mien tout se mélange dans ma tête…


-Ne m’en veux pas pour avoir voulu combattre la fatalité, oui je suis partie, oui je t’ai abandonnée pour le retrouver, mais je t’aime Peyton Sawyer, tu es mon amie, pour toujours, jamais tu ne perdras ta place dans mon cœur, même si moi j’ai déjà perdue la mienne dans le tien, ne m’oublie pas je t’en prie, ne me laisse pas devenir un fantôme, j’ai encore besoin de respirer de vivre…Au revoir.


Je me relevais, le cœur brisé. Je leur avais tout donné à tous, à Lucas, à Peyton, à Nathan, j’étais vide, je m’étais confiée, j’avais demandé son pardon, je lui avais dit au revoir, je pouvais la quitter maintenant. Je m’éloignais de la porte, la laissant dans son univers, j’avais besoin d’elle, mais elle m’avait refusé son soutien…

Les au revoirs parfois se transforment en adieux, souvenez-vous de votre premier renoncement, les autres qui viendront n’en seront pas moins douloureux, ils seront seulement plus acceptables, les mots n’en seront pas plus facile à prononcer et les derniers pas qui nous éloignent de cet être si cher à notre cœur sont un déchirement sans nom, l’amour se paye, l’amour nous soutient et nous élève, mais parfois il nous montre que rien n’est fait pour durer toujours…

Seul l’espoir d’un retour me maintient en vie, je me retourne la porte est close, je laisse échapper un soupir, et cette fois ci je m’en vais, sans un dernier regard comme un dernier renoncement…


nanouee  (24.08.2012 à 15:45)

Musique

Chapitre 2 : Comme un présage…

6 décembre 1971, Californie, Usa

 

 


-Comment cela se fait-il que l’ambassade n’ait aucune piste ? M’écriais-je au téléphone, la main posée sous mon menton, affalée dans le fauteuil. Elle ne cherche pas c’est tout !

-Peut être bien Haley, mais en tout cas je repars dans 2 mois.

-Moi aussi Paul ! Je n’ai plus rien à faire ici, je suis allée voir ma mère, elle m’a dit et répéter de vivre ma vie comme je le voulais, qu’elle serait toujours derrière moi, enfin une personne qui me soutiens.

-Et moi aussi ma belle ! s’exclama t-il en riant. Je t’attends à l’aéroport de San Francisco. Enfin ce n’est pas pour tout de suite, je pense partir fin février, et demander un visa pour un an, mais je rentrerais pour voir mon fils…

-Désolée que tu n’ais pas obtenus plus qu’un droit de visite. Dis-je compatissante.

-Je n’abandonne pas, je vais continuer à le voir autant que possible, et je ferais appel dans un an, quand je reviendrais, si je reviens…

-Oh s’il te plait ne me parle pas de la mort, je l’ai assez côtoyé je lui ai assez donné de mon temps, de ma vie, de mon cœur, maintenant c’est fini. Je vais aussi demander un visa d’un an et retourner auprès des Blouse, j’ai appelé Nancy d’ailleurs, elle m’attend elle aussi.


Nancy Williams la Blouse Rouge qui m’avait aidée à mon arrivée était en manque de personnel, et cela tombait bien, j’avais besoin d’une raison légale de retourner au Vietnam, elle me la fournirait. Paul continua de parler, mais bizarrement la conversation m’échappa et je me mis à penser à ma mère. Elle m’avait paru abattue et malgré ses dénégations je sentais qu’elle n’allait pas bien. Voilà 5 ans que David nous avait quitté, depuis la vie était devenue plus difficile pour nous tous, mais surtout pour elle, elle se sentait si coupable de ne pas avoir aimé son fils comme elle l’aurait du, et le silence quasi permanent de mon père n’avait pas arrangé les choses, la replongeant dans son passé vers cet homme qu’elle avait aimé, cet homme qu’elle avait aimé plus que son époux. La plupart des gens pensent que les filles reproduisent les erreurs de leurs mères et c’est peut être en partie vrai pour Victoria qui a fini par divorcer après que Ben eu découvert son infidélité, mais ce n’était pas vrai pour moi, je n’avais pas abandonné l’amour de ma vie, je n’avais pas sacrifié mon bonheur, il passait avant tout, je ne ferais pas son erreur, je ne deviendrais pas une femme qui vit de ses souvenirs, je n’aurais pas besoin de rouvrir les vieux album photos, je n’aurais pas besoin de relire les lettres d’une passion passée, non tout cela vivra pour toujours dans mon cœur…


-Alors Haley ? On dit le 17 février ? dit Paul me tirant de mes pensées.

-Parfait, fis-je quelques secondes après.

-A bientôt !


Il raccrocha et je restais pensive, le combiné dans la main. Ces derniers temps je passais beaucoup de temps à réfléchir, à assembler les idées qui créeront ce roman que vous lisez en ce moment, notre jeunesse, notre présent et notre avenir, ses suppositions sur notre vie future qui me taraudaient. Tous ses visages qui se mêlaient, ses voix qui raisonnaient, tout un monde que je recrée, et quand on toqua à la porte, je sursautais, plongée dans un souvenir sûrement heureux, puisque je souriais.

Je me relevais difficilement et gagnais la porte, en pensant encore à la date donnée par Paul, un nouvel achèvement et un recommencement d’une certaine manière, mais cette fois ci, je ne laisserais plus la mort me défier.

La main sur la poignée et maudissant intérieurement la personne qui osait déranger ma quiétude, j’ouvrais sur une personne que je ne me serais jamais attendue à voir ici. Elle me fixa quelques secondes, des papiers à la main. Je devais être livide, les mots ne sortaient plus, alors je la laissais entrer et refermais la porte derrière elle comme pour l’empêcher de fuir.

Elle posa les papiers sur la table et me fixa, les mois semblaient s’envoler entre nous, elle sourie alors faiblement et murmura :


-Haley…Je…
-Ne dis rien
, fis-je à mon tour la gorge nouée, j’ai rêvé que tu ouvres cette porte, mais tu ne l’as pas fait, par contre je sais comme la vie est courte, et je ne veux rien regretter…

 -Il allait mourir, fit-elle dans un sanglot, il était condamné de toute manière.
-Lucas ? Non…

-J’ai trouvé ces papiers dans ses affaires, je n’ai pas eu le courage de les défaire avant… et j’ai découvert ce dossier médical, il avait fait le test avant de partir au Vietnam, il avait la maladie de Daniel !

-Non c’est impossible, il avait dit qu’il préférait l’ignorer, qu’il préférait vivre sans connaître sa mort…

-Je ne sais pas pourquoi, pleura-t-elle en se laissant tomber dans le fauteuil où je la rejoignis. Il ne m’avait rien dit, il était condamné Haley…


Elle me fixa, comprenant que quoi qu’il arrive, il serait mort bien avant elle, bien avant nous, peut être pourrait-elle me pardonner ? Elle prit les papiers en main et les fixa les larmes coulant sur ses joues. Je pouvais voir l’en tête du document au nom du médecin qui avait soigné Daniel Scott, celui qui avait dit à Nathan de choisir sa destinée, de connaître l’heure de sa mort, ils avaient refusé tous les deux et finalement Lucas avait décidé de le faire tout de même mais pourquoi ?


-Il était enfoui au fond d’une caisse où il rangeait tous ses papiers, avec cela ! fit-elle en sortant une pochette en carton d’où elle tira une lettre fermée et un grand feuillet de plusieurs feuilles. C’est son testament…

-Pourquoi le notaire ne l’a pas ?

-Je ne sais pas mais je pense qu’il n’a pas eu le temps de le déposer, mais quoi qu’il arrive tout nous reviens, tout va à Emy et moi. Lis la dernière page…


Je pris le document dans mes mains et regardais du coin de l’œil la lettre qu’elle avait posé sur la table basse au nom d’Emy. J’ouvrais le feuillet me rendit directement à la dernière page.


Moi Lucas Scott né le 12 Juillet 1945 à San Francisco déclare léguer tous mes biens à Peyton Sawyer, ma femme, et à Emy Claire Scott ma fille.

Peyton, sache que même si les liens du mariage ne nous ont jamais unis, tu es et restera toujours ma femme, et je t’ai menti. J’ai fais le test, juste avant de partir pour le Vietnam, les résultats sont dans cette même caisse, et tu pourras le voir, je suis testé positif, c'est-à-dire que j’ai la maladie cardiaque de ce père qui ma renié, Nathan est sain et sauf.

Emy, tu ne liras pas cela avant longtemps et d’ailleurs je t’ai laissé une lettre tout comme à ta mère. Je suis désolé ma chérie, il se peut que tu ais la même maladie que moi, c’est la fatalité et le destin, même si je n’y avais jamais vraiment cru avant cette annonce. J’ai été le plus heureux des hommes près de toi et de ta mère, mon bonheur a été complet quand tu es née et je regrette de devoir te quitter aujourd’hui et de te léguer peut être un fardeau deux fois plus lourd à porter…Tout est dans ma lettre, quand tu sera en âge de comprendre mon amour, lis la…

Je vais mourir, c’est ainsi, cette guerre ne sera pas inutile, le Vietnam nous construira, nous détruira, nous aideras, et un jour nous pourrons y repenser, et vous admettrez que j’avais raison, le destin n’est rien, seul l’homme choisit sa vie, sa mort et ses actes. J’ai choisis, c’est ainsi, je vous quitte, peut être que je reviendrais, peut être pas, mais si ce n’est pas le cas souvenez-vous de moi, de nos moments de jeunesse partagé, de tout ce qui nous définit, soyez liés pour toujours, ne vous perdez pas en chemin, l’amour, l’amitié c’est important, c’est vital, c’est notre vie…


Je vous aime tous…

Lucas


J’essuyais les larmes sur mes joues le cœur lourd. Lucas était malade, le mystère était levé, il était le frère infecté par la maladie génétique, Nathan n’avait rien, mais Emy, Emy pouvait l’avoir elle aussi.


-Je suis désolée Haley, fit Peyton, si j’avais su, je ne t’aurais jamais rejeté, pardonne moi…

-Je t’ai pardonné depuis longtemps, dis-je en la prenant dans mes bras en pleurant, maintenant j’y crois, je pense que dans certains cas la lutte est inutile.

-Quand pars-tu ? demanda-t-elle les yeux rouges

-Le 17 février, avec Paul.

-Tu es sur de toi Haley ? C’est dangereux…

-Je ne serais pas seule, ne t’inquiète pas.

-Bien, fit-elle, comment t’en empêcher ? Parce que tu avais raison, j’ai tout entendu, j’étais derrière la porte, j’aurais probablement tout quitté pour retrouver Lucas, tu as cette chance, Nathan est peut être encore vivant alors vas y…Mais ne te perds pas pour lui Haley, pense à ton avenir.

-Nathan est mon avenir, nous nous sommes jurés à la vie à la mort le jour de notre mariage, rien ne pourra me faire renoncer !

-Peut être aurions du nous marier ! S’exclama-t-elle les yeux fixés sur la photo de mon mariage avec Nathan, peut être a-t-il cru que je ne l’aimais pas assez pour passer le cap.

-Non je suis sure qu’il ne pensait pas cela Pey’, ne t’imagine pas des choses pareilles, vous étiez heureux ainsi.

-Oui, dit-elle en hochant la tête, mais j’aurais pu lui donner plus, j’aurais du dire ou faire encore plein de choses avec lui Haley, pourquoi…

-Je ne sais pas, murmurais-je, mais ce dont je suis sure, c’est qu’il a tracé sa route, c’est ainsi qu’elle devait s’achever et même si c’est dur parce qu’il nous laisse avec eux les vivants, ceux qui pourtant nous aime, mais ne peuvent plus nous rendre heureux, il faut survivre.

-Mon patron m’a a nouveau parlé de cette promotion Haley, et je crois que je vais accepter…

-A New York ?

-Oui. J’ai besoin de changer d’air et je pense que c’est une bonne occasion. Nathan n’est plus là, Lucas non plus, Brooke est à des milliers de kilomètres et bientôt toi aussi, vous m’avez tous abandonné…

-Ne dis pas cela je t’en prie, fis-je les larmes aux yeux. Nous avons grandis tout simplement, et la vie se charge de nous le rappeler, nous ne sommes plus comme avant, nous avons changés. En venant te voir, je suis passée par le campus et l’arbre était occupé par de nouveaux étudiants, la vie fait son œuvre et même si cela me déchire le cœur, je sais que ma seule façon de survivre c’est de repartir, cette guerre m’offre l’espoir tant qu’elle sera dans les esprits, Nathan ne mourra pas. Je sais ce que tu penses. Deborah s’est empressée de l’enterrer, vous me croyez folle, mais ce n’est pas le cas, seul cet espoir me donne envie de me lever le matin, sans cela je ne serais rien, j’ai besoin de cette guerre Pey’, je sais que c’est difficile à comprendre mais…

-Je comprends Haley, me coupa-t-elle le regard fixe. Ne regrette rien, et je ne regretterais rien, allons de l’avant, je vais signer le contrat et je m’en irais après ton départ, notre arbre leur appartient maintenant, notre vie a changée, je ne l’avais pas encore accepté, c’est tout…J’ai lu la lettre de Lucas, et pendant quelques minutes, je m’attendais à l’apercevoir dans la maison, je l’ai parcourue, je l’ai appelé et il n’y avait personne, il n’y a plus personne ici, que des tombes et nos fantômes qui se baladent encore sur le campus…Il est temps de partir, nous aurions du le faire bien avant, le jour de la remise des diplômes, tes phrases résonnent encore dans mon esprit, fortes et vraies…


Il est temps…


Comme une page qui se tourne, comme une autre âme qui s’envole, c’est un renoncement, c’est un adieu, c’est une souffrance, mais je sais que ce n’est pas la fin.

Mon regard accroche celui de Peyton et sa main dans la mienne je souris, je revois les yeux brillants de Lucas, le sourire éclatant de Nathan, la verve inimitable de Brooke, tout ce que nous allons oublier dans les années à venir, oui parce que la mémoire est bien sélective, elle ne garde que ce qui lui semble important, mais l’éclat de ses yeux me fait vivre, le sourire de mes fantômes m’aident à avancer, les voix s’éloignent, je cours, je cours toujours après le vent, rien ne peut m’arrêter, c’est un combat, mon combat pour toujours.

J’ai beau essayer de me souvenir mais la voix de David ne résonne plus que vaguement dans mon esprit, je n’ai pourtant pas oublié notre dernier instant ensemble, je n’ai rien oublié, mais le temps agit, il ne nous reste plus qu’à attendre, à supporter, à essayer de faire vivre leur mémoire, et je le fais ici…

 

N’ont-ils pas l’air de revivre sur ce papier ?

C’est mon cadeau, c’est le seul que je pouvais leur offrir a tous…

Elle me prend dans ses bras et je la serre contre moi.

Je suis une survivante, nous le sommes toutes les deux…À la vie à la mort…


nanouee  (24.08.2012 à 15:54)

Musique

Chapitre 3 : Et les anges s’envolent…

10 février 1972, Californie, Usa

 

 


C’est un nom gravé, mais le visage lui reste inconnu, sauf pour nous; ceux qui venons ici chercher du réconfort, un réconfort illusoire et éphémère, qui ne dure que le temps du recueillement, quand nous nous éloignons la douleur refait surface, plus forte qu’avant, un nouveau manque que je ne veux plus connaître, je me battrais corps et âme contre le destin, mais je vaincrais la fatalité…

Le soleil est écrasant, faisant briller les lettres gravées eu bronze sur la pierre tombale grise, chose fort étonnant en ce 10 février 1972. Les cimetières sont emplis de bancs, comme si Dieu en personne nous enjoignait de venir prier nos morts, nous sommes ici, devant des tombes et nous parlons, c’est tellement plus facile, et tellement plus difficile. Le vent fait bouger mes cheveux et je suis assise sa main dans mienne, elle inspire profondément et lève la tête vers la tombe de son fils, mon frère. Je sais qu’elle repense au passé, elle ne vit qu’avec lui, alors que moi j’essaie à tout prix de m’en défaire, elles les voient encore s’animer, elle n’oublie rien et peut être que ses souffrances sont pires que les miennes, sa mémoire n’occulte aucun détails, des bons comme les mauvais…

J’inspire profondément et resserre sa main dans la mienne, cela fait si longtemps à présent, près de 6 ans sans lui, toute une vie que je devrais vivre avec ce poids sur mon cœur, il semblerait que rien ne nous soit épargné, les morts se rappellent toujours à notre souvenir, même si nous faisons tout pour les laisser dans leur monde et vivre dans le notre. Je sais que Peyton va souvent voir Lucas enterré quelques allées plus loin, elle s’assoit et lui parle comme si elle pouvait voir son visage s’animer, elle n’est pas la seule, des centaines de femmes sont là avec elle dans la même douleur. Dire que le monde avait juré de ne plus jamais en venir à la guerre après le conflit de 1939-1945, les promesses sont toutes de courtes durées comme le désengagement qui n’eu jamais lieu à ce jour. Je passe une main dans mon cou sur l’alliance attachée à une chaîne, un symbole que je ne porte plus à mon doigt, le fardeau était trop lourd seule, je la remettrais quand il sera là près de moi, à deux nous pouvons tout affronter mais je ne me voyais pas porter notre vie avec ma seule main.


-Quand pars-tu ? Murmure-t-elle en frissonnant malgré la douceur du vent.

-Bientôt…J’ai l’impression de faire toujours les mêmes et mêmes choses et pourtant…

-C’est la vie qui est ainsi Haley, nous avons parfois l’impression de ne pas avancer, de rester toujours à la même place, mais c’est faux et le temps se charge de nous le rappeler. Tu as raison, fais ce que tu crois devoir faire en accord avec toi-même, comme cela tu ne pourras jamais regretter comme moi.

-Maman…Tu crois qu’ils nous entendent…

-Je l’espère. Je ne viendrais pas pour rien alors. Tu sais Haley, je suis née dans une famille croyante mais j’ai perdu la religion, ou plutôt la religion m’a oubliée, je n’ai jamais trouvé de sécurité entre ses bras. Je regarde ces croix et je me demande bien ce que Dieu a fait avec mon fils…Avec les fils de ces autres mères qui pleureront toujours à cause de cette guerre, mais Haley je ne veux pas lui donner un autre enfant !

-Je ferais attention je te le promets, fis-je en me rapprochant un peu plus, les yeux toujours fixés sur la tombe fleurie.


L’ange de granit nous épiait, il donnait la paix à nos morts, il les surveillait, et pourtant je frissonnais à sa vue, comme à la vue des milliers de croix assemblées dans ce cimetière, des milliers d’âmes, des milliers de familles en deuil, et ce n’était qu’une partie de la perte, d’autre encore viendront les rejoindre plus tard, jusqu'à la chute de Saigon encore beaucoup mourront, et je ne pouvais rien faire, non rien.


-Qu’est ce que Paul a trouvé comme piste ? demanda-t-elle soudain en se tournant vers moi le regard vide.

-Il a interrogé un blessé il n’y a pas longtemps, un qui est revenu du Vietnam, il lui a avoué avoir été dans un camp pendant des mois, et apparemment le camp que nous avions visité avec Lucas était le bon sauf qu’ils étaient partis, ils en ont construit un nouveau à la lisière des bois près du Mékong, près du village où nous étions arrêtés mais dans le sens inverse, plus près de Saigon que du sud du pays. Et les prisonniers ont tous été transportés là bas, sans exception, à part ceux qui se sont échappés en route, il aurait aperçu Nathan, il y a 4 mois…

-4 mois c’est long Haley, il peut se passer plein de chose durant tout ce temps, n’oublie pas que chaque seconde compte.

-Je sais bien mais Paul est confiant et moi aussi, sinon je n’aurais plus de raison de vivre.

-J’ai l’impression de m’entendre, fis-elle songeuse. Et tu as vu j’ai survécu sans lui…

-Je ne veux pas vivre sans lui !

-Moi non plus je ne le voulais pas, mais je pense que tu ne pourras pas toujours courir après des chimères, il faut vivre, il faut profiter de chaque seconde avec ou sans eux.

 

Avec ou sans Lui ? Non, impossible de passer ma vie sans lui, comment affronter les années à venir sans cet espoir de retour, car rien n’est vraiment perdu tant que la croix n’habille pas son cadavre. Ma mère garde la tête basse et je suis du regard une femme tout en noir qui entre, des fleurs à la main. Elle passe devant nous les yeux vides et s’arrête plus loin devant une tombe fraîche, dépose les fleurs et se relève, les cheveux au vent, ses lèvres remues, comme une prière. Je la fixe quelques instants puis je ferme les yeux, je ne veux pas prendre sa place, je ne veux pas devoir apporter des fleurs à une tombe muette qui plus jamais ne me donnera d’amour. L’image traverse mes paupières et je la vois porter une main à ses lèvres et l’apposer sur la tombe, comme un dernier baiser, l’ultime…

Les derniers mots de Nathan raisonnent dans ma tête, sans cela je serais perdue, sans ces souvenirs je n’aurais aucune force, aucun courage pour entreprendre mon deuxième voyage que j’avais espéré être le dernier. Soudain le vent se lève et des fleurs en papiers volent dans le vent, quittant leur tombe pour tourbillonner, hypnotisant mon regard comme un souffle de vie oublié, comme nos journées perdues et nos espoirs déchus, elles volent pour conjurer le sort. Bientôt d’autres feuilles les rejoignirent et il me semble que le destin me fait signe, ma place n’est pas ici dans ce cimetière à attendre la mort de Nathan, tout est possible quand l’on croit en l’avenir, quand on a la foi en l’être humain et pourtant j’ai failli la perdre des centaines de fois happée par la souffrance qu’ils nous faisaient vivre, par les horreurs du Vietnam, par les beautés d’un pays qui ne sera jamais vraiment sauvé, un pays qui gardera toujours l’empreinte des atrocités, des amours perdus, des guerres inutiles, des derniers souffles, des drapeaux jetés sur les cercueil, un pays qui ne se relèvera jamais…

Comment accepter l’échec ? Comment accepter que la vie doive se finir ainsi ? La vie est pourtant notre seul cadeau, c’est à nous de créer les autres, de les offrir et de faire naître les sourires, seul un souffle de vie peut nous animer, seul un espoir peu nous pousser à tout quitter pour un instant d’éternité auprès de ceux que nous avons choisis, ceux qui vont faire partie d’elle jusqu'à ce qu’elle s’achève. Il y a ceux qui restent à attendre que le temps les aide, les pousses vers le destin, ceux-là n’iront jamais au-delà des limites, ceux-là resteront toujours confinés dans l’univers qu’ils ont hérité de leur famille. Il y a ceux qui poussent les barrières, qui ne s’accomplissent que dans la marginalité, qui ne vivent que pour les long espoirs, que pour les longues nuits de passions, ceux-là, seront de grands hommes, ceux-là suivront leur propre route, il la construiront au fil du temps, animé par la flamme des vainqueurs, c’est ainsi, ce sont les faibles et les forts, puissent-ils tous trouver le bonheur…


Je ne sais pas ce que nous sommes, je ne sais pas si la faiblesse nous définie ou si nos moments de témérité nous suffisent à voir la monde d’un autre œil, je ne sais pas si mes longs voyages ont changé mon destin, je ne sais pas si ma route est la bonne, mais qu’importe à présent, nous sommes des survivants, nous nous le sommes prouvé à nous même, nous sommes forts et faibles, nous sommes heureux et malheureux, nous vivons pour l’amour quel qu’il soit, nous vivons pour l’espoir, nous sacrifions, nous perdons, mais nous nous relevons toujours, je me relève, un mouvement après l’autre, mais je suis debout, je le suis aujourd’hui, quand je trace ces lignes sur mes pages blanches, je les remplis si facilement que cela en est affolant. On pourrait croire que ma mémoire ne comporte aucune lacune alors que c’est faux, il y a parfois des événements qui ont quitté pour toujours les limbes, des événements qui sont restés car leur destiné se trouvait ici sous vos yeux.

Je ne vous apprends rien, je ne vous donne pas de leçon de moral, je vous dis juste de choisir votre camp, serez vous de ceux qui attendent ou de ceux qui courent toute leur vie, serez vous de ceux qui aiment ou de ceux qui haïssent, serez vous de ceux qui combattent ou de ceux qui laisse le temps leur voler leur vie…

Choisissez comme je l’ai fait…

Je suis celle qui pousse la barrière, je suis de celle qui aime mais qui haït aussi parfait mélange, je suis une battante je combats la vie comme je combats la fatalité, les guerres inutiles, les massacres humains, je ne suis pas naïve, je suis juste une idéaliste, car si les hommes n’avait pas voulu s’entretuer Nathan serait là près de moi, il ne serait pas quelque part perdu dans le monde, si loin de moi et pourtant si près de mon cœur.

Loin des yeux, loin du cœur…C’est faux, si j’avais fermé mon cœur à l’espoir, j’aurais par la même occasion fermé mon cœur à notre amour, et cela je ne le pouvais pas, non, renoncer ne fait pas parti de mon projet, non jamais…

Si j’avais renoncé à l’amour comme ma mère, je serais ce qu’elle est devenue, une femme brisée qui ne fait que vivre pour un passé plus glorieux que le présent, qui ne ferait que ressasser les souvenirs de son amour perdu, de celui qu’elle a sacrifié pour ses enfants pour sa famille, et certes je ne peux pas la juger, je ne suis pas une mère, mais je suis capable de ressentir l’amour qu’elle nous porte, je suis capable d’imaginer la dureté du sacrifice, car si Nathan et moi avions eu un enfant je n’aurais jamais pu l’abandonner pour partir à la recherche de son père…

L’amour comporte tellement de facettes c’est un vrai kaléidoscope de nos émotions, rien n’est stable, rien ne s’efface, et pourtant nous courons toujours comme si le temps lui-même nous poursuivait, c’est une course réelle contre la montre, contre le destin et une finalité que nous ne voulons pas affronter, c’est la mort au bout du chemin, et dire que j’avais cru que Nathan et moi pourrions vivre heureux pour toujours, quelle erreur, une de plus pour moi, j’aurais du fuir avant que la lettre n’arrive, j’aurais du l’entraîner avec moi dans mes propres paradis, loin du danger qui l’a emporté ainsi que Lucas et David dont je fixe toujours la tombe, perdue dans mes pensées.

Sa voix semble venir de loin, comme celle de Nathan que j’avais entendue dans la forêt de Saigon, je tends l’oreille, ce n’est qu’un murmure.


-Je ne peux plus vivre avec ce secret. Je ne peux plus vivre avec ce poids sur mon cœur, je dois me libérer, je n’ai pas envie d’attendre la mort pour être soulagée, Victoria doit savoir…

-Maman…

-Je n’ai plus peur de perdre son amour, j’ai peur de perdre ma vie à cause de cela, j’ai besoin de lui avouer la vérité, peut être pas demain, peut être pas tout de suite, mais bientôt Haley, pour elle, pour moi, pour lui…

-Tu n’as jamais pu vraiment l’oublier, fis-je pour moi-même mais elle l’entendit tout de même.

-Non et voilà pourquoi je t’encourage. Va-t’en Haley, tant que tu le peux encore, rien n’est éternel et la vie est parfois plus courte qu’on ne le voudrait. Il y a tellement de choses que je regrette, je ne veux pas que tu sois comme moi, non je veux que ta vie soit belle, je veux que tu sois heureuse, je voudrais t’aider, mais je ne le peux pas, je suis impuissante, mais pas toi, tu es à part Haley, tu as le courage et la témérité, tu as tout, l’espoir te guide mais sans l’amour, sans la flamme qui t’anime depuis ta jeunesse tu n’aurait pas pu survivre, je suis fière de toi…


Une larme coula, puis une autre et elle me prit dans ses bras devant le chaos et l’espérance, devant une pierre grise qui a volé tous nos espoirs de bonheur, il y en a tellement, le cimetière en est emplit et pourtant je sais à présent qu’un seul être peut changer une vie, sans lui rien n’est plus beau et éclatant, sans lui rien ne vaut la peine de vivre, un seul être vous manque et pourtant nous sommes des milliards sur terre, un seul qui aurait pu nous faire vivre, nous faire vibrer, un seul qui nous a plongé dans les limbes du désespoir tout simplement parce qu’il a cessé de vivre…


-Dis lui maman…Dis lui et libère ton cœur si tu en a besoin, c’est la clé du bonheur.


C’est ma clé, un cœur pur et libéré de la culpabilité, un cœur qui peut à nouveau tout conquérir…

Je me relève et elle me sourit. Nos mains se perdent, j’avance vers la sortie, je la laisse avec son fils, je la laisse réfléchir à son aveu.

Je me retourne une seule fois. Je n’ai pas l’habitude de vivre dans le passé ni de me retourner sur lui, mais cette fois ci je fais exception et je la vois lever les yeux vers le ciel et pousser un long soupir, comme si son âme se libérait à cet instant, elle les baissa ensuite et resserra ses mains contre son corps.

Il est temps…

La mort emporte tout, mais l’absence est une autre douleur, c’est celle que l’on ne peut pas apaiser, celle qui vit malgré la mort de nos espoirs, c’est une douleur qui semble être née du désespoir et qui pourtant avance avec lui, tenant entre ses mains la clé de notre futur…

Je ne renie pas mes actes, je ne renie pas mes paroles, je pousse les barrières, je suis celle qui abandonne tout pour ce seul être qui manque à l’appel, celui qui me manque sur ces 6 milliards d’être humains, 6 milliards qui ne comblent pas la perte…


nanouee  (24.08.2012 à 16:02)

Musique

Chapitre 4 : Retour aux sources

15 avril 1972, Saigon, Vietnam

 


Le temps est une rude machine, il transforme les apparences, il en aide certains, en oublie d’autres, il est tellement instable, tellement douloureux parfois, et pourtant nous sommes perdus sans lui. Peyton m’a accompagnée à l’aéroport pour me dire au revoir, Emy à ses cotés, nous avons pleuré, nous avons ris, mais nous avons surtout choisie notre route, et la sienne se trouvait à New York, elle a sûrement déjà fait ses valises à cet instant, elle est sûrement déjà installée dans sa nouvelle vie, loin de notre passé, de notre jeunesse, du fantôme de Lucas. Alors que moi je suis là où tout a commencé pour nous, nos malheurs se situent dans ce pays que je ne peux plus quitter, il est mon seul lien avec Nathan, avec mon passé, avec mon avenir, si je le quitte j’abandonne, j’abandonne Nathan à sa douleur quelque part sur ce vaste territoire que je compte bien explorer de fond en comble jusqu'à la fin s’il le fallait, jusqu'à la chute, celle qui nous aidera…

Nous avons mis les pieds à Saigon le 17 février comme prévu, nous avons rejoint l’hôtel Americana, j’ai repris mon ancienne chambre comme si je n’avais jamais quitté cet endroit, comme si j’y avais laissé mon âme tout ce temps. Pourtant je pouvais le sentir, le pays s’enfonçait lentement mais sûrement dans ce conflit qui durait plus qu’il ne l’aurait du. J’ai déballé mes valises, tout rangé dans les placards, nous avions obtenus un visa d’un an tous les deux, nous avions le temps maintenant, le temps de parcourir le Vietnam, d’interroger plus d’habitants, de ratisser plus de villes, cette fois-ci rien ne m’arrêtera, je ferais tout, je n’abandonnerais pas, je ne rentrerais pas au pays sans lui, ou il faudra m’y forcer…

Paul m’avait ramené sur les champs de bataille de Joe Torres et j’avais rejoint les blouses rouges dans leur baraquement. Nancy était venue à ma rencontre et m’avait serré la main les yeux humides. Au loin Stéphanie rangeait des papiers mais m’avait jeté un coup d’œil encourageant. En fin de compte rien n’avait changé chez elles non plus, à part que leurs rangs étaient décimés, elles étaient peu nombreuses, tout le monde se lassait de cette guerre, certains rentraient, d’autre partaient retrouver leur mari, et les dernières qui restaient essayaient tant bien que mal de maintenir leur aide aux blessés sur les champs de bataille, et ma force ne serait pas de trop.

Nous avions suivit la piste du soldat américain revenu au pays, mais cela n’avait rien donné, les environs étaient déserts, non, ils étaient partie beaucoup plus loin emmenant nos prisonniers avec eux, ils se savaient repérés. Nous avions tout essayé en 2 mois et voila que je me retrouvais encore une fois aujourd’hui devant Joe Torres et sa troupe. La boucle est bouclée, tout me ramène ici, Nathan, les deltas, cette guerre, il n’y aura plus rien pour moi aux Usa tant que je ne serais pas sure qu’il est mort ou vivant quelque part, tant que je ne serais pas sur que ma vie se trouvait aux Usa, tant que je resterais dans l’incertitude, j’occuperais ce pays si étrange et en même temps si beau, cachant la beauté sous le masque de l’horreur qu’ils vivaient tous.

Les sourires s’éteignaient, les rires ne résonnaient plus, il me semblait que les rues étaient plus calmes, que les odeurs du passé et les bruits ne flottaient plus dans l’air, comme une chape de plombs, ou comme une prise de conscience tardive. Les habitants se rendent enfin compte du danger qui pèse sur eux, si fort et si faible en même temps, fait d’incertitude et de faits réels. Quand je marche dans la rue, j’ai cette impression de langueur, de fatigue intense, comme si le pays lui-même se lassait de cette guerre qui nous avait tout pris, comme si ils ne voulaient plus la voir, l’entendre, ils voulaient oublier autant que moi je voulais revoir Nathan…

J’écris souvent à Peyton et à ma mère, pour les rassurer, pour les tenir au courant, pour garder un lien avec mon pays, pour y revenir un jour, pour ne pas oublier qui je suis et d’où je viens. Je ne sais pas si ma mère a déjà avoué son secret à Victoria et d’ailleurs je préférais ne pas le savoir, ce n’est pas mon secret, ce n’est pas ma vie, c’est la leur, il faut qu’elle se libère comme je me suis libérée devant la porte close de Peyton, devant le cercueil fermé de David à sa mort, ou devant la tombe de Lucas en ôtant mon alliance, symbole ultime du sacrifice.

La vie tourne en rond, mais sa finalité est idem pour chacun, elle nous attend un jour prochain au détour du prochain virage important de celle-ci, elle nous rejoint quand nous nous y attendons le moins, mais je suis prête à lui faire face quoi qu’il arrive, je suis prête à la regarder face à face, je n’ai pas peur, je n’ai plus peur…

Je la regarde d’ailleurs ce jour là, je vais la croiser rien qu’un temps, elle va me rappeler à l’ordre, la mort rode toujours, elle rattrape ses erreurs et ses proies n’ont pas bien longtemps la paix qu’ils espèrent secrètement au fond d’eux, comme je l’avais espéré quand j’étais encore naïve et que je croyais que le destin serait assez clément pour me permettre de trouver un bonheur vrai et durable…


Je levais la tête sur Joe Torres et dans le soleil brûlant sa voix raisonna forte et puissante.

 

-Ecoutez-moi bien vous tous, hurla-t-il, je veux que vous vous repartissiez le plus possible pour attaquer nos ennemis là où ils ne s’attendent pas à vous voir, les Deltas il ne vous restent plus qu’à les rejoindre à soigner les blessés, mais n’oubliez pas baissez la tête…

-Sinon nous vous aurez un trou gros comme une maison…Murmurais-je et il fixa son regard sur moi.

-Regardez comme Madame Scott est perspicace fis-il sarcastique. Elle a tout compris, avant même que je ne finisse ma phrase.

-Ce n’est pas bien difficile répliquais-je sur le même ton, vous dites tout le temps les mêmes choses, à force c’est une habitude.

 

Il grogna et Nancy me donna un coup de coude, je la fixais les yeux brûlants de colère. Joe se tourna vers ses soldats et leur donna les ordres pour la journée, ils s’éparpillèrent, et quand nous voulûmes rejoindre nos baraquements, il m’interpella. Je me retournais et vis Nancy et les autres s’éloigner. Je lui fis face et le silence se fit, à part les grenades qui explosaient dans la forêt et les cris des soldats, rien ne venait troubler notre duel.

 

-Pourquoi êtes vous revenue ? D’abord Nathan, puis Lucas, vous n’avez pas encore fini…

-Que voulez-vous dire par là ?

-Vous nous portez malheur !

-Je vous interdis de dire cela, dis-je  en me rapprochant de lui assez prêt pour qu’il ressente ma colère, je suis ici pour Nathan, rien que pour lui, ce que vous pouvez penser de moi, je m’en fiche bien, et qu’importe après tout, vous n’êtes qu’un petit sergent qui dirige une équipe aussi minable que son chef, alors taisez-vous ou je vous le ferais regretter amèrement.

-Depuis que vous êtes là, rien ne va plus, vous entraînez Lucas avec vous, c’est votre faute s’il s’est fait tuer, vous nous tuerez tous, vous auriez mieux fait de rester aux Usa !

-Je fais ce que je veux et d’ailleurs j’ai un visa d’un an, je ne repartirais pas sans savoir où est Nathan !

-Et bien vous prendrez une bonne claque, vous êtes folle si vous croyez que vous aller le retrouver, et d’ailleurs c’est une perte de temps. Je suis rentré et revenu tant de fois, vous n’imaginez pas, mais ce n’est plus pareil, c’est ici que j’ai tout laissé, je ne peux pas m’empêcher d’y revenir…Si Nathan est vivant, il le sera plus jamais le même…

-Vous êtes pitoyable, vous ne croyez plus en rien, vous pensez que seule cette guerre importe, et bien c’est faux, je vous ai vu poser une bible sur le torse d’un soldat la dernière fois que j’étais ici, pourquoi me reprochez vous ce qui arrive, je n’ai rien fait, j’étais assez naïve pour croire que vous pourriez m’aider, mais vous êtes comme tous les autres, ceux que vous méprisez tant aux Usa, votre guerre avant tout le reste…

-Je suis ainsi certes, mais c’est cette guerre qui m’a rendu ainsi, je vous conseille de fuir avant qu’elle ne vous entraîne vous aussi dans le gouffre, Nathan vaut-il que vous sacrifiez votre vie ?

-Oui, je ferais tout !

-Alors bonne chance, c’est tout ce que j’ai à vous dire, mais faites attention alors, l’enfer est parfois plus proche que l’on ne se l’imagine, et si jamais je rentre un jour, je peux vous dire que je vivrais toute ma vie avec ce souvenir, et si Nathan est vivant ne vous attendez pas à retrouver votre mari, vous allez retrouver un zombie, un homme pour qui la vie ou la mort importe peu, peut être faudrait-il mieux l’oublier…

-Je ne le pourrais jamais, dis-je en m’éloignant doucement, même si je le voulais…

 

Je lui tournais le dos et je l’entendis soupirer avant de charger son fusil et d’entrer dans la forêt avec les autres…

Il avait sûrement raison, je ne retrouverais pas Nathan, mais un autre homme, un homme qui aura vécu des années dans la peur, dans l’incertitude, un homme qui aurait peut être oublié son passé, un homme pour qui la vie ne vaudrait peut être plus la peine d’être vécue.

Mais je lui redonnerais envie de vivre, oui je lui offrirais tout, mon amour et mes espoirs, j’avais tout sacrifié, je ne pouvais pas abandonner ici, même si les paroles de Joe m’avait touchée je ne voulais pas le montrer, cela aurait été un échec de plus si j’avais décidée de repartir…sans lui.

Nancy m’accueillit avec un regard septique et je lui résumais notre conversation.

 

-Joe est ainsi, mais il a raison sur une chose, cette guerre nous transforme, ne la laisse pas te modeler à son image, sinon tu ne pourras plus jamais vivre heureuse après, avec ou sans lui.

-Oui, mais j’ai parfois l’impression que tout ce que je fais se retourne contre moi, m’exclamais-je en me laissant aller contre le camion.

-Non Haley ! J’ai parlé à Paul et crois-moi rien n’est encore perdu, ne pars pas battue par ce qu’il vient de te dire, il essaie de t’ouvrir les yeux, mais lui ne crois plus en rien, alors que toi tu as encore l’espoir et c’est cela qui nous fait vivre, lui ne vit que pour sa guerre.

-Tu le connais bien dis- moi…

-Nous aurions pu vivre quelque chose de beau sans cette guerre !

-Attends ? Toi et Joe ? Demandais-je en me redressant. Il nous traite comme des esclaves, des moins que rien…

-Oui maintenant, mais au début il n’était pas comme cela, je ne sais pas ce qui c’est passé dans cette forêt Haley, mais il a changé, ils changent tous, ne donne pas Nathan au Vietnam.

-Pourquoi continues-tu à travailler avec lui alors ?

-Je n’ai pas le choix.

-Et tu l’aimes encore ?

-Oui et non. J’aimais l’ancien Joe, mais celui qui est là, celui qui est revenu du combat, non je ne l’aime plus, dit-elle en détournant le regard vers la forêt.

 

Je suivis son regard et vis de la fumée s’élever vers le ciel, Nancy s’agita et les blouses rouges enfilèrent leurs gilets pare-balle. Je fis de même et Nancy sortit un petit revolver, je la fixais surprise, elle le calla dans sa ceinture et après un dernier regard sur sa troupe, elle avança nous entraînant avec elle dans les bois. C’est comme un recommencement, c’est comme un renoncement, je laisse ma vie de coté, je l’ai laissé aux Usa, le temps qu’il faudra pour retrouver Nathan, j’avance derrière Nancy comme si je n’avais jamais quitté le Vietnam, j’avance la peur au ventre comme les premières fois mais je suis forte d’une conviction profonde, la vie ne s’arrête que quand l’horloge a fait le tour, que tout ce qui devait être, soit, que tout ce qui devait nous définir, nous définissent, l’horloge s’arrête seulement quand l’aiguille a touché l’heure pleine, la boucle est bouclée, le temps suspend sa course pour une personne, pour une autre et bien d’autres après elle. Ce n’est pas encore mon heure, ce n’est pas encore maintenant que l’aiguille va s’arrêter, le temps est infini pour moi dans cette forêt, certains vont y mourir, d’autres vont survivre et j’en ferais partie, le Vietnam ne me tuera pas…

La lumière se fait moins présente, les feuillages à nouveau nous bouchent la vue, mais j’entends Nancy respirer de plus en plus fort, devant nous la bataille se déroulait, les Viets et les Soldats, lançant des grenades, tirant au hasard touchant un Viets, un soldat au hasard. Nous restâmes en retrait, je regardais la scène mon sac à la main, remplis de pansements et de désinfectant en tout genre, des objets qui ne serviront pas à grand-chose contre la mort, la mort est bien plus forte que nous, et je vois son ombre dans les bois sombres, elle est là prête à emporter untel ou untel, c’est la fin de la course, le temps s’arrête pour celui qui vient de s’écrouler, pour un autre plus loin qui, une balle dans la tête, les yeux grands ouverts, fixe le ciel, le temps s’arrête un instant pour nous, prises entre deux feux, contraintes de vivre et de subir la guerre. Un cri raisonne puis un autre, je lâche mon sac et c’est instinctif, je me recroqueville au sol, je me bouche les oreilles, il n’y a plus personne pour me sauver, il n’y a plus Paul, ni Lucas, Nathan est loin, je n’ai plus personne, je ferme les yeux, j’oublie tout un instant, je sens qu’on me secoue, je lève la tête sur le visage de Nancy, livide, elle hurle mais ses paroles ne m’atteignent pas, je ne comprends pas, ou je ne veux pas comprendre, je veux m’enfuir, je veux tout quitter, j’avais presque oublié la douleur, celle qui nous ronge de l’intérieur, voir ces êtres humains s’entretuer, savoir que bon nombres d’entre eux ne reviendront jamais, c’est terrible, c’est le pire, c’est bien pire que tout ce que vous pouvez vivre aujourd’hui, le temps a passé, les gens ont évolué mais les guerre elles restent les mêmes, un temps infini, des coups de feu, des hurlement des pleurs et cet appel…

 

-Haley !

 

Elle me tire par le bras et je me relève, je suis forte, je peux tout affronter, je peux traverser les balles, je peux me baisser pour les tirer en arrière, je peux éviter les mines, je peux tout faire…n’est ce pas ?

Nancy est toujours à mes cotés et me murmura à l’oreille que nous devons attendre, mais récupérer les blessés au sol, mais sans nous mettre en danger, je l’écoute et je hoche la tête, j’avance, elle me tient le bras mais soudain un bruit assourdissant retentit, les Viets sortent de partout, lançant les grenades sur nous. Nancy hurle et se précipite vers le champ de bataille tout à coup, je tourne la tête elle n’est plus la, elle est au sol près de Joe Torres touché a l’épaule, il lui parle, et il sourit c’est étrange, c’est une scène qui me touche, c’est une horreur de plus dans cet guerre, que ceux qui n’ont jamais pu s’aimer tant le conflit les a changés, elle se penche sur lui, mais les balles sifflent, je l’appelle, elle me fait un signe de la main, les autres Deltas la fixent, effrayées, elle le traîne sur le sol, la boue collée à ses chaussures, elle pleure, je le vois, je le sens. Je suis là, comme un fantôme, je les observe tous, je vois Nancy sur le coté, sa main sans la sienne, elle repousse ses cheveux sur le coté comme je l’ai fait avec Lucas, un autre soldat écroulé contre un arbre, les fusils au sol, et les Viets qui hurlent, qui ne nous oublient pas, ils nous fixent, les autres blouses s’enfuient mais pas moi, pourquoi ? Je ne le saurais jamais, peut être ne voulais-je pas abandonner Nancy, ou alors peut être que je savais que le temps ne s’arrêtera pas, quoi qu’il arrive, même si je traverse les balles, même si je pose un pied sur une mine.

L’amour rend aveugle, c’est certain, c’est pour cela que la fougue de la jeunesse me fait avancer, malgré les rafales de balles, malgré le danger et si Nancy n’avait pas bougé à ce moment la, j’aurais sûrement pris la balle qui lui était destinée, dans un dernier effort pour ramener Joe sur le coté, elle se releva et une balle transperça sa poitrine, elle hurla et s’écroula sur son corps, il sortit son revolver et dans l’énergie du désespoirs tira sur le Viêt en face de lui, il tira encore une fois et sa main sembla s’affaiblir, il la laisse retomber au sol, je les fixais mais je n’avançais pas, Nancy avait les yeux grands ouverts, elle regardait le ciel et il posa une main sur sa joue, une main pour tout ce qu’il ne lui avait jamais et qu’il ne lui dirait jamais maintenant qu’elle était morte…

La mort emporte tout, l’aiguille a fait sa route, Nancy Williams a succombé, c’est ainsi, c’est la vie, c’est la mort et la guerre, c’est l’amour perdu et tout ce qu’elle ne vivra pas…Joe Torres se relève, ma vue se brouille, des soldats avancent, je tiens toujours mon sac, les blouses se sont éloignées de la bataille mais elles accourent maintenant, le champ de bataille semble vide, des larmes coulent sur mes joues, la boue toujours m’attire vers le sol, je le vois soulever son corps, il me lance un regard brillant de larme, la tête de Nancy repose sur son épaule en sang, mais il marche, il avance, il lui semble que le chemin est infini, le soleil alors transparaît dans la clairière, nous ne sommes pas tous perdus, et pourtant certains le sont…

Il me dépasse et je baisse la tête, il emporte le corps de Nancy à l’extérieur, il va sûrement la pleurer, il va sûrement regretter ce qu’il ne lui aura jamais dit, comme je regrette d’avoir laissé partir Nathan, de ne pas l’avoir encore sauvé de l’enfer, d’avoir perdu Lucas dans cette guerre, d’avoir laissé sa main quitter la mienne…

 

Je lève la tête vers le ciel moi aussi, je me demande bien ce qu’ils recherchent tous comme réconfort dans ce geste, je ne trouve rien, c’est le trou noir, oui le trou noir, quand quelque chose s’abat sur ma tempe, je tombe en arrière et des bras me récupèrent, m’entraînent je ne sais où, quelque part où je reverrais peut-être leur visages à tous…

 


nanouee  (24.08.2012 à 16:12)

Musique

Chapitre 5 : Une prison en enfer…

18 avril 1972, Aux alentour de Saigon, Vietnam

 

Tout est sombre, je vois l’image de Lucas au loin, il me prévient du danger, il me tend la main, les arbres écartent la lumière du soleil, la terre est froide sous l’ombre des feuillages, mes mains sont enserrées dans des cordages si serrés qu’au moindre mouvement ma peau s’effrite et saigne. Je ferme les yeux pour chasser le fantôme de Lucas, il a l’air soucieux, il a peur pour moi, je ne sais pas où je suis et en même temps j’ai une impression de déjà-vu, j’ai l’impression que cet endroit à abrité quelque chose ou quelqu’un qui m’est proche, je relève la tête et ouvre les yeux, la pénombre est lourde, et pourtant nous sommes en pleine journée, personne à l’horizon, mais devant moi, un poteau et des cordes tachées de sang, un hurlement lointain et un coup de feu. Mes pieds sont attachés, mes vêtements sont pleins de boue, j’essaye de me souvenir où je suis, pourquoi je suis attachée mais c’est le trou noir, le trou noir depuis ce coup sur ma tempe.

Je grimace et sens le sang couler dans mon cou, derrière moi une barrière en fer sépare le camp de la forêt, et tout à coup un homme approche un fusil à la main, il me jauge de la tête aux pieds puis se penche sur moi, rapprochant son visage du mien avant de murmurer dans un anglais parfait :

 

- Savez-vous où vous êtes ?

 

Je secouais la tête et il sourit dévoilant ses dents sales. Il m’attrapa par le col de ma chemise et me secoua avant de me jeter en arrière.

 

-En enfer…

-Que voulez vous de moi ?

-De l’argent !

-Je n’ai pas d’argent sur moi, fis-je hurlant presque, ma voix se répercuta dans le camp désert.

-L’Amérique nous paiera, si elle veut te voir saine et sauve, sinon elle n’aura plus qu’à repêcher ton cadavre.

-Je suis de la croix rouge !

-Et alors ? Cela ne vous empêche pas de cautionner cette guerre non ? Vous venez soigner vos soldats, vous êtes aussi coupable qu’eux !

-C’est faux ! Nous ne faisais que les aider à survivre, et vous alors que faites vous ? Vous emprisonner des hommes durant des années, vous êtes pire que le diable lui-même…

 

Il me gifla et avant que je ne tombe en arrière, il me rattrape et me relève, les mains toujours attachées, il me maintient debout avec sa seule force, les yeux brillants de rage.

 

-Tais-toi ! Tu parleras quand je te le dirais et c’est tout, maintenant la ferme ! Hurla t-il en se baissant soudain pour défaire les liens de mes jambes et les libérer. Viens !

 

Il me traîna derrière lui, tirant sur mes liens, mes pieds me faisaient souffrir, la corde s’était enfoncée profondément dans la chair, laissant des traces violacées. Je savais où j’étais maintenant, j’étais sur les traces de Nathan, pire que cela j’étais à sa place, dans son monde, dans son enfer, dans sa prison, j’étais là où il n’aurait jamais du être, j’étais là où j’avais perdu Lucas. Une larme coula quand je passais à coté des cordages de torture, il m’entraîna dans un baraquement vide, puis dans un autre vers une pièce retirée à l’arrière qu’il ouvrit d’un coup de pied, il me jeta à l’intérieur et referma la porte d’un coup sec sans un mot.

Je me recroquevillais sur le sol, revivant les derniers instants que ma mémoire n’avait pas occulté, ceux dans la forêt, auprès de Nancy…

Où étaient-ils tous ? Joe Torres, Paul…Savaient-ils où j’étais ? Non bien sur que non, j’étais perdue pour eux, j’étais perdue tout court dans cet enfer que tant d’autres ont connu. Je regarde le plafond et l’image de Nathan apparaît, puis celle de Lucas et Peyton qui me sourit, ma mère qui me dit de suivre ma route. Mais peut être que ma route doit s’achever ici, peut être que le Dieu que vous sembler vénérer ma punie, peut être que je ne dois plus chercher, peut être que je suis sur la mauvaise route depuis le départ. Rien ne me prédestinais à vivre cette guerre, je m’étais promis de rester loin de son apocalypse et pourtant j’y suis entrée par amour, par désespoir, je suis comme vous, je suis un être animée par ses sentiments, par ses instincts, il n’y aura jamais rien qui puisse se mettre sur ma route, elle est infinie, j’en suis persuadée, la course ne peut pas s’achever là sans lui, l’aiguille ne peut pas avoir fait le tour, c’est impossible, la mort ne peut pas m’emporter ici, sans l’avoir revu, je dois vivre rien qu’un temps pour le revoir, pour me convaincre que rien n’a été vain, que les kilomètres que j’ai parcouru n’ont pas été inutiles, que les blessures et les souffrances m’ont définis, que ceux que j’ai du enterrer ne sont pas morts pour rien, que ce qui nous attend dans l’avenir n’est pas une chimère, je dois m’en convaincre, sinon je ne pourrais plus continuer à respirer dans cette poussière lourde qui tourbillonne dans la pièce sombre éclairée par une simple fenêtre à barreaux, une pièce vide sans âme, une pièce qui restera pour toujours présente dans mes pires cauchemars. Cette pièce c’est le Vietnam, c’est la guerre, l’amour et la mort, tout est réunis ici, rien ne peut s’effacer tant que notre mémoire n’occulte rien, je sais que mon témoignage ne sera pas inutile, je sais que vous apprendrez que la vie est courte, bien plus courte que nous le voudrions, que l’aiguille du temps parfois s’arrête sans raison, juste pour faucher une vie de plus, comme Nancy dans la forêt, je ne me rappelle pas bien les dates, et il est possible qu’elles ne soient pas totalement exactes, mais après tout peu importe, seul mes mots importent, ce sont eux qui me font revivre, eux qui les ranime juste l’espace d’un temps pour montrer au monde qu’ils ont vécu et respirer, mais qu’un jour le temps les as rattrapé, pour David, pour Lucas, et pour les autres…

 

Pendant ce temps, le monde continu de tourner, les soldats meurent et les femmes pleurent, et la douleur les définit tous, comme elle m’a définie. Je passe une main à mon cou et je retire la chaîne bien cachée sous ma chemise où mon alliance pend. Je défais la chaîne et retire la bague que je repasse à mon doigt, les joues brillantes de larmes, salis par la terre, je lui jure à nouveau amour et fidélité, je lui jure assistance, pour le meilleure et pour le pire de ce que nous aurons encore à vivre ensemble ou non, je lui donne ma vie une deuxième fois, en espérant qu’il ressente ce lien, qu’il sache que je ne suis pas loin, car c’est le cas, je ne suis pas loin, je suis si proche de lui et encore plus proche de son cœur.

La trace à mon annulaire s’était estompée comme un signe, mais je ne suis plus les signes depuis longtemps, je ne m’attarde plus à analyser la vie, je n’en ai plus le temps, je dois courir deux fois plus vite que vous, je dois fuir et rechercher, je dois les quitter pour mieux les retrouver, je ne peux plus m’attarder aux petits détails, et même si la couleur de ce ciel que j’ai entre aperçu à travers les nuages reste dans ma mémoire, retraçant l’atmosphère des lieus, même si je n’oublie rien, il y a certaines choses que je préfère vous épargner…

La porte s’ouvre soudain, et je relève la tête, je n’avais même pas entendu les bruits, le camp n’est plus vide, il est plein, de soldats prisonnier, pourquoi pas Nathan…

Un Viet entre, puis un autre mais je recule vers le mur jusqu'à ce que mon dos le touche, glacial et dur. Ils referment la porte derrière eux et s’approchent.

 

-C’est elle alors ? Vous êtes fou c’est une Blouse Rouge, dit l’un d’entre eux l’air furieux.

-Et alors ? Ils paieront pour la voir libre et pendant ce temps elle nous sera utile, elle pourra soigner les blessés…

-Non elle ne sort pas d’ici, tant que nous n’avons pas reçu d’argent !

 

Je les fixais, immobile. L’un d’entre eux restait en retrait et fronçait les sourcils. Il avança et parla.

 

-Pourquoi pas ? C’est une Blouse, elle pourrait peut être les soigner ou les soulager du moins.

-Elle pourrait s’échapper !

-Je la surveillerais personnellement.

-Bien elle est sous ta responsabilité mais ne la quitte pas des yeux.

 

Il hocha la tête et je les regardais parler de moi comme si je n’étais pas là. Ils finirent par parler en vietnamien, mais mes seules bases ne me permettait pas de comprendre leur dialogue et je restais à les fixer jusqu'à ce que l’un d’entre eux s’approche.

 

-Alors tu as compris ? Nous allons te garder avec nous puisque tu peux nous être utile, et pourquoi pas te garder jusqu'à la fin…

-Ils me retrouveront, fis-je

-Jamais, dit-il en riant, ce camp est très bien caché crois moi ! De plus il y a des gardes postés à chaque sortie possible.

 

Je secouais la tête et il s’éloigna. Celui qui avait proposé de me laisser errer dans le camp pour soigner les blessés resta, mais les autres quittèrent la pièce, me laissant ainsi entrevoir l’espace d’une seconde une cour emplie d’hommes en uniforme armés jusqu’aux dents, des soldats et des Viets entremêlés, comme dans cette guerre qui semblait nous unir et nous désunir. La porte à nouveau claqua et l’homme resta quelques secondes à m’observer, je n’aurais jamais pu imaginer que ce soit lui la clé de mon avenir, de notre avenir, parce qu’ici enfermé entre quatre murs, je n’apportais rien, rien d’important au monde qui m’entourait, j’attends seulement que le temps passe, comme j’attendrais les 6 prochains mois ici… Il s’adossa à la porte et je reste assise au sol le dos au mur, le regard fixé à ses yeux translucides.


-Nous nous connaissons ? demanda t-il dans un anglais parfait.

-Cela m’étonnerait, je ne fréquente pas les ennemis, fis-je méfiante.

-Tu peux te calmer, je ne vais pas sortir le fouet ! C’est juste que ton visage ne m’ait pas inconnu, tu es dans les Blouses Rouges depuis longtemps ?

- Libérez-moi ! Vous n’obtiendrez rien de moi, Rien !

-Très bien, je reviendrais quand tu seras disposée à parler, et alors là seulement je t’aiderais !


Il se tourna et à son tour sortit, une clé à la main, il m’enfermait, je me relevais et atteignis la porte au moment où il la referma et donna un coup de clé dans la serrure me laissant seule dans la pénombre sans eau ni nourriture sans paix et sans amour…

Je pose mes mains sur cette porte qui sera mon seul univers pour les mois à venir, oui je suis une survivante, mais j’ai été prise à mon propre piège, j’ai été rattrapé par le destin, comme pour me dire ne presse pas les choses Haley Scott, donne le temps au temps…

Seulement je n’ai jamais pu abandonner, je n’ai jamais pu me faire à l’idée de le laisser entre leurs mains encore d’autres années, des années perdues pour nous, pour notre avenir, j’ai couru plus vite qu’il ne l’aurait fallu, je me suis brûlée les ailes, je vais amèrement le regretter…

J’ai brûlé ma vie dans des guerres inutiles, j’ai parcouru des kilomètres avec un seul désir, un seul espoir, j’ai sacrifié mon monde, mon métier, je lui ai tout donné, il ne peut pas mourir maintenant, et moi non plus. Je me laisse glisser au sol, adossée à la porte, je regarde la fenêtre ou les barreaux sont impossible à briser, et là je me rend compte que je suis emprisonnée, oui je ne suis plus libre, peut être ais-je vécu durant de longues années dans une prison dorée sans barreaux, mais je n’avais jamais vraiment été privée de liberté, aujourd’hui le moment était arrivé, tout se paye, rien ne s’efface, le temps avance, le temps n’épargne rien ni personne, l’aiguille tourne, son tic tac est insupportable, l’heure pleine s’annonce, pour notre malheur à tous…


Le soleil apparaît derrière les branchages directement sur ma cellule, cette cellule qui sera mon univers, vous allez y vivre avec moi durant 6 mois, vous allez pleurer et souffrir, vous allez créer l’espoir et relever les ruines, je vous tends le main encore une fois, sans vous tous je ne serais rien, mes souvenirs seraient aux oubliettes, tout ce temps passé ici, tout ce temps pour mes prochains articles, pour les accords de Paris et le retour au pays, encore une fois sans lui, encore une fois sans mon âme, que je vais laisser ici, une âme que je vais devoir retrouver une troisième fois, plus tard.

Tout ce que je vais vivre ici est véridique, tout ce que je vais endurer va me définir, tout le reste de ma vie, dans mes journées torturées, dans mes nuits blanches, rien ne s’efface et même à la fin de la guerre, même quand je retrouverais ma vie d’avant, le doute est là, pour toujours arriveront nous à nous relever de l’inimaginable ? C’est une torture et un soulagement, seuls les survivants résistent à l’après guerre, seuls eux peuvent continuer à respirer, à fermer les yeux sans revoir les cadavres, oui seuls eux sont la clé de votre avenir, puisse-t-on en faire partie…

 


nanouee  (24.08.2012 à 16:17)

Musique

Chapitre 6 : Changement de camps…

1er Mai 1972, Aux alentours de Saigon, Vietnam Sud


Encore et toujours les mêmes et mêmes recommencements, les mêmes fins, et voilà que mon impatience me rattrape, voila que le temps me joue des tours et me propulse dans l’autre camp, je ne suis plus à ma place, je ne le suis plus depuis longtemps en fin de compte. Devant moi s’étale un plateau où une nourriture infecte attire les mouches qui viennent se poser sur la mixture et s’en délectent. Je n’ai rien mangé depuis quelques jours, et je sais qu’il arrivera un moment où je devrais bien m’abaisser à manger ces plateaux qu’ils jettent au sol le matin de bonne heure, quand le soleil transparaît à travers la seule fenêtre de ma cellule. Ils ne me parlent pas, je n’ai pas mis les pieds hors d’ici depuis le 18 avril, j’ai eu le temps de penser à ma vie, j’ai eu le temps de me reprocher mes actes, de revoir mon passé image par image comme un film en noir et blanc dont les scènes seraient muettes, brûlées par l’indifférence, sauvées par l’empreinte du temps, grâce à lui je n’oublie rien. Je fixe désespérément la porte, j’attends de voir entrer un être humain…

Vous ne pouvez pas vous imaginez l’isolement et la solitude qui m’a accompagnée les premiers jours de ma captivité. Je ne pouvais pas dormir, j’écoutais tous les bruits au dehors, je voulais entendre une voix, même un cri pour me rassurer, pour me prouver que je vivais encore, car même le son de ma respiration saccadée ne suffisait pas à m’apaiser, je voulais les entendre parler, pour me sentir mieux, pour échapper aux limbes qui accompagnent les morts, la fin de la course, je voulais voir d’autres yeux rire ou pleurer, d’autres corps se mouvoir, je voulais tout simplement rester parmi eux, les vivants, ne pas les laissez m’oublier…

Je fixe cette porte depuis si longtemps que mon esprit me joue des tours, je me lève à chaque craquement, mais j’ai la peur sourde de succomber à la folie des lieux, de perdre la raison en même temps que ma liberté, d’entendre leurs cris raisonner, d’imaginer ce qu’ils peuvent faire, je ne peux plus fermer les yeux sans entrevoir des images atroces, c’est mon fardeau, c’est ma punition, et aujourd’hui encore, parfois quand je ferme les yeux je les vois, les os déboîtés, les membres sanglants, je les vois comme s’ils m’habitaient, je ne voulais pas les laisser m’envahir, mais cela était un combat perdu d’avance, je regarde encore cette porte, je sens que je deviens folle enfermée ici, je perds la raison, je perds tout, Nathan et mes espoirs, il faut qu’elle s’ouvre, il le faut, aujourd’hui, maintenant, il faut que je sorte, que je sente la chaleur du soleil, la morsure du vent, je suis un zombie, je ne suis pas morte, mais je me sens déconnectée de cette réalité que j’ai toujours préféré aux paradis, mais je connaissais à présent le coté sombre, l’enfer…

Cette fois-ci elle s’ouvre en pleine après midi, elle s’ouvre et je me relève, passe une main sur mon pantalon plein de poussière et relève la tête vers lui, il n’est pas venu depuis la dernière fois, celui qui semblait me connaître…


-Viens prendre une douche ! dit-il

-Certainement pas avec vous !

-Tu as envie de rester dans ta merde ? dit-il en me lançant une serviette et du savon que j’attrapais au vol. Viens !


Je le suivis et il attacha des menottes à mes poignets avant de me laisser sortir de la cellule. J’avais la serviette et le savon sous le bras et il marcha devant moi, me faisant parcourir les baraquements de bois tous identiques construits sur le même modèle, et cette cour au milieu qui semblait la même dans tous leurs camps. Nous marchâmes et je vis quelques Viets qui nous fixaient au passage et des soldats dans des cages. Je du y regarder à deux fois avant de remarquer que les cages étaient au dessus du sol, accrochées à un arbre, ils mourraient de chaud sous ce soleil de plomb en hauteur, mais ils les faisaient souffrir volontairement, ils les détruisaient sans remord, mais pas moi, ils ne m’atteindraient pas, je me le jurais à cet instant.

Tout ce que je vivrais fera partie de moi pour toujours, je vous l’offre ici, je n’ai pas d’autre finalité pour ma vie que ce témoignage aussi véridique que je le peux, un témoignage pour vous et votre vie future, pour que vous n’oubliez jamais ceux qui se sont sacrifiés pour votre bonheur futur, pour votre liberté. Je ne pourrais pas oublier, je n’oublie pas leurs visages, leurs bras lacérés, rien ne s’efface et grâce à cela aujourd’hui je leur offre la place qu’ils méritent, des héros parmi les martyrs, des héros qui ont construits notre futur, nous les vivants, ceux qui ont survécu, ils sont peu nombreux mais une fièvre les anime, ils sont les survivants, nous le seront, pour le meilleure et pour le pire. Notre avenir ne sera pas rose mais main dans la main nous pouvons y arriver, nous aurons le courage de nous débarrasser de l’image du Vietnam, celle qui colle à notre peau qui nous tue à petit feu.

Il du me tirer par le bras, parce que je restais immobile, il me poussa derrière les branchages et je vis des cabines en bois vulgaire avec un sac en plastique qui servait de bidon d’eau. Je me prenais les pieds dans la boue et je commençais à pleurer, tout cela me rappelait tant d’images du passé, quand nous avions cru que l’avenir nous serait clément, quand nous avions pénétré dans un camp isolé Lucas et moi, nos pieds eux aussi s’enfonçaient dans la boue, un autre signe que je n’avais pas su détecter, un autre signe que j’avais ignoré, j’avais couru trop vite, le temps me rattrapait maintenant. Son image reste, comme celle de Nathan et pourtant cela fait si longtemps que je ne l’ai pas vu, que je ne l’ai pas touché, des années sans lui, des années de tortures pour lui, des années de tortures pour mon cœur, qui ne rêvait que de paix, qui aurait voulu que les morts ressuscitent, qui aurait voulu que ses amis ne soient pas tristes, ce cœur qui aurait voulu que la vie soit belle, que l’arbre ne soit jamais occupé par d’autres que nous, un cœur pur qui découvrait l’enfer de la guerre, de la vie et de la mort entremêlés dans une danse éternelle, jusqu'à la fin de l’humanité, une danse qui rythmera tout, du début à la fin, jusqu'à la chute…

Il me fixa et je levais la tête vers lui, essuyant les larmes qui coulaient encore. Un besoin de crier ma colère, de m’enfuir à toutes jambes et pourtant je reste face à lui, il me fixe, ses yeux me scrutent comme s’il essayait de découvrir où il avait déjà vu mon visage, mais apparemment sa mémoire lui faisait défaut, mais pas la mienne, elle sera éternelle peut être pas infaillible, mais grâce à cet écrit elle restera présent dans vos cœurs jusqu'à la fin de tout, jusqu'à la fin de la course. Il s’approche de la douche et la met en marche. Il me regarde encore une fois et ouvre la porte. Je lève les yeux vers le ciel comme tant d’autre, mais pourquoi ? Je ne crois pas en dieu, je ne crois même plus en la nature humaine et pourtant il va me redonner espoir rien qu’un temps.


-Viens, dit-il, tu peux te déshabiller et te laver je tiens la porte, personne n’entrera, je te le promets.


Ses yeux se firent plus doux, je le fixais. J’avançais dans la boue, il ôta mes menottes. J’entrais dans la cabine et retirais mes vêtements qu’il prit d’une main, me laissant nue sous l’eau glacée, j’hurlais et je l’entendis s’éloigner, je ne cherchais pas à savoir pourquoi il partait alors qu’il m’avait promis de rester. Je posais les mains sur les bords pour me retenir, j’avais la tête qui tournait mais cette eau qui glissait sur mon corps me faisait du bien et j’en oubliais son absence, la porte était close, je laissais le bidon se vider entièrement sur moi, me savonnant, me lavant les cheveux, le visage, effaçant les traces de mes larmes, de la boue et de la mort qui rode. J’entendis des pas soudain et comprimais mon corps contre la porte pour empêcher les intrus d’entrer.


-J’ai brossé tes vêtements ils étaient pleins de poussière, dit-il en me les tendant à travers le panneau de bois. Ils ne sont pas propres mais au moins tu auras l’air d’un être humain…


Je les laissais sur le rebord et arrêtais la douche à la dernière goutte d’eau. Il avait nettoyé mes vêtements, aurait-il pitié de moi ? Je pensais qu’aucun Viet n’aurait pu prendre un Américain en pitié et voila qu’il me conduisait à la douche, qu’il lavait mes vêtements, il avait peut être un cœur, un cœur dont les autres semblait dépourvut, mais que faisait-il avec eux ? Pourquoi restait-il ? L’être humain est bien complexe, il aime et hait, il peut tout posséder et être mécontent, il peut faire le mal comme le bien, il peut supporter bien des douleurs avant de rendre l’âme, il peut céder à la folie, il peut devenir le fantôme de sa propre vie, ne respirant que parce qu’une âme habite encore son corps…Nos choix ne sont pas déterminés par notre famille ou notre éducation, c’est la vie qui nous façonne, elle nous offre un chemin à nous de décider de l’emprunter ou non, c’est un choix, c’est le seul qui importe vraiment. Je me sèche avec la serviette et me rhabille lentement, mes mouvements sont lents, je n’ai pas beaucoup de force, je ne peux pas avaler leur mixture, je ne peux pas m’y résoudre, le dégoût l’emporte toujours sur la douleur au creux de mon estomac.
Je pousse la porte et il est là assis sur un rocher un couteau à la main, il taille une branche d’arbre, enlevant l’écorce puis dégageant la chair verte. Il lève le regard sur moi et détaille à nouveau mon visage. Il se replonge dans la contemplation de sa branche et avec de grand geste achève de la déshabiller. Il la jette alors au sol et se lève.


-Pourquoi vous faites cela ? Demandais-je.

-Pourquoi je fais quoi ?

- Pourquoi êtes-vous si gentil avec moi ?

-Je ne suis pas gentil. Je fais mon travail…

-C’est faux, le coupais-je en marchant derrière lui vers le camp, les mains toujours attachées. Il y a autre chose…

-Peut être que j’ai pitié de vous tout simplement je n’arrive pas à l’expliquer, c’est ainsi alors profitez de ma gentillesse, cela ne durera peut être pas.

-Vous êtes toujours persuadé de m’avoir déjà vu n’est ce pas ? Fis-je tandis qu’il s’immobilisait pour me fixer à nouveau.

-Non c’est une erreur vous l’avez dit vous-même, vous devez ressembler à quelqu’un d’autre !

-Vous étiez persuadé…

-Oubliez ce que j’ai dit, je ne vous connais pas et dépêchez vous !


Je baissais la tête et le suivis par le même chemin, vers ma cellule, nous traversâmes la cour mais elle était vide, je remarquais l’arme à sa ceinture, et son couteau qu’il avait rangé dans ses bottes hautes. Je le suivais les mains liées, je ne pouvais pas fuir, et d’ailleurs à cet instant, j’étais persuadée que quelque chose de bon sortirait de cette épreuve comme de toutes les autres, le bonheur est au bout du chemin, et même si les souvenirs restent, nous pouvons très bien nous en créer d’autres, des souvenirs à l’image de nos espoirs…

Il ouvrit la porte, défit mes menottes et me laissa entrer dans ma prison, il resta un instant sur le seuil puis me fixa encore une fois.


-Je t’apporterais quelque chose à manger tout à l’heure, tu vas avoir besoin de force. Je te conseille de manger, tu vas nous accompagner sur les champs de bataille.

-Vous êtes fous ou quoi ?

-Tu soigneras nos blessés et…

-Jamais ! Je suis de la croix rouge, je ne soigne pas les ennemis !

-Tu devras, c’est cela ou la mort, à toi de choisir Haley !

-Comment connaissez-vous mon prénom ? M’exclamais-je livide.

-Il était sur ton badge de la croix rouge, Haley…Scott.


Il resta quelques secondes les yeux dans le vague, ses lèvres remuaient comme s’il essayait de se rappeler un souvenir lointain, il passa une main sur son visage puis il tourna à nouveau son regard sur moi, en fronçant les sourcils.


-Vous êtes la femme de la photo…Mais oui, c’est vous…

-Quelle photo ? Fis-je hurlant presque.

-Non rien…

-Attendez…Non…


Il sortit aussi vite qu’il le pu, comme pourchassé par le diable lui-même, referma la porte, donna un coup de clé, mais je me précipitais vers la porte, je frappais, je hurlais, je le sentais j’étais proche du but, il pourrait m’aider, il le pouvait…

Revenez…


La photo…Le morceau déchiré par Nathan, celui que j’avais retrouvé, celui qui était dans ma poche…

Je fouillais dans mon pantalon, je ne le quittais jamais, il devait être là, il le devait, je le trouvais au fond de ma poche, froissé, mais intact tout de même, je la fixais en pleurs, et me laissant tomber au sol, c’était moi la femme sur la photo, l’autre moitié de la photo que Nathan avait gardé, j’avais son visage comme j’avais son cœur, j’avais tout, non Nathan avait gardé l’autre morceau, le plus important, l’empreinte de notre vie, cet homme ne pouvait pas être courant sans l’avoir vu, il était vivant, vivant…


nanouee  (24.08.2012 à 16:24)

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Chapitre 7 : Les anges de l’enfer…

13 Juin 1972, Aux alentour de Saigon, Vietnam Sud

 


-Tais toi et marche! Fit-il dans l’ombre des arbres, un lien attaché à mes mains.

-Comment voulez vous que je les soigne si j’ai les mains liées ? Hurlais-je.


Il se tu, les autres Viets marchaient devant nous, fusil à la main, grenades et fumigènes prêt à être jeté sur nos soldats, ceux que je devais ignorer. Maintenant je devais soigner ceux qui avait enlevé Nathan, ceux qui faisait souffrir mes amis, ceux qui me marquait au fer rouge pour la vie, mais à la vie a la mort pour Nathan, quoi qu’il arrive, je pourrais même passer un pacte avec le diable lui-même pour le retrouver, je pourrais tout faire pour sa liberté et la mienne, et morte je ne servirais à rien, j’avais ravalé ma rancœur et marchais avec eux, les mains liées, vers un lieu inconnu dans cette forêt qui ressemblait à toutes les autres, celles qui avait habités mes cauchemars aux Usa. Il ne m’avait presque plus adressé la parole depuis qu’il avait découvert qui j’étais, il me parlait brusquement, pour mettre une distance entre nous, moi, Nathan et notre histoire. Je n’avais pas oublié sa réaction, et cette photo qu’il semblait avoir vu, j’avais l’autre moitié encore dans la poche, avec le visage de Nathan, lui seul pouvait m’éclairer, me dire s’il était loin d’ici ou non, vivant ou non, lui seul et il ne me parlait que pour me donner des ordres.

Je marchais et dérapais par endroit, le sol se mouvait sous mes pieds, et il me rattrapait souvent, me maintenant dans l’axe, sa main serrée sur mon bras, jusqu'à en laisser des traces. Nous arrivâmes bientôt dans une clairière qui me semblait si paisible, et pourtant ils s’agitaient tous et parlaient en Vietnamien, hurlant probablement des ordres. Il me retint en arrière et souffla à mon oreille.


-Il y a des mines sur ce champ, avant de passer nous devons les détecter.

-Pourquoi pas marcher directement, si c’est notre destin nous mourrons de toute manière, répliquais-je.

-Tu ne sais pas encore ce que c’est !

-J’ai vu beaucoup d’horreurs ici grâce à vous, crachais-je en détournant la tête vers la clairière.

-Tu en verras d’autres, mais pour le moment notre but est d’éviter de sauter sur les mines, à moins que tu n’ais envie de mourir et de ne pas le revoir…

-Vous savez qui je suis n’est pas ? Pourquoi vous taire ? Vous m’ignorez depuis un mois…

-Je ne sais rien, je suis un simple exécutant, c’est tout.

-La photo…

-Une autre erreur sûrement.

-Il est vivant n’est ce pas ? Dites le moi ?

-Pas ici, les oreilles traînent !

-Quand alors ?

-Je ne sais pas, fit-il en me traînant avec lui dans la clairière dégagée.


Je marchais derrière lui bouillant de colère, les autres couraient mais nous restions à l’écart, il devait me surveiller, je ne devais pas m’enfuir, je ne le pouvais pas de toute manière, pas maintenant que je savais qu’il avait vu Nathan, et mes liens serrés m’empêcheraient d’aller bien loin. Il y avait des trous partout dans la terre et les premiers Viets disparaissaient déjà de notre vue quand un bruit horrible raisonna, je sursautais et il se jeta sur moi pour me plaquer au sol…

Une seconde change tout, le temps ne peut pas tout guérir, parfois l’aiguille atteint l’heure pleine avant que le glas ne sonne, c’est ainsi, il en restait une bien cachée dans la terre, une mine pour le malheureux qui devait mourir aujourd’hui si près de nous et en même temps si loin à présent. Il explosa comme l’autre dans la forêt de Saigon le premier jour où j’ai mis les pieds dans les Deltas, ce jour que je n’oublierais pas. Le bruit assourdissant s’accompagna de projections de chair humaine, j’hurlais mais il me bâillonna la bouche avec sa main. Les autres accoururent mais il était trop tard, il était trop tard depuis longtemps, le destin avait emporté sa proie, ce n’était pas nous, mais un pauvre être humain de plus dans les limbes. L’aiguille n’avait pas finit sa course, le destin ne nous avaient pas accablé, je le savais, je le sentais, il a posé le pied sur le dernier maillon de la chaîne, la fin de tout.


-Je le savais, murmurais-je

-C’est ainsi, dit-il contre mon oreille. Range-le dans un coin de ta mémoire et relève-toi !


Il m’attira vers lui et m’aida à me relever, je détournais les yeux du spectacle horrible de cet homme déchiqueté en plusieurs morceaux, l’odeur du sang me donnait la nausée et je du me retourner pour vomir au sol, ma main retenant mes cheveux en arrière. Il s’approcha et me tendit un chiffon que je pris pour m’essuyer la bouche. Des crampes horribles me tordaient l’estomac et une nouvelle vague de nausée me fit me pencher vers le sol, accroupie.


-Il y a pire que cela, il y a les tunnels où les cadavres s’empilent, les uns sur les autres jusqu'à y pourrir, s’exclama t-il en retenant mes cheveux en arrière. Appelle-moi Jing, à force je vais finir par penser que tu nous hais tous.

-C’est le cas, dis-je.

-Tu apprendras que parfois ce qui semble acquis ne l’est pas et que certaines images sont des chimères.

-Qui êtes vous donc ?

-Juste une bonne âme… Viens !


Je m’essuyais la bouche encore une fois et crachais au sol pour chasser ce goût aigre dans ma bouche. Je ne regardais plus le cadavre à l’air que les mouches déjà habitaient, je ramassais mon sac et il s’approcha pour défaire mes menottes. Il hocha la tête et les accrocha a sa ceinture avant de me tirer par le bras encore une fois, pour quitter la clairière, des kilomètres et des kilomètres qui nous éloignaient du camp et nous rapprochaient du mien, une bataille avec mon pays, et ils ne savaient même pas où j’étais, ils ne savaient pas si j’étais vivante ou morte, un mystère de plus…Comme Nathan et les autres disparus, certains depuis plus longtemps que lui encore, qui peut être un jour sortiront de l’ombre, oui si l’aiguille n’a pas déjà cessé sa course pour la plupart d’entre eux.

Tout à coup un champ s’ouvrit devant nous, image d’apocalypse terrible, de sang et de soldats empalés sur des branches d’arbres, des images horribles qui aujourd’hui encore me hante. La guerre du Vietnam est un bien grand paradoxe, timide à ses débuts et si sanglante à sa fin, cause de la mort de millions de personnes, elle est le feu et la glace, un monde à part et pourtant nous n’y sommes pas des fantômes, les balles nous touchent et nous tuent, les mines explosent et même si parfois tout cela semble tellement irréel, sachez que c’est seulement un mythe, cette guerre a fait mourir les espoirs de ma génération, comme elle a fait mourir mes espoirs idéalistes de vie parfaite. Jing me tire en arrière, oui maintenant je peux lui donner son nom, je sais que c’est mon ange gardien, sans lui j’aurais pu expirer dans cette forêt ou dans ce camp à l’abri du monde sans que personne jamais ne sache rien, il me sauvera comme personne ne l’a fait avant lui, il me donnera la clé de l’espoir, il me donnera Nathan et mon futur…

Le vent souffle, les rafales de balles grondent et je regarde le ciel orageux, les éclairs le zèbrent, signe ultime de la fin, d’une autre fin pour nous tous, c’est l’affrontement, ils ne le savent pas encore, mais bientôt un papier sera signé, un papier qui leur donnera le droit de rentrer chez eux dans leur foyer, la plupart quitteront le Vietnam avec dans leur cœur des regrets et des remords impossible à enrayer, d’autres resteront comme moi, parce que ma finalité n’est pas encore là, je n’ai pas finis mon voyage, je n’ai pas achevé ma route, cela serait un échec de repartir, je reste, je resterais jusqu'à la chute…


-Ne t’approches pas encore, reste avec moi, fit-il, ils peuvent te prendre comme cible.

-Comme vous n’est-ce pas ? Il y a bien une raison, pourquoi m’avez-vous enlevée ?

-Nous avions besoin d’une infirmière c’est juste le hasard qui t’a conduit vers nous, s’exclama t-il fixant toujours la bataille.

-Le hasard a bien fait les choses…

-Peut être bien, laissons le destin en décider.

-Nathan est vivant ? Demandais-je en espérant qu’il ne se retranche pas dans sa froideur, façade pour les autres qu’il laissait tomber devant moi.

-Je ne sais pas Haley.

-Mais pour la photo ?

-Oui j’ai vu cette photo…


Je mis soudain ma main dans ma poche et en ressortis l’autre moitié, je lui tendis les yeux pleins de larmes. Il la prit et son visage se fit livide quand il la fixa puis la retourna pour voir l’inscription : Nathan et Haley, 2 août 1967. Il resta immobile quelque seconde la photo à la main et vit la déchirure sur le coté.


-Oui, il avait l’autre morceau je m’en souviens…

-Quand ?

-Je ne sais plus, je…


Au même moment une bombe explosa au loin et il laissa tomber la photo dans la boue sous le choc, je me précipitais pour la récupérer, mais soudain le ciel s’ouvrit laissant passer ses larmes, des gouttes d’eau qui rendirent le champ impossible à pratiquer pour l’armée. Non pas la photo…

Je passais mes mains dans la boue, il ne me restait que cela, non le destin ne pouvait pas me le voler, pas la seule empreinte qu’il me restait, son visage si souriant, non pas cela, je ressortais mes mains mais je ne voyais rien, la pluie continuait de s’abattre sur nous et les éclairs se déchiraient dans le ciel. Jing se pencha sur moi et hurla quelque chose que je n’entendis pas, je ne voulais pas partir, non je devais la retrouver…


Il me tira par le bras mais je résistais, je hurlais, il ne me restait que cela, non je ne voulais pas l’abandonner ici, comme je l’avais abandonné il y a 3 ans, non pas cela, je lui échappais et me jetais à nouveau au sol, malgré l’orage et les balles qui sifflaient dans notre direction, l’aiguille n’a pas fait le tour, j’ai encore le temps de le retrouver, son image, son visage, la seule empreinte, je hurle encore plus fort et mes yeux se lèvent vers le ciel, je maudis la vie, et je maudis ce Dieu qui ne me donne pas la paix, pourquoi dois-je vivre et souffrir ? Pourquoi certains ont un avenir chaud et ensoleillé ? Je suis à genou sous cette pluie frissonnante pour rechercher l’ultime morceau de ma vie que j’ai perdu ici dans cette guerre dans ce pays, je ne peux pas renoncer…


-Haley ! Viens, nous n’avons plus le temps, ils approchent…

-J’ai encore le temps, non je ne peux pas renoncer, non je ne peux pas, attends, non attends…


Il tira encore plus fort et je me relevais les mains pleine de boue, le pantalon taché, le visage emplis de larme et ce cri au fond de ma gorge que je laissais échapper ce jour là dans mon enfer, un ange en enfer, c’est moi, c’est vous, vous me suivez, vous me condamnez ou vous me soutenez, vous vivez tout cela avec moi, c’est une douleur de plus que ce morceau qui s’est échappe de ses mains pour rejoindre le sol, enterré comme un signe, un signe que je ne voulais pas voir, je ne voulais pas qu’il cesse de respirer enterré comme ce morceau de papier qu’il avait abandonné derrière lui…


Il me traîne derrière lui, je hurle toujours, tout disparaît, le paysage se brouille, la pluie tombe, si forte que je suis trempée de la tête aux pieds, je suis perdue dans un enfer, intimement lié aux paradis, il n’y a plus de réalité, celle à laquelle je me suis accrochée durant tant de temps vient de disparaître, il n’y a plus que mes ailes brûlées ici, que mon cœur en miettes, il n’y a plus que mon fantôme qui erre parmi vous, j’ai tout laissé au Vietnam, mes amours, mes amis, mes désirs et mes rêves, cette guerre a tout emporté, et le jour où la chute nous chassera c’est avec cette douleur que nous partirons tous, ce sentiment d’inachevé, pour toujours dans les enfers de la forêt de nos combats…

 


nanouee  (24.08.2012 à 16:28)

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Chapitre 8 : Le sauveur

11 août 1972, Aux alentour de Saigon, Vietnam Sud


Il entre et me fixe, je suis dans un coin de la pièce, les genoux contre mon corps, je ne bouge pas, mes mains entourant mes jambes je les serre contre moi, pour avoir un peu de chaleur, mais surtout pour me sentir mieux. Les mois ont passés, les jours se sont traînés, mais je suis toujours là sous leur emprise, ils ne me laisseront jamais m’échapper, je dois l’admettre, je suis perdue pour toujours…Je n’ai pas pu me remettre de cette perte, le morceau de papier qui m’a définie, son sourire a disparu dans la boue, il s’est effacé de ma mémoire, je commence à oublier lentement, le temps fait son œuvre, impitoyable, il me sépare de mon amour, le seul qui aurait pu me faire renaître.

Il est débout devant moi avec un plateau, la nourriture s’est améliorée, Jing me l’apporte chaque matin, il la pose devant moi, mais je ne réagis pas, je ne parle pas, je n’ai plus rien à dire, j’attends que l’aiguille atteigne l’heure pleine et que le glas sonne la fin de ma vie, je l’attends comme j’ai attendu Nathan et son retour impossible, il est mort, il n’y a plus rien à espérer, je suis morte avec lui, ma vie ne sera plus qu’un vide sans nom, le néant de mes espoirs qui se sont achevés dans la boue, le jour ou j’ai perdu notre symbole.

Aujourd’hui comme les autres jours, il s’approche et pose le plateau, mais aujourd’hui tout est différent, il a posé un bloc de feuille en papier et un stylo. Je relève la tête vers lui et fronce les sourcils.


-Ecris, c’est ta seule porte de sortie, tout cela te sera utile quand tu rentreras chez toi, dit-il en se rapprochant de moi.

-Je n’ai rien à dire, fis-je en ouvrant la bouche pour la première fois depuis longtemps.


Il s’éloigne et referme la porte derrière lui, je lève sur lui un regard étonné et je le vois s’asseoir à mes cotés, et prendre le bloc. Il attrape le stylo et commence à dessiner sur la première page, une scène qui ne m’était pas inconnue, je détournais les yeux, mais il força à regarder, la photo qui tombe au sol…


-Ce n’est pas la fin Haley, ne crois pas que ce soit un signe du destin. C’est une coïncidence et si tu laisses cet événement te détruire tu ne survivras jamais…

-Peu importe vous allez me garder ici jusqu'à la fin…

-Non tu te trompes, fit-il en continuant de dessiner. Il y a toujours une porte de sortie partout, et il en une ici, c’est un enfer à traverser pour le paradis.

-Et où est cette lumière ? Fis-je sarcastique

-Sous tes pieds !


Je le regarde perplexe, il tourne la page et attaque une nouvelle page blanche qu’il rempli bientôt de traits précis et artistiques, il avait un réel don, un don comme on en voit peu. Il crayonna pendant quelques minutes puis me tendit le bloc note.


-Un tunnel ?

-Il est là sous te pieds, il mène à la lumière…


Je fixais le dessin puis baissais les yeux au sol. Parlait-il des tunnels construits entre les deux camps pour permettre aux soldats de fuir et d’attaquer l’ennemi en le surprenant ?


-Où est-il ?

-A ta portée Haley Scott, comme Nathan.

-Arrêtez de parler par énigmes j’ai horreur de cela, fis-je en me redressant.

-Bien, fit-il en posant le bloc sur mes genoux. Promet moi d’écrire ce que tu ressens, c’est important, comme cela le monde saura ce qu’est de vivre dans l’ombre toute sa vie…

-J’écrirais ! Dis-je avec aplomb.

-Il était ici il y a 6 mois. Il a été transféré dans un autre camp, c’est comme cela que ça marche, dès que les USA ont des doutes sur le positionnement des camps, ils les ferment et envoient les prisonniers dans de nouveau camp. Il était ici, je l’ai vu, je l’ai même conduit à sa cellule, il me parlait d’une certaine Haley qui devait le chercher, il m’a dit qu’elle le cherchait, qu’il le sentait…

-Oh, m’exclamais-je en portant une main à ma bouche.

-Il a déliré quelques temps, il avait une forte fièvre, il avait une blessure au bras droit qui ne cicatrisait pas, nous avons fait ce que nous avons pu, mais la fièvre montait encore…

-Non pas cela…

-Il a été transféré dans un autre camp où il y avait un médecin, je ne sais pas lequel Haley, je ne sais même pas s’il a survécu, mais je sais qu’il était là, un jour il m’a montré la photo, le morceau déchiré.

-Il n’est pas mort c’est impossible !

-Je ne sais pas, dit-il en baissant la tête, je peux peut-être me renseigner, mais je ne peux rien te garantir !

- Oui renseignez-vous ! Fis-je hurlant presque

-Réfléchis au tunnel !

-Pas tant que je ne saurais pas ce qu’il est devenu, après je pourrais décider…

-C’est ta seule porte de sortie, il est dans l’arrière cour près des douches, il est creusé dans le sol et il rejoint un camp américain dans le sud de la forêt de Saigon, c’est ta seule échappatoire, sinon jamais tu ne sortiras !

-Pourquoi vous faites cela pour moi ?

-Quand je l’ai vu je dois avouer que j’ai eu pitié de lui, et puis la photo m’a marqué, je ne sais pas pourquoi, quand j’ai su que c’était toi, j’ai voulu te protéger.

-Merci, dis-je les yeux brillant de larmes. Comme quoi parfois l’image diffère de ce que l’on pourrait imaginer.

-Parfois seulement, les autres sont aussi durs que le roc. Ecris je reviens plus tard, je vais essayer de me renseigner discrètement. Mais si jamais les autres apprennent que je t’aide ils me tueront, alors pas un mot, et s’ils ont des soupçons il faudra que tu passe par les tunnels plus vite que prévue, tu n’auras pas le choix, c’est cela ou la mort…

-Il me mènera à la lumière n’est-ce pas ? Demandais-je avec un sourire diffus.

-Si tu le veux bien !


Il se relève et je garde le bloc note dans la main, avec ce dessin, un tunnel, et un soleil qui semble briller plus fort que d’habitude entre les feuillages épais dans la forêt dense. Je regarde le plateau devant moi et repose le carnet pour manger, la nourriture passe difficilement mais il le faut bien, je vais avoir besoin de force dans les mois à venir, mon chemin sera semée d’embûches, le notre, parce que Nathan est là quelque part, il n’a pas pu mourir sans que je ne le ressente, nous sommes intimement liés, seul la mort pourrait nous faire oublier notre cœur commun, notre histoire et nos moments de félicité. Je sais que parfois la vie est injuste, qu’elle ne nous donne pas ce que notre cœur désire, mais je sais que la vie doit continuer pour moi, pour Nathan, j’ai cédé à un moment d’abattement mais c’est fini, le tunnel est ma solution, la pénombre pour la lumière, le dernier maillon de la chaîne, c’est moi et mon futur.

Je reprends le bloc en main et tourne les deux pages, pour en avoir une vierge. Je commence à laisser glisser ma plume sur le papier qui absorbe tout, mes images d’horreurs, mes doutes et mes désirs, tout ces sentiments qui font partie de moi, qui font partie de nous et de l’histoire du monde, mon histoire mêlée à l’histoire du Vietnam, des Usa et de cette guerre puérile qui fut un combat vain.

J’ai écris ainsi durant des heures, sans voir passer le temps, je l’attendais, à chaque grincement, chaque murmure dans les environs je sursautais et cachais le carnet sous moi. Il finit par revenir, et poussa la porte et la calque derrière lui, je me relevais et posais le bloc sur le sol.


-Alors ?

-Eh bien j’ai laissé traîné mes oreilles et j’ai fini par leur posé la question…Je suis désolé Haley !

-Désolé…

-Je ne peux pas savoir ce qu’il est devenu sans te mettre en danger, et moi par la même occasion, ils n’ont pas encore fait le lien entre lui et toi, le nom commun ne les as pas interpellés, mais cela ne saurait tarder, ils finiront par comprendre, et la ce sera finie.

-Non essaye encore, je n’ai pas peur…

-Morte tu ne lui servira à rien, crois-moi le tunnel est la seule solution, dit-il en baissant d’un ton.

-Pourquoi si je ne sais pas où il est, autant rentrer aux Usa alors !

-La seule chose qui importe c’est que tu sois libre, le reste ne sont que des détails, ils finiront par te traîner encore une fois dans leur bataille et la tu pourrais te faire tuer !

-Pourquoi restes-tu ici ? Tu n’as pas l’air d’épouser leur idéaux.

-Non, mais je suis obligé, ou du moins je me crois obligé parce que mon père a une forte influence sur la vie du gouvernement Vietnamien.

-Il faut que tu te libères de lui !

-Je ne serais libre qu’à sa mort, dit-il en souriant. Parlons d’autre chose, je vais monter un plan d’évasion, je veux que tu retrouve Nathan, je ne sais pas pourquoi je fais cela, mais je sais que je veux que vous soyez libre, que vous soyez heureux.

-Merci, sans toi je ne sais pas ce que je serais devenue.

-Tu me remercieras quand tu seras du coté Américain Haley Scott ! Je te tiens au courant, mais cela peut prendre plusieurs mois !

-Je prendrais mon mal en patience, il le faut bien, certains sont là depuis si longtemps.

-Et certains ne sortiront jamais d’ici…


Il me sourit et tourna les talons pour claquer la porte et faire tourner la clé dans la serrure. Je repris le carnet et l’ouvrit sur mes genoux pour voir mon écriture fluide et légère remplir les pages jusqu’alors blanches. J’avais plein de chose à dire en fin de compte, moi qui me croyais vide de tout sentiment, je découvrais que j’étais une mine pour la mémoire, pour le souvenir. Tout était dans ma tête, souvenir vivace d’un passé révolu, je n’oubliais rien, si bien que mon empreinte est éternelle, je peux retracer les événements, je peux revoir les visages, je peux leur redonner vie, comme je vais redonner vie à mon sauveur, celui qui un jour a eu pitié de notre présent bafoué, celui qui nous offrira un futur digne de ce nom. Je ne pourrais pas vous dire ce qu’il est devenu après m’avoir ouvert le tunnel, dans lequel je vais m’enfoncer à l’aveugle vers une lumière qui semble encore inaccessible, ma dernière image de lui joue à cache-cache avec le soleil, elle est floue et incertaine, mais c’est une image précieuse, la preuve qu’un pays ne réunit pas que des fidèles, que certains ont ouvert leur cœur aux désespérés, des cœurs purs et aimants. Sans lui, j’aurais péri dans ce camp, sans lui je n’aurais jamais pu écrire tout cela, je ne serais plus qu’un fantôme, une ombre portée disparue comme les autres, une delta qui aura découvert la dure réalité de la vie des soldats. Mais je ne suis pas une ombre, ni un fantôme, je suis là devant vous, j’existe, je respire, je tends ma main vers le destin, grâce à lui seulement.

Le soleil disparaît doucement dans le ciel, j’allume la petite lampe à pétrole qu’il m’a fournie et je continue à écrire tout ce que je ressens sur ce papier qui va m’aider à reconstituer mon passé pour vous en donner la version la plus authentique possible. Je ne suis pas une femme ordinaire, et même temps je suis si semblable à vous tous. J’ai voulu courir après des chimères, après un courant d’air, mais j’ai eu raison, je le sais. Quand je pousserais la grille de l’ambassade Américaine, ce sera une victoire, une victoire de plus, une fin mais un recommencement loin de la guerre civile du début 1975, loin de la chute et de la destruction. Une grille qui ne s’est jamais ouverte mais qui s’ouvrira ce jour la pour laisser passer ceux qui ont donné leur vie au Vietnam, et qui doivent maintenant tout recommencer ailleurs. Les fins n’en sont jamais, pas pour moi en tout cas.

Je regarde la porte close, je sais que bientôt le soleil brillera sur une clairière libre, du coté Américain, du bon coté de la barrière…


nanouee  (24.08.2012 à 16:32)

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Chapitre 9 : « Les rats de tunnels »

15 octobre 1972, aux alentour de Saigon, Vietnam Sud


Nous étions cachés derrière les buissons tandis qu’ils traversaient la cour sans même soupçonner que leur prisonnière allait bientôt s’enfuir. Jing avait mis le plan au point, ils nous avaient fallu 2 mois, mais nous étions presque ou plutôt j’y étais presque. Le tunnel se trouvait de l’autre coté de la cour, près des douches, seulement il fallait la traverser maintenant, car la période d’accalmie des combat dans les tunnels était de courte durée, il ne fallait pas que je sois au milieu d’une bataille dans ces tranchées de l’enfer. Je n’avais toujours aucune nouvelle de Nathan, je ne savais même pas s’il était vivant, mais je devais quitter cet endroit, c’était notre seule chance, ma seule chance de le retrouver un jour. J’avais récupéré mon badge de la croix rouge qui était épinglé à mon tee-shirt, et je scrutais les Viets qui s’éloignaient maintenant vers les baraquements, nous laissant le champ libre. Il ne faudrait que quelques secondes pour traverser la cour vide, mais quelques secondes qui allaient changer ma vie pour toujours. Il attrape ma main et nous nous relevons, sautons par delà les buissons pour arriver de l’autre coté sans problème, personne à l’horizon, pour le moment…

Il avance et je marche aussi vite que lui, vers les douches où, derrière une planche de bois, se cache l’entrée du tunnel. Il la pousse et de la poussière s’en échappe, une poussière lourde et je commence à me demander si j’aurais le courage de me glisser dans cet antre sans lumière, vers une sortie hypothétique, qui peut être sera une fin, si je ne peux pas échapper aux fantômes tapis dans l’ombre de ce tombeau. Il me fixe et fronce les sourcils, je me penche et je regarde le fond du trou, il semble infini, il s’élargie sous la terre tel un signe, car il n’y a pas d’ombre sans lumière, elle se cache quelque part, elle n’est pas là, à moi de la retrouver.


-Tu descends et tu rampes toujours tout droit, tu verras… Haley ?

-Je ne peux pas, je…

-Il le faut, c’est ta seule porte de sortie, je sais que cela peut paraître horrible, je sais tout cela, j’y suis passé, mais arrivée de l’autre coté, tu te sentiras soulagée.

-Si j’y arrive un jour, cela me semble si sombre !


Il sortit une lampe de poche de sa besace et me la tendit.


-Tu as approximativement deux heures de lumière avec cette ampoule, ne la gaspille pas, il te faudra surtout éviter de la braquer devant toi au risque d’attirer les Viets qui se cache dans les tunnels.

-Oh non ! Fis-je en m’asseyant au sol, les mains sur le visage. Je ne peux pas. J’ai cru que j’étais suffisamment forte pour faire le tour du monde rien que pour retrouver une seule personne, la personne qui me fait vivre, mais je ne peux pas m’enterrer dans ce trou, non…

-Haley, il n’y a pas d’autre sortie, dis-toi que c’est un cap a passé, c’est cela ou tu pourriras ici, peut être qu’un jour tu ne leur seras plus utile et ils te tueront comme ils en ont tué plein, réfléchis.


Je me penchais au dessus du trou, une vague lumière rassurante s’en échappait, mais la peur me tordait l’estomac, non je n’avais plus de courage, j’avais affronté les rafales de balles, enterré des amis, j’avais souffert pour le retrouver, j’aurais déplacé des montagnes, mais je ne pouvais pas entrer dans ce tunnel, non je ne le pouvais pas, ma témérité avait touché ses limites, je me recroquevillais au sol, les yeux toujours fixé sur le trou.


-As-tu envie de mourir Haley? Demanda t-il soudain les yeux durs. Parce que si c’est le cas je peux te ramener là bas et tu auras droit à la corde de suite pour avoir osé imaginer que tu pourrais leur échapper.

-Non tu ne comprends pas je…

-Non je comprends ! Mais tu dois dépasser ta peur, tu le dois sinon tu resteras toute ta vie une insatisfaite, il faut que tu pousses la vie à te donner ce que tu veux. Que veux-tu maintenant ?

-Je veux retrouver Nathan, je veux quitter ce camp, je veux rentrer chez moi, fis-je en essuyant une larme qui coulait sur mes joues barbouillées par la terre.

-Alors prend ton courage à deux mains, ferme les yeux s’il le faut, mais rentre dans ce tunnel Haley Scott, prend cela comme une ultime épreuve, dis-toi que c’est la fin !

-Ce n’est pas la fin !

-Peut être, mais cela en est une, alors va t’en et maintenant avant que je ne m’énerve !


Il finit sa phrase sur un sourire, mais le sourire peu à peu s’effaça quand le bruit nous parvint, d’abord diffus, puis plus puissant, des cris, des appels, il devint livide, et je compris soudain qu’ils nous recherchaient, ils avaient remarqué que leur prisonnière n’était plus dans sa cellule, ils avaient des doutes, il fallait agir tout de suite, maintenant…


-Va t’en allez ! Et soit heureuse ! Fit-il en me poussant vers le trou où je tombais la tête la première pour disparaître dans la poussière.

-Non attends ! Hurlais-je mais la planche en bois déjà bouchait le tunnel, il l’avait refermé sur moi, pour me protéger, mon sauveur.


C’est ma dernière image de lui, je ne sais pas ce qu’il est devenu, je ne sais pas si les bruits que nous avons entendu était le signe de la fin, mais je sais que grâce à lui je serais bientôt libre, oui bientôt. C’est un sentiment étrange que celui de se retrouver face à quelque chose qui nous terrifie comme cet antre sombre qui s’étend devant moi, tunnel à peine assez large pour me laisser passer, une poussière horrible, des cadavres et des odeurs de mort mélangées à mon espoir de survie. Une image floue de son visage, celui qui a poussé les barrières avec moi, qui a tout fait pour que nous ayons un avenir, je le remercie, puisque je n’en ai pas eu l’occasion, je lui dis merci ici, en espérant qu’il puisse un jour entendre mon appel et savoir quel être exceptionnel il est. Je n’ai qu’un regret, c’est bien de ne pas pouvoir lui offrir la liberté qu’il m’a donné, non je n’ai pas pu, et c’est la seule chose qui aujourd’hui m’empêche d’être heureuse. Je pouvais ranger tous ces inconnu morts dans un coin de ma mémoire mais pas lui, il y vit encore, comme ses dernières paroles et la dernière image qui restera pour toujours un symbole de liberté retrouvé, de douleur dans l’enfer, de perte et de retour, pour le Vietnam, pour Jing…

Tout est noir, c’est un tunnel sans fin qui s’ouvre devant moi, c’est ma route, semée d’embûches, c’est l’image même du désespoir infini des êtres qui ne se sont jamais trouvés, c’est bien pire qu’un tunnel sans lumière, ce sont les limbes de ceux qui ne survivront pas, de ceux qui ont laissé leur corps ici, qui ont perdus leur âme dans un combat, il n’y aura pas de paradis pour eux, puisse-t-il y en avoir un pour moi.

Je suis à plat ventre et j’avance comme je le peux, la lampe de poche dans la main, la lumière faible éclaire les parois emplis de racines d’arbres et de plantes, mes mains sont pleines de poussière, je tousse et je remonte mon tee-shirt sur ma bouche pour pouvoir respirer, il fait noir, rien ne bouge, mais tout à coup je m’effraye, je sursaute, et ma tête vient toucher le rebord du tunnel, je me retourne, je ne vois déjà plus l’entrée, devant moi un cadavre de Viets s’étale, les bras en croix, les yeux morts, la jambe repliée sous le corps, comme arrachée de son emplacement, noire et atrophiée. Je pose ma main devant ma bouche, et retiens ma respiration tant l’odeur de décomposition est forte, je dois passer au dessus de son corps pour continuer ma route, la nausée monte, mais je reste forte, je ferme les yeux et avance. Je passe la main au dessus de son torse et la pose de l’autre coté, puis je glisse mes jambes de l’autre coté, ma respiration haletante, et la lampe de poche qui s’étale au sol, lançant un faisceau de lumière aveuglante. Je respirais profondément la main sur mon cœur, et je la ramasse, avec un dernier coup d’œil sur lui, je continue ma route, elle sera longue, elle semble infinie, elle semble terrible, ce qui m’attend sera terrible…

Je rampe, je ne pense plus à ce que j’ai déjà vu, il faut que j’avance, je n’ai pas le temps, il me semble que le tunnel se resserre, ou peut-être que mon imagination me jouait mes tours, peut être que je devenais vraiment folle enfermée ici, mais en tout cas, j’avançais toujours, mes genoux brûlaient sous la morsure de la terre, et une autre odeur de décomposition m’atteignit, je l’ignore et continue, je ne dois pas m’arrêter, je ne dois pas laisser au temps la chance de m’empêcher d’atteindre mon but, je dois pousser la vie à me donner ce que je veux, je veux sortir d’ici, je veux quitter tout cela, retrouver les camps Américains.

La sueur perle à mon front, la chaleur est horrible, l’odeur infecte, mes pires cauchemars n’ont même pas ressemblé à ce long tuyau de terre qui se mouve comme un python au sol, de galerie en galerie, le sable vole, et mes yeux coulent, des larmes de peurs et d’espoir, tout un mélange de sentiment, ici dans ce trou sans fin.


Savez-vous ce que l’on ressent quand notre vie ne tient qu’à un fil, qu’à la détermination que nous pouvons mettre pour la sauver ?


C’est un sentiment étrange, comme d’être face à notre propre mort, car c’est elle qui guide nos pas jusqu'à ce que nous la rejoignions. La vie, elle, ne fait que nous insuffler l’air qui nous fera respirer, mais la mort nous attire tous, depuis le jour de notre naissance tout est prévu, des épreuves aux joies, et pourtant si quelqu’un m’avait dit il y a 10 ans que je serais une survivante de la guerre du Vietnam, que je serais partie à des milliers de kilomètres rien que pour un homme, j’aurais ri, j’aurais probablement pensé que ce n’était que folie et chimère et pourtant la réalité m’a rattrapé, loin des paradis, loin de l’enfer, oui j’y suis, je suis dans ma réalité, celle à laquelle je me suis accrochée et pourtant je serais presque entrain de regretter de n’avoir jamais pu me laisser glisser rien qu’une fois dans la quiétude du paradis que Brooke avait découvert.


Tout cela est loin, il me semble que je vois leurs visages ici dans ma prison de terre, j’avance mais la course est de plus en plus dure, la chute nous attend tous, c’est un fait, mais je ne veux pas abandonner, la lumière de la lampe de poche faiblit, il me semble que la pénombre m’envahit, mais je continue, je peux voir la lumière oui elle est là, un peu plus loin, un trou qui semble avoir été créée pour moi, c’est ma porte de sortie, un sourire effleure mes lèvres, j’y suis presque, la lumière de la lampe n’est plus qu’un souvenir mais qu’importe, le soleil est là, il brille sur la clairière, c’est ainsi, la mort ne m’a pas rattrapée, merci…

Je tends la main pour pousser la planche en bois, la lumière se fait aveuglante, ma main apparaît alors et le soleil la réchauffe, je me relève, à genoux d’abord, puis debout, je me hisse hors du trou, et je m’écroule au sol, sur l’herbe humide, mes yeux fixés au ciel, le corps secoué de sanglots, la poussière me brouillant la vue. Les nuages voguent fluides et légers, et les larmes coulent sur mes joues balayant la terre. La lampe torche est toujours dans ma main, je la serre fort et je respire, je respire l’air frais, vous l’aurez compris, je suis libre, libre…


Des bruits me parviennent, au loin je les vois courir, je ne comprends pas, ils sont là, comme si je n’avais pas passé 6 mois dans ce camp, ils sont toujours là dans leur guerre, dans leur souffrance loin de chez eux. Ils m’aperçoivent, mais je reste au sol, je respire la main posée sur ma poitrine, je suis en vie, il n’y a pas de plus grand bonheur que de savoir que l’on est libre de ses mouvements, que plus aucunes chaînes ne nous entravent qu’elles soient réelles ou non. L’un d’eux me soulève, mais je ne parle pas, il regarde mon badge de la croix rouge, et me prend dans ses bras, je lâche la lampe torche, je n’en ai plus besoin, il n’y aura plus d’ombre, que la lumière, je suis sauvée, je suis chez moi…

 


nanouee  (24.08.2012 à 16:35)

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